Affichage des articles dont le libellé est Féminisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Féminisme. Afficher tous les articles

samedi 19 février 2022

J'mettrai plus les pieds dans cette taule !

 Et JB avait traduit l'autre jour (toujours Ingvild), et c'est lui qui souligne :

Cette taule devrait plutôt s’appeler Les Ennemis. Cette taule devrait être fermée.

Qui parle ? C'est Melissa, elle a seize ans. On est en Norvège, à Oslo, dans un quartier plutôt défavorisé (oui, ça existe là-bas aussi) sans qu'on sache lequel. Les petits amis de JB avaient lu que Melissa n'avait pas forcément un langage relâché, qu'elle employait volontiers des mots qu'une adolescente ne prononcerait pas forcément. Ces deux phrases sont importantes en ce que, primo, elles font référence au bar et donc au titre du roman mais aussi, a fortiori, au ressort dramatique du roman ; secundo, elles sont prononcées tant par Melissa que par sa sœur Ronja, dix ans quant à elle.
Ici, l'aînée fait allusion au bar, Les Amis, où son père allait (ou peut-être va toujours) se soûler, alors qu'il n'a ni boulot ni argent, que les gamines bouffent des Choco pops à tous les repas ou presque.
Bon.

Et quand JB avait traduit comme ça, il s'était dit : ça colle pas, ton truc. Taule, ça colle pas.
Est-ce qu'une fille de seize ans, aujourd'hui, en 2021-22 (le livre est sorti en Norvège en 2021) utiliserait le mot taule ? Est-ce que sa sœur de dix ans comprendrait le terme, et le réutiliserait de surcroît, alors qu'à un autre endroit du roman elle ne sait pas ce qu'est une avance (sur salaire) ? Hum. Sûrement pas.
Ingvild, elle, emploie un mot neutre : stedet = le lieu/l'endroit.
JB a tout à fait conscience qu'il commet un péché de surtraduction en traduisant par taule. Mais il se dit aussi que cette version française perd tellement de ses détails socio-culturels norvégiano-norvégiens – c'est aussi un récit relevant du réalisme social –, qu'il faut récupérer à certains endroits ce qu'on a perdu ailleurs. Et il se dit enfin que ce taule est raccord avec le sentiment constant de suspicion, voire de mépris rentré, que la fille éprouve pour son père. La valeur négative du substantif correspond aux sentiments de Melissa.

Mais quand, aujourd'hui, il aboutit au passage où la phrase se répète, il (re)pense incontinent : non, ça colle décidément pas, ton truc.

C'est quoi, une taule, dans ce sens-là ?
Le merveilleux Bob, le dictionnaire d'argot en ligne indique :

  • taule ■ Établissement (troquet, bar, cabaret, boîte, restaurant) ; ■ atelier ; lieu où l'on travaille ; entreprise (mal tenue)
Donc a priori, au contraire ça colle. Le substantif taulier, ou pour le coup tôlier (qui rappelle son étymologie), signifie gérant d'un bar, et c'est son premier sens, indique le TLF :
Taulier, tôlier, -ière, subst.,arg. a) Propriétaire, gérant(e) d'un hôtel, d'un restaurant. Encore un petit coup à la bière... On pourra jamais se relever (...) le tôlier en tablier nous fout tous dehors! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 256).T'as les foies, hein, la tôlière? Allons l'addition, et magne-toi, grossis-le encore un peu ton magot (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 43). b) Propriétaire d'une maison de prostitution. L'insaisissable phénomène − l'Hermaphrodite − est si recherché des taulières (Simonin, J. Bazin, Voilà taxi!1935, p. 74).− [tolje], fém. [-jε:ʀ]. Supra prononc. − 1resattest. a) 1889 tollier « propriétaire ou gérant d'un hôtel, d'un restaurant » (Macé, Mes lundis, p. 256), 1901 taulier « id. » (Bruant, s.v. misérable), b) id. tôlier, tôlière « patron, patronne, en général » (ds Esn.)
De ce point de vue, purement lexical, ça colle toujours.

La taule, c'est aussi la prison. Du strict point de vue cette fois du rapport entre le lexique et la symbolique narrative, ça colle encore : malgré tous ses efforts pour rester "clean", le père ne peut s'empêcher de retourner au Stargate. Partant, il en est prisonnier. Le Stargate est donc une prison pour lui, en même temps que c'est un endroit glauque, et un bar par surcroît.

