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lundi 13 décembre 2010

Un quisling

Et JB doit traduire la phrase suivante:
(…) siden nazistene heller ikke trivdes men en så overivrig og bokstavelig miniquisling.
Et le mot qui pose problème est miniquisling, autrement dit un mini-Quisling, du nom du Vidkun Quisling, équivalent norvégien du Pétain français et fusillé le 24 octobre 1945 pour collaboration avec l'ennemi et haute trahison.

JB pourrait donc tout simplement traduire:
“D’autant plus que les nazis n’étaient pas non plus à la noce avec un véritable Quisling miniature aussi zélé que lui.”
Mais il serait obligé de faire une note, expliquer qui était Quisling, cela interromprait la lecture sans que l'effet sémantique et l'allusion historique fasse mouche auprès du lecteur français.
Bon.

Et il traduit d'autant moins ainsi que quisling est devenu un substantif qui signifie: traître, collaborateur. Dans le roman, le personnage mélange les deux personnages. D'une part l'homme réel qu'était Vidkun Quisling, puisqu'il dit - et c'est JB qui met entre parenthèses) - bokstavelig (mini)quisling, en traduction directe: un (mini)quisling à proprement parler (bokstavelig = littéralement). D'autre part le substantif avec l'emploi de l'adjectif invariable mini qui vient renforcer l'idée tant du dictateur que du collaborateur qu'était l'homme.

Mais cette substantivation du nom, ce qu'en linguistique on appelle une antonomase, ne vient pas du norvégien mais de l'anglais, comme nous l'indique le Wikipédia français:


Voyons ce qu'en dit le Wikipedia anglais, qui a une entrée spécifique pour l'antonomase:


Un quisling, encore une fois, c'est à la fois un traître et un collaborateur - les deux sens sont inscrits dans le mot. Par acquit de conscience, JB va vérifier dans etymonline et trouve la mini(!)bourde suivante, qu'il souligne:


"Dans un contexte suédois", c'est cela, oui… Oh, après tout, tout ça, c'est le Nord, hein… les Vikings, machin, d'autant l'autre gugusse s'appelle Vidkun: Vidkun, Viking, truc, bidule, grüt…

Mais revenons à Quisling et au quisling.
Si le substantif quisling est passé dans le langage courant en anglais britannique (mais moins américain) et dans les langues scandinaves, ce n'est pas le cas en France. Et qu'est-ce qu'on dit en français courant, encore aujourd'hui en 2010? On parle de collabo. Il suffit, pour s'en convaincre, d'aller vérifier les occurrences sur gougueule. De fait, on obtient… 5,9 millions de résultats! 5,9 millions! Si on ramène ça en chiffres, et l'approches comme la recherche sont uniquement quantitatives et non qualitatives, et qu'on la compare au nombre d'habitants en France, on obtient du 10%, cela signifie alors que, dans l'absolu, c'est comme si 10% de la population française utilisaient le mot au quotidien. Pour s'en convaincre doublement, on va voir dans gougueule vidéos et on voit que n'importe qui est passé à la sauce collabo:


Et, en cherchant ces occurrences, JB tombe sur les 10 insultes prononcées pendant l'affaire Woerth et JB ne peut résister au plaisir de rafraîchir la mémoire de ses petits amis avec le mot employé par l'ancien ministre lui-même. C'est Rue89 qui raconte:


Et JB résiste d'autant moins à ce (petit) plaisir que, pas plus tard que tout à l'heure, il lisait dans Le Monde, ce qui l'avait bien fait ricaner:


Car JB rigolait vraiment. Mais jaune. Car il est prêt à prendre le pari que Woerth, comme Longuet avant lui, sera rebondir et ressurgir dans quelques années, blanchi et probe, juré-craché, etc.
Bref.

Mais JB revient à ses moutons de traduction.
Et voilà comment il va traduire:
D’autant plus que les nazis n'étaient pas non plus à la noce avec un minidictateur et un collabo hyperzélé comme lui.
Il s'explique.
JB a donc doublé l'image. Il a ainsi restitué les deux réalités du mot quisling: tant l'homme politique (= dictateur) que l'antonomase (= collabo). Dans collabo, en français, est sous-entendue l'idée de traître, inutile donc de le répéter. Il a été fidèle à l'emploi par Jonny Halberg de l'adjectif invariable mini, qu'il a pour sa part accolé au substantif dictateur et a suivi ce principe de fidélité avec l'adjectif zélé, transformé pour l'occasion en hyperzélé afin de: 1) restituer l'adverbe så (= si); 2) proposer un effet miroir de l'hyperbole minidictateur.
C'est compris? C'est clair?

Allez, on se quitte sur une des chansons préférées de JB (qui l'a fait écouter sur le blog tatoué et fumeur des fois et des fois), The Wicked, un morceau des Reggae Boys de 1969 qui va si bien avec les quislings en tout genre, y compris l'ancien ministre du Budget (question: le patronyme Woerth deviendra-t-il une antonomase?). Puisque, comme le chantent les Reggae Boys: "As far as I can see at the wicked, they must survive / they wouldn't mind if don't stay alive as long as they survive."

dimanche 12 septembre 2010

For dengande

Et JB doit traduire cette phrase du roman pour enfants écrit par Maria Parr, Tonje Glimmerdal (et c'est lui qui souligne):
Und der JB muss diesen Satz von Maria Parrs Kinderbuch, Tonje Glimmerdal, übersetzen:
Vi kan då for dengande lage helsecamping, vi også.

In der Tat ist diese Konstruktion, for dengande, problematisch. Nie hat der JB sie gelesen. Er weiss aber: 1) der Roman ist in neunorwegisch geschrieben, es kann sich um eine arkaische Form handeln; 2) die Geschichte spielt sich in in Sunnmøre, eine Region von Westnorwegen und sicher ist es ein dialektales Wort, umso sicherer 3) seitdem der, der diesen Satz sagt, ein älterer Mann ist.
De fait, c'est bien cette construction, for dengande, qui est problématique. JB ne l'a à ce jour jamais lue. Mais il sait néanmoins que: 1) le roman est écrit en néo-norvégien, il peut donc s'agir d'une forme archaïsante; 2) l'histoire se passe dans l'ouest de la Norvège, dans le comté du Sunnmøre et nous sommes très certainement face à un terme dialectal, ce d'autant plus que 3) celui prononce cette phrase est un vieux monsieur.

