Toutes étaient en route pour Los Angeles et toutes étaient des Américaines quotidiennes qui s’illusionnaient en se prenant pour des reines de beauté.
Forcément, il repense à cette réplique de Catherine Deneuve dans Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, une phrase devenue culte, du moins dans le bréviaire de JB:
Mais il y avait aussi, puisque la scène ci-dessus (celle de Sara Stridsberg, pas celle de Jacques Demy) se passe dans un bar à putes, la rime suivante:
De fait, question jeux de mots et rimes rocambolesques, le film Les Demoiselles de Rochefort se pose là. Ainsi de la désormais tout aussi fameuse "perm' à Nantes" qui a toujours plu à JB, lui qui avoir son indéfrisable absolument impeccable:
Enfin, la préférée de JB:
Et, comme JB a des côtés toune hyperassumés, il fait profiter ses petits amis de la Chanson de Delphine, qu'il chante lui-même à sa fenêtre tandis que, tout en lissant sa toison capillaire qu'il a blonde comme les blés et comme Catherine Deneuve, il dévore des yeux le chantier où s'affairent des ouvriers évidemment désespérés de leur célibat, sans savoir qu'à quelques mètres derrière eux le languissement réincarné les regarde.
De coup, forcément, JB s'interroge sur ce mot: toune.
Ce substantif que JB, a son grand désespoir, n'arrive pas à retracer, désigne un homosexuel. Souvent affublé de l'épithète grosse, le terme toune, dans son signifiant, fait penser à un gay un peu niais, sans doute crédule, en tout cas qui se fait facilement avoir.
Et donc, JB a eu beau chercher, il n'a rien trouvé dans ses dictionnaires, ni non plus sur internénenette. Ou quasi.
Puisque, en français québécois, le terme est tout à fait non seulement recensé mais usité au… quotidien. Il a toutefois un sens très, mais alors très différent:
Et si les petits amis de JB veulent parler parfaitement québécois, ils utiliseront toune par exemple avec cet autre lexème local: pogner:
Alors sans doute notre toune métropolitaine est-elle déjà dépassée, déjà renvoyée aux oripeaux lexicographiques pour bientôt (?) tomber en obsolescence. Le terme date en effet des années 1990 et Philippe Mangeot la citait dans la revue Vacarme dans un court développement sur la réapproriation de l'injure par certaines minorités:
Il n'empêche: pour JB, la toune a de beaux jours devant elle.
Mais le passage préféré de JB, c'est celui où l'immarcescible Delphine Seyrig dit à son daim: "Laissez-nous, toi, va jouer dehors" ou "Décidément, je porte très mal le jaune!"
2. Écouter D'ABORD la musique. Lire ENSUITE seulement ce qui suit la vidéo.
2. Bitte ERST die Musik hören. Bitte NACHHER den Text lesen.
The Boiler, Rhoda Dakar with The Special AKA, 1982
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The Boiler est sans nul doute la chanson la plus effrayante que j'aie jamais écoutée - de ska comme de musique en général. The Boiler ist ohne Zweifel das erschreckendeste Lied, das ich je gehört habe - in dem Ska sowie generell in der Musik.
Ich weiss nicht, wie es sich fühlt für diejenigen von euch, die gerade jetzt das Lied für das erste Mal gehört habt - aber ich erinnere mich, wie fassungslos und erchrocken ich wurde, damals, bei der erste Hörprobe. Ich könnte es kaum nicht verstehen, wie ein Lied, das so locker und entspannt und fast lustig anfing, mit so einem gruseligen Schluss enden konnte; wie die lebensvolle Stimme von Rhoda Dakar, mit ihrem starken Cokney-Akzent, in solches Geschrei enden konnte.
Je ne sais pas quelles sensations ont eux ceux d'entre vous qui viennent d'entendre ce morceau pour la première fois - mais je me souviens, à la première écoute, à quel point j'étais effrayé et confus. J'étais pour ainsi dire incapable de comprendre comment une chanson dont le début était si joyeux, décontracté et presque rigolard pouvait se clore sur une fin aussi terrible, aussi terrorisante; comment la voix enjouée et pleine de vie de Rhoda Dakar pouvait se clore sur un cri pareil.
