Affichage des articles dont le libellé est La maladie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La maladie. Afficher tous les articles

mercredi 17 août 2011

Pierrot et le cerveau

Jusqu'à présent, ça ressemblait à ça:


Les petits amis de JB se demandent: c'est quoi, ça?
Ça, c'est un neurone, "observé au microscope électronique à balayage", précise Wikipédia. Or,aujourd'hui, JB apprend que nous sommes en mesure de voir autrement les neurones, grâce à la "microscopie holographique numérique". Au demeurant, ça nous fait une belle jambe. Mais avec son titre tonitruant, "Des hologrammes révèlent l'intérieur du cerveau en 3D" (et JB a presque envie de s'écrier: "Ta-daaah"), l'article paru sur le site de l'École Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a immédiatement séduit JB, lui qui a toujours rêvé, et plus que jamais depuis plusieurs mois, de voir ce qui se passe dans le cerveau. On va d'abord écouter Pierrot, alias Pierre Magistretti, qui bosse à l'EPFL et qui nous explique en anglais de quoi il retourne exactement.



Les images de la fin de la vidéo, JB les avait d'abord découvertes en début de soirée, rentrant d'une balade en biclou, sur le Spiegel. "Spektakulär", s'exclamait le site internénette de l'hebdomadaire allemand, et JB à sa suite. Car on voyait un neurone au travail, et les images étaient si hypnotisantes que JB en a fait des captures d'écran.
À première vue, les deux neurones "au travail" représentés ressemblent, de l'humble avis de JB, à des espèces de flans. Oui, des flans à la vanille:


Voire, des flans à la vanille en train de cuire dans le four. Et, à bien observer les taches rougeâtres sur le neurone de gauche, on se prendrait à imaginer du sucre en train de caraméliser:


À moins que ce ne soient des gâteaux de riz, continuait de conjecturer JB:


Oui, les neurones ressemblaient davantage à des gâteaux de riz nappés de caramel et posés sur un lit de… crème fraîche? Hum…


En même temps, ils faisaient penser à deux petits volcans singuliers en pleine éruption, un peu fâchés, avec les crêtes rouges faisant penser à des amas de lave…


Oui, JB trouvait que la comparaison entre les neurones à l'ouvrage et la violence des volcans était une belle analogie. Des neurones ignivomes. Les cratères du cerveau. Les synapses éruptifs. Du magma cognitif. La réflexion en fusion. La tectonique du psychisme.


Mais JB s'égare, comme d'hab.
Et Pierrot, qui lui tirait la manche de son polo Ben Sherman, lui expliquait les avantages de cette nouvelle technique:

“Grâce à sa précision à sa rapidité, il est possible de dépister d’infimes changements de propriétés des neurones sur lesquelles on teste un médicament”, souligne Pierre Magistretti. “Une opération qui prendrait normalement 12 heures en laboratoire peut être désormais réalisée en 15 à 30 minutes, ce qui diminue considérablement le temps qu’il faut à un chercheur pour savoir si un médicament est efficace ou non.”

Forcément, JB se demandait à quoi ressemblait ses petits neurones à lui, à la fois quand ils travaillent, quand ils ne travaillent pas, et quand ils sont incapables de travailler. Il aimerait prêter son cerveau à Pierrot pour que Pierrot lui explique ci et ça. JB se disait: "Je pourrais p'têt lui envoyer un mail…?" Genre:
"Cher Pierrot, j'espère que tu vas bien. Moi ça va, mais certains jours ça va moins — un peu comme tout le monde, quoi. J'ai lu le compte-rendu de tes travaux et je les trouve phénoménaux. On a un point commun, toi et moi: on s'intéresse au cerveau. Bon, OK, moi je suis un peu égoïste et je m'intéresse surtout au mien. Mais p'têt qu'on peut s'aider tous les deux (on n'est jamais trop aidé, comme dit un copain à moi) et que je pourrais te prêter mon cerveau pour que tu regardes dedans. P'têt que tu trouveras des trucs que t'as pas encore vus ailleurs. Qu'est-ce t'en penses? J'ai hâte de te lire, hein."

Toutefois, l'analogie entre le cerveau et le volcan, tous deux en fusion, tous deux en pleine excitation, tous deux devenus fous, n'était/n'est pas si fausse puisque le langage l'a fixée. À preuve l'article du TLF sur le verbe fumer, qui dit (et c'est JB qui souligne):
A.− Qqc. fume
1. Dégager de la fumée.
b) [Le suj. désigne le réceptable où a lieu la combustion, ou le conduit destiné à l'évacuation de la fumée] Cheminée, cassolette, bouche d'un canon, (cratère d'un) volcan qui fume. Nuit et jour on voyait fumer légèrement le Vésuve, et la mer réfléchir ses flammes et son ombre (MauroisAriel, 1923, p. 257).
B.− Au fig. Qqc./qqn fume
1. Être le siège d'une excitation (provoquée par l'ivresse la colère, etc.). Le vin qu'ils avaient bu leur chauffait le sang et faisait fumer leur cerveau (FranceContes Tournebroche, 1908, p. 5).

Mieux, l'analogie est plus ancienne qu'on ne le croirait. Le Robert historique de la langue française insiste en ce sens:
◊ Par figure, le verbe intransitif signifie aussi “s'exciter” (fin XIVe siècle) et par extension (1456-1457) “se mettre en colère”.
Le Dictionnaire du moyen français enfonce le clou en révélant que la tournure figurée s'employait même à la forme pronominale. Et qu'on trouve même un emploi absolu au participe passé, qui signifie dès lors ”furieux”:
 Part. passé en empl. adj. Fumé. "Furieux"Et! grosse teste sans cervelle! Vous scavés bien que dictes mal, Puant, infame cardinal! C'est afaire a maistre enfumé, Ha, par Dieu, j'en suis fort fumé, Le cueur m'en deult, j'en suis mary. (S. fol, c.1480-1490, 7).
Et si Antoine Oudin, dans ses Curiosités françaises (1641), relevait déjà "fumer de colère" qu'il définissait par "être fort irrité", c'est la 4e édition (1762) du Dictionnaire de l'Académie qui synthétise le mieux la fumée, produit de la colère, et la tête (siège du cerveau):
On dit fig. & fam. que La tête fume à quelqu'un, pour dire qu'Il est en colère.

Mais c'est le Grand Robert qui boucle une certaine boucle sémantique en élargissant l'acception du terme ainsi (et c'est toujours JB qui souligne):
Être le siège d'un trouble (-> Les fumées de l'alcool). Cerveau qui fume (d'ivresse, d'excitation). — Fam. Ça fume: il se déploie une activité débordante ou: l'effort de réflexion, de concentration est intense (comparaison avec une machine, un moteur, etc., fonctionnant à plein régime — -> Ça carbure — ou avec une réaction chimique s'accompagnant d'un fort dégagement de chaleur — -> Potasser).
On le constate, l'analogie est donc récente, qui date de l'époque des machines, donc de l'industrialisation. Ce faisant, le glissement sémantique semble irréversible, qui mène lentement mais sûrement l'emploi figuré vers le "trouble", donc la folie. Ce qui amuse cependant JB, et il fait preuve ici d'une subjectivité linguistique pas du tout scientifique, c'est de constater que son analogie à lui, entre les volcans et les neurones, trouve dans l'exemple ci-dessus une illustration parfaite.

Autrement dit, et pour résumer:
fumer/fumée = chaleur = danger < chaleur = explosion = colère = trouble = folie < fumée = colère = tête = cerveau = psychisme = folie.
Avec l'évolution des sciences et des techniques, avec la fortune sémantique qu'a connue le mot tête et ce qui s'y rapporte vont peu à peu associer le siège de la pensée et des émotions à l'accès de colère puis à la crise de nerfs — après tout, neurone est emprunté au grec neuros qui signifie nerf, on est dans le même sémantisme. Le langage est riche en locutions qui désignent la folie d'un individu en axant l'analogie sur la tête et ses dérivés: ne plus avoir toute sa tête, être tombé sur le crâne, cervelle fêlée, monter au cerveau, se triturer les méninges, avoir une araignée dans le plafond, etc.

Et la fumée dans tout ça?
JB y vient justement.
Le français moderne et populaire fournit une analogie sémantique qui réalise parfaitement cette idée:
fumer la moquette
Plus intéressant encore, la lecture des dictionnaires et/ou des sites d'expression nous révèle son évolution en à peine vingt ans.

Pour un autre Pierrot que JB aime beaucoup, il a nommé Pierre Merle, le sens se rapporte uniquement au lexique de la drogue, ainsi qu'il l'explique dans son Nouveau dictionnaire de la langue verte, qui étudie "le français argotique et familier du XXIe siècle":
Fumer la moquette (…) se dit d'un gros consommateur de cannabis qui fumerait tout ce qu'il trouverait s'il était en manque, y compris la moquette de son appartement.
Certes. Mais comme se demandent beaucoup d'internautes: pourquoi la moquette? "Chez moi j'ai du parquet, alors je ne peux pas savoir…", s'excusait un certain Fed-up. Le toujours tordant site expressio.fr expliquait autrement les choses:
On peut aussi concevoir que cette expression a pu naître par allusion au gars dont la réserve personnelle "d'herbe" est vide, qui est en manque, et qui, faute de grives, coupe des poils de sa moquette pour en mettre dans son joint, avant de partir dans un trip inhabituel.
Cela dit, il ne faut pas non plus oublier que le haschich, c'est du chanvre indien.
Or, à quoi était beaucoup utilisé le chanvre autrefois, jusqu'au XIXe siècle? Comme cette plante est une fibre naturelle très résistante, elle servait (et sert toujours, mais moins fréquemment) à fabriquer de la ficelle, du tissu et même des tapis. Et, dans l'intimité de son chez soi, il n'y a pas une bien grande différence entre "fumer le tapis" et fumer la moquette.

Trêve de bêtises.
Car ce même site donne quant à lui une tout autre signification à la locution, qui est celle que lui attribue JB:


Un sens que donne également Le Robert qui a intégré la locution verbale dans son édition de 1993, ainsi que l'explique l'ouvrage collectif Les dictionnaires Le Robert: genèse et évolution:


Mais, contre toute attente, c'est Wikipédia qui explique le mieux l'évolution sémantique:


En fait, le sens premier est celui indiqué par Pierre Merle (et par Charles Bernet et Pierre Rézeau dans On va le dire comme ça, Dictionnaire des expressions quotidiennes (2008), alors que la plupart de leurs exemples ont la seconde signification!!!), puis, par analogie, "comme sous l'influence d'une drogue", la locution finit par signifier “être (un peu) fou”, qui elle-même nous ramène à la définition du Grand Robert sur le verbe fumer, et notamment son substantif fumée, que JB explique maintenant seulement pour qu'on comprenne bien l'évolution (et c'est toujours JB qui, dans les exemples ci-dessous, souligne):
◊ 3 (Milieu du XVIe siècle). Vapeurs qui sont supposées monter au cerveau sous l'effet de l'alcool, brouillant ainsi les idées. Être troublé par les fumées du vin. Chasser, dissiper les fumées d'un banquet, de l'ivresse. -> Excitation.

Autrement dit, l'idée et le sens sont anciens et ont été, là encore, renouvelés par l'évolution des pratiques, ici de consommation (autrefois l'alcool, aujourd'hui le haschich). La réalisation de l'image est complétée par le nouveau sens que prend le substantif fumée au XIXe siècle, tour à tour une "chose inconsistante et vaine", un "propos, idée qui manque de netteté", enfin, "ce qui peut monter à la tête, étourdir", explique toujours  le Grand Robert. JB ne saurait être exhaustif s'il n'indiquait pas que de là est né (grâce à Sainte-Beuve en 1840) l'évolution de l'adjectif fumeux qui, de "qui répand de la fumée, s'enveloppe de fumée" (vers 1560), finit par signifier "qui manque de clarté ou de netteté".

Quoi qu'il en soit, JB n'a pas fumé la moquette (ce qu'il ne fait jamais de toute manière, du moins dans le premier sens) quand il compare son cerveau à des petits volcans. Il n'y a pas de fumée sans feu, d'accord.

dimanche 10 avril 2011

L'atome, le dub et la diarrhée

Et, vendredi dernier, à la fois sans doute lassés d'observer les joueurs de billards se divertir avec leurs queues et leurs boules, plutôt émoustillés par un nighter dont ils avaient oublié l'existence et qui se situait vraiment à deux pas, G et JB se précipitaient donc au TiK où, très vite, résonnaient les accords envapés typiques du dub et du dancehall. "C'est vraiment une soirée de meks", pestait G. De fait, non seulement un jeune homme au crâne quasi hydrocéphale, que JB identifiait illico comme un étudiant en mathématiques (G dirait: "en ethnologie"), crachait dans le micro tel un U Roy du XXIe siècle, mais des garçons étaient agglutinés près de lui et des platines. Ce qui poussait JB à expliquer la signification en français de la locution "comme la vérole sur le bas clergé" dont le TLF la livre sur ce blog tatoué et fumeur aux petits amis de JB revient (et ce dernier ne peut forcément que s'amuser de l'exemple littéraire choisi dont il souligne et bleuit le sujet):

 (S'abattre, tomber) comme la (petite) vérole sur le bas clergé. [En parlant d'un ennui, d'un désagrément] (S'abattre) violemment et subitement (comme le ferait une épidémie). Les héritières aryennes (...) vont fondre sur toi telle la vérole sur le bas clergé, proverbe dont ton père use jusqu'à l'élimer comme une vieille culotte (M. CerfUne Passion, 1981, p. 39).

Et le Robert des expressions et locutions de nous expliquer que la métaphore, dont le bas clergé en question peut être, dixit, "espagnol ou — plus tard — breton (…) reflète l'anticléricalisme mêlé au mépris hiérarchique". Certes. Mais pourquoi précisément la vérole? et pourquoi précisément en Bretagne et en Espagne?
Le site expressio est plus disert:


Bref, dans ce lieu et cette ambiance où les vapeurs haschichines le disputaient aux vapeurs d'alcool (et JB de se voir contraint d'user de sa sale cheutron de méchant skinhead pour repousser les insistances d'un gugusse aux veines distillées à la bière), a résonné tout à coup la version dub d'un morceau de Massive Attack. Et ce devait, se dit JB aujourd'hui dimanche, Spying Glass, de 1995:



Et JB de le faire remarquer à G: "Oh, c'est Massive Attack…!" Comme G répond que Massive Attack, outre les morceaux les plus connus, lui demeure très vague, JB promet de lui bricoler une compil. Ce qu'il fait en ce dimanche. JB ressort donc son CD No Protection, de 1995, dans lequel Mad Professor remixait en dub 8 des 10 morceaux qui constituaient l'immarcescible Protection sorti la même année. Il les écoute et son oreille s'arrête sur onze secondes d'Eternal Feedback, la version dub de Sly:



Et ce qui interpelle JB dans cette phrase musicale, ce sont bien sûr les accords de melodica qui se superposent aux nappes électroniques évoquant un ruissellement, elles-mêmes ponctuées par des notes de de violon. L'ensemble est hétéroclite et donc étonnant.
Séduit comme d'habitude par les inventivités de Massive Attack, JB prend soudain conscience qu'il n'a jamais écouté l'album Heligoland, sorti l'an passé. Pourquoi? se demande-t-il. La réponse est toute trouvée.
Et donc JB écoute ce disque qu'il trouve vraiment vraiment impeccable (hormis les morceaux avec Martina Topley-Bird qu'il goûte moyennement). Mais une chanson en particulier, où intervient notamment encore une fois Horace Andy (c'était lui qui chantait sur Spying Glass), retient son attention: Splitting The Atom:



Car, de fait, nom seulement la chanson prend une valeur inédite depuis le 11 mars 2011, mais, pas plus tard que mercredi dernier, G envoyait à JB une vidéo japonaise intitulé Nuclear Boy qui explique aux enfants ce qui s'est passé à Fukushima. En usant d'une métaphore bien singulière, littéralement pipi-caca-prout. On regarde et on se fend la poire:



Hö hö hö!
Mais ce dont s'étonnait JB, en… indécrottable (! re-hö!) traducteur, c'était justement la traduction en anglais et notamment ce syntagme pour le moins surprenant, stomach issues:


Des stomach issues???
Pardon?
Autrement dit, des affaires stomacales.
C'est un joli euphémisme pour retranscrire ce que la vidéo explique plus prosaïquement à un autre moment:


JB rassure ses petits amis, il ne va pas gloser sur la diarrhée. (Et il entend des ouf de soulagement des deux côtés du Rhin).
Non, JB est surpris par ces coïncidences dont il raffole tant. Il fait une compil de Massive Attack pour G et s'émerveille du morceau Splitting The Atom et, quelques plus tôt, G lui envoyait une vidéo sur l'atome. Une certaine boucle forcément hélicoïdale est bouclée.

Ou pas tout à fait.
Car JB est surpris. Il se souvient que, il y quinze jours, il confiait sa tête compliquée à un cartographe cérébral. Le bruit de la machine était si assourdissant malgré les protections que l'homme en blanc avait apposées contre ses oreilles. Plus les bruits continuaient, somme toute assez répétitifs, plus JB se croyait dans un morceau de Massive Attack, Superpredators, remixé par Mad Professor en 1997. Encore Massive Attack, encore l'atome, encore le dub:



Et c'est doublement étonnant. Car, alors même que JB écrit ce post, le ciel est d'un bleu pastel monochrome et le soleil irradie en ce dimanche. Ses rayons se reflètent sur la boule à facette qui elle-même réverbère de petits cercles blancs disséminés sur le plafond du palais socialiste de JB. Et ce dernier, observant les espèces de coruscations ainsi formées, se dit que ces réflexions aubes sont semblables aux étranges taches neigeuses révélées par la cartographie cérébrale. S'il trafique la photo, il obtient une image d'une similitude confondante:

© icke

Et, comme Debbie Harry l'autre jour (puisque, oui, c'était elle avec Iggy Pop), JB pourrait ainsi s'écrier:



Mais il préfère citer ses chouchous de Feeling B, les pounk de RDA qui, dans le morceau Langeweile, parlaient de Marie Curie et qu'"elle voulait atteindre l'atome et séparait les particules" (comme Massive Attack trente plus tard), "uniquement par ennui":



Et sur ce, histoire de rompre l'ennui, JB va aller manger. Manger est toujours réconfortant. Babaille!

mardi 29 mars 2011

"The dark days are gone"

Et JB est enfin rentré à Berlin. Dans son Berlin. Dans son Berlin baigné de soleil. À tel point que, fixant la boule de feu si blanche, il plisse les yeux et murmure: Sunny!



Allez, tous en chœur:
Sunny, yesterday my life was filled with rain.
Sunny, you smiled at me and really eased the pain.
The dark days are gone, and the bright days are here,
My sunny one shines so sincere.
Sunny one so true, I love you.

mercredi 16 mars 2011

On such a wednesday

Et, brusquement, sans qu'il comprenne pourquoi, alors qu'il marche en silence à coté de son si cher ami É avec qui il vient de dîner au restaurant, à Paris, dans cette capitale où il se sent si étranger alors qu'il y a vécu 18 ans, JB entend cette chanson résonner dans sa tête décidément compliquée:



JB, aussi anticlérical sinon plus que les bouffeurs de curés les plus acharnés, est d'abord sidéré d'avoir ce morceau hippie dans le crâne, lui qui a compris il y a quelques années que les paroles étaient pro-foi et donnaient à fond dans la religiosité. Aussi, quand une voix dans ses oreilles roucoulent les phrases ci-dessous, il en raye certaines:

Stopped into a church
I passed along the way
Well, I got down on my knees
And I pretend to pray

Pourtant, face aux contingences du moment, JB se dit qu'il aurait bien besoin de prier, mais il ne le fera jamais de toute manière. Du coup, plus tard, maintenant, il comprend le fin mot de l'histoire, lui qui n'avait nulle envie d'être dans la ville-lumière même s'il y retrouve des amis. Et il change toutes les paroles:

All the leaves are brown await spring
And the sky's is gray depressin'
I've been for a walk
On such a winter's day wednesday.
I'd be safe and warm
If I was in L.A. in Berlin.
California Berolina dreamin'
On such a winter's day wednesday.

Voilà, là c'est mieux. Là ça fait sens.

Puis, en vérifiant dans mange-disques électronique, JB découvre qu'il possède une reprise reggae par Lloyd Charmers qui est… potable, mais sans plus. Il va chercher dans toitube pour la mettre en illustration et en résonance. Mais il en découvre une autre, nettement mieux, par Winston Francis, et celle-ci lui plaît:

jeudi 3 mars 2011

"No obligation"

Et JB, qui traverse tout Berlin uniquement pour parler deux petites minutes avec sa nouvelle miresse (laquelle, cela n'a nullement échappé au regard anticléricalement acéré de JB, consulte avec une croix à côté d'elle — JB, constatant la relique de dévotion, en a perdu deux dioptries), et donc traversant tout Berlin uniquement pour ça, JB finit par écouter en boucle dans son baladeur électronique Me No Born Yah de ses chouchous des Reggae Boys:



Ce morceau, JB l'adore. Il pourrait (jamais en manque d'une exagération) l'écouter en boucle tout le jour (et la nuit aussi). Il adore le "a yah" du début, suivi de "ayahyahyah" qui lui donne aussitôt la patate. Il adore le phrasé, il adore la scansion, il adore la répétition — bref, il adore tout. Au point que, quand il l'écoute dans la r(o)ue, il s'écrie toujours lui aussi "a yah!", il a aussitôt envie de danser, et défaut il branle du chef et se déhanche; bref, il a l'air malin et ridicule, mais il s'en fout comme de sa première chemise Ben Sherman.
Sauf que.
Il ne comprend strictement rien aux paroles. Mais alors rien. De retour dans son palais socialiste, il cherche sur internénette, mais sans grand espoir. Et il découvre qu'il n'est pas le seul à n'y rien comprendre:


Donc il ne comprend rien mais de ça aussi il se fout. Il s'en fout car il comprend juste "no nation" puis "no obligation", et ça lui suffit. Il a l'illusion de croire qu'il s'agit d'une chanson insurrectionnelle, une chanson sur l'autonomie et la liberté, sur le libre-arbitre et le choix volontaire. Et, en cette journée il a décidé de faire un choix important et difficile, où il a même ressenti le besoin d'aller le dire à sa miresse, chanter "a yah!" puis "no obligation" est une satisfaction en soi.

mercredi 2 mars 2011

"The strongest man"

Et JB se réveille avec aucune musique du matin mais, un peu plus tard, constate avec stupeur qu'une chanson tourne en boucle dans sa tête compliquée. Il ne tarde pas à reconnaître Strongman Sampson d'Eric 'Monty' Morris et s'étonne doublement puisqu'il n'a pas écouté le morceau depuis plus de six mois au moins. Aha, songe-t-il, ça c'est bizarre.
Il écoute:



Et JB trouve ça épatant d'entendre surgir comme de nulle part cette chanson qui dit que "Sampson was the strongest man". Il y voit primo un message de l'inconscient et la force de celui-ci (et tant pis s'il s'agit d'une méthode Coué — genre: "tu es le plus fort, tu es le plus fort, tu es le plus fort" ad libitum, puis: "oui, je suis le plus fort), secundo la confirmation subliminale que, oui, décidément, tout va s'arranger et tout sera en fin de compte pour le mieux.

Allez, en prime, on écoute la reprise par les Néerlandais des Regulators, que JB avait vus au printemps dernier en concert en compagnie de G et F (mais pourquoi N n'était pas présent???) à qui il souhaite une bonne et belle journée sous le soleil blanc de Berlin.

lundi 28 février 2011

Annie est partie

Il restera cette image:


Cette image du documentaire de Nicolas Baulieu, réalisé en 2008. Annie Girardot († RIP) se sait atteinte de la maladie d'Alzheimer, elle ne regarde pas la caméra, elle fume une cigarette, elle sait que son cerveau n'est plus digne de confiance, qu'elle a à peine de maîtrise sur lui.
Et cette image comme ce contexte laissent JB coi.

Ça fait quoi de sentir son cerveau faire autre chose que ce qu'on voudrait qu'il fasse? Ça fait quoi de, comme le veut l'horrible locution, ne être plus en pleine possession de ses moyens cognitifs? Ça fait quoi de ne pas avoir les pensées qu'on voudrait? Ça fait quoi d'avoir sa capacité de réflexion entamée puis amputée?

mardi 22 février 2011

vendredi 28 janvier 2011

T'es sourd ou lourd?

Et JB, qui depuis voit une de ses mauvaises blagues se réaliser puisqu'il est paré d'un sonotone à l'oreille droite (non, ça aussi c'est une mauvaise blague), s'interroge en tout cas là-dessus: l'oreille, l'ouïe, l'audition, être entendant et/ou (ne pas) être entendu, être né/rendu sourd, ne pas pouvoir et/ou ne pas vouloir entendre et donc aussi comprendre — bref, tous ces sémantismes et les analogies qui vont avec.

JB se souvient de ses lectures indo-européennes estivales et sait que le mot oreille revient à l'identique, c'est-à-dire avec le même sens, dans neuf familles de langues selon Mallory & Adams et Julius Pokorny. Du coup, ça ne lui est pas entré dans une oreille pour lui ressortir par l'autre (en moyen français (1330-1500), où l'expression existait déjà, on disait “saillir par l'autre”).
Qui plus est, phénomène significatif quant à l'évolution du proto-européen, ces termes ont conservé leur sens exact dans les langues modernes, ce qui montre à quel point non seulement le mot est un invariant, mais aussi la partie du corps en question est importante — à titre d'exemple, l'équivalent latin du mot indo-européen bouche, signifiait dans cette langue “bouche d'une rivière”.

Donc notre oreille, dont l'étymon commun proto-indoeuropéen est °h₂óus- (ce qui fait une belle jambe aux petits amis de JB), se retrouve dans neuf familles de langues. C'est mieux que le sein (8 fois), aussi bien que le doigt et la dent, mais moins bien que l'œil ou le genou (10 fois), encore moins bien que le cœur (11 fois, qui signifie aussi croire en indo-européen — génial, non?), et qui ne surpasse en tout cas pas le pied, seul membre à se retrouver dans toutes les familles de langues. Comme quoi, les Indo-Européens étaient comme JB, ils adoraient faire de la rando avec leurs rangeos et leur sac à dos. On regarde l'impeccable tableau que nous offre le Wikipedia anglais, et il faut sans doute cliquer sur l'image pour bien voir et… entendre:


L'oreille est donc un organe central (qui, pour ce qui concerne la langue française, vient du latin classique auris).
Or, pour rester chez nos ancêtres, on peut se demander s'ils n'étaient pas pourvus d'oreilles plus souples, non qu'elles fussent pliables ou escamotables, mais en tout cas plus flexibles. JB en veut pour preuve les interrogations de nos scientifiques du langage. Qu'ils soient linguistes ou lexicographes, ils ont noté des locutions en usage qu'ils n'expliquent que par l'élasticité de l'organe auditif. JB a ainsi trouvé dans le Dictionnaire du Moyen Français la locution suivante:
- Rire des oreilles. "Ricaner (au point que les oreilles bougent ?)" : Des oreilles rit aucuns tellement Que semble le ris d'un cardinal (DESCH.Oeuvres Q., t.5, c.1370-1407, 15). ...le pouvre cueur serre Ire Si des oreilles ne scait rire.(CHAST.Temps rec. D., 1451, 87).
Et l'on voit bien que lexicographe est troublé par cette étonnante capacité.

Mieux. Les linguistes Hjalmar Falk et Alf Torp, dans leur Norwegisch-dänisches etymologisches Wörterbuch (Dictionnaire étymologique du dano-norvégien, 1911) s'interrogeaient sur la locution “dresser les oreilles” et se demandaient:
"(…) cette désignation est-elle empruntée au monde animal ou bien se peut-il que nos ancêtres aient eu des oreilles plus flexibles que les gens d'aujourd'hui?"
La question était déjà posée en 1911 et JB la repose cent ans plus tard à ses petits amis, aussi taraudé dans son corps et dans son esprit (que dans son tympan) que l'étaient alors Falk et Torp:


Ces similitudes anatomiques d'une langue à l'autre se retrouvent à l'identique d'un point de vue lexicographique. Ainsi, les anciens Scandinaves, comme les Allemands et les Français, étaient “tout oreilles”, ils “baissaient les oreilles” en signe d'humilité et disaient, quand ils en avaient marre, “en avoir par-dessus les oreilles”. Et, identiquement, tous ces peuples avaient un mot pour décrire quelqu'un pourvu de “longues oreilles”, c'est donc bien qu'il devait s'agir pour nos ancêtres d'une curiosité anatomique. À tel point que JB se demande, en dernier lieu, si nos ancêtres indoeuropéens n'étaient des Mr Spock en puissance. On se souvient de lui avec émotion:


Les siècles passant, le milieu changeant et nécessitant une adaptation, les oreilles ont diminué pour atteindre leur taille conventionnelle actuelle. Oui, JB en est persuadé: on avait autrefois de grandes oreilles. Le moyen français a même un mot pour cela, qui plus est merveilleux à nos oreilles contemporaines:
OREILLARTsubst. masc.
"Celui qui a de grandes oreilles

Même en latin, il existait aussi un mot, ainsi que nous le montre le Gaffiot:


Avoir de grandes oreilles, c'est être attentif. Alors ça, c'est passionnant, se dit JB.
Écouter, c'est être attentif. Être attentif, c'est entendre. Entendre, c'est écouter. Écouter, c'est entendre. Entendre, c'est comprendre. Comprendre, c'est être attentif, etc. etc. etc.

Et là, JB ne raconte pas des bourdes à ses petits amis. Il en veut pour preuve le verbe latin audiō, dont le premier sens est entendre, que l'on retrouve dans les mots français contemporains construit sur cette racine. Grâce à l'autre dictionnaire de latin, celui de Charles Lebaigue (qui date de 1881), nous avons une vue d'ensemble plus concentrée que chez Félix Gaffiot (1934):


Mais qu'est-ce que voit JB? Le quatrième sens de audiō est “obéir”?!? L'évolution diachronique et sémantique est donc: entendre < être docile < écouter < obéir?!?
JB en tombe de sa chaise et perd du même coup son désormais précieux sonotone.
Et oui, les petits amis de JB peuvent aussi en rester sourds, muets et aveugles puisque, voilà le pot aux roses que JB a découvert: l'écoute est irrémissiblement liée à l'obéissance. Elle l'est d'abord étymologiquement parce qu'elle l'est, a priori, concrètement. Si la logique sémantique ne se fait pas forcément dans le sens écoute < obéissance, il suffit de retourner l'équation (puisque c'en est une, JB l'a montré plus haut et Charly l'a confirmé) pour voir que, oui, décidément, obéir c'est écouter: obéissance = écoute.
Pour bien voir l'évolution sémantique, JB a déniché rien que pour ses petits amis tous les dérivés de auris, donc de notre oreille française dans le Dictionnaire étymologique latin de Michel Bréal & Anatole Bailly (1906):


De fait, nous explique pour sa part le Robert historique de la langue française:
OBÉIR, v. tr. est emprunté (vers 1112) au latin oboedire, proprement “prêter l'oreille” à d'où “être soumis à”, de ob “devant” et audire “écouter”.
Mais ce n'est pas tout.
Non seulement entendre (audiō) = obéir (oboedio), mais écouter (ausculto) c'est également obéir. Si!
Que nous dit le Gaffiot par rapport au verbe latin qui a donné l'équivalent direct français écouter:


Et, quand JB va faire procéder chez et par le Ohrenarzt (littéralement en allemand, le “médecin des oreilles”) à une auscultation de son oreille sourde, non seulement ce faisant JB l'écoute mais il lui obéit:


Inconsciemment (le terme auscultation dans son acception médicale contemporaine, nous indique le Robert historique de la langue française, est intégré en 1819 seulement par Laennec "pour désigner sa méthode d'écoute médicale") - inconsciemment, donc, l'auscultation réduit le patient à l'obéissance vis-à-vis de son médecin. Ça c'est dans le sens passif. Dans le sens actif, quand le médecin devient le sujet, il "espionne" son patient — mais il doit aussi l'“écouter attentivement” et lui “obéir”. C'est une belle métaphore dans ce sens-là.

Quoi qu'il en soit, JB est troublé. Il a besoin, comme on dit en anglais, de prendre un moment (take a moment).
Ce qu'il n'aurait bien évidemment pas dû faire. Car il se rend compte très vite que ce sémantisme de l'écoute et de l'obéissance se retrouve dans tous les langues qu'il connaît: en allemand, en anglais, en danois, en norvégien.
S'il reste dans ce rapport au latin, il en a la preuve grâce au Etymologisches Wörterbuch der lateinischen Sprache, c'est-à-dire le Dictionnaire étymologique de la langue latine et comparaison avec le grec et l'allemand, écrit par Konrad Schwenck et publié en 1827:



Et on voit bien l'air de famille qui lie hören (= écouter) à gehorchen (= obéir).
Idem en danois ou høre signifie entendre. Écouter, en revanche, se dit lytte, qui est un dérivé de lyd, le son. Et comme se dit obéir? Bingo! Adlyde, ainsi que nous le confirme Falk & Torp en nous donnant les équiavalents allemand et latin:


Lyd = son, a donné lyde = écouter (devenu lytte), qui lui-même a donné adlyde = obéir, qui lui-même nous fait retomber sur nos pieds dans son dérivé adjectif lydig, qui signifie obéissant.

JB est toujours abasourdi par sa découverte et décide d'aller pousser sa recherche dans deux autres langues qu'il ne connaît pas du tout: le polonais et le lituanien. Pourquoi celles-ci? Parce que ce sont, des langues européennes, les plus proches du proto-indoeuropéen: le polonais par sa structure et le lituanien par son lexique.
JB apprend que écouter se dit en polonais słuchać, grâce au Wikisłownik, le Wiktionnaire polonais. Il va ensuite chercher la traduction dans le Nouveau dictionnaire portatif polonais, allemand, et français de 1834 (et il est bien content car c'est une traduction comparée). Et là, rebingo!



JB apprend ensuite que écouter en lituanien se dit klausyti. Il trouve A Lithuanian Etymological Index de Harold Bender, de 1921, et là encore, re-rebingo:


Nous avons donc là un topos linguistique, un tropisme comme disait Nathalie Sarraute, un invariant. Un signe arbitraire, disait Ferdinand de Saussure; un signe nécessaire, corrigeait Émile Benveniste. Dans quatre familles de langues (latines, germaniques, slaves et baltiques), l'écoute équivaut à l'obéissance. Cela signifie donc que, pour les Indoeuropéens (et les deux dernières langues étudiaient nous le confirme pour les raisons que JB a évoquées plus haut), prêter l'oreille au discours que nous quelqu'un équivaut à lui prêter allégeance: la fameuse obédience latine puis française, Gehorsam allemande, klausà lituanienne, gehør danois. À ce sujet (c'est le cas de le dire!), appartenir, dans les langues germaniques est un verbe formé sur le mot entendre: zugehören en allemand, tilhøre en danois. Il semble donc que, pour reprendre notre petite équation tout en haut: entendre < être docile < écouter < obéir < appartenir < être soumis. Écouter quelqu'un, c'est déjà lui dire oui.

Et, histoire d'effrayer encore plus ses petits amis, JB a découvert dans le Dictionnaire étymologique de la langue françoise de Gilles Ménage, publié en 1750 et qu'on peut considérer comme un premier dictionnaire historique de la langue française, qu'il en va de même en hébreu, qui n'est pourtant pas une langue indo-européenne:




Ceci posé, qu'est-ce qu'on fait, hein?
Est-ce qu'on dit oui? Est-ce qu'on écoute pour ensuite courir le risque de devoir obéir et donc d'être soumis?
Mais naaan!
On fait comme JB, on est belle et rebelle, on est insoumis, on dit non, et… on devient sourd. On fait la sourde oreille, on fait comme si on n'entendait plus. Devenir sourd, c'est entrer en résistance, c'est refuser — et Marx sait combien les sourds doivent résister au quotidien contre le monde des entendants; depuis leur naissance ils doivent résister, eux qu'on a longtemps obligé à parler, eux à qui on a longtemps refusé qu'ils s'expriment en utilisant la langue des signes. Les entendants leur ont tellement bien fait payer leur incapacité à entendre et donc à obéir qu'ils ont inventé tout un tas de locutions pour les distinguer, et donc les exclure, et c'est le TLF qui nous renseigne:

♦ Être sourd comme un pot, comme une pioche... (fam.). Être complètement sourd, ne rien entendre. 
♦ Il vaut mieux entendre ça/cela que d'être sourd[Pour marquer sa réprobation à, son désaccord avec des propos jugés déraisonnables, ineptes ou choquants]
♦ Je ne suis pas sourd/sourde[Adressé à qqn qui parle trop fort, ou qui se répète] 
♦ Êtes-vous sourd/sourde; tu es sourd/sourde[Pour attirer l'attention de qqn qui feint de ne pas entendre, de ne pas comprendre ce qui vient d'être dit; adressé à qqn qui réagit lentement à des propos, à un ordre, à l'appel, etc.]
♦ Crier, taper, frapper, verbe d'action + comme un sourdTrès fort, avec une extrême violence. 
♦ [À propos d'une pers. avec qui il est impossible de discuter, qui ne tient aucun compte de ce qui est dit] Autant parler à un sourd, c'est comme si on parlait à un sourdParler pour les sourdsParler sans être écouté, en pure perte. 
♦ Ne pas tomber dans l'oreille d'un sourd[En parlant d'un conseil, d'un avertissement, d'un propos quelconque]Être pris en considération par quelqu'un qui est décidé à en faire son profit, à en tirer parti. 

Et JB ajoute la locution que ne lui souffle personne puisque les dictionnaires ne la reprennent pas et qu'elle ne trouve que 17 occurrences dans gougueule, alors qu'elle est pourtant employée régulièrement:
T'es sourd ou lourd?

Mais on a dit qu'on était dans la résistance, qu'on faisait la sourde oreille, locution dont le Robert historique de la langue française nous explique qu'elle date du XIIIe siècle et qu'elle succède à faire sourde oreille, pour sa part du XIIe siècle. Et c'est le seul exemple qu'ait trouvé JB où être sourd signifie enfin ne pas vouloir écouter et faire acte de résistance pour ne pas avoir à entendre les imbecillités que notre locuteur/trice nous dit.
Or il n'en a pas toujours été ainsi.
En moyen français, l'évolution sémantique de l'adjectif a été celle-ci:
1. "Qui entend mal ou qui n'entend pas du tout"
2. "Qui ne veut pas entendre"
3. Au fig. "Qui ignore, qui veut ignorer qqc."

Et la langue avait tout un arsenal de locutions correspondantes pour exprimer le refus - et JB met en gras ses deux préférées:
2. "Qui ne veut pas entendre"
- Avoir les oreilles sourdes.
. Faire la sourde oreille. "Ne pas vouloir écouter ou faire ce qu'on demande"
- Faire le sourd. "Faire semblant de ne pas entendre"
. Faire le sourd à qqn. "Refuser de se laisser convaincre par qqn"
3. Au fig. "Qui ignore, qui veut ignorer qqc."
- Par sourde oreille. "En ignorant qqc."
À quoi on peut également ajouter:
- Escouter à oreilles sourdes. "Ne pas entendre, ne pas vouloir entendre" 


Allez, on se quitte là où on avait commencé: par les grandes oreilles. Et on va écouter un type qui non seulement avait des grandes oreilles, mais aussi une tête de chou.


L'homme à tête de chou von Pimpam


Au fait, pour dire au revoir en langue des signes, JB a trouvé un gars qui nous explique tout en plus d'être fort accort: