Elling vit dans une HLM comme l’a fait toute sa vie Einar Gerhardsen
Eh oui, les temps ont changé. Et ce changement, tout comme la réalité historique dont il découle, est aussi opaque pour le lecteur français qu’il saute aux yeux de tout lecteur norvégien qui lit le roman consacré à Elling, publié en 1996 en Norvège.
À cet égard, Ingvar Ambjørnsen a aussi écrit une chronique sur cette social-démocratie norvégienne finissante, sur cet État Providence à l’agonie dont les travaillistes avaient pourtant voulu qu’il veille sur un peuple cimenté par l’égalité et la justice sociales. Dès son entrée en littérature en 1981, Ambjørnsen n’a eu de cesse de dépeindre l’univers des exclus, qu’ils soient toxicomanes, étrangers ou, comme Elling et Kjell Bjarne, placés dans une institution psychiatrique. Mais Elling, le roman, s’inscrit dans un motif littéraire inhérent à la fin des années 80 et du début des années 90, qui correspondent aux « années Gro » et voient des auteurs se pencher, sous la forme romanesque, sur l’histoire et le destin de la social-démocratie. C’est précisément le sujet de la fresque de Roy Jacobsen publiée en 1991 et non traduite en français, Les Conquérants ; de même, Einar Gerhardsen devient le héros in absentia d’un roman pour enfants de Ragnar Hovland
«La démocratie exige la responsabilité de tout un chacun si nul ne souhaite qu’elle périclite et meure», martèle Elling dans un courrier des lecteurs aussi hystérique qu’il l’est lui. Mais derrière l’humour surgit à tout moment cette interrogation d’un écrivain à travers son personnage, un questionnement très norvégien, très scandinave, et toujours d’actualité jusque sous nos latitudes : quid de cette égalité pour tous ?