Et si je fais écouter ce morceau, c'est à cause d'une conversation avec un ami écrivain: il me confiait la difficulté qu'il avait eu, en tant qu'homme, à écrire une scène de viol, où une femme se fait violer. "C'était un défi énorme", disait-il aussi. Sur le moment, je me suis dit: peut-être la chanson de Rhoda Dakar va lui donner de l'inspiration. Puis je me suis dit: un homme peut-il écrire et décrire avec la même intensité qu'une femme le viol que celle-ci subit? Et cette question me rappelait l'allégation d'un écrivain norvégien homosexuel (je ne sais plus s'il s'agit de Per Knutsen ou d'Odd Klippenvåg) pour qui, à l'en croire, seuls les homosexuels écrivent avec justesse sur l'homosexualité - une connerie monumentale au demeurant. Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler la nouvelle d'Annie Proulx Brokeback Mountain (et je pense vraiment à la nouvelle et non à l'adaptation cinématographique d'Ang Lee), où une femme hétérosexuelle écrit avec une rare justesse sur l'amour entre deux hommes.
Puis je me suis demandé si ce n'était pas le sujet qui complexifiait l'écriture. Puis j'ai repensé à ce que cet ami écrivain disait aussi à propos du roman qu'il est en train d'écrire, où le personnage féminin n'était pas incarné: "Elle n'avait pas d'âme, pas de visage, je ne l'ai pas ressentie." Et la question serait donc celle du ressenti. La justesse proviendrait-elle du ressenti quand d'autres demeurent dans l'affect? Ou s'agit-il dans l'écriture aussi de déplacer l'intention? Comme dans le jeu d'un(e) acteur/trice qui va montrer d'autres sentiments que celui, principal, qu'il/elle est censé(e) exprimer (confer Catherine Deneuve hier sur ce blog dans Répulsion); comme dans la puissance d'une voix d'un(e) chanteur/euse qui sait toujours la contenir et ne la libérer qu'au moment crucial (confer Rhoda Dakar), comme dans une photographie qui va montrer autre chose que le sujet qui l'intéresse. Si la nouvelle d'Annie Proulx est si réussie, c'est sans doute parce qu'elle n'écrit pas sur l'amour homosexuel, mais davantage sur l'amour entre deux hommes, parce que son intention artistique et créatrice n'est pas la monstration et encore moins la démonstration mais plutôt la représentation: elle s'éloigne de ces sujets pour mieux s'en rapprocher par d'autres biais. Et, au final, je me dis qu'il en va de même pour la traduction: il faut oublier le texte de départ et se concentrer sur ce qui importe: la langue d'arrivée et l'effet poétique.
Und wenn ich dieses Lied hören lasse, ist es wegen eines Gesprächs, das ich mit einem Freund hatte, der Schriftsteller ist: er betreute sich darüber, wie schwierig es für ihn gewesen war, als Mann, eine Vergewaltigungsszene zu schreiben, wo eine Frau vergewaltigt wurde. "Es war eine große Herausforderung", sagte er auch. Augenblicklich dachte ich: vielleicht kann dieses Lied von Rhoda Dakar ihn inspirieren. Und dann fragte ich mich: kann ein Mann wie eine Frau, und mit der gleichen Intensität, die Vergewaltigung, die diese Frau erleben muss, schreiben und beschreiben? Und diese Frage erinnerte mich wiederum an die Äusserung eines norwegischen Schriftstellern (ich weiss jetzt nicht mehr, ob es Per Knutsen oder Odd Klippenvåg war), laut welchem nur die Homosexuellen können über Homosexualität mit Genauigkeit schreiben - was selbstverständig ein riesen Blödsinn ist. Um sich davon zu überzeugen, muss man sich ganz einfach an die Novelle von Annie Proulx erinnern, Brokeback Mountain (und ich denke wirklich an die Novelle und nicht an Ang Lees Kinoadaptation), wo eine heterosexuelle Frau mit einer seltenen Genauigkeit über die Liebe zwischen zwei Männer schreibt.
Und dann fragte ich mich, ob nicht zufälligerweise das Thema die Dichtung schwieriger machen würde? Und danach erinnerte ich mich daran, was dieser Freund auch schrieb, und jetzt wie schwierig es momentan für ihn ist über eine weibliche Romanfigur zu schreiben. Er sagte: "[Sie] hatte einfach keine Seele, kein Gesicht, ich habe sie nicht gefühlt." Und dann wäre die Frage die von den Gefühlen bzw. von dem Gefühlte, von dem Empfundene, und nicht die von den Affekten. Käme die Genauigkeit von dem Empfundene her, während Andere in den Affekten verbleiben? Oder heisst es auch für die Literatur die Hinsicht zu versetzen. Wie einE SchauspielerIn auch andere Emotionen spielen wird als die, die er/sie zeigen muss (sieh Catherine Deneuve gestern auf diesem Blog in Ekel); wie einE SängerIn seine/ihe Stimme ständig berherrschen wird und nur deren Kraft im genauen Augenblick auslösen wird (sieh Rhoda Dakar); wie eine Fotographie was anderes zeigen wird als das Haupthema seine Werkes. Wenn Annie Proulxs Novelle so gelungen ist, ist es sicher, weil sie nicht über homosexuelle Liebe schreibt, sondern über die Liebe zwischen zwei Männer schreibt; weil ihre schöpferische und künstlerische Hinsicht nicht darin besteht, etwas zu zeigen oder zu beweisen, sondern etwas darzustellen: sie entfernt sich von ihren Personen um sie besser nachher durch anderen Mitteln anzunähern. Und letzendlich denke ich, dass es nicht anders mit der Übersetzung geht: man muss den Originaltext vergessen und sich auf das Wichtige zu konzentrieren: die Endsprache und das poetische Effekt.
Man ist bei einem Freund zu Besuch und erkennt plötzlich im Hintergrund Unfinished Fantasy von Massive Attack, das man schon immer mochte. Zurück ach Hause guckt man sich das Video an.
On est chez un ami et, soudain, en arrière-fond, on reconnaît Unfinished Fantasy, de Massive Attack, qu'on a toujours beaucoup aimé. Une fois à la maison, on regarde la vidéo.
Et cette scène de simili-poursuite, où l'on voit 3D (alias Robert Del Naja) dans un long plan-séquence suivre Shara Nelson qui marche dans les rues de Los Angeles, nous rappelle un autre long plan-séquence, où une femme marche également dans les rues, mais cette fois de Londres, et cette autre femme est Catherine Deneuve dans le Répulsion de Roman Polanski. On regarde également.
Und diese Szene von Scheinverfolgung, wo man in einer langen Plansequenz 3D (aka Robert Del Naja) Shara Nelson verfolgen sieht, die in der Strassen von Los Angeles läuft, erinnert uns an eine andere lange Plansequenz, wo eine Frau auch in der Strassen geht, aber diesmal in London, und diesmal ist diese Frau Catherine Deneuve, in Roman Polanskis Ekel. Man schaut es sich auch an.
Aber das stimmt nicht ganz. Das Gedächtnis ist hier wieder umgedreht worden. Dieses Verfolgunsggefühl stimmt nicht ganz 1 auf 1. Es gibt zwar diese lange Plansequenz in den Strassen, aber bei Massive Attack nicht dieses unangenehmes und bedrückendes Gefühl, das so präsent bei Polanski war. Es war aber doch mit Shara Nelson. Ja… Genau: Safe From Harm war es. Auch mit Shara Nelson und auch mit 3D. Aber in einem Treppenhaus. Und da gibt's eine wahre Verfolgung.
Mais quelque chose n'est pas tout à fait juste. La mémoire nous a encore joué des tours. Il y a certes dans les deux scènes ce long plan-séquence dans les rues, mais il n'y a pas chez Massive Attack cette impression oppressante est absente qu'il y avait chez Polanski. Pourtant, on est sûr que c'était avec Shara Nelson. Hum… Oui, voilà: Safe From Harm. C'était dans cette vidéo, où on retrouve 3d qui cette fois poursuit vraiment Shara Nelson. Mais dans une cage d'escalier. Et là c'est une vraie poursuite.
Et JB, regardant d'un œil rigolard et chafouin des extraits géniaux de Peau d'Âne, tombe sur cette parodie tout ausi géniale, grâce à laquelle il apprend, ce qu'il ignorait, que la langage moderne des djeunz emploie la locution "La louse!", pour désigner une situation où on finit en loser, en bon perdant, donc, en nul - une locution qu'il trouve vraiment épatante.
On regarde la vidéo identiquement épatante: