jeudi 3 juin 2010

Folle

Je traduis cette phrase: "Et puis arrêtez de faire vos folles à la fin!", en employant cette expression que j'adore: faire son fou, et surtout au féminin: faire sa folle. (Et je gloserai plus tard sur les raisons de cette préférence pour le féminin.) Dans la phrase citée, c'est une mère qui s'adresse à ses deux petites filles qui, se souvient leur sœur, "font les imbéciles".
Or, en vérifiant dans le TLF, je me rends compte que l'usage attesté - je veux dire: reconnu par les dictionnaires - est celui (et c'est moi qui souligne) de faire le fou. Ce que confirme le Robert en 6 volumes. Le sens est identique à celui induit dans le verbe folâtrer et désigne "une personne d'une gaieté vive et exubérante". Les emplois lexicaux recensés renvoient tous à un jugement qui n'est cependant pas dépréciatif mais amusé, presque attendri, comme par exemple ce Grand fou! qu'Alice Sapritch disait à l'envi; ou: Plus on est de fous, plus on rit; ou encore: Les enfants ont fait les fous toute la journée. Avec cette dernière phrase, on voit à quel point un fou, ici, d'autant plus parce qu'il est un enfant, est inoffensif. Il y a effectivement une idée d'innocence derrière cet emploi du mot fou (même si la modernité sarkozyste a tendance à nous faire croire le contraire, mais c'est une autre histoire).

Si je reviens maintenant à mon expression, et que je vais vérifier les usages dans gougueule, les occurrences, qu'elles soient indiquées au masculin ou au féminin, renvoient toutes quantitativement à 1) un animal, 2) un enfant, 3) un frère ou une sœur. Ce qui nous confirme si on en doutait l'affection qui sous-tend le sens de la locution. Là encore, quelqu'un qui fait son fou/sa folle est inoffensif, il provoque l'amusement et l'attendrissement. Et il peut sembler étonnant que "fait son fou" liste 76 800 résultats alors que "fait sa folle" 11 100 seulement. On sait le machisme linguistique à l'œuvre dans le lexique - j'en ai longuement parlé à diverses reprises sur ce blog tatoué et fumeur. Et on peut se dire qu'on y est encore une fois confronté. Mais c'est une preuve à l'envers. C'est-à-dire? La raison n'en est non pas quantitative mais qualitative. En l'espèce, ce n'est pas la récurrence qu'il faut observer mais la signification: comme le sens est positif, il va davantage décrire un homme qu'une femme. Si machisme linguistique il y a, il s'explique de cette manière. Je prends un autre exemple. Si je tape salope sur gougueule, j'obtiens 5 730 000 résultats. Si je tape salaud, je n'en ai que 413 000.
Un autre exemple? Pris celui-ci dans le Robert dictionnaire des expressions et des locutions:
Folle de son corps (XIXe s.) Se dit d'une femme "qui se livre sans retenue à la débauche" et s'emploie surtout sur un mode plaisant. Ce sens précis de fol "dévergondé" est attesté dès le XIIIe siècle (folle femme "femme de mauvaise vie"). On retrouve cette valeur dans faire folie de son corps.
Eh oui… Un homme ne peut visiblement pas être fou de son corps. Un homme ne peut visiblement pas se livrer à la débauche. Un homme est tout juste, ainsi que le chantait William Sheller en 1978, "fier et fou de vous". Le plus sordide, dans le fond, et cela confirme la fortune du mot salope, c'est que, en fin de compte, le sens négatif est devenu positif: une folle de son corps tout comme une salope est au final une femme pas si mauvaise que ça. Toujours dans le champ sémantique de la sexualité, ne dit-on pas d'une femme qu'"elle est bonne"? Dit-on d'un homme "qu'il est bon"? Non. Non, puisque le machisme linguistique induit qu'il l'est. Donc pas besoin de le préciser. Tout ce que le langage n'a pas besoin de préciser, il le supprime, puisque, au risque de me répéter, l'issue d'une langue vise la simplification, la suppression.

Car, en revanche, une folle, dans le sens cette fois d'une aliénée, est quant à elle tout à fait et définitivement dangereuse. Comme l'écrivait Sara Stridsberg que je traduisais il y a 15 jours, et je la répète et la recite:
(une femme folle est un véritable scandale)
Du coup, je peux m'interroger sur ma préférence pour faire sa folle plutôt que faire son fou. Suis-je moi aussi le produit de ma culture? Suis-je moi aussi victime du machisme linguistique qui prévaut dans la langue française?
C'est possible. Ce n'est pas exclus.
Mais peut-être cet emploi de folle vient-il de son sens qui désigne l'homosexuel?
et que nous dit le dictionnaire sur ce sens?
Prenons d'abord le Robert en 6 volumes:
FOLLE: homosexuel qui affiche sa différence par un comportement outrageusement efféminé. Une grande folle. Quelle folle celle-là!
L'argot, pas plus que les autres Folles ses copines, Divine ne le parlait (…) Les tantes, là-haut, avaient leur langage à part. L'argot servait aux hommes.
Jean GENET, Notre-Dame-des-Fleurs, p. 64 (1951)

Alors ça c'est une mine!
Primo: Outrageusement efféminé. Être trop efféminé, pour un homme, c'est forcément un outrage. Et quand on montre sa différence, on l'affiche forcément. Donc être différent est négatif.
Secundo (et c'est moi qui souligne): Quelle folle, celle-là! Tout est au féminin. J'ai souvent remarqué que les homosexuels masculins, quand il voulait se moquer d'un des leurs, employaient un adjectif ou un substantif mis systématiquement au féminin. Et même s'il y a une part affective, il y a aussi une part dépréciative face au féminin, face au sexe féminin, face à la femme. Si on est un peu ridicule, pour un homme homosexuel, on tombe dans le féminin, on n'est plus tout à fait un homme.
Tertio: Ce qu'écrit Jean Genet: "L'argot servait aux hommes." Et le revoilà le machisme linguistique. Implicitement, de façon rampante. Même si la linguistique nous apprend que tout groupe, quel qu'il soit, invente toujours un langage en propre, qui doit demeurer incompréhensible pour le reste de la population. Confer l'argot des bouchers, confer le verlan, ou, pour les homosexuels britanniques, le fameux polari, cette langue inventée très en vogue dans les années 60, dont le néologisme camp a connu une fortune sémantique internationale.

J'aimerais rester une seconde sur cet emploi de folle en ce qu'il désigne l'homosexuel et voir quelle définition en propose le Larousse de l'argot et du français populaire, et ainsi constater quel regard est porté sur la folle.
folle n.f. Homosexuel à la mise et au comportement très efféminés: Il fendit le flot étourdissant des petites folles que le bal de l'apéritif du Moulin-Rouge attirait (Francis Carco, Jésus la Caille, 1914). Depuis deux ou trois ans, le carnaval des folles du bois [de Boulogne] a quasiment relégué les pédés aux musées du folklore (Alain de Goulène, le Bois la nuit, 1980). Folle perdue, folle tordue, même sens au superlatif: 1970, cette époque qui a inventé le has-been, les folles tordues, le quatrième sexe, les gazolines (Actuel, décembre 1983).
ÉTYM. emploi spécialisé et ironique de l'adjectif usuel, 1914, Carco. Ce mot a connu un grand succès populaire depuis le vaudeville de Jean Poiret la Cage aux folles et surtout le film qu'en a tiré Édouard Molinaro en 1978.
Et le Nouveau dictionnaire de la langue verte de Pierre Merle de préciser pour sa part:
Follitude n.f. S'assumer pleinement en tant que folle (homosexuel très extraverti). Depuis son apparition en 1999, le mot semble faire son nid, notamment chez les homosexuels. "Le queer et le camp sont à la mode, et même si personne ne propose de traduction véritable à ces deux anglicismes fourre-tout, on peut raisonnablement suggérer le terme de follitude." (supplément Nova Magazine "Gay Pride 99, juin 1999). Remarque: de coolitude à beaufitude, les créations plus ou moins spontanées de substantifs en "-itude" sont devenus légion de nos jours. Souvenons-nous de la bravitude (bravoure, acte de bravoure) servie par Ségolène Royal, alors candidate à la présidence de la République, le 6 janvier 2007, lors d'un déplacement en Chine.

On voit combien d'un rédacteur à l'autre, le terme devient moins péjoratif. On est passé d'une valeur très péjorative dans le Robert, à une description plus neutre dans le Larousse, à un sens tout à fait positif chez Pierre Merle. Et ce, bien que Pierre Merle ne fasse qu'attester de la signification du terme - mais même dans sa définition, il reste neutre -, et bien que les homosexuels aient tendance (comme les Noirs avant eux) à se réapproprier le vocabulaire négatif qui les désigne et est employé par leur oppresseur, en donnant à ces lexiques un sens cette fois résolument positif (confer la fortune du mot pédé).

Et en repensant à la folle perdue et à la folle tordue recensées par le Larousse, on se souvient soudain que c'était un des slogans d'Act Up-Paris à la Gay Pride de 1995: Folles perdues, folles furieuses. On se souvient des chroniques de Michel Cressole dans L'autre Journal entre 1990 et 1991, Une folle à sa fenêtre. On se souvient de Copi en 1980, en grande folle, vanter la boisson Perrier en se fendant de ce mémorable "Fou, non?".
Et on se demande si folle aujourd'hui, au sein des homosexuels, connaît la même fortune. On a tendance à penser que le mot a repris une valeur dépréciative, que beaucoup d'homosexuels masculins ont intériorisé le sens péjoratif et souhaitent surtout s'en écarter, je veux dire: s'écarter des folles. En fait, la folle, l'homosexuel comme la femme, demeure pour tout le monde "un véritable scandale".

Leichtgehen

Unsere innigsten Gebeten und Gejammern sind von der Heiligen Frosch gehört worden. Die Sonne scheint auf einem vollblauen Himmel über Berlin (mit einem Flick von dem nächtigen Mond). Waaahnsinn!

© icke

Von daher kann man den Tag besser anfangen und fühlen wie die Füsse schon vor Vorfreude kribbeln. Man hört Last Call von Silverstars, als wäre es eigentlich ein First Call für das Leichtgehen, oder eigentlich ein wirkliches Last Call für das Trübgehen.
Rubbzzz!!!

La mélancolie

On avait laissé Tove à son liniment mais on la reprend avec une huile essentielle (façon de parler, hein - on n'est pas comme ça, sinon, hein…). Le passage est grandiose!
J’en profite pour jeter un œil sur les huiles essentielles. En plus elles sont vendues dans des bouteilles adorables. Et si j’en prenais une pour faire un petit cadeau à Britt et Grete? Je lis ce qui est écrit sur les bouteilles. Contre les dépressions. Contre l’excès d’obscurité. Contre le manque d’énergie. J’en attrape une, la touche, sent son poids dans ma paume, regarde le liquide lourd s’écouler d’une extrémité à l’autre. Vous n’en avez pas qui fassent l’effet contraire? je demande. L’effet contraire? elle répète. Oui, je lui explique, parce que celles-ci agissent sur la lumière, la légèreté et la joie. Vous n’en auriez pas qui provoquent l’obscurité, la lourdeur et la mélancolie? Elle me regarde. Je lui demande, avec un sourire plein d’espoir: Ou bien qui occasionnent une petite dépression, une angoisse? Elle secoue la tête: Non, je suis désolée. Du coup je lui explique un peu mieux: Parce que, vous voyez… j’ai deux sœurs, et leur problème c’est que, grosso modo, elle sont trop gaies, trop insouciantes, elles prennent la vie trop à la légère. Elle acquiesce. Elle soulève une bouteille. Elle dit: Je peux vous proposer une huile qui a des vertus calmantes et déstressantes. Moi: Certes, mais… je ne vais pas aller loin avec un massage. Elle: Vous pouvez aussi la verser dans l’eau du bain. Moi: Ah oui! Oui, je vois… Mais je crois qu’elles ne prennent que des douches. Elle: C’est vrai, là ça va être difficile… Moi: À la réflexion, je ne sais même pas si Grete a une baignoire, d’ailleurs! Elle : Non, alors ça ne vaut pas le coup. Moi : Mais vous savez quoi ? Je vais la prendre pour moi, tiens! Je lui montre l’huile qui «soulage les idées noires et supprime la mélancolie». Je lui dis, avec un sourire: Parce que, vous voyez… moi-même je souffre un peu de mélancolie. Elle, en me rendant mon sourire: Oui, je connais ça. Je paye, elle me donne la bouteille dans un petit sachet en papier que je range dans mon sac, je lui dis au revoir et je sors.
© Gjøre godt, Trude Marstein, Gyldendal Forlag, 2006
© Faire le bien, traduit par Jean-Baptiste Coursaud, éditions Stock, 2010

mercredi 2 juin 2010

Liniment

Dans cette traduction, je me serais tout tapé. Tout. Je liste:
• le maquillage
• la couèffure
• le nettoyage
• le bricolage
• les bagnoles
Et j'en passe.

Et là, à qui le tour?
Le liniment.
Eh ouais.
C'est quoi un liniment? Excusez-moi d'exister, mais ce mot ne me parle pas, mais pas du tout. Je regarde dans le TLF. Et il me sort ça:



Pardon? C'est une crème qui soigne la teigne? Mais elle a pas la teigne, mon personnage qui s'appelle Tove! On a encore la teigne qu'on est adulte en 2006 en Norvège?
Pff… Chais pas moi…

Bon, je vais chercher sur gougueule, hein.
Et je tombe là-dessus:



Hein? Un produit naturel à base d'huile d'olive et de chaux? Réunis? Ça veut dire qu'il y a des plantes ou des produits ou des machins, bref, qui poussent dans la vie réelle et qui contiennent ça?
Mais Tove elle dit à la vendeuse que son produit il est "allemand"!!! Et puis c'est quoi ce truc, là, comme quoi la chaux lutte contre les brûlures? Je croyais qu'on mettait de la chaux pour brûler les cadavres… Tove est une zombie? Pas à ma connaissance…

Ça, ce truc "qui vient du sud de la France", ça doit sûrement être fabriqué dans le mas de Michèle Torr. À ce propos, on a appris récemment par notre sœur Jérôme que la chanson illustrissime et génialissime et bellissime de Michèle Torr, Je m'appelle Michèle, était en réalité une adaptation d'un morceau de counetri. Du moins c'est ce qu'on a essayé de nous faire avaler. Comme quoi le morceau original s'appelle Rhinestone Cowboy, d'un certain Glen Campbell. On peut le regarder ici faire ses simagrées avec son pantalon pattes d'èph, mais c'est plutôt lui qui a tout piqué à Michèle, oui! Du coup, on est allé se repaître des vidéos des chansons de Michèle et on a vu ça, et on était bien d'accord avec le commentaire sur toitube:



Bon, c'est pas le tout mais moi j'ai un liniment sur le feu, hein.
Tove, elle dit que son liniment il est "apaisant" et "aux plantes". Bon, on voudrait donner tort à Tove mais si le liniment est un produit naturel, il est forcément aux plantes…
Enfin bon… on n'a pas fait non plus des études de visagistique pour être esthéticien, alors…

Réfléchissons. Le liniment est un produit de démaquillage. (Qu'est-ce que je disais? Après le maquillage, le démaquillage… Voilà à quoi elle ressemble ma vie!). Donc si je tape liniment + démaquillant + apaisant dans gougueule, j'obtiens quoi???

J'obtiens ça. En première réponse en plus:



Non, là c'est soit du foutage de gueule, soit du délit de faciès de skinhead, c'est pas possible autrement! Du liniment démaquillant à la frangipane?! Pourquoi pas au cake d'amour pendant qu'on y est! Parce que c'est pas tout, j'apprends qu'on peut en faire (chez soi! avec ses petites mains!) au chocolat, à la violette.
J'ai l'impression d'être dans une nouvelle de Philip K. Dick: en fait on croit que ce qu'on vit c'est la réalité, mais c'est une hallucination. La réalité est une gigantesque hallucination faite de liniment démaquillant à la frangipane fabriqué dans le mas de Michèle Torr.

Bon, en fait j'ai compris:
Tove, elle doit avoir une vilaine peau. Genre sèche, croûteuse, avec des érythèmes tous les quatre matins. Et, pour la soigner, elle achète un liniment apaisant et anti-inflammatoire.
Parce que c'est ce qu'on met sur la peau des bébés. C'est un lait, en fait. Pas le boire à boire, hein. Le lait à se tartiner pour la peau.
Et ouais.

Allez, nous qui ne nous sommes plus lavé les cheveux depuis, pff… on se quitte sur cette perle, enfin, sur ce… tube:

Cette idiote

Et ce matin, donc, en voyant le temps encore une fois grisâtre, pluvieux et froid sur Berlin (alors qu'on est le 2 juin, b##!!**), on pensait qu'il nous fallait une musique qui égaie un peu la journée. Du coup on pensait à Mary Poppins de Tommy McCook. Et, de fil en aiguille, on repensait à Mary Poppins, le film. On a cherché, on a trouvé ça:



Ringue et kitsch à mort!
Et on adore ce commentaire dégoté dans la liste de ceux qui se trouvent sous la version anglaise sur toitube:


Mais on se dit quand même, ça c'est sûr: "C'est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler", c'est bien vrai. Ouais, même qu'on en fait l'expérience tous les jours.
Et du coup, rebelote, de fil en aiguille, à cause du sucre, on repense à l'immarcescible cake d'amour de Peau d'Âne, de Jacques Demy. Voilà:



Et, toujours question commentaire, on adore celui-ci, qui détaille le contenu de la vidéo, sur toitube:


Puis on se dit qu'on n'a jamais fait de cake d'amour. Et puisqu'on n'a pas de prince, mais bon, on ne sait jamais, peut-être qu'il pourrait débouler et toquer à la porte, pourquoi pas en confectionner un? De cake, je veux dire. Pas de prince… Le prince, lui, il vient. Bref.
On se souvient qu'un ancien collègue de travail en avait fait un et que c'était immangeable.
Mais parce qu'on est comme Saint-Thomas, on se dit qu'on va en faire un, pour voir.
Allez zou, au boulot! Et puis c'est l'heure du déjeuner, en plus.


13h:
On note la recette:


© icke


13h20:
On a préparé tous les ingrédients:

© icke

Bon, OK, on a procédé à quelques petits changements. 
Parce que, on voudrait pas dire, mais des gâteaux, on sait en faire depuis qu'on est mioche, alors, c'est pas à nous qu'on va la faire, l'histoire de 4 poignées de farine avec du levain et une main de beurre fin. Avec ça, c'est un étouffe-chrétien qu'on obtient. Et puis 4 œufs avec un bol de lait et seulement 4 poignées de farine, c'est plus un cake mais un clafoutis qu'on fait.
Donc:
3 œufs seront amplement suffisants, avec 2 pour commencer. En haut, de gauche à droite: la farine, le sucre, le sel, du sirop d'érable (oui, bon, on n'a pas de miel et on a acheté du sirop d'érable cette semaine et faudrait pas que ça se perde, hein). En bas, également de gauche à droite: le bol de la lait, la fameuse terrine et 125 grammes de beurre fondu.
Allez, en route.


13h40:
Alors, qu'est-ce qu'on disait?

© icke

Ben ouais, pas loupé. Avec autant de lait, on se retrouve avec un clafoutis et non avec un cake.
Pff…
Bon, on va rajouter de la farine.
Je vois l'étouffe-chrétien se profiler de plus en plus…


13h45:
On goûte:

© icke

C'est in-fect. Ça a la goût de farine à la farine.


13h55:
Voilà, c'est prêt dans la moule à cake:

© icke

Et c'est mis dans le four préchauffé à 180°.
On a donc rajouté une poignée de farine pour éviter l'effet clafoutis. Du coup, comme ça avait trop le goût de farine, on a rajouté du sucre et du sirop d'érable, et puis on a mis le troisième œuf en pensant qu'avec toute cette farine, on s'en sortirait pas. Déjà que 125 grammes de beurre seulement c'est pas bézèf… Mais bon, il y a les œufs et le lait qui compensent, donc ça devrait le faire.

Allez, maintenant on attend une heure.
Ah, merde! J'ai oublié de mettre la bagouze dans l'étouffe-chrétien!
Putain, à ce rythme-là c'est à la Saint-Glinglin ou à la Saint-Saucison qu'il va débarquer mon prince.


14h10:
En attendant, intermède (comme on disait autrefois) avec Élyane Célis (à ne pas confondre avec sa cousine Élance Cialis):



14h35:
Bon, ça donne quoi notre affaire à mi-parcours?

© icke

Mouais. Ça a une couleur marronnasse pas forcément ragoûtante.
Je voudrais pas dire mais, le prince, il faudra qu'il trouve certains charmes ailleurs qu'au gâteau pour que j'arrive à lui en faire bouffer.
Et la cuisson ça donne quoi?

© icke

Ouais, ça en manque. Elle disait combien de temps la Peau d'Âne?
1 heure, hein? Elle se plantait pas en fait.
Allez, re au four.


15h05:
Bon, ben… a y est, hein:

© icke

Ça fait un joli dégradé de couleurs avec le marron du lino de la couisine. Génial.
On va le mettre à refroidir - il s'agirait pas non plus qu'on le mange trop chaud et qu'on se calcine les muqueuses, elles pourraient encore nous servir, rapport au prince, machin.
Et en attendant, on va cette fois écouter le grand Michelangeli interpréter le Golliwogg's Cake Walk de ce cher Debussy qu'on n'écoute pas souvent, à part bien sûr son impérissable Rêverie:




15h30:
C'est l'heure du test…
Ta-daaah!

© icke

Un bon point: il se démoule bien.
Mais c'est le seul.
Vu qu'après une heure de cuisson, et faut pas avoir fait d'études de cuisine pour s'en rendre compte, il est pas cuit dans le milieu. Il va devoir se retaper 1/4 d'heure de four avec un papier d'alu sur lui.

Question goût.
Ça n'en a pas justement. Ah, c'est pas immangeable, hein… C'est juste que ça n'a ni goût ni gouasse. Et c'est vraiment un étouffe-chrétien! On mâche, on mâche, on mâche, et on en a toujours dans la bouche! Oh purée, ce que ça colle au palais! Il faut prévoir le litre d'Évian à côté, c'est moi qui vous le dis…
Ouais ben, si dans un quart d'heure il s'est pas amélioré ce cake d'amour, macache le prince, hein…


16h15:
Voilà, c'est fini et bien fini - la cuisson je veux dire.
Et ça a cette tronche:

© icke

Une tronche de pas cuit. On dirait un pudding raté. Mais p'têt qu'il faut le mettre à macérer pendant cinq mois comme le pudding… P'têt… p'têt qu'alors il sera bouffable.
Et puis quelle idée de poser ce machin bourratif dans une assiette jaune! Parce que le cake d'amour est jaunasse en fait. Alors déjà qu'il est pas appétissant, mais jaune sur jaune, même pour un daltonien comme moi, c'est vomitif à souhait.


16h25:
Il nous est venu une idée. Comme c'est un cake, qu'il est sec, non, en fait il est pas sec, il est même moelleux, c'est juste qu'il est… pâteux, oui, voilà: pâteux et plâtreux; et comme on a ajouté du sirop d'érable, on s'est dit qu'en en mettant dessus, ça enlèverait le côté colle-aux-dents du gâteau, ça ferait plus pan cake au sirop d'érable. Vous voyez? C'est que ça cogite là-dedans, hein, faudrait pas croire…
Du coup ça donne ça:

© icke

Bon, ça gagne franchement pas en attirance mais on perd en adhérence. Le gâteau imprègne moins. Ou plutôt: imbibé de sirop d'érable, il coule mieux dans la gorge et reste moins englué à la dentition.
C'est toujours ça de pris.
Parce que sinon, primo: pas de prince à l'horizon; secundo: avec ce cake d'amour absolument foiré, on se sent nul. Oui, on se sent comme La petite princesse nulle de Nadja, cette héroïne d'album pour enfants.
Voici (faut cliquer sur l'image pour bien voir):

© Nadja/l'école des loisirs

Et on s'identifie à mort avec la princesse nulle quand on lit qu'elle est nulle et archinulle, et aussi à ce niveau-là, vu qu'on l'est de la même manière et qu'on ne trouverait rien de mieux que de poser la même question qu'elle. Voilà (et là encore faut cliquer dessus):


© Nadja/l'école des loisirs


16h30:
L'heure du goûter, l'heure des enfants.
On a quoi au final, alors?
Un étouffe-chrétien raté, un prince qui s'est pas radiné.
On aurait donc mieux fait de préparer un goûter au pâté, là au moins on aurait pas loupé notre coup, même si ça ressemble un peu à tout point de vue à ce qu'on s'est récolté avec notre foutu cake d'amour: