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mercredi 27 octobre 2010

Le cochon polka

Et JB est revenu à la traduction de l'album de Yokoland et il doit traduire toute un liste des objets divers et variés en vente au kiosque (entre autres: saucisse, part de gâteau (miaaam), jumelles, livre sur la métaphysique, etc.).
Puis surgit le mot:
polkagris
Ouiii…, songe JB, mais encore?
Polka, fastoche, c'est la polka. Gris, en revanche, ce n'est ni un Juan dépourvu de son accent sur le I, ni la couleur cendrée, au risque que le kiosque vende des danses anthracite. Non non non. Un gris n'est autre qu'un cochon.
Un cochon polka? s'interroge JB dans son palais socialiste.
Un cochon qui danse la polka?! s'exclame JB dans son palais socialiste.
Ça alors…

JB va donc voir dans gougueule images, et il trouve instantanément :


Mais ce sont des sucres d'orge! s'exclame cette fois JB, toujours dans son palais socialiste.
JB, lui, quand il était minot, mangeait, perso, des berlingots. Le jeudi, sa mémé qui revenait du marché lui ramenait un sachet de berlingots. Aujourd'hui JB ne mange plus de berlingots et ne sait plus si sa mémé, désormais en maison de retraite, dit encore du haut de ses bientôt 97 ans, et ce avec une voix piquée pour signaler qu'elle prend sur elle: "Je le garde entre ma peau et ma chemise!" Bref. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que JB danse toujours la polka. Car JB fait partie d'un groupe de danse folklorique, répondant au doux noms de Les Chabis, une référence implicite aux Chabichous, ces fromages de chèvre fabriqués dans son Poitou natal. Bon. On le voit ici en pleine action, dansant une polka piquée. Attention, il n'est pas forcément reconnaissable et s'est sans (nul) doute déguisé. Sauras-tu le retrouver?



Alors??? Trouvé???

Entre-temps, JB est allé voir sur gougueule sans images mais avec du texte, et il découvre que les polkagris sont une confiserie suédoise, ainsi que le lui précise Wikipédia:


Questions cependant:
Primo: pourquoi la polka?
Secundo: pourquoi le cochon (même si tout est bon dans le cochon) alors qu'il s'agit de bâton? (Quoique… peut-être une vision empirique du bâton permet aussi d'affirmer que tout est bon dans le bâton — mais, ça aussi, c'est une autre histoire.)
Une visite sur le Wikipédia suédois informe qu'Amalia Eriksson a surnommé sa friandise à cause justement de la danse. Elle devait être une férue de la polka sautée pour baptiser ainsi un bâton, laquelle polka sautée se danse comme montré ci-dessous. Et, là encore, JB est présent dans l'image mais ici également difficilement reconnaissable. Les images ont été tournées alors que JB avec sa bande des Chabis faisait un échange culturel avec des camarades alsacos et que, pour ricaner, ils avaient échangé leurs costumes et s'étaient essayés à leurs danses respectives — ha ha ha! quels boute-en-train!!!



C'est fou et chou, non?

Toujours est-il que le dictionnaire étymologique de la langue suédoise nous explique ce mot étrange, le cochon polka:


Le mot polka a donc été introduit en 1844 en suédois par une certaine Agnes Geijer, un emprunt de l'allemand qui l'avait lui-même pris au tchèque, puisque la danse a été inventée en 1835 en Bohême. Puis le dictionnaire nous dit:
À cause de la popularité de cette nouvelle danse, le mot est arrivé en Allemagne où il s'est mis à désigner toutes sortes de choses modernes, confer la Polkakirche à propos de l'église de Saint-Matthieu à Berlin). Idem en Suède où on l'a parlé des polkadosor (= boîtes polka), des polkaomnibus (= omnibus polka), des polkasjalar (les châles polka), du polkasnus (= tabac à priser polka). De la même époque viennent aussi: les polkagrisar, sortes de caramels (…)

Bon, d'accord. Mais pourquoi le cochon???
Quand JB va interroger le Dictionnaire de l'Académie suédoise, il n'est guère ni plus ni mieux renseigné:


Certes, JB s'amuse de voir qu'on parle aussi de coiffure polka (avec cet emprunt suédisé au français: chevelyr = chevelure), de manteau/frac polka, etc. Certes, JB apprend que le mot est attesté en suédois à partir de 1883. Certes il a la confirmation que la sucrerie vient de la ville de Grenna (qu'on écrit donc désormais Gränna). Certes, il lit que, déjà, à l'époque, on vantait les trois spécialités de la ville: "Les poires rouges, la boisson au genièvre et les soi-disants polkagris (= cochons polka), qui sont les cochons les plus sucrés du monde." Mais rien sur le cochon.

Néanmoins, à force de perspicacité, il découvre dans le même dictionnaire à l'article consacré au mot cochon que celui-ci désigne également une sucrerie et ses fameux polkagris:


Gris est également un terme affectueux entrant dans la composition de mots pour désigner quelqu'un, mais aussi un enfant. Ou comme le dit le proverbe danois, qu'on prononce volontiers aux enfants - et c'est JB qui souligne pour montrer les allitérations et assonances:
Spis, min gris, i morgen skal du slagtes
= Mange, mon cochon, demain tu pars à l'abattoir.


Et voilà. JB est content. Il a résolu une nouvelle énigme linguistique.
Il peut donc dire au revoir à tous ses petits amis, sous les rythmes endiablés d'une polka, mais cette fois celle de Madness, intitulée Clerkenwell Polka, interprétée dans nulle autre ville que… Berlin. JB n'était hélas pas au concert puisqu'il était en ce 11 mai… pff… dans la Rance. Pff…

lundi 25 octobre 2010

In et out

JB remet la main à la pâte traductionnelle, histoire aussi de se refaire la main après se l'être défaite (et le cerveau aussi) - même si, dans cette histoire, justement, pour une fois, le proverbe "jeu de main, jeu de vilain" ne s'avère pas.

Il relit donc - et c'est lui qui souligne.
S’asseoir sur un banc dans le parc et discuter de questions philosophiques sont des activités très en vogue. Que beaucoup pratiquent d’ailleurs de leur plein gré.

L'équivalent norvégien est le mot populært, où on reconnaît sans peine l'adjectif français dont il est issu, mais qui signifie en bon français: à la mode. D'où le "très en vogue" choisi par JB. Mais qui ne le satisfait pas.

Le contexte:
Il s'agit d'un album pour enfants, peuplé d'être plus farfelus les uns que les autres, aux activités qui le sont tout autant. JB se souvient des mots de l'éditeur norvégien qui lui avait dit: "Sens-toi libre de t'écarter du texte norvégien. Ce qui compte, en français, c'est de restituer une langue amusante, avec des tournures ou des termes volontiers désuets ou pas. Mais il faut privilégier l'effet. Même en norvégien, parfois, il y a des mots étonnants. Sens-toi libre!"
Et si JB ne partage pas forcément l'avis de l'éditeur (il s'agit avant tout d'une langue avec un registre simple, un ton plein d'ingénuité et, certes, parfois, des mots étonnants et donc amusants), il va tout de même suivre son conseil.

Il aimerait donc remplacer très en vogue par lancé. Mais, en vérifiant dans ses dictionnaires, il constate que l'adjectif ne s'emploie que pour des êtres vivants, non pour des choses. Et même si l'usage s'est relâché, puisqu'on parle par exemple de “soirées, fêtes lancées”, JB serait prêt à prendre des libertés avec l'usage et employer ce lancé. Qui a des accents autant désuets que drolatiques.
Et pourtant il ne va pas le faire.
Peut-être parce que les lecteurs sont des enfants, justement. Peut-être parce qu'il s'agit d'un album. Peut-être parce que les phrases sont courtes et que, dans ce contexte narratif, l'adjectif devient obscur.
JB s'explique: dans un roman, même pour les enfants, lancé conviendrait très bien. Ici, dans un album, avec ses deux ou trois phrases par page, il faut que cela fasse mouche tout de suite. Et il ne s'agit pas ici de l'effet dont parlait l'éditeur (lui parlait du ton et, donc, indirectement, de l'intention), mais plutôt et bel et bien du sens. Si la signification devient ambiguë, du fait de l'économie narrative, on passe à côté, on loupe l'effet (ici: le ton, l'intention), et l'enfant sera perdu et refermera sans doute l'album.

Du coup, JB pense à «in». «In» entre guillemets, comme le veut l'usage, mais aussi pour éviter qu'on prononce [ε̃] et bien [in]. «In» a l'avantage de son immédiateté autant que de sa brièveté. «In» claque et résonne. «In» fait de l'effet, pour le coup dans tous les sens du terme.
Mais «in» n'est-il pas… «out»? «In» n'est-il pas… passé de mode, démodé, plus du tout "en vogue"? Hum.
Qu'en disaient, déjà en 1980, les lexicographes Josette Rey-debove et Gilberte Gagnon?


1980, ça fait trente ans. Ni in ni out n'ont les faveurs du Nouveau dictionnaire de la langue verte de Pierre Merle, c'est dire. Et le Larousse de l'argot et du français populaire ne retient que out. Une recherche quantitative de "très en vogue" dans gougueule donne plus de… seize millions de réponses! Avec moult renvois vers des dictionnaires de langue. La même recherche avec "très in" recrache 81 900 réponses, mais truffées de références anglaises ou allemandes ou autres. Autant dire que que "très in" est par conséquent… très out.
Hum.

Les enfants connaissent-ils Gainsbourg?
Hum.

mardi 5 octobre 2010

Le parc

Et JB s'est remis à la traduction du Parc, à paraître bientôt chez Albin Michel Jeunesse:

Park_cover

© Yokoland © Øystein Dolmen © Magikon Forlag

Park_2
© Yokoland © Øystein Dolmen © Magikon Forlag

Park_4
© Yokoland © Øystein Dolmen © Magikon Forlag


Du coup, on réécoute Down In The Park des Inspirations:

jeudi 30 octobre 2008

Parkvesen & andre vesener

Reçue hier par la poste la rentrée littéraire, soit trois albums, d'une nouvelle maison d'édition norvégienne, Magikon Forlag, co-fondée par Kristin Roskifte dont j'avais adoré l'abécédaire intitulé 28 pièces et cuisine. Cet album déclinait les lettres de l'alphabet norvégien en fonction de pièces improbables (pièce vide pour la lettre T (tomrom), pièce western pour la lettre W et pièce puzzle pour la lettre P), où les deux habitants de ces espaces absurdes, le couple formé par Alf et Beate (A et B, donc, comme le début d'abécédaire), se parlaient en utilisant que des mots de la lettre en question. Intraduisible, mais épatant.
Depuis, Kristin Roskifte a quitté Cappelen et s'est associée avec Svein Størksen pour créer Magikon, que j'ai découverte il y a peu. Je voulais notamment recevoir cet album qu'elle a illustré et qu'a écrit un des plus grands écrivains contemporains, Jan Kjærstad. L'album s'appelle Mirandas skatkammer, La Salle aux trésors de Miranda, et frappe par son style très 70, très Beatles période Sergeant Pepper, qu'a récemment copié un limonadier américain (hum !). Côté illustration, l'album n'est pas inintéressant même s'il aurait mérité un peu plus de direction artistique, on voit donc l'absence cruelle d'Ellen Seip (hei, Ellen!), LA grande dame norvégienne de l'album – puisque c'est sous ses auspices que la Norvège a remporté en 2007 avec Stian Hole, puis en 2008 avec Øyvind Torseter, le Ragazzi Award à la Foire de Bologne; autrement dit, c'est sous sa direction artistique qu'ont été publiés les deux plus beaux albums du monde pour ces deux années.

Mais retour à Magikon, puisque la surprise ne venait pas de Kristin Roskifte illustratrice, mais de Kristin Roskifte éditrice. Et là, c'est pour le coup un trésor, un petit joyau, d'ores et déjà à mon sens LE album norvégien de l'année 2008. Intitulé Parc et autres créatures (le titre norvégien est cent fois mieux, mais fonctionne sur un jeu de mots), il est signé Øystein Dolmen (quel nom!) pour le texte et le collectif Yokoland pour les illustrations. Le premier est un touche à tout qu'on n'attendait pas ici avec un texte aussi abouti, à la fois poétique ("Les oiseaux aiment jouer avec les sculptures et laisser voleter leurs pensées") et drôle ("Il est très lancé de s'asseoir sur un banc dans le parc et de discuter de questions philosophiques. Beaucoup s'y adonnent tout à fait délibérément."). Mais les seconds, eux sont connus. Du moins ils le sont en Norvège, en Allemagne, en Grande-Bretagne. Il s'agit de trois graphistes qui se sont rencontrés à l'âge de 16 ans au lycée.
L'histoire est racontée par un tout petit moustique que l'on suit de page en page. À chaque fois, ses interventions sont soulignées par une petite flèche empruntée au langage de la bande dessinée, sans pour autant que les phrases en lettres majuscules manuscrites soient insérées dans des bulles. Ce moustique nous détaille donc par le menu la vie du parc de son ouverture à sa fermeture, et les gens, les êtres, les choses et toutes leurs manies que l'on peut y trouver. L'album est jalonné de ruptures tant narratives que graphiques; la plus belle étant lorsque le gardien du parc se perd dans ses pensées et s'imagine sur d'autres planètes – là, les pages deviennent entièrement noires et peuplées de dinosaures et autres créatures oniriques.
Car, certes, le texte est impeccable, mais c'est surtout l'illustration qui épate. Les Norvégiens retrouveront sûrement le trait rond et enfantin de Gry Moursund, du moins avant sa période très "bébé" que je trouve un peu simpliste. Les Français reconnaîtront le travail sur les couleurs que fait Blexbolex dans son somptueux et somptueusement édité Gens. Norvégiens et Français verront au lettrage de l'histoire combien Yokoland a parfaitement digéré l'influence de Kim Hiorthøy et son recours au dessin au trait. Et, enfin, tous se raviront de l'emploi des "techniques diverses" qui voient se côtoyer surfaces monochromes et reproductions photographiques.
Mais le plus étonnant, ici, c'est qu'on a vraiment affaire à un album pour enfants, avec de vraies illustrations pour les enfants. Je veux dire: souvent, quand des éditeurs demandent à des illustrateurs issus du monde du graphisme de dessiner pour un album destiné à la jeunesse, le résultat pèche avant tout par son côté arty très adulte; artistiquement, le travail est irréprochable mais s'adresse avant tout à un public adulte, qui plus est initié au graphisme. Avec cet album, Yokoland montre tout son talent d'illustrateur d'album pour la jeunesse.

Et je suis prêt à parier… allez… 28 roupies de sansonnet que, dès que les éditeurs français vont tomber sur ce collectif, ils vont tous prendre un billet d'avion pour Oslo histoire d'aller leur chanter la romance. Nous avions Kim Hiorthøy et Jockum Nordström hier, nous avons Atak et Blexbolex aujourd'hui, nous aurons Yokoland demain. Puisque tous sont définitivement de la même famille.