Et pourtant non, ça heurte, ça résiste à l'oreille, ça pique (comme on disait il y a encore cinq ans dans le nouveau français parlé). Taule ne va décidément pas. JB, qui a 104 ans, ne peut se départir qu'il s'agit d'un substantif déjà passé de mode dans sa jeunesse, circa en 1274.
Mais il va le remplacer par quoi. Par troquet ? comme le suggère Bob plus haut ? 
Non, troquet a des accents plutôt sympathiques. Là, JB serait carrément dans le faux-sens voire le contre-sens, et ce serait pire encore : il serait bon pour le bûcher ou la crucifixion, à l'instar de Saint-Sébastien, son double patron.

Que suggère Bob, si JB fait une recherche inversée, c'est-à-dire par le sens et non par le terme ?

  • tripot ■ Maison de jeu, maison de jeu de dernier ordre, où l'on joue et où l'on dupe ; ■ lieu de débauche, débit de boissons de bas étage, cabaret, tabagie ; mauvais lieu, bordel
  • trou à rat Lieu étriqué, petit, sans espace, sordide (mauvais logement, mitard, etc.) ; domicile étriqué, provincial ; (trou individuel creusé pour s'abriter)

Certes. Sauf qu'on en revient à la case départ en payant 20 000 francs.

JB cherche dans le Dictionnaire de (sic !) synonymes de Bertraud du Chazaud (re-sic ! mais une mine quand même) au mot bar – et, sans même lire les mots proposés, la lumière se fait dans son esprit tarabiscotté tarabiscoté :

RADE

Non pas la rade de Brest (avec Querelle qui "sentait venir en lui et s'y établir, une nouvelle nature"), mais le rade, le bar, le café, le troquet. Un rade, explique cette fois Bob, c'est :

rade  (1815)  #nom masc.

■ (moderne) Bar, café, débit de boissons, (boutique) ; ■ (hist.) comptoir de débit de boissons, comptoir (de marchand de vin) ; ■ (hist.) tiroir de comptoir, tiroir

Rade, dans les oreilles sans doute encéruménées de JB (oui, il a osé !),  a des accents plus neutres que taule, légèrement plus positifs aussi. C'est un terme plutôt argotique, mais pas familier non plus, ce que confirme le TLF :

Arg. Comptoir d'un bar. Pour faire plaisir au camarade On l'invite à v'nir en prendre un Su' l'rade (J. BerthierdsBruant1901, p. 170).Au-dessus du rade étaient accrochées, collées, glissées (...) une tinée de photos, vedettes et boxeurs français (Le Breton, Rififi, 1953, p. 131).

− P. méton. Café, bistrot. J'aimerais bien, tout de même, aller un de ces jours patienter une demi-heure « Chez Marcel », rue de la Santé, en face de la taule. Les visages de ce rade appartiennent à des amis non admis au parloir, des amis des parents du détenu (A. Sarrazin, L'Astragale, 1966, p. 135).

Et c'est une synecdoque, cela dit en passant, en ce que c'est une analogie qui désigne en fin de compte une partie pour le tout : au départ, le rade correspond au zinc du bar et a fini par le désigner entièrement. Et, d'un point de vue morphologique, c'est une apocope : la dernière syllabe du mot radeau est tombée, qui désignait dès 1849, indique le Dictionnaire historique Robert, le "comptoir de café". Ainsi est né le rade. 

Rade. 
Hum.
Ça a l'air pas mal.
Rade.
Hum.
Ça a même l'air de coller.
D'autant que Bob a précisé que l'usage était moderne.
JB décide, pour s'en convaincre, de consulter son nouveau joujou. Un outil conçu par Gougueule, intitulé Google Books Ngram Viewer et qui permet de vérifier, à travers les occurrences dans Google Books, de la fréquence d'un mot. Et que découvre JB, ce faisant ? Ça :


Le mot rade (au masculin, bien sûr) est de plus en plus utilisé, et surtout depuis 2003. Si Melissa a seize ans en 2021, elle est née en (pff… JB doit prendre sa calculette, c'est dire s'il est nul en maths, lui qui est loin d'avoir fait Maths LM)… 2005. Bingo.
On récapitule :

Ce rade devrait plutôt s’appeler Les Ennemis. Ce rade devrait être fermé.

Yes ! Jawoll !!


Mais quand, au tout début début, JB a employé taule, il ne cessait d'avoir une phrase qui lui trottait dans la tête. Une phrase qui disait peu ou prou, sans qu'il sache si la citation était exacte : "J'remettrai plus les pieds dans cette taule."
Cette phrase, dont il ne savait si elle avait été prononcée par un homme ou par une femme, était en tout cas extraite d'une chanson, mais dont là non plus JB était incapable de remettre le nom. Est-ce parce qu'il tournait et retournait cette phrase dans son cerveau, en tout cas elle parasitait, elle polluait la traduction – et, ce faisant, indiquait que le choix traductionnel était une erreur.
Marx soit loué la musique !

Et ce morceau, c'était lequel ?
JB s'est mis à chercher. Mais il n'a pas trouvé immédiatement.
En revanche, il a retrouvé quasi immédiatement la citation originale :
"J'mettrai plus les pieds dans cette taule !"

La phrase est prononcée en 1968. Le 9 juin 1968. Par une femme. Une ouvrière. Les accords de Grenelle viennent d'être signés entre le gouvernement et les syndicats, qui prévoient certes une augmentation du SMIG mais qui sonnent aussi le début de la fin des manifestations massives de mai 1968. Il faut reprendre la travail.
Cette femme, cette ouvrière, elle n'a pas de nom ni de prénom dans le film réalisé par Jacques Willemont et Pierre Bonneau, encore étudiants à l'IDHEC. Et elle n'en aura pas pendant longtemps – JB y revient plus bas. Elle intervient sous la forme d'une voix, qu'on entend après un long plan d'une minute environ sur plusieurs attroupements de gens : c'est la fin de la grève aux usines Wonder de Saint-Ouen, les ouvrières doivent reprendre le travail puisque les accords ont vu le jour. 
Cette femme, cette ouvrière, dont on ne connaît ni le nom ni le prénom, n'est qu'une voix, ou plutôt un cri, ou plus précisément une harangue, une imprécation. Elle est contre la reprise du travail. Elle refuse de revenir dans les ateliers. Puis elle prononce cette phrase qui deviendra d'anthologie :


Là voilà, la phrase qui trottait dans la cervelle de JB !
Voilà la phrase audio, que JB a isolée avec ses petites mains :
 


Cette femme, cette ouvrière, "cette Dora Maar des usines Wonder", ainsi que la qualifie Cécile Guilbert dans Roue libre, va parler pendant trois minutes. À partir de 1'30" environ jusqu'à 4'30" environ. Trois toutes minutes, et sa phrase qui dure cinq secondes environ va entrer dans l'histoire. Et là voilà la vidéo :


Mais un JB bouleversé aimerait faire son Serge Viallet et dire à son tour "stop !" comme dans Mystère d'archives sur arte, puis décortiquer dix petites secondes de la séquence juste avant et juste après la phrase. Pourquoi ? Sans doute parce que toutes les émotions humaines passent sur le visage de cette femme, de cette ouvrière. Et parce que toutes les actrices en herbe devraient étudier ce visage dans les écoles de théâtre, de même que tous les dessinateurs de roman graphique devraient étudier les changements de ses expressions dans les écoles d'illustration.

Première image. On regarde. D'abord l'image. Puis le texte. On essaie alors de comprendre l'image.


Ici, elle apparaît enfin dans le cadre de la caméra. Jusque-là, elle a été coincée entre les deux syndicalistes, des hommes forcément (sic) de la CGT, censés défendre ses intérêts. Et déjà, elle est en colère. Elle refuse obstinément de reprendre le travail.


On voit que le syndicaliste à gauche, il s'appelle Maurice Bruneau, a posé une main sur l'épaule de l'ouvrière. Il veut par ce geste sans doute lui témoigner sa sympathie, mais peut-être aussi la calmer. Et pour cause, elle crie toujours.


Or, brusquement, on ne lit plus la colère sur son visage. On dirait qu'elle pleure.


Le caméraman, Pierre Bonneau, s'en est-il rendu compte lui aussi ? L'ouvrière a les yeux plus plissés, la bouche plus allongée, les commissures plus marquées, comme si elle retenait ses larmes, comme si elle mangeait ses lèvres pour retenir ce chagrin qui semble prêt à exploser.


À la faveur d'un léger déplacement de la caméra, l'ouvrière entre encore plus dans le cadre. Mais les deux syndicalistes se sont eux aussi rapprochés. Que comprennent-ils ? Qu'il leur faut soulager la peine de cette camarade syndiquée ? Ou peut-être plutôt que les paroles ne suffiront pas ? Qu'il va falloir leur faire preuve de beaucoup de patience pour la faire taire ?
Oui, ça doit être ça… Stop ! 


Tiens, tiens. Maurice Bruneau vient d'enlever sa main de l'épaule de la femme qui semble toujours aussi affligée. Pourquoi ? En a-t-il assez de consoler ? Veut-il, doit-il, rompre cette intimité aussi brusque que brutale induite par son geste ?


La voilà, sa main. Voilà la forme qu'elle prend, le poing légèrement replié sur lui-même. C'est la main d'un négociateur, qui sait qu'il doit convaincre son interlocutrice, qu'il faut mettre fin à tout ça, à cette colère de femme. La colère d'homme, il la connaît par cœur. Mais la colère sans fard d'une femme délaissée par ses partenaires, l'effondrement non feint d'une ouvrière, il en fait quoi ? Elle affiche un abattement tel qu'elle est même incapable de regarder le syndicaliste. C'est dire si ses mots n'ont aucune portée sur elle, en elle. 


Il abaisse le poing, flanche-t-il ? Elle relève la tête, mais n'a toujours aucun regard pour lui. Ni pour l'autre. Elle fixe un point au-delà d'eux, loin d'eux. Elle les écoute, mais elle les ignore. Que voit-elle ? Que pense-t-elle ? Cela fait maintenant une seconde, allez, deux, que le syndicaliste de droite a pris la relève dans le posage de main pseudo-consolateur sur l'épaule.


Maurice Brumeau a renoncé : à la suite de son poing abaissé, c'est maintenant la tête qui prend la même direction : surtout ne plus regarder cette femme dans les yeux. Et pour cause : à l'abattement succède le désespoir. Elle est toujours aussi enserrée par trois hommes, avec en plus cette main qui la contraint


Le désespoir est toujours aussi grand.


Elle accorde un bref regard, pendant une demi-seconde, à Maurice Brumeau. Comme pour être sûre qu'elle ne se trompe pas.


Et soudain elle a un mouvement de recul. On le perçoit très nettement sur la vidéo : on la voit déglutir, et ici on la voit ouvrir les lèvres : elle est bouche bée, elle est choquée, elle est consternée, elle est au-delà de la stupéfaction. Elle n'en revient tellement pas de ce qu'elle entend que son visage est obligé de refléter son émotion profonde.


Ça y est. Enfin. Elle reprend la parole. Elle reprend le combat. Est-ce parce qu'elle crie, très fort, qu'un quatrième homme vient de se glisser dans le cadre, à gauche ?


Elle explose. "Non, moi j'rentrerai pas ! Non j'rentrerai pas là-dedans !" C'est autour de Maurice Brumeau d'être stupéfait, d'ouvrir la bouche ouverte tant est grande sa surprise face à la colère de cette ouvrière.


"Moi j'mettrai plus les pieds dans cette taule, hein !"


Elle est en furie. Même une captation ne peut la saisir qu'en mouvement, en flouté.


La colère se transforme en rage. Maurice Brumeau, interloqué dans les images d'avant, semble se résigner. Tout comme son collègue semble pour sa part avoir reculé de quelques centimètres.


Ces hommes peuvent-ils lui faire entendre raison ?


Et le désespoir est de retour, intact. Mais il s'agit d'un désespoir qui crie l'injustice flagrante. Même Maurice Brumeau, à fermer les yeux et la bouche comme il le fait, doit ne serait-ce qu'inconsciemment le sentir. Ou a-t-il abdiqué ?


Que se passe-t-il ? Que ou qui cherche-t-elle en regardant légèrement sur sa gauche ? Un soutien ? Une issue de secours ? Et pourquoi le quatrième regarde-t-il la caméra qui n'a pourtant cessé d'être là ?


Voilà : après les cris, les larmes semblent revenir. Maurice Brumeau prend la pose de celui qui se retrouve face à une déraisonnable.


Va-t-elle abandonner ?


Ha ! Ce serait mal la connaître ! Elle repart de plus belle.


Elle est inarrêtable. Elle s'en prend à présent directement au deuxième syndicaliste. Lequel bien sûr ne lui tient plus l'épaule. Quant à Maurice Brumeau, après avoir dû baisser les yeux sur l'image précédente, il la regarde avec une défiance qui trahit uniquement son impuissance.


Et à nouveau la consternation : mais qu'est-ce que c'est que ces mecs ?!


Cette "impression rétinienne" qu'a subi JB en regardant ces images, c'est non seulement en ces termes qu'Herve Le Roux a lui-même qualifié son sentiment, mais aussi à cause d'elle qu'il a réalisé un long (plus de trois heures) film documentaire, Reprise (1997, visible sur toitube, donc), où il part à la recherche de cette femme. On sait qu'elle s'appelle Jocelyne. L'ouvrière en colère a un prénom : Jocelyne.
Pour le reste, JB laisse Antoine de Baecque raconter :


Et la musique, au fait ?
La phrase de Jocelyne que JB a d'abord ré-entendue, semple, dans sa tête ?
Elle aussi il l'a retrouvée.
Ce sont Les Thugs qui l'ont incluse dans le dernier morceau de leur album de 1991, I.A.B.F.. La chanson s'appelle Welcome To The Club (on peut l'écouter ici, calée pile au bon moment). Et bien que JB ne comprenne plus trop pourquoi il écoutait il y a trente ans ce genre de musique, le morceau ne s'ouvre pas moins sur Jocelyne qui l'avait déjà marqué à cette époque : "J'mettrai plus les pieds dans cette taule!"

PS : Un bémol. Ça vaut quand même le coup de l'écouter, ce morceau. Il commence par la phrase de Jocelyne. Puis, à mi-morceau, c'est toute son imprécation qui est samplée. Puis la musique aux guitares saturées revient, reprend le dessus. Puis il y a un fade, la musique s'estompe, et Jocelyne revient de plus belle. Et là c'est toute la suite du dialogue qui est collé sur le morceau. Tout à coup, ce qu'on prenait pour un "club", une boîte de nuit quoi, est en fait l'usine, l'usine de Jocelyne. L'ouvrière, qui refuse de reprendre travail, a encore gagné grâce à sa colère obstinée.

samedi 19 janvier 2013

In einem anderen Leben hiess der JB Angélique

Es ist kalt in Berlin. Sehr kalt. So kalt, ass der JB das Gefühl hatte, als er zurück vom Markt radelte, dass seine Rotze am erfrieren war.

Jemand: (…)
Der JB: Was?
Jemand: (…)
Der JB: Sorry, ich habe akustisch nicht verstanden. Mein Hörgerät ging gestern kaputt.
Jemand: (…) !!!
Der JB: Na, aber natürlich rede ich von meiner Nase! Was sonst?

Naja, der JB kann nichts dafür: er hat eine chronische Nasengangrän, wegen der derentwegen seine Nase, der frischen Luft ausgesetzt, (zu) leicht tropft. Es ist nur Nasenwasser, aber immerhin. Deshalb begeht sich der JB nie mit jemandem draussen, denn es ist ein bisschen peinlich vor einer mitgehenden Person eine Rotznase zu haben. Deshalb also sitzt (oder steht, oder liegt) der JB Tag ein und Tag aus zu Hause in seinem sozialistischen Palast und hört Musik. Und heute hört er das:



Toll! Einfach klasse! Der JB liebt dieses Lied, das er seit deren Eintragung in iTunes am 8.04.2011 schon 191 Male gehört hat. Der JB identifiziert sich total in die Songtexte, in Angeliques Geschichte & Gefühle. Der JB denkt: es geht mich ähnlich mit T:
He's leaving me for another girl
All I can say is: he's ruining my world
And all I can do is sit here and cry

Cry wurde in 1978 herausgegeben. Von Dennis Bovell produziert. Der ist in Barbados geboren und wanderte in 1965 mit seinem Vater nach London aus. Er ist der "Macher" (= the shaper) von Lover's rock. Man kann hier einen spannenden Artikel über diese Zeit lesen.
Cassounet, der das Video auf durohr eingetragen hat, sagt die Musik von The 4th Street Orchestra gespielt wird, aber nichts über Angelique. Wer ist sie? Keiner weiss, keiner scheint es wissen zu wollen, den Meisten ist es egal. Dem JB aber nicht, der noch einmal gegen den Sexismus in Reggae schimpfen muss. Noch wieder eine Frau, die verunsichbart worden ist (wie die Norweger sagen). Und nun muss der JB seufzen und wiederholen:
And all I can do is sit here and cry

Sonst kennt der JB eine Angelique. Mit É. Also Angélique. Sie:


Ah, Angélique… Die "Marquise der Engeln"… Seufz… (Nein! nicht die Markise!!!) Hier liegt sie also, nackt (selbstverständlich), mit Jeoffrey. Als Kind fand der JB den Jeoffrey superattraktiv & hätte den gern geheiratet. Naja. Jeoffrey war nicht so okay, obwohl es reimt. Denn er trug die unangenehmen Zufälle des Lebens (mild gesagt!) im Gesicht. Und das, mehrere Jahrhunderte vor dem Mackie Messer mit seinen Zähnen. Hier:


Hiii! Arme arme arme Jeoffrey… Und nicht nur das, aber er hinkt auf dem linken Bein. Pfui… Nein, das Leben ist nicht einfach. Selbst wenn man ein Adelige ist und Geld hat. Aber sonst war er fit im Schritt. Deshalb auch hat ja die Angélique ihn geliebt, nachdem sie ihn gehasst hat (so geht es ja immer). Hier hat man die erste Bettszene, wo Angélique sich erstmal wehrt. Aber dann… Tja, dann… wehrt sie sich nicht mehr.


Ah, diese Angélique…!
Denn Angélique, jetzt der Film (1964), war DER Softporno überhaupt in Frongraischs 60er-Jahre. Es wird nackt rumgegangen und rumgelogen rumgelegen und rumgesessen. Es wird nicht immer nackt GV-isiert, aber es wird extrem viel gevögelt. Hier noch eine widerliche Bettszene (wie man damals in der DöDöRrr über Parteiuntreue Genossen geredet hat). Man merke aber die Hauptrolle, die in der Szene von der Gardine gespielt wird:


Es gibt so viele Gründe, die erklären, warum der JB von Angélique fasziniert war. Die Zukunft hat nämlich gezeigt, dass er ein bisschen wie sie ist — wenn man die Haare auslässt. Denn, genauso wie er, braucht sie Riechsalz, nachdem sie schöne Männer gesehen hat:


Die kleinen lieben Freunde des JB können sich die Szene vorstellen. JB und G sind vom Nighter verschwunden. Aha. Was ist passiert? Na, einfach. Genau wie da oben: der JB liegt ohnmächtig (mit Perücke und Kleid) nachdem er T gesehen hat, & G reicht die Hand, die den Riechsalz hält, damit der JB wieder zu Bewusstsein kommt. Schwiiierig. Denn der JB hat auch genau das gleiche Leben wie Angélique.

Angélique sehnt sich viel:

Angélique weint viel:

Angélique schreit viel:

Angélique ist (wie gesagt) viel nackt:

Und das alles findet der JB prima. Das ist eine gute Lebenseinstellung um den Alltag zu bewältigen. Das macht einem/r optimistisch und nein pessimisstuhl. Er selbst kennt das ein und aus von seinem Leben in dem sozialistischen Palast.

Aber Angélique zu mögen, sich in Angélique zu identifizieren, ist leicht. Der Anfangstrailer hat uns davon schon gewarnt:


Es gibt keine Frau in dieser Welt, die nicht davon geträumt hat, Angélique zu sein…
Es gibt keinen Mann in dieser Welt, der nicht von Angélique geträumt hat…
JB macht eine leichte Korrektur:
Es gibt keinen Mann in dieser Welt, der nicht davon geträumt hat, Angélique zu sein…
Es gibt keine Frau in dieser Welt, die nicht von Angélique geträumt hat…

Aber es gibt auch DIE Lieblingsszene von dem JB. Als er die als Kind gesehen hat, wurde er fasziniert, paralysiert, magnetisiert! Das ist aber eine krasse Szene, boah… Die spielt sich in Angéliques Appartement.

Angéliques Dienstmädchen, Thérésa, vorbereitet das Nachtkleid…

Sie will es anfassen! Was für eine Flasche, diese Thérésa!

Oh nein, bin ich blöd! denkt sie.
Das Kleid ist ja mit Arsen vollbeschmiert worden!!!

Pfiffig wie sie ist, nimmt sie zwei Platanenblätter,
die gaaanz zufälligerweise da rumliegen und sich langweilen.

Dann trägt sie das vergiftete Nachtkleid zum Bett… Boah, krass, ey…

Aber jemand kommt! Das ist sicher Angélique! Schnell, wegrennen…

Oh neee… Was für eine Volltrottelin, diese Thérésa!
Sie hat ein arsenvolles Blatt verloren!
Liebe Freunde der Natur, es tut dem JB Leid, aber das Blatt ist tot.

Angélique kommt zurück.
Sie ahnt noch nicht, dass sie in wenigen Minuten verarsent wird und sterben soll.
Mist und Doppelmist!

Arme Angélique ist, wie so oft, unglücklich…
Sie hat ja viele Sorgen in dem ganzen Leben.

Aber Angélique ist megaschlau! Sie hat den Blatt entdeckt!

Sie ruft Thérésa. Aber wieder megaschlau, wie sie ist,
konfrontiert sie Thérésa mit dem Blatt gar nicht. Héhé…

Nachdem Thérésa Angélique von ihrem Abendkleid ausgezogen hat,
(nein, das ist keine lesbische weder Liebes- noch Bettszene!)
greift Angélique das Tischtuch, das sonst nach dem Sinn des Lebens sucht.

Angélique nutzt es um das giftige Kleid rühren zu können ohne selbst sterben zu müssen.
Noch wieder hypraschlau!

Und dann fängt die Lieblingsszene des JB richtig an:
Angélique peitscht Thérésa mit dem arsenbeschmierten Nachtkleid!

Jau, Volltreffer, Angélique Marquise der Engeln!

Und das auch!
Peitsch, peitsch, peitsch!

Und das auch noch!
Arme Thérésa. Denn… Arsen tut a bisserl weh.

"Nimm das, du Nutte!" sagt Angélique im Ernst.

"Und das kriegst du auch, du Hure!"

Tja, Thérésa sieht nicht gut aus…

Thérésa ist sehr unschön, so verarsent.
Angélique muss kurz vor Schreck schreien.

Thérésa stirbt langsam…

… und langsam…

… und langsam.
What a beautiful agony!

Fertsch!
Und tschüss, Thérésa!

Wenn die kleinen lieben Freunde des JB die Szene real sehen wollen, läuft es hier unten und fängt so circa um 1h13m25s. Umso besser: es ist auf Russisch synchronisiert! Genial denn strenger! Ah ja, der JB hat vergessen: das ist in dem Fülm #3 über Angélique: Angélique und der König, von 1966:



Das war also Angélique.
Aber der JB möchte bitte schön zurück zu der anderen Angelique, die ohne É, und deren Satz:
And all I can do is sit here and cry

Denn der JB erinnert sich, dass dieser englische Verb, to cry, ist nicht nur aus dem frantsösischö crier (= schreien) entlehnt, und das genau im frühen 14. Jahrhundert, teilt etymonline mit, aber peu à peu den uralten pangermanischen Verb to weep ersetzt hat. Im Alten- und Mittelenglisch hat man nämlich to weep benutzt. Francis Henry Stratmann, in seinem Dictionary of the Old English Language von 1878 zeigt es uns:


Aber zwischen der Kruste (= crust) und der Kuh (= cû < cow) gibt es kein kraj (= cry). Pech für die heterosexuellen mittelalterlichen englischen Skinheads von damals: No woman, no cry. Oder andersrum: No cry und sowieso no woman. Die homosexuellen mittelalterlichen englischen Skinheads haben sich gefreut.


So ist es mittlerweile nicht passiert. Das heisst: to cry hat sich nicht zu to weep substituiert. Beide Verben haben ihre eigene Bedeutung bekommen. Der ursprüngliche wepan hat das Weinen bezeichnet, wo der frantsösischö crier für das Heulen charakterisiert hat. Besser: weeping hat man silently, also leise, und crying audibly, also hörbar, gemacht. In seinem 1794 Buch The distinction between words esteemed synonymous in the English language erklärt uns John Tusler den Unterschied:


Der letzte Satz, behauptend dass Kinder eher heulen und Erwachsenen aber lieber und bitte schön weinen würden, ist nur ein Standpunkt. Das möchte der JB betonen. Nehmen wir Angélique, zum Beispiel: sie hat immer geheult, also cried. Nur hat sie geweint, also wept, wenn sie Sexkummer hatte. Ausgerechnet das versteht der JB ganz gut.

Aber zurück zu John. Denn sein Buch wurde in 1803 beinahe kopiert (oooh!) und als English synonymous bennant — und auch köstlich erweitert:


Ist das nicht schön?
Es ist nicht der Lärm, den wir machen, der einen grösseren oder kleineren Mass von Trauer bezeichnet; denn der heimliche Weiner könnte mehr verzweifelt sein als der, der laut heult.
Und es gibt noch besseres!
Vom Erlebnis her wurde das Heulen so empfunden, dass es zur grösseren Entlastung von Betrübnis bringt.


Der JB sagt einfach: wunderbra!
Es ist ein Trost für uns alle. Egal, ob wir weinen oder heulen; egal ob laut oder leise, egal ob alleine oder mit Anderen, Tränen vergiessen ist gut und lindert.

Eins ist dennoch sicher: heutzutage wird man generell eher to cry als to weep benutzen. Also, im diesen Sinne hat to cry to weep ersetzt. To cry ist im modernen Englisch genauso alltäglich wie to weep im Alt- und Mittelenglisch es war. Wenn man aber in den feinen Nuancen der Verben gehen will, gelten die damaligen Unterschiede immer noch, wie das Merriam Webster's Dictionary of Synonyms von 1984 es betont:


Aber in seiner Suche hat der JB was ganz kurioses gefunden. Etwas, dass selbst Angélique gern sehen und lesen würde, ausgerechnet in ihrem Softporno: die englische pornographische Version der… Bibel! Doch! Das ist auf Scots geschrieben, also eine Sprache nah dem Englischen, die in Schottland geredet ist. Denn dort sagt man weder to cry noch to weep, sondern to greet. Und das würde man auch in Nordirland machen, hat der JB gelesen. Vielleicht N greets auch manchmal… Jedenfalls steht der Text rechts auf Mittelenglisch, und der links auf Scots:


"After the cock crows" — Boah! Vollporno, ey! Denn, soweit der JB weiss, bedeutet cock nämlich:

Also die richtige Übersetzung ist:
Wenn dein Puller schreist, wirst du mich verleugnen —
[zwischen den Zeilen: weil der zu einem Anderen geht!]
und dann ging er [zu ihm —Wort fehlt] und grüsste und empfing [ihn — Wort fehlt hier auch].
[zwischen den Zeilen: der Zweite hat sich überlegt, genau wie Angélique mit Jeoffrey, und hat letztendlich gedacht: ach, es lohnt sich doch mit ihm.]

Doch, DAS ist die richtige Übersetzung, denn das Pons Wörterbuch erklärt nämlich:


Oooh! Die Bibel würde dann in Schottland die ganze Zeit über Penisse und Phallusse Phalli* reden? Und der JB hat davon nie Bescheid gewusst?! Das ist aber Murks und Tricks und Betrug!
* = doch, Phallus wird anscheinend Phalli im Plural auf Deutsch — auch das ist dem JB ein Rätsel!!! Oh, Mann! Der JB erfährt gerade, dass man auch der Anus - die Ani sagt! Es muss ein Scherz sein… Sagt wirklich ein Proktologe zu seinem Freund der Hautarzt: "Du, ich habe heute dreissig Ani untersucht, ich kann nicht mehr." Nein, oder…? Aber man sagt der Lapsus - die Lapsus und der Virus - die Viren. Deswegen macht der JB so viele Fehler auf Deutsch!!! Und wieso bitte schön heisst es das Kartoffelmus - die Kartoffelmuse? Und nicht nur das, nun hätte der Kapitalismus kein Plural! Das ist dem JB also neu!! Marx sei Dank ist der JB überhaupt kein Partisan des Kritizismus.

Aber zurück der perversen schottischen Bibel. Falls der JB nicht Bescheid wusste, hat schon Shakespeare das alles studiert. Doch! Der! Englands grösste Theaterautor! In A Dictionary of Sexual Language and Imagery in Shakespearean and Stuart Literature von Gordon Williams (1994) liest der JB die genaue Bedeutung von das Wort tear, also Träne:


Und unserer alter guter to weep ist auch dabei… Der JB kann es gar nicht fassen!


Selbst Susan Sontag († RIP) hat das benutzt, und der JB hat es nie gewusst. Wenn es so ist, nimmt der JB erstmal Angéliques arsenbeschmiertes Nachtkleid und geht einige bösen Personen peitschen. Und dann wird er Angeliques Lied wieder hören und weinend mitsingen:
And all I can do is sit here and cry