JB comprend que la locution for dengande est une interjection proche du juron, formée sur le verbe à l'infinitif denge, ici conjugué au participe présent; verbe qui signifie tabasser (on dit souvent denge løs på én = tabasser qqun). La préposition for, qui ouvre la locution et signifie littéralement pour, se traduirait ici plutôt par par, comme dans par Dieu!, par Jupiter!, par Toutatis! Toutefois, et comme d'habitude, et encore plus parce que la construction est pour JB un hapax (un terme qu'on ne trouve qu'une seule fois dans la littérature), il va chercher sur ordnett le participe présent dengende en bokmål (la langue parlée par +/- 75/80% de la population norvégienne):
JB versteht wohl, dass die Redewendung for dengande eine Interjektion am Rand des Schimpfwortes ist, die mit dem Verb denge gebildet ist, der hier aber als Partizip Präsens gebeugt ist und eigentlich prügeln bedeutet (man sagt oft denge løs på én = jdn verprügeln), und mit der Präposition for gebildet ist, die man hier eher mit um übersetzen könnte/würde, wie in Um Gottes Willen! Dennoch, und wie immer, und desto mehr seitdem die Konstruktion für den JB ein Hapax ist (= ein Wort, dass man nur ein Mal in der Literatur findet), geht er bei ordnett den Partizip Präsens dengende in Bokmål (die Sprache Norwegens, die von ca. 75/80% der Bevölkerung gesprochen ist) suchen:


Hammanich.
Y a pas.

Pas grave. Il va voir en néo-norvégien.
Nicht schlimm. Er sucht auf neunorwegisch:


Okay. Hier sind es mehrere Informationen angegeben:
1) Wenn das Partizip Präsens nicht als "eigenes" Wort rauskommt, heisst es dass die Konstruktion eher selten ist - sie besteht, ist aber selten.
2) Das Suffix -je im Infinitiv zeigt uns, dass das Verb eine kausative Bildung ist, was man auch mit dem -ja von dengja auf altnordisch sieht (hier Beispiele auf Deutsch von dieser kausativen Verbbildung).
3) Dengje oder denge bedeutet schlagen, egal ob das Prädikat eine Sache (das Wörterbuch sagt, dass es dann sich entweder um Eisen, Lein oder Lehm handelt) oder einen Menschen ist (und dann geht es mehr, wie wir es oben gelesen haben, um prügeln).

Okay. Nous avons ici plusieurs précieuses informations.
1) Si le participe présent ne ressort pas en tant que mot autonome, c'est que la terme est rare - il existe, mais il demeure rare.
2) Le suffixe -je de l'infinitif nous indique qu'il s'agit d'un verbe dit causatif, c'est-à-dire qui marque une action, ce que l'on retrouve également dans le suffixe -ja de l'infinitif dengja en norrois (= le vieux nordique).
3) Dengje ou denge signifie frapper, battre que l'objet soit une chose (le dictionnaire indique qu'il s'agit alors de fer, de lin ou de cuir) ou un être (et dès lors, c'est davantage le sens, comme on l'a vu plus haut, de castagner, tabasser dont il est question).

On va tout de même vérifier dans Kvasir (l'équivalent norvégien de gougueule) les occurrences de for dengende.
Trotzdem geht man bei Kvasir (das norwegische Pendant zu KGuhgel) nach eventuellen Ergebnisse für for degende suchen:


Jetzt noch: hammanich.
Cette fois encore: y a pas.

Pas grave, on regarde avec la forme en néo-norvégien dengande. Et le moteur de recherche crache 1 résultat. Un seul!
Nicht schlimm, man sucht dann die neunorwegische Form dengande. Und allerdings spuckt die Suchmaschine 1 Resultat. Nur einen, aber immerhin!


Sehr lustig… Also das Wort taucht anderswo im gleichen Roman von Maria Parr auf. Diesmal zwar als Adjektiv, und um das Wort dritt, also Scheisse, zu bezeichnen. Was sagt uns das? Dengande, egal was es bedeuten sollte, ist also ein Schimpfwort!
Très drôle… Cela signifie donc que le terme réapparaît à un autre endroit du roman de Maria Parr. Cette fois sous une forme adjectivée et en tant qu'épithète du nom commun dritt, c'est-à-dire merde. Et qu'est-ce que cela nous dit? Dengande, quel que soit sa signification, est effectivement un juron!

Que se passe-t-il si on cherche for dengande?
Was geschieht, wenn man for dengande sucht?

Ge-nau! Noch wieder hat es mit Maria zu tun, und diesmal benutzt sie die Konstruktion in einem Artikel über die neunorwegische Sprache, den sie geschrieben hat (unten wird sie zitiert).
Gagné! Encore une fois cela a à voir avec Maria, et c'est cette fois elle-même qui utilise la construction dans un article écrit de sa main sur la la langue néo-norvégienne (et elle est citée dans l'article ci-dessous).



Cela signifie au final: dengande/for dengande est en tout cas une locution "parrienne", si cen'est une construction (archaïsante) néo-norvégienne ou bien un terme dialectale du comté du Sunnmøre.
Das heisst letztendlich: dengande/for dengande ist auf jeden Fall eine "parrsche" Redewendung, wenn nicht eine neunorwegische (arkaische?) Konstruktion bzw. ein dialektales Wort aus der Sunnmøre-Region.


Kann man davon sicher sein? Kann die Sprachwissenschaft uns hier nicht irgendwie helfen? Der JB ist nämlich der Meinung, dass die Linguistik viele Fragen bzw. Übersetzungsprobleme beantwortet. Also begibt sich der JB sich auf der Suche in alten norwegischen Wörterbüchern.
Peut-on en être sûr? La linguistique peut-elle ici nous aider? De fait, JB est d'avis que la linguistique peut résoudre de nombreuses énigmes lexicographiques et solutionne de nombreux problèmes de traduction.

On commence par le Ordbog over det gamle norske sprog (= Dictionnaire de la langue ancienne norvégienne) de Johan Fritzner, datant de 1867, mais qui nous renvoie à la période allant de +/- 800 jusqu'à la Réforme, et couvre donc l'âge Viking.
Wir fängen an mit dem in 1867 herausgegebenen Ordbog over det gamle norske sprog (= Wörterbuch der alten norwgesichen Sprache) von Johan Fritzner, das die periode zwischen ca. 800 bis zur Reformation deckt,also inkl. das Wikingeralter:


Also findet man die verschiedenen Bedeutungen, die wir schon oben hatten. Slå = schlagen, banke = klopfen, hamre = hämmern. Aber mit einer vielleciht wichtigen Präzision: das Verb brauchte man, als man die Sense (= ljå) benutzt hat. Vielleicht kann es auf deutsch Ideen zu einer "modernen" Redewendung führen. Vielleicht gibt es auf deutsch so arkaische Schimpfworte, die mit dem Wort Sense gehen. Da hat man nämlich ein Teil seines Pflichtes als ÜbersetzerIn erfüllt: treu sein.
Et donc on retrouve les différents sens, que nous avions déjà plus haut. Slå = frapper, banke = battre, hamre = marteler. Mais avec une précision qui peut être d'importance puisque, à l'époque, en vieux norvégien, on utiliser ce verbe pour décrire l'action du maniement de la faux (= ljå). Peut-être cela peut-il nous donner des idées pour la construction d'une locution en français. Peut-être existe-t-il au fond, en français, une tournure archaïsante qui emploie le terme faux. Et dès lors le/la traducteur/trice aura rempli une partie de son devoir: être fidèle.

On continue l'analyse diachronique en cherchant cette fois dans le Norwegisch-dänisches etymologisches Wörterbuch (= Dictionnaire étymologique du dano-norvégien) de Falk & Torp, publié en 1910, et qui couvre pour sa part toute la période correspondant plus ou moins au riksmål, c'est-à-dire le dano-norvégien, l'ancêtre du bokmål contemporain.
Man geht weiter in der diachronischen Analyse, indem man diesmal in dem Norwegisch-dänisches etymologisches Wörterbuch (= Dictionnaire étymologique du dano-norvégien) von Falk & Torp sucht, das in 1910 herausgegebn wurde und das die Periode des Riksmåls deckt, also dieses "norwegisch-dänisch" bzw. "dänisch-norwegisch" deckt, mit anderen Worten die Vorsprache des Bokmåls:


Tja… Das bringt uns nicht viel. Man hat bloss die Bestätigung darauf, was man daoben behauptet hat:
• das Verb ist kausativ;
• das Wort wurde in der Tat mit der Verwendung einer Sense bzw. Schneide benutzt;
• inszwischen (diachronisch muss man nun verstehen) beudetet es prügeln;
• die Etymologie sagt uns, dass das Wort von einer indogermanischen Wurzel °dheng bzw. °dehn kommt.
Und ausgerechnet das ist spannend! Warum? Man sieht, dass dieses Urwort °dheng wiederum Worte wie dette (= rausfallen) oder dingle (= baumeln) gebildet hat. Durch die verschiedenen Semantismen und Analogien kann man vielleicht auf deutsch eine genauere Lösung finden…
Hum… Cela ne nous apporte a priori pas grand-chose, sinon la confirmation de ce qu'on supposait supra, à savoir:
• le verbe est une forme causative;
• le terme s'emploie effectivement lors de la manipulation d'une faux ou d'un tranchant;
• entre-temps (d'un point de vue diachronique, s'entend), le verbe signifie rosser;
• l'étymologie nous indique que le mot vient d'une racine indo-européenne °dheng bzw. °dehn.
Et ça c'est passionnant! Pourquoi? Parce que cet étymon °dheng a pour sa part donné les verbes dette (= s'effondrer) oder dingle (= se balancer). À travers les différents sémantismes und analogies, peut-être peut-on trouver en français une meilleure solution, ou un équivalenttrès proche.

Toutefois, comme Maria Parr écrit en néo-norvégien, on va faire une ultime vérification dans le Norsk ordbog d'Ivar Aasen, datant de 1873 et qui décrit davantage ce qui était alors le landsmål, à savoir l'ancêtre du nynorsk = le néo-norvégien.
Aber, seitdem Maria Parr aufneunorwegisch schreibt, macht man eine letzte Überprüfung in dem Norsk ordbog von Ivar Aasen, das in 1873 herausgegeben wurde, und das sich eher auf das landsmål, das heisst die Vorsprache des Nynorsks = Neunorwegisches konzentriert.


Ivar Aasen macht hier eine Zusammenfassung von allem, was man schon hier und dort gelesen hat. Man hat mit unddank ihm sozusagen die verschiedenen Bedeutungen und Semantismen gefegt. Man weiss ganz genau, wo man sich lexikografisch befindet.
Ivar Aasen résume tout ce qu'on a pu lire ici et là. On a ainsi, avec et grâce à lui, balayé et balisé toutes les significations et sémantismes. On sait très exactement où l'on se trouve d'un point de vue lexicographique.

Toutefois, et par curiosité, on va aller voir cette racine indo-européenne, histoire de vérifier si elle ne peut pas nous donner des idées. Et c'est dans le dictionnaire de Julius Pokorny qu'on trouve une longue et évidemment passionnante explication.
Dennoch, und weil man gern neugierig ist, geht man die indogermanische Wurzel überprüfen, auch um zu sehen, ob sie uns nicht Ideen geben kann. Julius Pokornys Wörterbuch gibt uns eine lange und selbstverständlich spannende Erklärung:


Die diachronische Analyse ist sehr interessant: von fliessen hat das Wort Handfläche und dann schlagen bedeutet. Und gerade das ist sehr schön… Welcher Schriftsteller hat geschrieben, dass die Grenze zwischen einer Ohrfeige und einem Streichel ganz dünn war? Lars Saabye Christensen? Der JB ist sich nicht mehr so sicher, aber er glaubt, es ist der Lars. Sonst findet man hier die sämtlichen Verben, die wir schon gekreuzt haben. Wohl zu merken, dass das Etymon fast nur in Worten von den germanischen Sprachen wiederauftaucht - mit einer Ausnahme: auf albanisch. Was sagt es uns, anthropologisch und ethnolinguistisch? Was sagt uns diese diachronische Analyse über die Vorstellung der uralten germanischen Völkern von der Hand? Wie sie sich bewegt, was sie macht, wozu sie dient. Der JB könnte stundenlang darüber grübeln…
Der Kluge sagt uns aber:
dengeln (12. Jahrhundert), mhd. tengelen. Einwohl nur wegen seiner speziellen Bedeuntung (“die Sense schärfen”) schlecht bezeugtes Verb. Formen mit l sind ahd. tangil “Dengelhammer”, ahd. tengilari, tengilari “Kaltschmied”; Formen ohne l führen zunächst auf gotisch °dang-eja- “hämmern, dengelen” in altnordisch dengja, altenglisch dencgan, mhd. tengen; dazu vielleicht als usprüngliches starkes Verb altschwedisch diungha “schlagen” (nur Präsens, selten), mittelenglisch dingen, dengen “schlagen”. Weitere Herkunft unklar. Die neuhochdeutsche Form kann von dem Gerätenamen (ahd. tangil) abgeleitet sein (also “mit dem tangil arbeiten”) oder eine Iterativ-Bildung zu mhd. tengen darstellen.
Und hier sieht man auf deutsch die genaue diachronische Entwicklung des Wortes. Heisst es, man könne mit dengelen eine Lösung finden???

En français maintenant.
L'analyse diachronique est très intéressante: de couler, le terme a ensuite désigné la paume de la main pour enfin signifier frapper. Et ces analogis sont superbes… Quel auteur a écrit que la frontière entre une caresse et une claque est ténue? Lars Saabye Christensen? JB ne s'en souvient plus exactement, mais il pense que c'est Lars. Sinon, on trouve dans l'explication de Pokorny tous les verbes qu'on a pu croiser jusqu'à présent. Et on note que l'étymon n'apparaît que dans des mots appartenant aux langues germaniques - à une exception près: l'albanais. Qu'est-ce que cela nous dit d'un point de vue anthropologique et ethnolinguistique? Que nous dit cette analyse diachronique de la conception de la main qu'avaient les anciens peuples germaniques? Comme elle se meut, ce qu'elle fait, ce à quoi elle est utilisée. JB pourrait y réfléchir pendant des heures et des heures…


Ziel hier ist nicht eine deutsche Lösung zu finden. Das verlässt der JB seiner liiieben Kollegin Christel, die Maria Parr auf deutsch übersetzt. Aber die französische Lösung ist hierunten, aber auf fransösischö, zu lesen.

Et maintenant, la solution en français.
Il faut donc trouver une solution plutôt archaïsante, et surtout plutôt amusante.
À quoi ressemblerait la phrase en français?
Nous aussi on peut le monter, notre camping.
Et donc, entre ces mots, il faut glisser une interjection, un juron, un terme familier. Sachant que le camping en question fait référence à celui de Klaus Hagen qui est méchant, mais alors méchant méchant méchant.
On pourrait s'imaginer d'associer le nom de Klaus Hagen à une insulte. Puisque cette phrase est prononcée dans le contexte suivant: une famille danoise passait ses vacances dans le camping de Klaus Hagen où les enfants sont interdits de séjour. Le propriétaire du camping, qui porte le nom de Parcours de Santé, les a finalement renvoyés parce que les trois enfants faisaient trop de bruit.

On pourrait donc trouver un surnom amusant, qui fonctionne sur des allitérations avec le nom de Klaus Hagen. Pourquoi un terme qui repose sur une allitération en français sur les consonnes?
Voyons d'abord la transcription phonétique de son nom: [klæʉ̯s ha:gən]
a) ces consonnes K et G en norvégien sont des consonnes dites sourdes et trouveront leurs équivalents en français dans les consonnes C et/ou G et/ou S, celles-ci étant prononcées [k] comme dans cancrelat et G [g] comme dans gougnafier et [s] comme dans sagouin.
b) ces consonnes, parce qu'elles sont dures et sourdes, résonnent mieux, renforcent l'allitération et, par conséquent, la dureté du nom, et donc de l'insulte.
c) les voyelles se prononcent complètement différemment en français et en norvégien.
On pourrait aussi aller puiser dans le richissime vocabulaire du Capitaine Haddock. Oui. Lui précisément car:
a) il a un certain âge;
b) il invente des expressions et locutions qui n'existent pas, un peu comme le fait Maria Parr avec ses personnages.
Pour notre chance, Wikipédia a recensé toutes les expressions du Capitaine Haddock. Et de tous les termes, on retient les suivants:
cloche à fromage
crétin des Alpes
bachi-bouzouk
ectoplasme
garde-côtes à la mie de pain
gros-plein-de-soupe
porc-épic mal embouché
concentré de moule à gaufres

Gros-plein-de-soupe est une fausse bonne idée puisque Klaus Hagen n'est pas gros. Idem pour crétin des Alpes puisque Klaus Hagen n'est pas forcément crétin: il est méchant, certes, mais pas idiot. De plus, utiliser ces tournures revient à faire de l'oblication sémantique: insuffler du sens discriminatoire là où il n'y en a pas.
Concentré de moule à gaufres ne va pas non plus puisque les gaufres ont une valeur positive chez Maria Parr dont le premier roman n'est autrement intitulé que Cascades et gaufres à gogo.
Garde-côtes à la mie de pain, qui est absolument excellent, fonctionnerait d'autant plus que Klaus Hagen est tout le temps posté derrière la fenêtre de sa réception à épier les allées et venues d'untel et d'unetelle. On pourrait aussi penser à garde-chiourmes, mais c'est pour le coup exagéré, tant au niveau du sémantisme que du registre.
Porc-épic mal embouché ou ectoplasme fonctionneraient eux aussi à merveille. Mal embouché est décidément un épithète qualifiant Klaus Hagen. De même, ectoplasme a l'avantage d'être court, donc de "claquer", et encore plus puisque le mot a trois lettres (dont une voyelle) sur lesquelles on puisse appuyer l'allitération.
Voyons voir:
Y a pas que ce porc-épic mal embouché de Klaus Hagen qui peut avoir un camping. Nous aussi on peut monter le nôtre!
Nous aussi on peut monter notre camping. Y a pas que cet ectoplasme de Klaus Hagen qui peut en avoir un!
Et, au final, j'aurais tendance à opter pour cette solution:
Nous aussi on peut monter notre camping. Y a pas que ce porc-épic mal embouché de Klaus Hagen qui peut en avoir un!

Et voilà.
Mais vous pouvez bien sûr donner votre avis, mes petits amis.

lundi 26 juillet 2010

[nor∫k]

Et JB, sérieux comme un pape à la fraîche comme à la nuit, traduit toujours, et toujours la nouvelle de Sara. Et il traduit quelle phrase? Celle-ci:
(…) le Piano Man avait a priori réagi au norvégien quand on lui avait présenté des langues étrangères diverses et variées pour le faire identifier ses origines (…)

Und der JB, fleissig in der Früh sowie in der Spät, übersetzt immer noch, und immer noch Saras Novelle. Und welchen Satz übersetzt er? Diesen (und es wird, sorry, die kurze Version - naja, der JB übersetzt nüsch ins Deutsche, sein Multitasking kennt gewisse Grenzen):
(…) der Pianomann hatte anscheinend auf Norwegisch reagiert"
(ja, ja, ja, auf fransösischö und svenska ist es viel schöner)

Und es fällt dem JB ein, dass er seit fast zwei Jahren auf diesem rauchenden und tätowierten Blog über die norwegische Sprache Tag ein Tag aus redet, selbstverständlich denn er übersetzt sie, aber er hat sich fast nie die Gelegenheit genommen seinen Lesern die Sprache vorzustellen. Aber heute Abend repariert er seinen Schnitzer, und dank seinen neuen Freund Galstrim könnt ihr jetzt die wichtigsten Worten lernen. Bitte schøn!
Übrigens, norwegisch heisst norsk auf Norwegisch und wird so ausgesprochen: [nor∫k].

Et JB prend brutalement conscience qu'il parle jour et nuit depuis bientôt deux ans sur ce blog tatoué et fumeur de la langue norvégienne, normal puisqu'il la traduit, mais qu'il ne s'est jamais emparé de l'occasion qui pourtant lui tendait quotidiennement les bras pour présenter la langue en question à ses lecteurs chéris. Mais il peut  dès ce soir réparer sa bourde et, grâce à son nouveau poteau Galstrim, vous allez pouvoir apprendre les mots les plus importants en norvégien. Merci qui?
Au fait, norvégien se dit norsk en norvégien et se prononce: [nor∫k].




Et maintenant, on peut écouter en norsk dans le texte l'un des rares groupes de ska norsk à peu près potables. Ils sont de Trondheim et ils s'appellent Hopalong Knut. Mais d'eux, Suppe (oui: la soupe) est mieux, on l'avait déjà fait écouter ici à cette époque.
Und nun können wir auf norsk eine der seltenen quasiguten norske Skabands. Die kommen aus Trondheim und heissen Hopalong Knut. Aber von ihnen ist Suppe (ja, wie auf deutsch) viel besser, aber die hatten wir hier schon gehört.

mercredi 14 juillet 2010

Arne Nordheim († RIP)

Et on apprend maintenant seulement qu'Arne Nordheim est décédé le 5 juin dernier à Oslo, à l'âge de 79 ans.

Arne Nordheim était un compositeur. Le pionnier de la musique d'abord électro-acoustique puis électronique norvégienne. Son plus grand morceau, à mes yeux et mes oreilles, demeure Polypoly, composé en 1970 en tant qu'illustration sonore du Pavillon scandinave de l'exposition universelle d'Osaka. Cette pièce musicale, qui dure 21'41'', a cela d'original qu'elle se compose de six bandes magnétiques - et je cite le texte de Morten Eide Petersen (qui a réédité en 2002 pour le label Rune Grammofon, le disque Electric, de 1974, où figure Polypoly) - "de différentes longueurs, comprenant des matériaux divers et variés de musiques concrètes et électroniques. Ces différentes longueurs permettent aux sonorités de surgir dans des constellations symphoniques inédites chaque fois qu'une bande magnétique est terminée puis recommence. Ce n'est qu'au bout de 102 ans d'interprétation que la pièce musicale reviendra à son point de départ."
Si toitube ne propose hélas pas Polypoly, il permet toutefois d'écouter Hovering.

dimanche 14 mars 2010

Oslo, Nationaltheatret stasjon, 1540 GMT+1

© icke

La Norrrvèche (3)

"But don't change your hair for me / Not if you care for me / Stay little valentine stay / Each day is valentines day" - écrivaient en 1937 le duo Rogers & Hart pour une chanson qui allait devenir un standard du jazz (le morceau apparaît sur 3258 disques, nous indique allmusic.com). Mais une version peu connue du grand public est celle de la Norvégienne Radka Toneff, en 1979. On écoute.


"But don't change your hair for me / Not if you care for me / Stay little valentine stay / Each day is valentines day" - schrieben in 1937 das Duo Rogers & Hart für ein Lied, das ein Jazzstandard werden sollte (das Stück taucht auf 3258 Schallplatten auf, teilt allmusic.com mit). Aber eine nicht so bekannte Version davon ist die, die die Norwegerin Radka Toneff in 1979 durchgeführt hat. Lass uns es hören.




Non, ne change pas tes cheveux… - a-t-on envie de dire à une personne particulière.


Radka Toneff a eu une carrière météorique, jalonnée par trois albums et un album en concert (à Hambourg). Et c'est tout. Ça s'arrête là. Elle s'arrête là. Elle se suicide. On la retrouvera dans une clairière non loin d'Oslo, un mélange d'alcool et de cachets ont eu raison d'elle. Et pourtant un doute subsiste: a-t-elle vraiment voulu mourir? Dans sa biographie consacrée à la chanteuse, Marta Breen explique que Radka Toneff a probablement fait une chute, mais que la température (c'est la nuit du 21 octobre 1982) et le mélange ingurgité l'ont empêchée d'être sauvée. Sa mère, Sis: "En fait, elle ne voulait pas se suicider: je crois qu'elle voulait qu'on la retrouve avant que ce ne soit trop tard. C'était un appel au secours auquel personne n'a répondu."
Autre question: peut-on dire que Radka Toneff a une voix typique des années 70? Parfois, on pense à Karen Carpenter, par rapport tant au destin personnel qu'à la couleur particulière de la voix. Elles avaient toutes deux une modulation particulière, une tessiture riche qui leur permettait de passer d'un registre aigu à un registre plus grave - même si celle de Radka Toneff est plus haut perchée que celle de Karen Carpenter.

De père bulgare et de mère norvégienne, Radka Toneff a une éducation musicale classique mais s'oriente très vite vers le jazz. Exigeante envers elle-même mais aussi envers les autres, elle n'aura peut-être jamais supporté la sévérité qu'elle imposait à son interprétation, elle qui semble avoir toujours souffert de ne jamais pouvoir tout à fait jouer ses morceaux. Elle le dit dans une interview, peu de temps avant sa mort: "J'étais plus courageuse autrefois, je n'avais pas tout à fait conscience de ce dans quoi je m'étais lancée, je ne savais pas grand-chose. Mais avec l'expérience et la connaissance vient le perfectionnisme. Et mon objectif demeure celui-ci: sortir un disque avec mes choses à moi: les paroles, la musique, les arrangements - tout."

Récemment, j'apprenais que Ketil Bjørnstad a composé un album avec elle. C'était en 1978, et le disque s'appelle Leve Patagonia, consacré notamment à l'écrivain anarchiste norvégien Hans Jæger (1854 - 1910). J'ai écrit à Ketil pour lui demander. Il ma répondu: "Quand je repense à Radka, j'éprouve une profonde humilité". Et c'est étrange, car en parlant d'elle avec mon ami Åge l'année dernière ou l'année d'avant, il m'avait répondu: "Tout le monde ou presque en Norvège à cette époque écoutait Radka Toneff. Tout le monde était profondément admiratif: de sa voix, de sa personnalité, de ses choix musicaux. Après son suicide, le vide a été pour beaucoup énorme."
Et du coup, le roman de Ketil prend une résonance inédite -

Mais Radka Toneff a interprété une chanson qui a pour moi une importance toute particulière. Parce que c'est une chanson de Kurt Weill, une chanson sur l'exil, sur l'espoir, sur la lucidité. Ce morceau, c'est Lost in the Stars, et l'interprétation qu'on donne Radka Toneff surpasse sans aucun doute toutes les autres. On écoute:

samedi 13 mars 2010

La Norrrvèche (2)

© icke

Comme il est écrit ci-dessus, c'est aujourd'hui qu'avec Johan Harstad et mes collègues traduisant respectivement vers le néerlandais, l'allemand et l'italien, nous allons discutailler de l'œuvre de Johan. C'est à je ne sais plus quelle heure… si: de 16 à 17h30, à Oslo, à la Litteraturhuset. Donc, si vous êtes de passage, venez nombreux, hein, ça nous fera plaisir. Takk!
En prime et en cadeau, parce qu'on est toujours un peu bath dans notre genre, un film de Johan sur les Féroé et son roman Buzz Aldrin, qui est toujours en vente dans votre bonne librairie.

vendredi 12 mars 2010

Oslo, Gardermoen, 1340 GMT+1

© icke

La Norrrvèche

Trois jours à Ouchlou… Ce blog prend quelques vacances bien que ce n'en soient pas. Retour en Norvège et retour en arrière, par le truchement de cette imbécile heureuse qu'était déjà à l'époque France Gall. On n'a jamais vu dans la capitale le fameux "traîneau" dont il est question dans la chanson - mais bon, tant qu'on a l'ivresse…

Drei Tage in Uschlu. Dieser Blog nimmt ein Paar Tage Urlaub, obwohl es kein Urlaub ist. Zurück nach Norwegen und zurück in die Zeit mit der schon damals ziemlich ollen France Gall, die über einen gewissene Christiansen schwärmt und über eine gewisse Christine lästet, "ich mag sie gar nicht, diese schöne Kusine, sie liebte ihn viel zu viel". Jaja, iss nun gut, France.

vendredi 11 décembre 2009

Mann, ey!

Profitant de la presse apportée par E en visite à la maison, je regarde dans Challenges un article sur "Les patrons [français] performants en 2009".
Jeg nytter leiligheten av at E, på besøk hjemme, har bragt med seg flere tidsskrifter, og tar en titt på en artikkel om "De [franske] effektive ledere i 2009".
Ich benutze die Gelegenheit, dass E die französische Presse mitgebracht hat, um in einen Artikkel mit Name "Die leistungsvolle [französische] Unternehmern in 2009" reinzuschauen.

Je lis la liste des 20 prénoms.
Jeg leser listen over hele de 20 fornavnene.
Ich lese die Liste von den sämtlichen 20 Vornamen:

Patrick - Xavier - Guillaume - Baudouin - Jean-Bernard - Jean-Paul - Pierre -Pierre - Benoît - Jean-Pascal - Frank - Georges - Didier - Bernard - Xavier - François-Henri - Michel - Martin - Thierry - Christophe

mann, mann, mann, mann, mann, usw/osv… Mann, ey!

En Norvège, depuis 2004 pour les entreprises publiques et depuis 2006 pour les sociétés anonymes, 40% au minimum des membres des conseils d'entreprise doivent être des femmes.
In Norwegen, seit 2004 für die staatlichen Unternehmen, seit 2006 für die privaten Unternehmen, ist es Pflicht mindestens 40% von Frauen in Vorständen zu haben.


Évidemment, on pense au SCUM Manifesto de Valerie Solanas, écrit en 1968:
Le pouvoir. Ne pouvant dominer les femmes dans ses relations personnelles, l'homme recherche la domination en général en manipulant l'argent ainsi que toute chose et tout être régi par l'argent, c'est-à-dire en manipulant tout et tout le monde. (…) Fournir un but à l’homme. Puisqu’il est incapable de profiter de l’instant présent, l’homme doit trouver un but à poursuivre et l’argent est la carotte après laquelle il peut courir éternellement: pensez un peu à tout ce qu’on peut faire avec quatre-vingts milliards de dollars: ah, investir! Et dans trois ans ça vous fera trois cent mille millions de dollars, les gars!
© traduit de l'américain par Emmanuèle de Lesseps, Éditions Mille et une nuits, 1998

Natürlich denkt man sofort an den in 1968 geschriebenen SCUM Manifesto von Valerie Solanas:
Macht und Herrschaft. Da er in seinen persönlichen Beziehungen zu Frauen unterlegen ist, strebt der Mann durch die Manipulation von Geld und von allem und jedem, das vom Geld abhängt, generelle Überlegenheit an; mit anderen Worten, durch die Manipulation von allem und jedem. (…) Erst das Geldsystem gibt dem Mann ein Ziel. Unfähig, den Augenblick zu genießen, braucht der Mann etwas, worauf er sich freuen kann; und das Geld gibt ihm ein ewiges, nie erreichbares Ziel: Stell dir vor, was du mit 80 Billionen Dollars anfangen könntest - investiere das Geld! Und nach drei Jahren hättest du 300 Billonen Dollars!!!
© aus dem Amerikanischen von Jörg Schröder, Maro Verlag, 1996

vendredi 23 octobre 2009

Mutti vs. der Jens

Also, Mutti, das kann doch nicht wahr sein! Nur 4 (v-i-e-r) Frauen in deinem neuen Kabinett. Du inklusiv, das macht 5, also nur 5 (f-ü-n-f) Frauen für 10 Männer, tsss… Und Guido als Aussenminister, also ich bitte dich: zwar wussten wir, dass er schlecht englisch redet(e), dass er aber noch dazu frech zu den Roastbeefs ist (ja, weeste, so nennen wir sie im Franzenland, oder, auf franzenländisch: les rosbifs - naja, sie nennen uns the frogs, von daher…), ist ja…, ja, eine Frechheit. Jetzt gucken wir also:



Gleichzeitig hat auch dein Kollege, der Jens aus Norwegen, diese Woche noch, seine neue Regierung gebildet. Hier ist es also schön paritär: 10 Frauen für 10 Männer (er inklusiv). Moi je dis: chapeau, Jens! Ey, Mutti, du willst doch nicht die Bananenrepublik Frankreichs imitieren und eher Bussgeld bezahlen als Frauen in politischen Toppositionen zu ernennen, oder? Das kann ich gar nicht glauben, nicht von dir! Also, wie schon dieses Jahr in Mai gesagt: "La Norrrvèche, doussse points!" Und, nicht zu vergessen, Norwegen hat auch einen, ich zitiere, Essenminister, finde ich als Bezeichnung nun nicht nur inventiv aber auch unheimlich lustig.


Det jeg sa:
Fr(a)u Merkel, som akkurat har dannet den nye regjeringen sin, har bare 5 kvinner (hun inklusiv) for 10 menn, alt imens Jens, som også akkurat har dannet den nye regjeringen sin, har 10 kvinner for… tadah! 10 menn! Til dette sier jeg bare det som ble sagt om og om igjen sist i maj: "La Norrrvèche, doussse points!" (Og bare det å ha en, jeg siterer, matminister er toppens!)

Og nå, "intermède", som det franske pompidouske fjernsynet anmeldte det (med en rød telefon mellom Elysée-palæet og redaksjonen - dette er på mote igjen i Sarkorike, takk og pris!) - altså, som lattermilde pause og som lenk til det som står der oppe, får vi nå et lite utdrag fra Stille dager i Mixing Part, av Erlend Loe. Nina Telemann og Bror Telemann, helt enkelt Telemann, dessuten en ynkelig dramaturg, holder ferie i byen Mixing Part. Mixing Part fordi verten de har leiet huset hos og av, har latt mailene sine oversettes av en eller annen Babelfishgrei; Garmisch-Partenkirchen ble til Mixing Part Churches. Nina er tyskofil mens Telemann er tyskofob. Etter å ha vært litt ugrei til Bader, altså verten, blir Telemann nødt, ja, tvunget til å gå tur sammen med ham. Og, som man jo sier på norsk, ut på tur…, jaja, dere vet (hei, Åge!).
Her et fantastisk utdrag (Telemann forstår ikke et dytt av tysk):

Tysk, tysk, tysk, tysk, tysk. 
Jeg skjønner ingenting av det du sier, Bader, altså overhodet ingenting, så det er ingen vits i å snakke. Kan vi ikke bare gå i stillhet? Det er vakkert her, det skal jeg gi deg. Til og med fantastisk vakkert.
Tysk, tysk, tysk, tysk.
Kan du ikke holde kjeften din?
Tysk, tysk, tysk, tysk, tysk, tysk, tysk.
Hva snakker du om nå? Er det krigen? Jeg gjetter at det er krigen.
Tysk, tysk, tysk.
Mener du den første krigen? Ja, den var fryktelig. Dette djevelske påfunnet med skytterravene… desto mer overraskende at dere startet den andre.
Tysk, tysk.
Dere var liksom inne i en stim. Dere tenkte bare på krig, var det ikke slik? Dere fikk ikke nok av det.
Tysk, tysk, tysk.
Jo, det er det jeg sier.
Tysk, tysk, tysk, tysk.
Ikke sant? Men heisann, der står det jo en kiosk.
Tysk, tysk.
Spør du meg om jeg vil ha en is? Ja takk. Det er snilt av deg.
Tysk, tysk, tysk, tysk.
Ikke misforstå, Bader, jeg klandrer ikke deg, du er sikkert en grei kar. Og det er på tide at vi legger alle disse krigene bak oss nå. Nina sier at dere har gjort det allerede, og kommet dere videre, på en imponerende måte. Og det kan godt hende at det stemmer.
Tysk, tysk.
Joda, men nå snakker vi ikke mer om det. La oss heller snakke om teater. Tysk teater har tross alt et nokså godt rykte. Du skjønner ikke hva jeg sier, tror jeg.
Tysk, tysk?
Tysk teater, ja, Deutscher Theater!
Ja!
Og ikke minst Volksbühne, er det ikke det det heter? I Berlin? Og Fassbinder, han lagde jo film, men film er jo på en måte teater det også, i hvert fall på det nivået, hvis du skjønner hva jeg mener.
Tysk, tysk, Fassbinder?
Ja, nå snakker vi. Nå har vi kontakt, Bader! Faen heller!
© Erlend Loe, Cappelen Damm AS, 2009


Et maintenant, la version encore plus raccourcie en français, (herrreguuud, ce qu'il faut pas faire). Un extrait du nouvel Erlend Loe, que je suis en train de lire.
L'histoire en deux mots: Nina Telemann et son dramaturge raté de mari, Bror Telemann (ou, tout simplement, Telemann) ont loué une maison à Mixing Part, en Allemagne. Mixing Part? Yes! En fait, le propriétaire de leur location, Bader, n'a rien trouvé de mieux que d'utiliser un logiciel de traduction pour traduire en anglais les mails qu'il leur a envoyé. Garmisch-Partenkirchen est ainsi devenu Mixing Part Churches. Le roman s'appelle Jours tranquilles à Mixing Part.
Dans la scène ci-dessous, Telemann doit réparer une bourde après un dîner au cours duquel il s'est montré particulièrement peu sympatoche envers les Bader: il se voit contraint et forcé d'aller faire une rando avec Bader. Évidemment il ne comprend pas une ramée à l'allemand.

Allemand, allemand, allemand, allemand, allemand.
Je pige que dalle à ce que tu me dis, Bader. Mais alors vraiment que dalle. Donc ne te fatigue pas à bavasser comme ça. On pourrait pas plutôt marcher en silence? Certes le coin est joli, je te le concède. C'est même superbe.
Allemand, allemand, allemand, allemand.
Mais tu pourrais pas fermer ta grande gueule cinq minutes?
Allemand, allemand, allemand, allemand, allemand, allemand, allemand.
De quoi tu causes, là? De la guerre? Je parie que tu parles de la guerre.
Allemand, allemand, allemand.
Tu veux dire, la première? Oui, elle était atroce, celle-là. Et puis cette trouvaille diabolique, là, avec vos tranchées… Encore plus étonnant que vous ayez commencé la deuxième.
Allemand, allemand.
Vous vous sentiez un peu à l'étroit. Vous ne pensiez qu'à la guerre, c'est ça, hein? Ça vous manquait trop.
Allemand, allemand, allemand.
Oui, c'est exactement ce que je dis.
Allemand, allemand, allemand, allemand.
Ah ouais, tu trouves toi aussi? Oooh, mais qu'est-ce que je vois là? Mais c'est un kiosque, saperpilopette!
Allemand, allemand.
Tu me demandes si je veux une glace? Oh ben écoute, je veux bien. C'est gentil de m'en offrir une.
Allemand, allemand, allemand, allemand.
Attends, Bader. Pas de malentendu entre nous, s'il te plaît. Je ne te jette pas la pierre, tu es sûrement un chic type. Et il est temps qu'on remise ces guerres par-devers nous. Nina prétend que vous l'avez déjà fait, que vous êtes passés à autre chose, et ce d'une manière époustouflante. Si ça se trouve, c'est vrai.
Allemand, allemand.
Oui, d'accord, mais là, on n'en parle plus. Mieux vaut parler de théâtre. Car malgré tout, le théâtre allemand a bonne réputation. Tu n'as pas l'air de bien comprendre ce que je suis en train de dire, me trompe-je?
Allemand, allemand?
Oui, le théâtre allemand, Deutsches Theater!
Ja!
Et surtout: la Volksbühne. C'est bien comme ça qu'il s'appelle, non? À Berlin, c'est ça? Et Fassbinder. Ah, Fassbinder: il faisait du cinéma, certes, mais le cinéma c'est aussi du théâtre si on va par là. Enfin, c'est au même niveau, si tu vois ce que je veux dire.
Allemand, allemand? Fassbinder?
Voilà. Là on cause pour de vrai. Là on a une vraie relation. Putain, Bader, nom de Dieu!
© Erlend Loe, Cappelen Damm AS, 2009, pour le texte original
© Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa éditions, 2011 (?), pour l'édition française

vendredi 12 septembre 2008

« Le social-démocrate en moi bichait »

Elling, le personnage inventé par Ingvar Ambjørnsen, est social-démocrate. Jusqu’au bout des ongles. Certes, un trentenaire complètement et anormalement névrosé. Mais un vrai enfant de la sociale-démocratie scandinave. Un vrai produit, osera-t-on dire, du Parti travailliste norvégien. Exemples :
Elling vit dans une HLM comme l’a fait toute sa vie Einar Gerhardsen, Premier Ministre travailliste (1945-1951, puis 1955-1965) considéré comme le «père de la nation», celui qui a construit l’État Providence norvégien. Elling a pour lecture quotidienne le journal Arbeiderbladet, à l’époque l’organe de presse du Parti travailliste. Elling a longtemps «compilé toutes les photos et les articles publiés dans la presse» consacrés à sa «chef du parti travailliste préférée»: Gro Harlem Brundtland, Premier Ministre de 1986 à 1989 puis de 1990 à 1996. Même quand Elling mange de la paella en Espagne, un plat totalement nouveau pour lui, il pense au Parti travailliste et il pense à Gro Harlem Brundtland : «Jamais de ma vie je n’avais été confronté à quelque chose qui à ce point avait défié mon atavisme social-démocrate, qui m’avait tenté au point que je trahisse les idéaux qu’Einar Gerhardsen avait inoculés dans le peuple norvégien dès qu’il avait pris la tête du parti travailliste au sortir de la Deuxième Guerre. Et puis j’ai repensé à Gro. À Gro Harlem Brundtland. “Que tu le veuilles ou non, Elling, les temps ont changé! me disait-elle. Qu’est-ce que tu crois que je mange quand je suis en Espagne?”»

Eh oui, les temps ont changé. Et ce changement, tout comme la réalité historique dont il découle, est aussi opaque pour le lecteur français qu’il saute aux yeux de tout lecteur norvégien qui lit le roman consacré à Elling, publié en 1996 en Norvège.
Elling dit à un moment, non sans une profonde nostalgie: «Immanquablement, je me suis mis à penser aux sociaux-démocrates de la vieille génération, à Gerhardsen et à Tranmæl, qui avaient voué leur existence à donner aux travailleurs du peuple une vie digne et valeureuse. Du même coup j’ai pensé à Gro, à la Premier Ministre de Norvège Gro Harlem Brundtland, qui portait désormais le flambeau.» En 1991, le Parti travailliste vend Arbeiderbladet et la rupture est définitivement consommée lorsque le quotidien se rebaptise Dagsavisen en 1999. La Norvège vient de réélire Gro Harlem Brundtland après une interruption au cours des années 80 où les conservateurs ont sérieusement détricoté le modèle social-démocrate mis en place depuis 1935 par Johan Nygaardsvold (Premier Ministre de 1935-1945) puis consolidé par Gerhardsen.

À cet égard, Ingvar Ambjørnsen a aussi écrit une chronique sur cette social-démocratie norvégienne finissante, sur cet État Providence à l’agonie dont les travaillistes avaient pourtant voulu qu’il veille sur un peuple cimenté par l’égalité et la justice sociales. Dès son entrée en littérature en 1981, Ambjørnsen n’a eu de cesse de dépeindre l’univers des exclus, qu’ils soient toxicomanes, étrangers ou, comme Elling et Kjell Bjarne, placés dans une institution psychiatrique. Mais Elling, le roman, s’inscrit dans un motif littéraire inhérent à la fin des années 80 et du début des années 90, qui correspondent aux « années Gro » et voient des auteurs se pencher, sous la forme romanesque, sur l’histoire et le destin de la social-démocratie. C’est précisément le sujet de la fresque de Roy Jacobsen publiée en 1991 et non traduite en français, Les Conquérants ; de même, Einar Gerhardsen devient le héros in absentia d’un roman pour enfants de Ragnar Hovland, publié en 1993.

«La démocratie exige la responsabilité de tout un chacun si nul ne souhaite qu’elle périclite et meure», martèle Elling dans un courrier des lecteurs aussi hystérique qu’il l’est lui. Mais derrière l’humour surgit à tout moment cette interrogation d’un écrivain à travers son personnage, un questionnement très norvégien, très scandinave, et toujours d’actualité jusque sous nos latitudes : quid de cette égalité pour tous ?