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lundi 30 mai 2011

Ne pas être à fond de cale

Et JB, qui n'a guère pu dormir mais c'est une autre histoire, doit traduire ce verbe norvégien pas évident à restituer:
kjølhale

Le dictionnaire monolingue norvégien nous explique que le mot a été emprunté au néerlandais et signifie:

 1legge et fartøy over på siden slik at bunnen kan repareres
 2om e forh: trekke en fra den ene skipssiden til den andre under kjølen (som straff)
Le premier sens, c'est celui que donne son équivalent norvégien français: caréner, abattre en carène, dont le TLF nous fournit la signification en français:
♦ Abattre en carène. Coucher un bateau sur un bord pour contrôler l'état de ses œuvres vives et au besoin les réparer.

Aussi, quand le petit Ole, dix ans, annonce à Tonje, neuf ans:
Jon m’a chargé de te dire qu’il allait te xxx, annonce Ole en sautant de la passerelle, toujours vêtu de son pantalon baggy. Son bateau va faire faillite à cause de toi.
Il évident que Jon ne veut pas caréner (= xxx) Tonje.
Non.
Jon veut, "en guise de punition", ainsi que nous précise le contexte lexical de la locution: "traîner quelqu'un de la proue à la poupe d'un bateau", sous-entendu, "par la peau des fesses".

JB doit par conséquent, à défaut de pouvoir traduire à l'identique (ce qu'il doit, eu égard à l'exigence de fidélité), trouver de préférence une expression qui fait intervenir l'univers maritime dans l'analogie de son lexique. Hum… Pas fastoche. JB se dit dans un premier temps qu'il va éluder le problème et va traduire par:
♦ Être au pain sec. Être réduit au pain pour toute nourriture, être réduit à un régime alimentaire spartiate. Si l'on m'eût mis au pain sec, il m'eût porté des confitures (Sartre, Mots, 1964, p.17).
♦ Mettre au pain et à l'eau. ,,Se dit d'une punition dans laquelle on ne donne au délinquant que du pain pour son repas`` (Littré).

Mais c'est une fausse bonne idée.
Maria Parr, l'auteur, n'a pas employé ce verbe pour rien. Comme on l'a vu plus haut, celui qui veut punir Tonje travaille sur le ferry en tant que vendeur de tickets et contrôleur, et Tonje a le chic pour ne jamais avoir d'argent pour payer.

Aussi JB se creuse-t-il la cervelle et songe illico: Prudence.
Oui, le Dictionnaire analogique de la langue française de Prudence Boissière, publié en 1862. Une mine.
Pas loupé.
Ce cher Prudence propose effectivement trois termes ou locutions, que JB va ranger par ordre de pertinence par rapport à sa traduction:


Bon, courir à la bouline, c'est exclus, même JB ne sait pas ce que ça signifie (ce qui, au demeurant, certes, ne veut rien dire). Ou plutôt, si: si même JB ne sait pas ce que cela signifie, il y a peu de chances pour qu'un enfant (puisqu'il s'agit d'un livre pour enfants) le sache. Si JB ne rit pas, alors le lecteur ne risque pas de rire lui non plus. en traduction, il faut que l'effet comique claque, sinon, comme dans l'humour, c'est mauvais.

Vient ensuite:

Ce que le TLF nous explique ainsi:

2. Réduit où l'on enferme les marins punis. Quand je suis sorti, Olready faisait vingt-deux jours de cale (E. et J. de Goncourt, Journal, 1872, p. 869).
♦ P. anal. :
4. Il [le pion] m'a mis aux arrêts; − il m'a enfermé lui-même dans une étude vide, ... Dans une fente, un livre : (...) Robinson Crusoe (...) je suis resté penché sur les chapitres sans lever la tête, ... La faim me vient : j'ai très faim. Vais-je être réduit à manger ces rats que j'entends dans la cale de l'étude?
J. Vallès, Jacques Vingtras, L'Enfant, 1879, p. 114.
3. Loc. À fond de cale. Au fond de la cale. On mit les prisonniers à fond de cale (Ac. 1835-78). ... les pauvres bougres qui ramaient à fond de cale (Mille, Barnavaux et quelques femmes..., 1908, p. 309).
♦ Pop., fam. Être à fond de cale. Être à bout de ressources.
Alors, certes, c'est déjà un moins obscur; et JB pourrait parfaitement traduire: "(…) il va te mettre à fond de cale." Mais ça résiste toujours un peu. Et JB a peur, pour le coup, d'être à fond de cale, dans le sens dit "populaire" par le TLF.

Reste la troisième et dernière suggestion:

Et c'est ce lexique-là que JB va employer. Il va inverser l'ordre de la phrase, répéter l'image de la "faillite" pour appuyer l'effet comique, ce qui donne:
Jon m’a chargé de te dire qu’il allait faire faillite à cause de toi, annonce Ole en sautant de la passerelle, toujours vêtu de son pantalon baggy. Quand il sera sur la paille, il ne lui restera plus qu’à utiliser son ferry pour t’envoyer aux galères.

Et voilà.
Alors?
Bon, d'accord, c'est plus long. Mais au moins on a l'image maritime.
Sur ce, babaille, hein.

mardi 17 mai 2011

un péteur d'église (ein Kirchenfurzer)

Et JB, sérieux comme un pape, doit traduire le syntagme norvégien suivant:
ein prompande liten baby
Soit, littéralement:
un petit bébé qui pète

Hum.
JB hésite.
Primo, en français, l'adjectif petit est superflu: un bébé est forcément petit. Secundo, autant on sourit en norvégien, autant on reste de marbre en français; autant c'est mignon en norvégien, autant c'est vulgaire en française. JB doit donc garder l'image mais en modifier les termes. Sachant que le bébé en question est l'héroïne de l'histoire, une petite fille de 10 ans.
Re-hum.

Et si JB utilisait une autre image? Ne parle-t-on pas en français de pisseuse?
Et, brusquement, JB se rend compte que la langue française utilise un substantif dérivé de tous les verbes désignant une déjection et qui, le substantif en question, désigne non seulement un être humain, mais particulièrement un enfant. Nous avons ainsi:
• péteur et péteux (a priori, pas de féminin)
• morveux/morveuse
• chieur/chieuse et emmerdeur/emmerdeuse
• pisseuse (a priori, pas de masculin) et pissousse

Prenons-les (si JB ose dire) dans le désordre et par élimination. En s'aidant des définitions du Grand Robert:
• chieur/chieuse (a) et emmerdeur/emmerdeuse (b)
a) Qui embête contrarie qqun. Quel chieur, ce type!
b) Personne particulièrement embêtante. Je le fuis comme la peste, c'est un emmerdeur. C'est la reine des emmerdeuses.
-> JB adore ce syntagme roi/reine des emmerdeurs/deuses. Il le réutilisera dans sa traduction de Maria Parr, ça collere parfaitement au ton.
Toujours est-il que, comme on le voit, non seulement le substantif ne renvoie pas particulièrement à un(e) enfant, mais il aurait plutôt tendance à désigner un(e) adulte.

• péteur (a) et péteux (b)
Il y a une nette différence de sens (on y reviendra) puisque:
a) Personne qui a l'habitude de laisser des échapper des vents — Au féminin (avec une valeur analogue à pisseuse et pouvant être considéré comme féminin de péteux).
-> Et revoilà un bel exemple de machisme langagier. Au masculin, le substantif ne désigne pas non seulement qu'un homme, mais un pétomane (lequel n'a d'ailleurs pas de féminin, mais le Robert emploie cette splendide citation de Michel Déon: "Tu sais sûrement qu'Hitler est pétomane."), donc qui caractérise le comportement de l'homme. Alors qu'au féminin, il a une valeur non seulement très clairement péjorative, mais caractérise le tempérament de la femme puisque:
b) Personne peureuse. Personne (souvent: personne jeune, enfant) de peu d'importance; être insignifiant, méprisable. Débarrasse-moi le plancher, espèce de petit péteux.
-> Et on constate que le terme renvoie à un(e) enfant quel que soit son âge, mais sa connotation fortement péjorative (< "personne méprisable") empêche son utilisation dans la traduction.

• pisseuse (a) et pissouse (b)
a) Le substantif ne désigne en effet que la "personne qui pisse" et, uniquement au féminin, considéré par le Robert comme "péjoratif et vulgaire":
fillette, jeune fille. Variante régionale: pissouse.
b) Le Robert n'offrant pas d'entrée à pissouse, il faut consulter le Larousse de l'argot et du français populaire, qui l'indique également comme "variante" et fixe son apparition à 1977. Quant à la pisseuse, elle est qualifiée de:
fille jeune (généralement fillette, parfois adolescente).
-> Là encore, étant donné les registres et les valeurs du mot, son emploi est exclus.

• morveux/morveuse
2) Qui a la morve au nez. Enfant malpropre, barbouillé et morveux.
3) Familier. Petit garçon, petite fille. Un morveux qui braille, sans arrêt (-> beugler). Par exagération: très jeune homme, très jeune fille.
◊ Par extension et péjoratif: Personne très jeune qui se donne des airs d'importance.
-> On voit qu'on a déjà passé à un âge inférieur et que le terme est moins chargé que les autres. Il n'est plus que "familier" là où les autres étaient clairement péjoratifs et vulgaires.

Avant de livrer la solution du problème de traduction, JB aimerait tirer deux conclusions de cette analyse lexicographique:
1) D'un point de vue sociolinguistique, il est particulièrement intéressant de voir que les sécrétions/déjections humaines connaissent une telle fortune lexicale, voire, qu'elles finissent toutes, par analogie, à déterminer un tempérament, un trait de caractère, quand bien même ceux-ci seraient péjoratifs. C'est sans oublier que le sémantisme de l'injure, en français, renvoie principalement à la sexualité et aux excréments (là où, en anglais, il renvoie surtout à la religion et à la sexualité, en norvégien à la religion principalement et plus particulièrement au diable). Parfois sexualité et excréments se retrouvent (confer enculer, va te faire foutre, etc.).
2) À une exception près, les analogiques ont toutes tendance à désigner un enfant, et plus particulièrement, un petit enfant. Il est simple de comprendre comment la métaphore est réalisée: à l'inverse des adultes, le petit enfant n'a pas encore appris à se retenir pour faire ses besoins; il laisse tout aller sans retenue, tout part, tout coule, tout sort.

Et maintenant la traduction.
C'est en fait l'exemple donné pour la définition du morveux qui va donner la solution. Celui-ci était: "un morveux qui braille".
De fait, il semble que la langue française connaisse, quand il s'agit de désigner le petit enfant voir le bébé, une richesse lexicographique dont non seulement le sémantisme porte sur les cris et les hurlements (braillard, gueulard, pleurnichard, etc.), mais dont l'ensemble des termes est formé à partir du suffixe -ard (chiard, gniard, moutard, etc.).
C'est donc fort de cette constatation que JB va élaborer son choix de traduction.
Pourquoi ne pas utiliser ‘une morveuse braillarde’?

Revenons au texte. Qui parle? Un vieux monsieur, à qui la mère lui a enlevé son propre enfant, ce dont il a gardé une blessure considérable. Un vieux monsieur qui parle un langage plutôt châtié, en tout cas fleuri, et que l'héroïne n'hésite pas à rebaptiser de "vieux cabochard". Qui plus est, l'auteure emploie constamment des néologismes et des jeux de mots. Pourquoi alors ne pas jouer là-dessus et oser, carrément, sans vergogne un:
une moutarde braillarde
Et tant pis si, dans ce sens, moutard ne se féminise pas (et pour cause, le terme désigne à l'origine un "petit garçon" ou, par extension, précise le TLF:
Rem. On relève qq. emplois de moutard au singulier pour désigner un enfant sans distinction de sexe, notamment lorsqu'il s'agit d'un enfant à naître ou qui vient de naître.

Toujours est-il que JB est raccord au niveau du sens (= le "petit bébé"), raccord au niveau de l'effet (a) retour de graphie et rime intérieure, b) formule hypocoristique prêtant de surcroît à sourire voire à rire), raccord enfin avec l'intention de l'auteure tout au long du roman (confer les remarques supra).
Et voilà, emballé c'est pesé. Dans les langes traductionnelles, la locution.


Quoi qu'il en soit, JB cherchait donc ces substantifs dans le dictionnaire, et plus particulièrement le péteur, histoire de vérifiait s'il se mettait au féminin, quand il tombe dans le TLF sur la définition de la locution suivante (et c'est lui qui souligne):

Péteur, -euse, subst., vx, pop. Personne qui a l'habitude de péter (supra I A). Un sale péteur (Lar. 19e). Loc. On l'a chassé comme un péteur (d'église). ,,Se dit d'un homme qu'on a chassé honteusement de quelque endroit`` (Ac. 1835, 1878). − [petoe:ʀ], fém. [-ø:z]. Ac. 1694-1798: pe-; dep. 1835: pé-. − 1res attest. a) 1380 «celui qui a l'habitude de péter» (Roques t.2, 8953), b) 1649 péteurs d'eglise «gens indésirables» (Scarron, Virgile travesti, I, I, 65 cité dans Régnier, Satires, éd. G. Raibaud XIV, 6 note, cf. péteux); de péter, suff. -eur2*.

Quoi? Un péteur d'église? Ça existe?!
Pour l'anticlérical borné qu'est JB, ce sens est évidemment de l'or en barre.
Ainsi donc, indique le TLF, la première édition du Dictionnaire de l'Académie (1694), le recensait déjà. Se peut-il toutefois qu'il y ait des usages plus anciens? plus précis?

La locution fait son entrée à l'époque du français classique. Nulle trace dans les dictionnaires de moyen français ni dans le Cotgrave (le dictionnaire français < anglais de 1611 qui recense souvent des termes que les premiers dictionnaires de français rédigés par des lexicographes français prendront soin de ne pas reprendre). Tout au plus trouve-t-on le terme notamment dans le Godefroy avec cette citation que JB affectionne drôlement:


De fait, le Robert historique de la langue française nous explique:
PÉTEUR, EUSE nom (1380) “personne qui a l'habitude péter”, mot burlesque qui a donné lieu à des exploitations littéraires comiques (la Compagnie des francs péteurs, dans l'Art de péter, au XVIIIe siècle), et sa variante PÉTEUX, EUSE nom et adjectif, d'abord employée (1456) comme nom propre avec une majuscule puis comme nom commun dans la locution chasser qqun comme un péteux d'église (1613) “comme un indésirable”, sorti d'usage.

JB se récrie. Que nenni! La locution n'est pas du tout sortie d'usage puisque JB, et tous ses petits amis avec lui, vont la réintroduire dans le langage. Et , dans très peu de temps, toute la planète francophone ne jurera plus que par les péteurs d'église.
Trêve de bêtises.
En moyen français, péteux et péteur ont le même sens, ce que confirme le Godefroy. Mais, petit doute, le Robert parle de péteux d'église alors que le TLF et l'Académie parlaient de péteur d'église.
Alors, quid?
Avant de répondre, JB aimerait faire une petite parenthèse pour les lecteurs germanophones du blog et tatoué et fumeur et qui sont tout autant ses petits amis. Si les petits francophones de JB ne peuvent pas attendre, ils sautent directement à ce qui les concerne plus bas.


Ja, liebe kleinen Freunde, der JB hat sogar eine Übersetzung von diesem Ausdruck, un péteur d'église, auf deutsch gefunden. Tatsächlich! Direkt übersetzt sollte es Kirchenfurzer heissen, was eigentlich bedeutet: ‘jemand, der schamvoll gejagt wird’. Aber anscheinend hat der gewissene Karl Julius Weber, in seinem Demokritos; oder, Hinterlassene Papiere eines lachenden Philosophen (1843) gründlich recherchiert. Warum ausgrechnet in diesem Buch hat der JB sich nicht die Mühe gegeben um es weiterzuerfahren. Auf jeden Fall gibt der Herr Weber ausreichende Informationen über alle Syngtamen, die mit dem Furzen zu tun haben. Also nicht nur das herrliche "péter plus haut que son cul = höher als seinen eigenen Arsch furzen < hochnäsig sein", aber auch, und überhaupt die leckeren frittierten Nonnenfürzchen, über welchen der JB hier damals geschrieben hatte:




Voilà la parenthèse allemande est refermée. JB peut revenir à son énigme sur le péteur ou le péteux d'église.
revenons à présent au français et à ce dilemme liminaire qui opposait le péteur au péteux.
Rappel des événements précédents.
Le Robert soutenait que la locution originelle se composait à partir du substantif péteux d'église alors que le TLF et l'Académie parlaient de péteur d'église. Que disent les autres?

Le Dictionnaire critique de la langue française (1788) Jean-François Féraud donne une version identique aux deux derniers:



Furetière est quant à lui plus précis dans son Dictionnaire universel (1690), mais parle aussi de péteur d'église:



Même Richelet (ça alors!), qui s'est pourtant acharné à évincer tous les mots triviaux de son dictionnaire (1680) retient la locution. Et c'est lui qui en indique l'origine.


Seulement voilà. JB est en mesure de confondre Richelet dans sa mauvaise foi désormais légendaire puisqu'il a retrouvé l'ouvrage duquel les vers sont extraits. Il s'agit effectivement de Les satires de Mathurin Régnier (1608 à 1613), mais… mais voici le pot aux roses:


Et oui, et JB sait que ses petits amis en restent cois: Richelet a modifié la citation. Oooh! Quel scandale lexicographique! Quelle hérésie linguistique!! Quel sacrilège sémiotique!!!

Quoi qu'il en soit, l'abbé Charles Batteux nous explique dans ses Principes de littérature (1763) qui était le Mathurin Régnier en question:


Puis, citant ce péteux d'église, il ponctue son analyse par cette remarque critique pas piquée des hannetons:


Mais JB n'est pas au bout de ses surprises. Car, dans un livre tonitruant intitulé Bibliotheca scatologica (1846), il retrouve sa nouvelle locution favorité, mais il en apprend une nouvelle, la première de la liste ci-dessous:



Alors certes, la locution a cours, mais la littérature l'a-t-elle retenue?
Et comment!
On peut même faire des rimes et composer une jolie "chanson" intitulée:


Elle est intégrée dans ouvrage du nom de Le vilebrequin de Me Adam, menuisier de Nevers, écrit par un certain Adam Billaut en 1663, et se termine par ces vers implorants et somme toute d'une pauvreté assez confondante:



Et c'est sur ce "gros péteur d'Église" que JB aimerait quitter ses petits amis. En rappelant à leur bon souvenir un autre "gros péteur", mais celui-ci pas "d'église" mais de cinéma porno. JB a nommé Elmer Fishpaw, interprété par David Samson, dans le film de 1981 de John Waters, Polyester, où brillait la merveilleuse Divine († RIP). À l'époque où JB a vu le film, c'est-à-dire en… fy faen!!! en 1986!!!
Il était projeté en odorama. Puisqu'il s'agit d'un film odorifère. Les spectateurs se voyaient remettre au début de la séance une carte qui n'était pas sans rappeler une carte de loto ou de bingo et, ainsi qu'on le verra dans cet extrait, chaque fois qu'un numéro clignotait sur l'écran, il fallait gratter l'équivalent sur le carton. La salle hurlait parfois en songeant à ce qu'elle s'apprêtait à humer. Comme maintenant:

lundi 20 septembre 2010

Les biques (et boucs)

JB est toujours aux prises avec Heidi qu'il a donc rebaptisée Ail-Dit.
Un surnom on ne peut plus idoine puisqu'il est aujourd'hui question de ses biques. JB veut dire: les biques de Ail-Dit (JB, perso, ne possède pas de biques dans son palais socialiste). Vous suivez, mes petits amis? L'ail et la bique ont en commun l'odeur relevée, ainsi que nous allons le voir ci-dessous.

Dans leur traduction norvégienne, les biques de Ail-Dit s'appellent Svanelill et Veslebjørn. Donc un truc avec cygne (= svane) et ours (= bjørn). Et elles sont toutes les deux petites puisque lill est la forme apocopée de lille = petit, et vesle signifie également petit. Ce sont donc des biquettes plus que des biques. Les voici, en tout cas, vues de derrière:


Vues comme ça, elles ont l'air un peu revêches dans leur genre, mais c'est aussi leur nature de biques. Elles n'y peuvent rien. De la même manière la punaise est condamnée à puer, la chèvre est vouée à être revêche. Et puisque le bouc pue aussi, on peut se demander s'il n'était pas une punaise dans une autre vie: étant donné que celle-ci a fait des bonnes actions dans sa vie de punaise (mais lesquelles?), elle a pu accéder à une caste supérieure et devenir bouc - mais elle a gardé dans son enveloppe de bouc une partie de son identité de punaise: sa puanteur. Ça peut arriver, même à des êtres qui ne se réincarnent pas: ils puent - la Rance donne des exemples politiques quotidiens.
Bref.

La question demeure entière: comment s'appellent les biques d'Ail-Dit?
JB trouve vite que, en allemand, elles s'appellent Schwanli et Baerli. Donc idem, le petit cygne et le petit ours. NO svane = AL Schwan = FR cygne. NO björn = AL Bär = FR = ours. Avec le suffixe -li en suisse allemand qui signifie petit, et qui a une valeur à la fois hypocoristique et diminutive. D'où les biquettes, donc. Mais ça ne dit pas à JB comment elles s'appellent. Il se met donc en quête (pour information, soit dit en passant et en parlant de suffixes diminutifs et hypocoristiques: quête n'a pas donné quéquette - ces deux substantifs n'ont, sémantiquement et morphologiquement, rien à voir l'un avec l'autre) dans gougueule.

Il trouve une réponse tarabiscotée sur ce site (et il faut cliquer pour bien lire):


JB ne résiste pas au plaisir de faire un résumé texto mais pas in extenso du résumé des aventures de Ail-Dit - et à chaque fois il copie/colle:
• Heidi est une fille perdue
• Il [= le grand-père] est offensé par au début l'arrivée de Heidi, mais la fille parvient à pénétrer son extérieur dur et a plus tard un séjour délicieux avec lui et son meilleur ami, jeune Peter chèvre-troupeau.
• Clara devient plus fort sur le lait de la chèvre et l'air frais de montagne, mais Peter est jaloux
Heidi version porno, merci Babelfish!
Une version porno confirmé par ce résumé tout aussi croquignolet (et là aussi il faut cliquer sur l'image):


Bon, trêve de biquevesées billevesées!
Elles s'appellent comment, purée de punaise, les foutues biques de cette gnassouse de Heidi?!?
JB finit par trouver une copie de la première traduction de Heidi, de 1882. Et voilà la réponse:


Quoi? Blanchette et Brunette?!? C'est le nom des biquettes de la Ail-Dit?
Mais, purée de punaise, elles doivent s'appeler Cygnette-machin et Oursette-truc ou un bidule comme ça!!!
Bon, elles vont rendre JB… chèvre, les biques!

Tiens, justement… D'où vient cette expression?
Ni une ni deux ni trois, JB fonce regarder dans le Robert des expressions et locutions:
Devenir chèvre signifie d'abord (XVIIe siècle) “se mettre en colère”, et succède à prendre la chèvre (XVIe siècle) qui avait le même sens. Pour la forme, prendre la chèvre (ou encore avoir sa chèvre, dialectal) instaure un rapport d'appartenance, tandis que devenir chèvre le transforme en identité (cf. avoir du chien, prendre la mouche, opposés à être + nom d'animal). Quant au sens, il s'explique par les mœurs bien connues de l'animal: brusquerie, violence soudaine, ce qui est représenté dans le lexique par les mots cabriole (de capreola, dérivé de capra), caprice, et, par les dérivés, chevreter “se mettre en colère” (Rabelais), chevrer. De nos jours, on emploie faire devenir chèvre au sens de “faire enrager”. La variante tourner en chèvre n'est pas courante; elle provient du croisement avec tourner en bourrique.

Mais il y a mieux!!!
Chèvre coiffée apparaît dans la locution: il serait amoureux d'une chèvre coiffée “de n'importe quelle femme, aussi laide soit-elle”. Dans certaines régions (Finistère, Cambrai, selon Rolland), chèvre coiffée se dit des filles que l'on condamne pour leur liberté de mœurs. La réputation de lascivité de la chèvre (et du bouc) explique l'expression.

JB s'apprête à crier haro sur le… baudet (JB se sent très animal aujourd'hui; "grrr! rhââ! frrr!" feule-t-il dans son palais socialiste) et dénoncer un énième machisme sémantique, lorsqu'il constate que:
Chèvre coiffée. Cette expression est souvent glosée dans les dictionnaires par “personne très laide”, et donnée comme synonyme de chien coiffé. Si la définition n'est pas fausse, le contexte de ces locutions doit être spécifié. Tout d'abord, le genre des noms d'animaux (qui correspond à la désignation arbitraire de l'espèce, mâles et femelles) devient pertinent par la métaphore anthropomorphique. Caille coiffée (début XVIIe siècle), beste coiffée et diable coiffé (XVIe siècle) et chèvre coiffée ne s'appliquaient qu'aux femmes, les trois noms impliquant la lascivité; chat et chien coiffé s'appliquent aux hommes, et connotent la banalité; toutes ces désignations sont dépréciatives. Le contexte est presque toujours celui des “relations amoureuses critiquées” sous la forme il tomberait amoureux d'une (caille, chèvre…) coiffée (= de n'importe quelle femelle) où elle épouserait le premier chien (chat) coiffé (= le premier mâle venu).
Dans ces expressions, coiffé est compris comme “apprêté”, et cette interprétation est appuyée sur des emplois du verbe coiffer au sens de “bien aller” (en parlant d'une coiffure; -> confer aussi BONNET). Les sentiments amoureux ont une autre origine: se coiffer de qqun, être coiffé de qqun signifie, depuis le XVIe siècle au moins, “être amoureux, entiché de…”, par une métonymie qui représente la tête (“avoir dans la tête”) par la coiffure (“avoir sur la tête”).
Enfin, il y a quand même un machisme sémantique là-dedans. Même Bébert en convient implicitement.

Mais JB est toujours taraudé par sa question liminaire:
Comment, p*!!** de b!!**% de m*!!* se prénomment les biques de la Ail-Dit?!?!
Mais… tiens… au fait, en parlant de biques… celles d'Ail-Dit étaient-elles bi voire lesbiennes?
Car on on peut se poser la question en pensant à une des locutions préférées de JB: être bique et bouc, à savoir, nous explique toujours le Robert:
Bique et bouc “à la fois homosexuel passif et actif (ou hétérosexuel)”. La concordance du sens et de la forme fait de cette expression très récente (vers 1970) un petit chef d'œuvre linguistique. Synonyme: À voil(es) et à vapeur, Du poil et de la plume (en référence à la marine et à la chasse). S'emploie en fonction d'adjectif.
Aha… JB était persuadé que bique et bouc signifiait être bisexuel…
Aha.
JB cherche dans ses dictionnaires d'argot, ne trouve pas grand-chose, sinon que le Larousse de l'argot et du français populaire donne une apparition dans le vocabulaire nettement plus ancienne puisque la locution serait recensée par Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte de 1867. JB va y regarder et trouve cette définition pour le moins absconse - ou alors elle est chaste, ou plutôt elle est carrément biphobe:



JB continue sa recherche et trouve ça sur gougueule, sur le site sensagent:


Et plus il cherche, plus il a la confirmation que Bébert se plantait et que JB était dans le vrai. Confer Wikipédia et sa liste d'expressions et locutions:


Ce qui ne veut pas dire néanmoins qu'être à voile et à vapeur a pour conséquence d'être au bout du rouleau ni que, lorsqu'on est au trente-sixième dessous, on devienne bique et bouc. Ce sont uniquement des hasards (certes heureux) du classement.

Nous avons donc résolu notre énigme de la bique et du bouc, mais pas de celle à propos des biques d'Ail-Dit et de leur petit nom dans la vraie vie traductionnelle de la fausse vie romanesque.
Ben… Il ne reste plus à JB que d'acheter les bouquins d'Ail-Dit,hein… Quelle mouise… Car il ne croit pas une seconde que la traduction moderne de Heidi utilise les termes Blanchette et Brunette - ça c'est bon pour les autres sites de poil.

Et comme JB n'est jamais au bout de ses surprises, il découvre que les Maytones ont commis en 1970 un morceau intitulé, il vous le donne en mille, mes petits amis: Billy Goat! Donc: Billy Bouc! Siii! Et même que le chanteur bêle dans le morceau à intervalles très réguliers. On écute illicu prestu, d'autant que la chanson, du skinhead reggae épatant, fait un peu ricaner JB!

vendredi 17 septembre 2010

Ail-dit

On traduit, toujours le roman de Maria Parr:
Heidi. Voilà le titre qui figure sur le dos du bouquin. Elle le prend. Ça a tout l’air d’être un livre pour adultes étant donné qu’il n’y a pas d’illustration sur la couverture. Mais, quand Tonje l’ouvre, apparaît le joli dessin d’une fille aux boucles brunes et d’une chèvre.

Et on se dit: "Oh naaan, pas cette godiche d'Heidi!"
Puis on se dit: Heidi était-elle vraiment godiche? Dans notre souvenir, elle l'est restée. Au point qu'on pense à Ail-dit plutôt que Heidi, qui garde les biquettes avec Pet-ter et non plus Peter.
On cherche sur toitube. Et on trouve!
On cite, au début: "Heidi rencontre pour la première fois de sa vie quelqu'un qui est aveugle. Heidi ne peut pas croire que grand-mère ne voit rien. Ni les fleurs, ni les montagnes, ni les oiseaux." Purée, quelle niaise, cette Ail-dit! se dit-on in petto.
Puis, plus tard, à 3'15'', Ail-dit fait de la luge pendant que Pet-ter fait du ski. on re-cite: "Ail-dit: J'aimerais bien aller à l'école! Je descendrais en luge tous les jours. Pet-ter: Oui mais une fois en bas, il faut remonter. Ail-dit: Ah oui, c'est vrai, je n'avais pas du tout pensé à ça." Purée de punaise, quelle gourdasse, la Ail-dit! se redit-on de son for intérieur.

Pour s'en convaincre, on regarde ici la série des années septante - et on salue au passage Madame Fifrelin puisque Ail-dit se passe aussi dans sa Suisse natale:



Heidi pour Heid, on préfère de loin Heidi Brühl qui, ici en 1963, chante Marcel. Enjoy!

mardi 14 septembre 2010

Mauviette!

JB traduit ce passage du roman de Maria Parr - et c'est lui qui souligne:
[Tonje] vient de sortir son vélo pour la première fois depuis le début de l’année. Geir la Mouette fait un potin du diable en tournoyant au-dessus d’elle. À l’époque où ils lui ont appris à voler, ils avaient pour habitude de le poser sur le casque de Tonje. Il y restait jusqu’à ce qu’elle ait pris de la vitesse, après quoi il osait quitter sa monture. Et, là seulement, il s’envolait. Seulement voilà, une fois qu’on a inculqué quelque chose à une mouette, le pli est pris, et plus moyen de lui ôter de sa petite tête. Tant et si bien que Geir la Mouette débarque toujours en piaillant dès que Tonje sort son vélo, même s’il n’est plus un bébé mouette.

Et JB de se demander: comment s'appelle le cri de la mouette? A-t-il un nom particulier tout comme on dit que la pie (la copine de JB) agasse, bavarde, cajole, jacasse ou jase; que la bécasse coucouanne, croule ou croûte (véridique! on imagine la situation: "Oh, ma bécasse, qu'est-ce que tu croûtes bien!"); que la caille courcaille et l'albatros piaule, etc. etc. etc. Mais la mouette? Sur ce site franco-italien hyper bien foutu, et qui recense les cris des animaux dans les deux langues, JB apprend tout des onomatopées de la mouette, mais toujours pas le nom qui caractérise son cri (de la mouette, pas celui de JB):



En réalité, la mouette fait ce bruit-là:



Bon, outre que la vidéo est tordante et qu'on se dit que Tonje a ce genre de discussions avec Geir la Mouette, son animal domestique, cela ne nous renseigne pas trop sur le nom exact du cri. JB va d'abord vérifier dans le TLF, au mot mouette, mais son cri n'y est pas indiqué. Il va consulter sur le même site le verbe piailler, trouve ceci:


Les moineaux et le geai, d'accord. Mais la mouette? Du coup, il clique sur criailler, donné comme synonyme, et trouve ceci:


Les hirondelles, le faisan, l'oie, le paon, la perdrix, le perroquet et la pintade, c'est l'Arche de Noé de Sheila ("on le prend, dis, maman?") - mais une arche sans mouette, ce qui n'en est pas une. Sur la liste des cris des animaux que possède JB, la mouette n'est pas non plus recensée. C'est très impoli envers elle, trouve JB. Sachant que la mouette est de la famille des goélands, JB jette un œil à goéland, qui lui est listé (les gens sont décidément mouettophobes! que fait Act Up-Paris?!) et qui pleure et raille, apprend JB. En va-t-il de même de la mouette. Le Robert en 6 volumes indique certes qu'elle pousse "des cris stridents" et Wikipédia en parle pour sa part en ces termes:



Que le cri soit strident et/ou aigu, JB est assez grand pour le deviner. Mais on le qualifie comment, ce cri, bon sang de bonsoir!?! Une famille de goéland porte l'adjectif railleur, une famille de mouette porte pour sa part l'épithète rieuse, mais est-ce que la mouette rit, raille ou pleure? Sur le site oiseau libre (comme Max, soit dit en passant), JB apprend que "Très bruyante, la mouette se caractérise par un cri rauque. En dispute avec des congénères, elle pousse un cri aigu." Il est aussi précisé:


Ici, JB lit ceci:


Pff… JB se dit qu'à ce rythme-là, il ne s'en sortira jamais! Il est à deux doigts de fondre en larmes… JB utilise les quelques neurones qui lui restent pour réfléchir autrement. Dans gougueule, il tape mouette + criaille et obtient ça:


Hum. A priori, la mouette ne craquète pas, à l'inverse de la grue et de la cigogne.
Mais, oh là là, "une mouette nr crie pas moussaillon, elle criaille!" Ça ça sent le vécu, hein… Allez, de façon très arbitraire, JB va suivre cette injonction et écrire que Geir la Mouette criaille. Mais JB se réserve aussi le droit de le faire rire.

Et JB songe soudain à la locution "Vos gueules, les mouettes [la mer est basse]!" Il cherche dans ses dictionnaires, sur gougueule, ne trouve rien, mais constate que de nombreuses personnes se sont comme lui interrogées sur l'origine - sans avoir d'explication. Ils ont même pensé à un lien avec le film du même nom, réalisé en 1974 par Robert Dhéry. Du coup, JB cherche et trouve le passage suivant:




Et JB ne résiste finalement pas au plaisir, lui qui parlait hier d'humour potache, de montrer un passage du film en question, notamment la messe - qui le fait rire comme un tordu, lui qui est anti-clérical à mort, et lui qui a toujours adoré Micheline Dax:


Micheline DAX Vos gueules les mouettes 1974 3 sur 5



Mais JB revient à ses histoires lexicographiques, lui qui, tout à l'heure sur Wikipédia, a vu et lu la précision ci-dessous:


Hein? Une mauviette est une mouette?! Ça alors…
JB part illicu prestu enquter… euh, pardon… Il part illico presto enquêter et commence sa recherche dans le Robert historique de la langue française:

MOUETTE n.f. est le diminutif (fin XIIIe/début XIVe siècle), avec le suffixe -ette, de l'anglo-normand mave, mauve. Ce dernier, attesté depuis le début du XIIe siècle et encore usité au XIXe siècle en Haute-Bretagne, est lui emprunt au vieil anglais maew (anglais moderne mew), terme germanique propre aux contrées maritimes et apparenté au néerlandais meeuw, allemand Möwe.
◊ En français, on relève d'abord le mot sous la forme moette, puis mouete (1422) et mouette. Dans l'usage général, le mot usuel sert à désigner inexactement d'autres oiseaux marins, comme les goélands. (…) voir MAUVIETTE.
MAUVIETTE n.f. est dérivé, avec le suffixe diminutif -ette (1651) de MAUVIS n.m. (vers 1165), nom d'un oiseau du genre merle à chair délicate, dérivé de mauve n.m., autre nom régional d'oiseau, employé notamment en Haute-Bretagne pour la mouette (vers 1119, mave), d'après une ressemblance du plumage du mauvis que sa couleur claire distingue des autres grives, avec celui de la mouette. En anglo-normand, mauve a désigné un autre oiseau marin, la foulque. La finale de mauvis -is, pourrait représenter une suffixation expressive ou analogique avec la finale de perdrix. Mauve, lui-même emprunté par l'anglo-normand au vieil anglais maew (anglais mew), dont on retrouve les correspondants dans les langues germaniques: néerlandais meeuw, allemand Möve, islandais már. Pierre Guiraud, qui conteste cette étymologie, voit dans mauvis le dérivé de l'ancien adjectif malvis (-> mauvais), la grive étant répute pillarde.
◊ Mauviette, “alouette commune”, s'emploie par extension à propos de tout oiseau analogue quand il est gras et bon à manger. Par analogie (petite taille, saveur délicate), le pluriel mauviettes désigne un plat fait de petites escalopes recouvertes de jambes fumé (on dit aussi alouettes sans tête). ◊ Le même type de transfert métaphorique que pour d'autres noms d'oiseaux (cf. mazette) en fait l'appellation péjorative d'une personne faible et craintive, d'une “poule mouillée” (1808. Par allusion aux brochettes de mauviettes, il s'est rapporté, dans l'usage populaire, à une brochette de décorations (1901).

Et, si les différentes dictionnaires d'argot ne recensent pas le terme mauviette, le TLF nous en donne l'étymologie suivante,pour une fois non-discriminatoie:


Mais JB aimerait en savoir plus sur cette étymologie germanique. Il sait que ceux qu'on a appelés par la suite les Normands, à savoir les Vikings, ont transmis à la langue française un certain nombre de termes, principalement du vocabulaire maritime. Il va donc d'abord consulter le Dictionnaire étymologique du dano-norvégien de Falk & Torp (1910), lesquels lui indiquent la chose suivante:


Tiens donc! Outre que l'étymologie nous donne les équivalents dans les différentes langues germaniques, on retrouve le mot en sanskrit sous la forme mécaka- qui signifie bleu foncé. De plus, si le mot en identique en lituanien (mecas < comme Jonas???), c'est en revanche un emprunt aux langues germaniques.

Du coup, JB va vérifier dans son Wörterbuch der indogermanischen Sprachen et trouve ceci:


Même chose que ci-dessus. JB va voir ensuite dans le Kluge, le dictionnaire étymologique de la langue allemande:

MÖWE (15. Jahrhundert), früneuhochdeutsch mew. Ist übernommen aus dem Niederdeutschen: mittelniderdeutsch meve, mittelniederländisch meeu(we), mewe aus gotisch °mæwo “Möwe”, auch in altnordisch már, mór, altenglisch mæw, meau, meu, friesisch meau. Wohl lautmalerisch nach dem Schreien der Möwen; eventuell von dem Verbum mittelhochdeutsch mawen, neuniederländisch mauwen, das in erster Linie das Miauen der Katzen beschreibt.

Ça alors! JB retombe complètement sur ses pieds. Il adooore!
En fait, le nom germanique qui désigne la mouette aurait été formé à partir du cri poussé par l'animal. Rien de neuf sous le soleil étymologique puisque nous savons, grâce à Mallory & Adams, qu'une écrasante majorité de noms d'animaux sont en réalité des onomatopées: les Indo-Européens ont désigné les animaux selon leur cris.
Et, de fait, le Dictionnaire de l'Indo-Européen de Julius Pokorny indique que:


Pokorny donne donc un étymon commun °mu-, signifiant, murmurer mais aussi meugler et qui a donné, sous différentes formes (selon aussi les lettres qui suivaient), notre fameuse mouette, mais aussi le latin mutus < muet, qui lui-même a donné mutisme en français; tout un tas de formes signifiant grogner dans les langues slaves; puis tout un sémantisme autour de la bouche (ancien hindi), des lèvres (grec) mais aussi embrasser, en frison - ce qui constitue une belle conclusion.

Une conclusion d'autant plus belle qu'on voulait de toute façon terminer avec le court métrage de Nils Tavernier, intitulé La Mouette et réalisé en 1996 dan sle cadre de la série L'Amour est à réinventer - donc lequel on voit Marion Cotillard et Natacha Régnier encore toutes jeunes.