Et JB, un peu obsédé sur les bords et sur les côtés, tandis qu'il coiffe ses anglaises aussi blondes qu'ondulantes avant de plonger dans les bras de Morphée, songe:
Les mots les plus difficiles à traduire sont en fait les faux amis.
Il y reviendra cette semaine.
Puis, de ces fameux faux amis sémantiques, il pense aux faux amis musicaux, ceux de Loikaemie, les Falsche Freunde de Loikaemie, une chanson d'eux que JB adore et qui, quand il l'écoute un peu trop, le ferait presque pleurer.
Mais naaan, JB ne pleure pas. Là, il va juste se mettre à l'horizontale dans sa couche. ("Avec sa couche et tout", comme disait Henri Michaux.)
En attendant, JB souhaite une bonne nuit à tous ses petits amis.
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lundi 13 décembre 2010
dimanche 15 août 2010
"Au palier où il se trouve…"
Traduisant cette phrase qui se passe dans la nuit africaine, cette nuit africaine "noire comme de la suie" ainsi que je l'ai traduit un peu plus haut (et c'est vrai que la nuit africaine est d'une opacité quasi abyssale): "Je viens de taper dans un truc mou. Un truc qui ne remue pas." Traduisant cette phrase qui se passe dans la nuit où figure le verbe conjugué remue, je repense forcément au recueil d'Henri Michaux: La nuit remue.
Je vais chercher le livre dans la bibliothèque. Je feuillette. Au début, je suis déconcerté: je ne vois nulle part l'écriture d'Henri Michaux que je saurais reconnaître entre mille. Puis l'œil s'arrête sur la deuxième partie d'un poème intitulé Comme je vous vois, et là j'évolue en terrain connu:
Et quelle autre chanson pour ponctuer ces phrases que le magnifique Fair Deal des Progressions (qui ne sont autres que Lyn Taitt & The Jets)? Il faut absolument écouter les accords de trombone et trompette à tomber raide qui ponctuent chaque couplet.
Je vais chercher le livre dans la bibliothèque. Je feuillette. Au début, je suis déconcerté: je ne vois nulle part l'écriture d'Henri Michaux que je saurais reconnaître entre mille. Puis l'œil s'arrête sur la deuxième partie d'un poème intitulé Comme je vous vois, et là j'évolue en terrain connu:
Et vous guerriers soldats au bon cœur, vendus bénévoles
Votre belle cause est mesquine. Elle aura froid dans les couloirs de l'histoire
Comme elle a froid!
Je vous vois en tablier, moi, est-ce curieux!
Je vois le Christ — Pourquoi pas? —
Comme il était il y a 1940 ans.
Sa beauté déjà disparaissant,
Le visage rongé des baisers des futurs chrétiens.
Alors, ça marche toujours la vente des timbres pour l'au-delà?
Allons, au revoir tous, je n'ai encore qu'un pied dans l'ascenseur.
Adios!Je continue de feuilleter. Puis je tombe cette fois sur cette postface à la deuxième partie du recueil intitulée pour sa part Mes Propriétés. Et là je suis frappé par l'extrême et impressionnante justesse des propos d'Henri Michaux sur la maladie et dont on pourrait souligner chaque phrase:
© icke © Henri Michaux © Gallimard
© ibidem
Et quelle autre chanson pour ponctuer ces phrases que le magnifique Fair Deal des Progressions (qui ne sont autres que Lyn Taitt & The Jets)? Il faut absolument écouter les accords de trombone et trompette à tomber raide qui ponctuent chaque couplet.
mercredi 28 juillet 2010
Monoxyle
Je veux traduire pour ce roman adolescent la phrase suivante de telle manière:
La table se compose d'un plateau monoxyle.
Mais ça ne va pas. Bien sûr que non. Monoxyle, un ado ne peut pas connaître le mot. Donc il saute - l'adjectif, je veux dire.
Ça veut dire quoi, monoxyle?
Bon, déjà, je me trompais - puisque le TLF confirme que le terme ne désigne que les embarcations.
Je le tiens d'où ce mot? Et je l'ai appris quand?
Je le tiens de ce recueil d'Henri Michaux (oui, je sais, il est taché - il a servi, les livres doivent servir, doivent avoir des taches):
Ce recueil de poèmes en prose, publié en 1981, est dans l'air du temps (de l'époque), où on s'intéresse à l'art brut, à la folie, à l'hôpital, aux aliénés, à la psychiatrie. Et c'est sur tout ça, aussi, qu'écrit Henri Michaux dans la première partie de l'ouvrage intitulée Les Ravagés, comme il l'explique dans un brève introduction:
Quant au poème où intervient l'adjectif monoxyle, c'est le suivant:
Voilà: la lourde pirogue monoxyle. Une embarcation, donc.
Bon, tant pis pour mon plateau monoxyle. Et puis on s'en fout en fait.
Non, ce qui compte ici, c'est Henri Michaux, ce sont ces poèmes.
Sans eux, et sans ma professeur de français de l'époque, jamais je ne me serais ré-intéressé de cette manière à la littérature (la phrase est conne mais l'époque l'était aussi). C'était une porte ouverte sur le cerveau, sur la compréhension du cerveau, sur la libération, sur la découverte de soi, sur l'émancipation.
Donc: merci Mme G, et merci Henri Michaux.
On avait envie de voir ou d'entendre Henri Michaux, mais les moteurs de recherche ont oublié Henri Michaux dans leur stockage - forcément, se dit-on, mauvais. On trouve sur le site de l'Ina la lecture par Suzanne Flon d'un poème du Belge ayant renié sa nationalité (ah oui: et qui n'a pas parlé pendant des années, jusqu'à ce qu'il découvre le dictionnaire, lise véritablement le dictionnaire et trouve finalement un langage, dans tous les sens du terme), et elle le lit magnifiquement.
Et puis on trouve une lecture, en français par le jeune poète norvégien Simen Hagerup - les Hagerup forment de mère en fils en nièce et en cousin une génération d'écrivains, on en est aujourd'hui à, me semble-t-il, la quatrième génération. On va l'écouter, même si la lecture n'est pas parfaite, rien que pour lui rendre hommage car l'exercice, pour un non-francophone de naissance, est loin d'être aisé.
Et puis, enfin, on trouve un extrait de l'œuvre du compositeur polonais Witold Lutosławski, intitulée, Trois poèmes d'Henri Michaux de 1962/3. La pièce ci-dessous s'intitule quant à elle Repos dans le Malheur et le poème est le suivant:
La table se compose d'un plateau monoxyle.
Mais ça ne va pas. Bien sûr que non. Monoxyle, un ado ne peut pas connaître le mot. Donc il saute - l'adjectif, je veux dire.
Ça veut dire quoi, monoxyle?
Bon, déjà, je me trompais - puisque le TLF confirme que le terme ne désigne que les embarcations.
Je le tiens d'où ce mot? Et je l'ai appris quand?
Je le tiens de ce recueil d'Henri Michaux (oui, je sais, il est taché - il a servi, les livres doivent servir, doivent avoir des taches):
© icke
Ce recueil de poèmes en prose, publié en 1981, est dans l'air du temps (de l'époque), où on s'intéresse à l'art brut, à la folie, à l'hôpital, aux aliénés, à la psychiatrie. Et c'est sur tout ça, aussi, qu'écrit Henri Michaux dans la première partie de l'ouvrage intitulée Les Ravagés, comme il l'explique dans un brève introduction:
© icke © Henri Michaux © Gallimard
Quant au poème où intervient l'adjectif monoxyle, c'est le suivant:
© icke © Henri Michaux © Gallimard
Bon, tant pis pour mon plateau monoxyle. Et puis on s'en fout en fait.
Non, ce qui compte ici, c'est Henri Michaux, ce sont ces poèmes.
Sans eux, et sans ma professeur de français de l'époque, jamais je ne me serais ré-intéressé de cette manière à la littérature (la phrase est conne mais l'époque l'était aussi). C'était une porte ouverte sur le cerveau, sur la compréhension du cerveau, sur la libération, sur la découverte de soi, sur l'émancipation.
Donc: merci Mme G, et merci Henri Michaux.
On avait envie de voir ou d'entendre Henri Michaux, mais les moteurs de recherche ont oublié Henri Michaux dans leur stockage - forcément, se dit-on, mauvais. On trouve sur le site de l'Ina la lecture par Suzanne Flon d'un poème du Belge ayant renié sa nationalité (ah oui: et qui n'a pas parlé pendant des années, jusqu'à ce qu'il découvre le dictionnaire, lise véritablement le dictionnaire et trouve finalement un langage, dans tous les sens du terme), et elle le lit magnifiquement.
Et puis on trouve une lecture, en français par le jeune poète norvégien Simen Hagerup - les Hagerup forment de mère en fils en nièce et en cousin une génération d'écrivains, on en est aujourd'hui à, me semble-t-il, la quatrième génération. On va l'écouter, même si la lecture n'est pas parfaite, rien que pour lui rendre hommage car l'exercice, pour un non-francophone de naissance, est loin d'être aisé.
Et puis, enfin, on trouve un extrait de l'œuvre du compositeur polonais Witold Lutosławski, intitulée, Trois poèmes d'Henri Michaux de 1962/3. La pièce ci-dessous s'intitule quant à elle Repos dans le Malheur et le poème est le suivant:
Le Malheur, mon grand laboureur,
Le Malheur, assois-toi,
Repose-toi,
Reposons nous un peu toi et moi,
Repose,
Tu me trouves, tu m'éprouves, tu me le prouves.
Je suis ta ruine.
Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre,
Ma cave d'or,
Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon.
Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans ton horreur,
Je m'abandonne.
jeudi 25 février 2010
Désapprendre
En réaction à ce qu'écrivait tout à l'heure FH dans son commentaire, et notamment à la lumière de cette belle phrase de Sénèque, que donc je recite: "quand tu auras désappris a espérer, je t'apprendrai a vouloir", je repense évidemment à ce livre d'Henri Michaux, Poteaux d'angle, de 1981, qui devrait figurer dans tous les bibliothèques municipales comme personnelles. Et notamment à cette phrase:
N'apprends qu'avec réserve.
Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre, ce que naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête — innocent! — sans songer aux conséquences.Mais il y a mieux, rapport à cette histoire très moderne de résilience et cette histoire plus ancienne de perte en guise de gain existentiel; toujours chez Michaux, donc:
Souviens-toi.
Celui qui acquiert, chaque fois qu'il acquiert, perd.
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