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dimanche 29 mai 2011

Bang bang bang, Nikita!

Et JB, qui cherchait un morceau de Dawn Penn, est tombé sur cette perle qu'il écoute quasi en boucle depuis:



Génial, non?
Le "sample" (le terme est anachronique eu égard à la sortie du morceau, JB y revient) reprend donc une phrase de Nikita Khrouchtchev, prononcée lors de son discours mémorable aux Nations Unies, le 12 octobre 1960, lorsqu'il avait non seulement tapé du poing sur la table pour montrer sa ferme opposition à Dag Hammarskjöld, le président de l'ONU de l'époque, mais il avait également défait sa chaussure pour cogner le pupitre avec la semelle. L'INA nous rappelle cet événement ici.

Revenons maintenant au morceau.
JB espérait presque qu'il se fût agi de Tommy McCook, mails il n'en est rien. De fait, il ne s'agit pas de ska mais de popcorn. Le morceau se trouve sur une écrasante majorité de sites consacrés à ce genre de musique des années 60.
Néanmoins, la question demeure: qui sont les musiciens?
Bonne question, merci de l'avoir posée.
Puisque JB n'en est pas certain à 100%, malgré ses recherches.
Sur toitube figure cette précision:


Le problème que rencontre JB est que ce fameux Lester Van Stock, n'apparaît que sur deux pages, dont celle de toitube. Et uniquement pour ce morceau. Les petits amis de JB lui rétorqueront: peut-être n'a-t-il composé que ce morceau. C'est vrai. Or, sur les sites de popcorn, les gens semblent parfaitement se souvenir de ce Middle of The Nite in Moscow (aussi intitulé Middle of The Night in Moscow). Alors? Une copie du disque corrobore la mention supra:


Assault Records, n° du disque: 1829.
Mais pas de Lester Van Stock. Ni, sur gougueule, de Lester Vanstock, Lester Von Stock ou Lester Vonstock. JB, l'hystéro, déteste ce genre d'imprécisions. Il a cherché également en indiquant avec le nom des compositeurs qui figurent sur le vinyle, Harvey et Johnson, mais cela équivaut à chercher un Martin ou un Dupont dans une botte de foin musicale.

En attendant, il reste toujours le morceau et ce "Bang bang bang, Nikita" définitivement culte.


0h10

Et JB, qui mérite décidément son surnom de teckel, croit avoir trouvé.
Recherchant la page sur toitube pour l'envoyer à la Mopsfamilie, il en trouve une autre, sur laquelle est reproduite un vinyle sorti sur une autre maison de disque:


Ainsi que les petits amis de JB peuvent le voir de leurs propres yeux, il s'agit bien de Lester Van Stock ici également. Bon.
Or, sur la colonne de droite, le généreux toitube propose à JB d'écouter un certain… Lester Lanin. Pardon? Oui: Lester Lanin. Minute papillon, s'écrie JB. Et comment il s'appelle le monsieur avec Nikita. Bingo: Lester Van Stock.
Lester Lanin et Lester Van Stock.
On regarde un petit cliché de Lester Lanin:


Mieux: JB apprend que, en 1962, Lester Lanin et son orchestre ont sorti un morceau intitulé: Midnight In Moscow. Et il s'appelle comment celui de Lester Van Stock? Bingo: Middle of The Night in Moscow.
Midnight In Moscow et Middle of The Night in Moscow.
Mais il y a encore mieux. Et pour ça on écoute:



Eh oui, c'est la même mélodie. Et à propos de cette mélodie (que JB, il l'avoue, ne connaissait pas), le Wikipédia nous dit:
Les Nuits de Moscou (en russe, Podmoskovnie Vetchera) est une chanson russe très connue, composée en 1955 par Vassili Soloviov-Sedoï (musique) et Mikhaïl Matoussovski (paroles).
C'est en 1957 que cette chanson connut une notoriété internationale, après avoir été primée au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui eut lieu cette année à Moscou. Elle fut particulièrement populaire en République populaire de Chine. L'interprétation au piano du célèbre pianiste américain Van Cliburn contribua à cette popularité. Il joua par la suite ce morceau à la Maison Blanche en 1989 à l'occasion de la visite de Mikhaïl Gorbatchev.

Quant au collègue anglophone du Wikipédia français, il ouvre son article en expliquant:
"Moscow Nights" or "Midnight in Moscow" is a Russian song, and one of those best known outside its homeland.

Donc: Midnight In Moscow.
Et l'article se ponctue par ces précisions importantes (et c'est JB qui souligne):
The British jazz group, Kenny Ball and his Jazzmen, had a hit with the song in 1961 under the title "Midnight in Moscow", and film exists which shows them playing it at a concert in Moscow. This version peaked at number two on the U.S. Billboard Hot 100 chart in early 1962; in March of that year, it spent three weeks at number one on the American Easy Listening chart.

Ainsi, le morceau arrive dans les oreilles de Lester Lanin via l'Angleterre, où Kenny Ball a enregistré en 1961 une version instrumentale (puisque, on l'a vu plus haut, il s'agit au départ d'une chanson, donc chantée), qui deviendra un succès aux États-Unis en 1962. Et c'est aussi, on l'a vu aussi, en 1962 que Lester Lanin propose sa version. Or, 1962, c'est aussi l'année où Lester Van Bock a sorti son Middle of The Night in Moscow, comme nous le précise allmusic.com. La différence entre la version de Lester Lanin et celle de Kenny Ball, c'est non seulement le rythme plus enjoué mais, à la fin, la guitare rockabilly qui ne figure pas dans la version du britannique.

En conséquence, la question qu'on est en droit de se poser est:
Et si Lester Van Bock n'était pas le pseudonyme de Lester Lanin?
De fait, si Lester Lanin est né à Philadelphie, allmusic.com nous précise qu'il était "the youngest of ten sons of a Russian Jewish immigrant family". Ça fait beaucoup de coïncidences troublantes, trouve JB. D'autant que Lester Banin avait ses entrées dans les plus hautes sphères internationales:

He spent the next 60 years playing for some of the most prominent patrons in the world, including the British royal family and most of the kings and queens of Europe. And beginning with the Eisenhower era, he played inaugural balls at the White House through nine presidencies.

Les Kennedy adoraient Lester Lanin qu'ils invitaient pour rythmer leurs soirées à la Maison Blanche, précise pour sa part Guido van Rijn dans son ouvrage Kennedy's blues: African-American blues and gospel songs on JFK:


On peut même se procurer une compilation intitulée Music of The Kennedy White House sur laquelle figure un morceau de Lester Lanin, c'est dire. Et non seulement ça, mais, dans la nécrologie publiée par le NY Times à l'occasion de la mort en 2004 de Lester Lanin, il est précisé:


Et qui Kennedy, le 4 juin 1961, rencontre-t-il lors du fameux Sommet de Vienne? Bingo: Khrouchtchev. JFK serre la pogne de Nikita:


Et que se passe-t-il un an plus tard, en 1962, entre Kennedy et Khrouchtchev? Bingo: la Crise des missiles de Cuba.

JB trouve que ça fait beaucoup beaucoup de coïncidences. Il ne voudrait pas tirer des conclusions trop hâtives, mais bon, quand même hein.

Allez, sur ce, JB redit: "Bang bang bang, Nikita!" Et vive Lester, qu'il s'appelle Lanin ou Van Stock.

vendredi 21 janvier 2011

7, The Killa

Et JB qui fait sa revue de fesses, øøøh, pardon… sa revue de presse matinale ouvre le site de la Libération qui lui recrache, en tête de page un article sur Ben Ali:



Par une association d'idées emberlificotée dont seul JB a le secret, il pense aussitôt à la chanson des Selecter, datant de 1980 sur leur album Too Much Pressure, James Bond, dont il constate par ailleurs dans son mange-disques électronique qu'il ne l'a plus écoutée depuis le 15/05/2010. Pourquoi? JB veut dire: pourquoi ce passage tordu d'une actualité tunisienne sur un sinistre personnage obsédé par le chiffre 7 et l'impeccable morceau 2-tone consacrée au héros de Ian Flemming? Primo parce que celui-ci était surnommé 007, secundo parce que les Anglais chantent: "Ha ha / The killa / James Bond / Goldfinga / Licence to kill / I expect you to die" et que JB voit là le reflet musical de celui qui a fait assassiner par sa police "plus de cent personnes (…) selon des informations compilées par l'ONU". On regarde le petit montage vidéo d'un dénommé skinheadyellow pour comprendre plus avant l'association d'idées de JB:


Et maintenant on écoute:



Il n'empêche, James Bond a connu une sérieuse fortune musicale dans le ska et le reggae. À commencer par l'inépuisable morceau de 1966, interprété par Desmond Dekker and The Aces 007. Et le chanteur de faire un jeu de mots avec les deux premiers chiffres du surnom de l'espion. Puisque, en anglais, le chiffre 0 peut se dire tant zero que se prononcer O comme la quinzième lettre de l'alphabet. Et c'est justement ce que fait Desmond Dekker. Ainsi, 007 s'entend comme "007", mais aussi comme "Oh oh, seee-ven". On écoute:



Le morceau est à ce point génial que, un an plus tard, lors de sa célèbre tournée qui donnera lieu à l'album bien nommé On Tour, Prince Buster reprendra la chanson consacrée en réalité non pas à James Bond mais aux rude boys dans les quartiers sordides ("shanty town") de Jamaïque et leur poursuite par la police:



Même les Specials (qui sont en concert à Berlin en septembre prochain et dont les billets sont déjà en vente pour la modique somme de… 40 € - oh je…) enregistreront leur version:



Mais JB, archiveur devant l'éternel, a depuis belle lurette effectué dans son mange-disques électronique sa petite compilation des morceaux de ska et de reggae consacré à l'espion (qui nous aimait):


Car le James Bond des Selecter ne serait rien sans le Goldfinger de Tommy McCook qu'il interprétait avec les Skatalites en 1963 et, sauf erreur ou omission de la part de JB, il s'agit du tout premier morceau de ska portant sur le héros de Ian Flemming, ou plutôt: sur le personnage cinématographique incarné dans un premier temps par le toujours superbe Sir Sean Connery, dont le kilt lui sied à merveille:



La même année, en 1963, Lionel Bart compose From Russia With Love, interprété par Matt Monro, pour le film éponyme réalisé par Terence Young. Et qui joue aux côtés de Sean Connery? JB le donne en mille… Sa chanteuse autrichienne chouchou. Les petits amis de JB ont trouvé? Non?
Mais si. C'est…:


Lotte Lenya en méchante espionne soviétique, parée ici d'un garde du corps en toute petite tenue et dont JB tirerait bien la serviette pour voir ce qu'elle cache et renferme:


Et les fantasmes gardeducorpsesques de JB seraient presque réalisables dans la mesure où, dans le film, Rosa Klebb "aurait des tendances lesbiennes" - voici donc pourquoi elle est flanquée d'un homme certes robuste mais non moins sensible au vu de sa serviettette. Un fan et féru de James Bond nous confirme ce qui au demeurant attriste JB (la lesbienne comme éternel personnage de tueuse dans l'imaginaire te l'inconscient hétérosexuel masculin):


Quoi qu'il en soit, de ce morceau tiré de Bons baisers de Russie, Roland Alphonso tire un instrumental produit par Clement Coxsone Dodd en 1965, tout aussi impeccable que les précédents que nous avons écoutés jusque-là. Alors, celui-ci aussi on l'écoute:



Il faut ensuite entendre 1969 et Lloyd Charmers pour ravoir un autre morceau bondien. Il s'appelle Dollars And Bonds et les Hippy Boys sont aussi de la partie, une partie très skinhead reggae avec l'orgue Hammond évidemment mis en avant:



Mais en fait, non. Chronologiquement, il manque un morceau. Inspiré lui aussi du second film sur James Bond, sorti en 1964 et interprété par Byron Lee et ses Dragonaires. Un instrumental à tomber par terre tant il est nostalgique, et c'est justement la raison pour laquelle JB l'a gardé pour la fin. Aussi parce que l'orgue Hammond qui le rythme est aussi ensorcelant qu'anachronique. De fait, comme on l'a vu avec Dollars And Bonds, l'instrument n'a pas encore, en cette période ska qui fait la part belle aux instruments à vent, la place que lui accordera le early reggae et le skinhead reggae, de 1969 à 1971. On écoute, et puis on se quitte.

jeudi 30 décembre 2010

in Babylon

Et JB, qui fait sa petite revue de fesses de presse quotidienne (et il n'y a rien à lire, ou quasi) apprend la nouvelle suivante, in la Libération:


Forcément, JB se souvient d'un hit de Boney M, Rivers Of Babylon, qu'il a dégoté sur toitube et enregistré pour la Noël 1978 dans la Angleterre et dans lequel ledit Bobby Farrell, en tenue légère et fort seyante et pas du tout ridicule, exhibe ce que les Norvégiens appellent si joliment un "paillasson de poils" (= hårmatte). Avant d'écouter le morceau, JB ne résiste pas une seule seconde à montrer une capture d'écran du torse et de la tenue en question:


Et c'est pas plus tard que maintenant qu'on écoute de la diskø:




De la diskø sur le blog tatoué et fumeur? s'étranglent les petits amis de JB et tous les skinheads et les skingirls avec eux.
Mais bien sûr.
Pourquoi?
Parce que ce tube interplanétaire mais (Marx merci) pas interstellaire est en fait une reprise d'un morceau de early reggae composé et interprété par les Melodians en 1969. On regarde et on ouvre bien grand ses esgourdes:



Oooh… Et qu'est-ce que JB voit sur la pochette du dikse? It's My Delight, un des morceaux chouchous et fétiches de JB dont il a déjà parlé ici, là, et là encore.

Des versions de Rivers Of Babylon, JB en a plein, qu'il a collectées et fil des semaines et des mois puisque ça fait longtemps qu'il voulait au fond rédiger ce post dur Boney M et les Melodians et les rivières de Babylone. Voici ce que lui indique son mange-disques électronique:


Et le site Roots Archives lui en indique d'autres:


Une constatation s'impose d'emblée.
Les différents interprètes n'ont pas fait preuve d'une graaande imagination en proposant leur reprise. À quelques exceptions près (qu'on écoutera, cela va de soi), on a l'impression un seul et même morceau en continu, avec certes un timbre de voix différent, une orchestration elle aussi légèrement différente - mais, à chaque fois, rien qui révolutionne particulièrement l'original.
Pourquoi?
Parce que l'original des Melodians est "insurpassable"?


Qu'est-ce qui mérite une écoute particulière, alors?
La première version, et qui demeure la plus surprenante, c'est celle de Herbie Mann, de 1974, avec Tommy McCook. Car quel instrument reconnaît-on? Woilà: la… flûte traversière! (Et, bien évidemment, JB salue G!!!) Normal, diront les petits amis de JB, puisque Herbie Mann était LE interprète de l'instrument en question pendant les années 70. N'empêche, le fait qu'il ait enregistré avec Monsieur McCook un disque reprenant des morceaux de reggae montre à quel point le second était respecté par le monde musical.



Une autre version que JB aime est celle de Prince Student, qu'on trouve sur la compilation Trojan Nyahbinghi - le nyahbinghi est un style du reggae des années 70, très dub et avec des consonances africanisantes, et qu'on reconnaît entre mille autre styles par les percussions toujours très en avant. La mode du nyahbinghi correspond au trip rastafari à fond avec l'Éthiopie (le fameux Zion = la terre promise, dont il est question dans la chanson), Haïlé Sélassié et passelepètequejetiredessus et tout et tout. On écoute:



La version de Hopeton Lewis, enregistrée en 2009, lors de la réunion à Kingstown des plus grands compositeurs et interprètes de rocksteady, que le documentaire de Sascha Bader a admirablement montré (et JB salue cette fois F avec qui (et avec G, d'ailleurs) il avait vu le film lors de son avant-première (avec l'Ambassadeur de Jamaïque en Allemagne dans la salle!!!)). On regarde la bande-annonce de ce doc, où on n'entend pas Hopeton Lewis chanter, mais où on voit tous les gens que JB montre quasi quotidiennent:



Une version que JB n'a pas mais qu'il adore est celle des Skatalites, qu'on voit ci-dessous en concert, en 2006:



Quant aux autres, elles sont honnêtes - point.

Mais le top du top est atteint grâce à l'inénarrable Byron Lee qui, JB l'a souvent montré, a été capable du meilleur comme du pire. Sa version de 1971 est à l'avenant: à la fois innovante et carrément ringarde. On appréciera surtout les trompettes très Beatles période Sergeant Pepper's, psychédéliques à souhait. On écoute en ricanant un peu, tant c'est presque du reggae grotesque:




Mais si JB voulait rédiger ce post sur Rivers of Babylon, c'est qu'il a souvent croisé le morceau et Babylon dans son travail. Dans deux traductions, il a eu affaire à eux. Dans un roman pour adolescents d'Unni Nielsen, Rita, New York, 1964, il était question de ce garçon noir de Brooklyn qui chantait la chanson:


Être étranger dans son propre pays, insistait donc Booker en chantant les Melodians. Si JB vivait encore dans la Rance il pleurerait des rivières et acquiescerait aux paroles du personnage semi-fictif. Mais depuis qu'il vit dans son palais socialiste de Berlin, il n'a plus cette impression qu'il a tout de même chaque fois qu'il est obligé de revenir dans son pays d'origine. Bref.

Car ça veut dire, quoi, en fait, Babylon, dans ce contexte?
Avant de répondre à cette question, on passe à un autre roman que JB a traduit, Volvo Trucks, d'Erlend Loe, où le pauvre Andreas Doppler, la quarantaine, se fait avoir par Maj Britt, une Suédoise de 92 ans qui fume pétard sur pétard en écoutant du reggae et en dansant dans sa cuisine dont le sol porte les marques des piques de ses bâtons de ski dont elle s'aide pour pouvoir tenir debout et se trémousser. C'est hilarant et on lit ci-dessous:

Hö!

Alors, ça fait référence à quoi, Babylon?
Pour le savoir, on va à la source même, c'est-à-dire sur l'impeccable glossaire du patois jamaïcain (comme on dit), qui nous révèle:


Si on souhaite une explication plus académique, pas de problème, on va consulter le Concise New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English de Tom Dalzell et Terry Victor, lesquels nous expliquent:


Donc Babylon, c'est l'oppresseur pour les Jamaïcains puis pour les Noirs: la police, les États-Unis, les blancs. Est-ce qu'on peut étendre le sens et dire que Sarkotzy (kotzen, en allemand, ça signifie dégueuler) c'est Babylone dans la Rance? On va dire que oui, hein. Et on va dire que Zion, ce n'est plus l'Éthiopie, c'est Berlin. Et toc, et voilà, et salut.

jeudi 16 décembre 2010

chercher/trouver

Une tache orangée teintait il y a peu un ciel sinon bistre - la preuve s'il en fallait que le soleil voulait percer l'opacité des nuages. La lumière cuivrée à désormais disparu, remplacée par une boule décolorée, blanche et aveuglante, qui attire inexorablement le regard dont les paupières se plissent et les yeux piquent s'ils ont la fausse bonne idée de trop la fixer. Les corneilles noires et grises, venues pour la plupart de Sibérie comme chaque hiver, sautillent sur le tapis blanc qui recouvre tout et cherchent une pitance que la neige n'a guère à offrir. Les passants sont emmitouflés dans leurs vêtements chauds et les voitures gardent leurs phares allumés.
Décembre à Berlin.

JB s'est réveillé tard et s'est mis au travail. Il traduit:
On avait fait de longues ballades à ski tous les deux, on s’était même paumés, il avait fallu qu’on creuse un trou dans la neige à cause du mauvais temps et on avait eu la peur de notre vie de mourir complètement congelés. Alors, pour ne pas mourir de froid, on avait dû se frapper mutuellement. Comme les deux imbéciles heureux qu’on était, on avait passé toute une nuit dans ce trou à rats, dans la neige, à se tabasser pour ne pas crever. Et, tu vois, aujourd’hui j’en suis persuadé : ce sont les coups qu’on s’est donnés qui nous ont sauvé la vie.

Il y a de la neige et du froid et du danger dans la fiction de la traduction tout comme dans la réalité du dehors. JB se dit que ce sont des temps à écouter du rocksteady. Il cherche dans son mange-disques électroniques, choisit la compilation Caltone, quand soudain résonne la voix irisée d'Yvonne Harrison qui, en 1967, chantait The Chase:



Et, de la même manière qu'on reconnaît les accords typiques de rocksteady à la basse, on reconnaît les notes de saxophone de Tommy McCook qui viennent moduler à intervalles réguliers cette chanson consacrée à un jeu de chat et de souris: quand on s'épuise à se chercher et qu'on renonce finalement pile au moment où on pourrait se trouver.
Chercher/trouver — c'est qu'on fait tous, c'est qu'on veut tous.

JB cherche une photo d'Yvonne Harrison. En trouve une. Elle vit aujourd'hui avec Roy Panton, avec qui elle a chanté au début des années 60, pendant la période ska - avant de signer quelques titres sous son propre nom, puis de disparaître. Mais elle est toujours là et on aimerait bien savoir quelle voix elle a aujourd'hui.


JB souhaite à tous ses petits amis une bonne journée sous la neige - puisque la neige va retomber aujourd'hui à partir de 18 heures sur Berlin.

mercredi 27 octobre 2010

Don Drummond (et la mort)

Et JB, qui a écouté toute la journée d'hier des morceaux de Don Drummond se réveilla avec (Music Is My) Occupation dans la tête, ce qui ne saurait être une meilleure définition de ces fameuses musiques du matin qui peuplent quasi quotidiennement l'esprit encombré de JB. On écoute d'abord, on en parle ensuite - tandis qu'à Berlin, le ciel encore anthracite est coupé au fond de l'horizon, plein est, par une bande rectiligne au-dessous de laquelle une teinte orangée contraste avec l'obscurité et que, dans la rue, des véhicules à touche-touche seraient presque invisibles dans cette opacité si leurs phares aux allures d'yeux globuleux et luminescents d'insectes ne trahissaient leur présence:



Don Drummond, le tromboniste des Skatalites, étaient considéré comme un musicien de génie. Et quand on a dit ça, on n'a pas dit grand-chose. Compositeur de la majorité des morceaux du groupe, il reste dans tous les mémoires comme LE grand inspirateur et instigateur de la discographie du combo. Le site Reggae France.com nous explique l'originalité de leur musique et en quoi résidait le talent de Don Drummond:


Mais, en 1965, un fait divers tragique qui, pour nous Français, en rappelle un autre qui aura lieu quelque quarante années plus tard, va mettre un terme à l'existence des Skatalites.
Don Drummond a une petite amie, une danseuse de rumba, Anita Mahfood, surnommée Margarita, retrouvée assassinée le 1er janvier 1965. D'elle on se souvient de Woman A Come, qu'elle avait enregistré avec son compagnon et les Skatalites. On écoute cette chanson de 1964 qui évolue entre le calypso et le nyabinghi:



Que s'est-il passé? C'est Bob Timm, le biographe de Don Drummond qui nous renseigne:


Oui, pourquoi? nous interrogeons-nous tous. La suite:


Et JB, en préparant ce post, découvre avec stupéfaction une autre théorie qu'il ignorait complètement, résumée dans un article du Daily Gleaner, le quotidien jamaïcain, mais celui-ci de 2006:



JB a d'abord envie de rire. Il trouve ça typique de ces faits divers qui relatent des crimes et/ou des meurtres non élucidés, lesquels ont la fâcheuse tendance d'ouvrir une voie royale à toutes sortes de fantasmes et de théories plus ou moins fumeuses qui sont souvent axées autour d'un complot quelconque.
Toutefois, il sait aussi à quel point les méandres de la sexualité participent d'une histoire non écrite du monde, que les acteurs et spectateurs de cette histoire préfèrent souvent dans un premier temps taire, mais dont ils se délectent après-coup, bien des années plus tard. Du coup, la théorie de ce professeur d'université, pour farfelue qu'elle apparaisse de prime abord, n'en conserve pas moins une part aussi séduisante que déceptive.
Déceptive car elle dépasse le décevant: finis les complots quels qu'ils soient, la réalité serait d'une certaine manière bien plus triviale, qui ferait intervenir des jeux sexuels troublants pour certain(e)s. Curieusement a priori, il est plus concevable et plus alléchant pour qui considère le fait divers, de se projeter dans un complot, de fantasmer sur les exécuteurs et les maîtres-chanteurs, plutôt que d'imaginer les conséquences tragiques d'une sexualité originale. C'est un peu comme dans un film pornographique: une fois que la jouissance a été atteinte, les images perdent comme par enchantement tout pouvoir d'excitation. Ici, une fois qu'on apprend dans quelles circonstances érotiques la mort est survenue, le fait divers perd dans son ensemble ce même pouvoir d'excitation.

Mais revenons à (Music Is My) Occupation. En 1968, l'immmmmmense Tommy McCook se souvient de son ami Don Drummond, à l'époque toujours en prison, et réinterprète le morceau qui, entre autres, avait fait le succès des Skatalites. Il le joue avec une mélodie rocksteady, presque nostalgique, comme s'il regrettait que Don Drummond ne pouvait plus jouer avec lui:

lundi 25 octobre 2010

Sérénade

Et JB, qui ne se réveille avec aucune musique du matin dans la tête, repense néanmoins très vite à un morceau qu'il a découvert cette semaine Sugar Serenade, des Joe's All Stars (lui qui, depuis la fin de la semaine, écoute quantité de morceaux de Joe Mansano, le compositeur et producteur, celui-là même qui a interprété le JB's Theme, øøø le Tony B's Theme dont JB a bassiné ses petits amis tout le week-end), et, du coup, se demande s'il a intégré le morceau dans sa liste intitulée Sérénade, une compilation de tous les morceaux de ska et de reggae comprenant le mot en question. Il vérifie, la met à jour et, avec le regard satisfait de qui vient de manger du chocolat, constate que le résultat donne ça:


Pas mal. Ça fait pas encore beaucoup, mais c'est un bon et beau début - pense toujours JB, en pensant notamment à la perle qu'est Elizabethan Serenade, un morceau avec la flûte traversière (et il en profite pour souhaiter une bonne journée à G) des Sweet Confusion, au sujet duquel il avait glosé en mars dernier, se demandant s'il existait du reggae d'ascenseur, tout comme il existe de l'easy listening d'ascenseur. Après quoi JB se demande quel morceau il va écouter. Et choisit évidemment Tommy McCook puisque Monsieur McCook possède des morceaux pour chaque état d'âme, ainsi que JB l'avait écrit cette fois en avril dernier.
Et JB, écrivant ce post et recherchant les liens, redécouvre un de ses fameux lapsus lorsque, justement, en matière de musique du matin, il s'était fin août dernier une fois de plus réveillé avec Tony B's Theme dans la tête, qu'il avait alors, au réveil et l'esprit embrumé, rebaptisé Tony's Dream, le confondant ainsi avec le Tommy's Dream de Tommy McCook - un lapsus révélateur des rêves évidemment agités que JB avait fait au cours de la nuit.
Au final, JB constate avec toujours cette même satisfaction du mangeur de chocolat, que la boucle est ainsi parfaite entre Tony B's Theme et cette serenade de Tommy McCook - et ce d'autant plus qu'il ainsi balayé les trois premiers trimestres de l'année 2010. On écoute donc Soul Serenade:



Et force est de constater que cette Soul Serenade contient tous les accents et les notes optimistes, reposés et relaxants dont quiconque a besoin pour bien mieux commencer la semaine. Il y a dans le morceau un délassement mesuré, une jubilation contenue: l'orgue guilleret qui sert autant de phrase musicale que d'ouverture mélodique contrastant avec le saxophone légèrement tracassé, lequel vient ainsi moduler et modérer l'enthousiasme sans doute un peu bravache de son comparse. JB se dit alors: c'est exactement ça. La semaine commence et a ex-ac-te-ment cette couleur, cet arrière-plan.

Très vite, forcément, JB se répète ce mot dans sa tête: sérénade. Et, ainsi qu'il l'a déjà expliqué moult fois sur ce blog tatoué et fumeur, à force de répéter un mot, celui-ci finit par perdre son signifié (= son sens, son concept) pour ne plus conserver que son signifiant (= son image acoustique, phonique). Jb s'interroge du coup tant sur la signification que l'étymologie du terme. Il va par conséquent le rechercher dans ses dictionnaires et s'exclame dans son for intérieur, lisant la définition du TLF: Mais oui! La locution jouer la sérénade à quelqu'un…


Ce que JB ignorait totalement, c'est qu'une sérénade est une mélodie "que l'on interpr[ète] la nuit sous les fenêtres d'une personne pour l'honorer ou la séduire". C'est Roméo et Juliette dès le lundi matin, en somme, songe JB. De la même manière, il trouve intéressant le glissement analogique du mot, lequel passe d'un sens positif (l'aubade amoureuse) à une valeur négative (le tohu-bohu puis la dispute).
JB va donc consulter le Robert historique de la langue française pour comprendre:

SÉRÉNADE n.f. est un emprunt (1555) à l'italien serenata, du latin classique serenus (voir ci-dessus 1) serein); le mot italien a d'abord signifié “temps serein”, “nuit sereine” (XIVe siècle), par influence de sera “soir”, puis “concert donné au début de la soirée” (XVe siècle). ◊ Sérénade désigne comme en italien un concert donné le soir sous les fenêtres d'une personne que l'on voulait honorer ou divertir, surtout dans un contexte galant. Spécialisé en musique (1703), c'est le nom d'une pièce composée en principe pour être journée en plein air et la nuit, et devenue un genre de composition libre à plusieurs mouvements. ◊ Par antiphrase, le mot se dit familièrement (1660) pour un concert de cris; cette valeur a été reprise (XXe siècle) pour un “concert” de reproches, de protestations.

Ouh là… Ça fait beaucoup d'informations évidemment capitales que JB doit résumer:
• Ainsi donc, la sérénade a une valeur courtoise: quand JB parlait, badin, de Roméo et Juliette, il était en fait dans le vrai.
• Partant, il comprend le glissement sémantique qui apporte au terme le sens de vacarme, quelle que soit la nature de celui-ci. L'analogie s'effectuant sur l'air (hö!) de: "Ta gueule, t'empêches tout le monde de dormir" à force de gueuler ton amour dehors.
• Mais surtout: la sérénade est donc non seulement liée d'un point de vue étymologique au soir, mais elle le serait aussi à l'adjectif serein? La sérénade du soir apporterait donc la sérénité? Mieux: Le soir et la sérénité serait un seul et même mot? Le soir serait synonyme de sérénité - comme l'ont fixé les proverbes “araignée du matin, chagrin” versus “araignée du soir, espoir”??? Ça alors!

JB, lisant donc que sérénade est formé sur le substantif serein, il lève donc les yeux pour en lire l'étymologie:
SEREIN n.m., réfection (1580) d'après l'adjectif de serain (vers 1138), sierain (vers 1175), est issu d'un latin populaire °seranus, dérivé de serum, latin classique serus “tardif”, qui a un correspondant, pour la forme, dans le vieil irlandais sír “long” et, pour le sens, dans le sanskrit sayám “soir”. De serus vient le bas latin sera n.f. “le soir”, dont procèdent l'ancien provençal sera “soir” (vers 1160) et l'italien sera. L'adverbe sero “tard”, “trop tard” a abouti (vers 980) à ser, qui a donné soir.
◊ Le mot a d'abord désigné la tombée du jour, le soir, puis (vers 1180) l'humidité qui tombe avec la nuit, acception aujourd'hui littéraire ou régionale. ◊ la locution prendre le serein qui signifiait “en éprouver les effets malfaisants” (1671) continue l'ancien provençal pausar a la serena “exposer à l'air frais de la nuit” (XIIIe siècle); au XIXe siècle, la locution s'est quelquefois employée (1872) pour “prendre le frais”; elle est archaïque.

Voici donc une chose entendue et, avant de passer à l'adjectif homonyme, JB va vérifier dans le Gaffiot les parentés latines entre le soir et de la sérénité:




SEREIN, EINE adj. est la réfection (1549) d'après le latin de serain (vers 1175, jusqu'au XVIe siècle), mot issu d'un latin populaire °seranus, altération du latin classique serenus “pur, sans nuages” et au figuré “calme, paisible”, d'où serenum n. “temps serein”. Serenus, d'où viennent l'italien et l'espagnol sereno, est formé d'un ancien °seres-no-s, sans doute issu d'un thème °ser- désignant l'état clair et sec du ciel. Les rapports avec d'autres mots restent peu convaincants: si l'on rapproche serenus du grec xêros “sec” (-> élixir), la voyelle longue ê est inexpliquée; par ailleurs, l'ancien haut allemand serawen “sécher” est éloigné par le sens.
◊ L'adjectif français, aujourd'hui littéraire, signifie comme en latin “qui est à la fois pur et calme”, en parlant du ciel, de l'air; il s'applique par figure (vers 1240, serin) à ce qui indique la maîtrise de soi, le calme. ◊ Au XVIe siècle, serein s'est employé comme nom masculin pour parler de la clarté du temps (1538) et d'un visage paisible (vers 1550). ◊ Avec une valeur abstraite, l'adjectif qualifie (avant 1550) ce qui est exempt d'agitation, puis s'emploie pour “moralement calme, apaisé” (avant 1648). Au XXe siècle, toujours avec l'idée de “calme”, il s''utilise en parlant d'une situation sociale.

Ouh là là là là là… JB doit faire une pause pour digérer et s'approprier tout ça.
Ainsi donc, ce qui est tard est devenu le soir. Ainsi donc, le temps du soir s'est lentement mis à désigné le temps sec du soir et/ou de la nuit. Ainsi donc, le temps sec et limpide et sans nuages a signifié le calme. Ainsi donc, un temps serein a signifié un état d'âme serein, autrement dit: la sérénité.
Et, même si on est le matin et noir le soir, JB veut connaître la sérénité, encore plus en ce lundi matin où il est à nouveau un petit vampire. Il veut tous les sens du mot latin sereno. Il veut 1) "rendre serein", à commencer par lui-même; 2) connaître "un temps serein", à commencer par celui dans son esprit; partant, 3) "chasser les nuages de l'âme", à commencer par la sienne propre; pour enfin, 4) "montrer sur son front un espoir serein".
Et comment y parvient-il?
En écoutant, même si on est le matin, une sérénade, donc une mélodie du soir qui apporte un temps sec et calme et donc serein, et qui enfin ce faisant amène la sérénité.

Il met donc une seconde sérénade, liquide quant à elle, interprétée par lee Perry et ses Upsetters, et, comme celle de Tommy McCook, empreinte de cet optimisme prudent.
Et une bonne journée à tou(te)s!

samedi 25 septembre 2010

"Al di là della vita ci sei tu"

On se lève, avec le souvenir d'un Monsieur Météo nous informant hier soir qu'il ferait beau sur Berlin. Raté. Le ciel est gris pigeon, les rues sont désertes, on se croirait en novembre si les arbres n'avaient encore les feuilles. C'est un temps et une matinée que seul Tommy McCook peut relever. Notamment avec son Tommy's Rocksteady, également connu sous le nom de Comet Rock Steady, de 1967. On écoute:



Et, en fait, ce Tommy's Rocksteady est une version ska du morceau également instrumental de The Eagles, sorti en 1963 et intitulé Al Di La. On l'écoute lui aussi:



Et, en réalité, ce morceau des Eagles, Al Di La, n'est autre que la version instrumentale du Al Di Lá, donc avec un accent sur le A pour souligner sa provenance non anglophone, c'est-à-dire italienne, puisque la chanson ayant inspiré les Anglais a été interprétée par Emilio Pericoli dans le film de Delmers Daves, Rome Adventure, sorti en 1962. On regarde et on écoute, c'est dégoulinant à souhait:



Et, au final, Al Di Lá n'est pas du tout un morceau original chanté par Emilio Pericoli mais bien par Betty Curtis, en 1961, lors de… lors de… l'Eurovision!!! La chanson n'a pas remporté le concours mais est devenue un tube, interprété tant en néerlandais ou en allemand, qu'en finnois ou en hongrois - on passerait des heures à écouter ces versions autochtones, mais on a un peu autre chose à faire. Allez, on écoute Roberta Corti, ou Betty Curtis de son nom de scène. Et une bonne journée à tou(te)s.

samedi 11 septembre 2010

Die Myxomatose im Nighter

Und gestern gab's wieder Nighter. In einem neuen Ort. Selbstverständlich mussten G und der JB dort sein. Sehr schnell fängt es an:
J: Wa? Du trägst jetzt eine Brille?
Der JB: Nee… Oder doch: hab eine Myxomatose.
J: Ach so… Naja, du siehst sehr… hm… Akademiker aus.
Dann kommt P:
P: Ich hatte dich fast nicht erkannt mit der Brille…Steht dir gut. Du siehst wie ein Akademiker aus…
Der JB: Naja, hab eine Myxomatose.
Dann kommt die liebe S:
S: Du trägst eine Brille?
Der JB: Im Moment, ja. Hab eine Myxomatose.
Dann kommt R, der mit seinem gewöhnlichen Takt sagt:
R: Bist du so alt geworden, dass du jetzt eine Brille tragen muss?
Ja, genau, nicht nur ist der JB ein Epoopa, aber noch dazu hat er eine Myxomatose. Danke, R!
Und, obwohl es im Raum dunkel ist, sind die verschiedenen Lichte wie Messerstiche in den kranken Augen von dem JB. Er giesst seinen Augapfel mit Antimyxomatose-Flüssigkeit aber es hilft wenig. Er zündet sich eine Zigarette an, aber das Licht des Feuerzeugs tut wahnsinnig weh. Als Scherz sagt der JB, dass er den Rest des Abends hinter der schwarzen Vorhang vor ihm verbringen wird - was er später während des Abends versucht und: endlich Linderung.
Und dann, plötzlich:
Der JB: Ach, unsere Freundin ist da!
G: Wo? Wer?
Der JB: Nee. Unsere musikalische Freundin!
G: Ach so, die!!!

Ja, die Querflöte. Diese Querflöte! Und sogar mit Herrn Tommy McCook. Mary Poppins. Bitte schön!

mardi 24 août 2010

Die Morgenmusik und die Traummusik

Und wieder, genau wie vor einem Monat, wacht man mit Tony B's Theme im Kopf, von Joe's All Stars - ein wahrer Ohrwurm, der auf der Hammond-Orgel gespielt wird. Und man nimmt die Gelegenheit um F einen schönen guten Morgen zu wünschen.
Aber man wacht auf sicher darauf zu sein, dass das Lied Tony's Dream heisst. Man sucht durch und durch, man forscht seine externe Festplatte und natürlich findet man nichts. Man denkt: "Warum fängt der Tag gegen mich an?" Aber das ist die Falsche frage. Die gute Frage ist: Warum macht man eine freudsche Fehlleistung, indem man denkt an Tony's Dream, wo es eigentlich Tony B's Theme oder kurz Tony's Theme heisst? Tony's Dream vs Tony's Theme.
Ja, warum? Tja, darum. Weil man geträumt hat. Man weiss nicht mehr worüber. Aber man weiss, dass man geträumt hat und man erinnert sich, dass man beim ersten Aufwachen dachte: es ist wichtig.
Und noch wieder muss man feststellen: die Morgenmusik als Verlängerung der Nacht. Die Morgenmusik als Verlängerung der Nachtmusik. Die Morgenmusik als akustische Spiegelton der Nacht. Die Morgenmusik aus dem Bewusstsein als Spiegelton der Traummusik aus dem Unbewusstsein.
Und beim suchen nach diesem nichtbestehenden Tony's Dream stosst man auf Tommy's Dream. Tommy's Dream von dem Herrn Tommy McCook. Hier, bitte schön. Und allen einen schönen guten Morgen(musik).

vendredi 13 août 2010

Rocket!

Und (fast) den ganzen Abend hat der JB Rocket Ship von den Herrn Tommy McCook & Don Drummond gehört. Bütte schøn!
Et (presque) toute la soirée, JB aura écouté Rocket Ship de Messieurs Tommy McCook & Don Drummond. Et woilà.

On peut même chanter en chœur:
Man kann sogar auch mitsingen:
"Tchikitik-tchikitik-tchikitik"

Und dann/Et après:
"Hip hip hip hip hip hip hip hip"

(Ou quelque chose d'approchant/Oder was ähnliches…)

Ambiance

On se réveille avec aucune musique du matin dans la tête mais, étant donné la grisaille extérieure, on se dit que c'est une journée à la Tommy McCook. Et loin de nous l'idée de vouloir faire un jeu de mots lourdingue, mais monsieur McCook est un vrai fournisseur de "musiques d'ambiance", c'est-à-dire: de musiques qui correspondent à l'ambiance dans laquelle soit on est soi-même, soit on voudrait être. Aussi, en écoutant Sampson, de 1964, on est immédiatement transporté dans une ambiance enjouée et optimiste qui va contraster de façon guillerette et bienvenue avec le ciel plombé.
Et aujourd'hui encore, la bonne journée, hein.



Man wacht ohne Morgenmusik im Kopf auf. Dennoch, beim sehen wie grau es draussen ist, denkt man, dass dieser Tag ein Tommy McCook-Tag sein muss. Man möchte gar kein plumpes Wortspiel machen, aber der Herr McCook ist ein wahrer Lieferer von "Hintergrundsmusik", das heisst: Stücke die betonen, was sich im Hintergrund steckt und lauert, wie man seinen Hintergrund hat oder haben möchte. Von daher, wenn man Sampson von 1964 hört und weiter nach draussen guckt und sich wieder weiter auf die Musikkonzentriert, denkt man dann, dass dieser heutige Hintergrund nur zu einem schönen Tag führen kann. In diesem Sinne: euch einen schönen Tag.

samedi 31 juillet 2010

Thunderball

Je traduis:
L’homme à qui Rubens a donné des instructions tout à heure est adossé contre le mur, un revolver enfoncé dans la ceinture du pantalon.

Et, par une mystérieuse association d'idées, je repense à la chanson de Tom Jones qui servait aussi de BO au film de James Bond, Thunderball. Et j'ai toujours été intrigué par cette réplique de la chanson et c'est moi qui souligne): "He knows the meaning of success / His needs are more so he eats less / They call him the winner who takes all / So he strikes like thunderball." Et cette phrase, "Il a plus de besoins donc il mange moins", n'est pas seulement curieuse, mais elle est hilarante. Oui, je l'ai toujours trouvée à pisser de rire. Bref.
On écoute la version par Martin Fry, sur la compilation éditée en 1996 par David Arnold, Shaken And Stirred, des thèmes les plus connus des films de James Bond. Et cette compilation était franchement réussie qui voyait notamment Pulp offrir une interprétation hyper lascive de All Time High avec des violons dégoulinants, et David McAlmont chanter Diamonds Are Forever avec une voix féminine des plus troublantes. Et puis, donc, le Tunderball du devenu crooner avant l'heure Martin Fry. On écoute:



Du coup, on est allé rechercher la BO de Thunderball, le film réalisé par Terence Young en 1965, avec un Sean Connery dont on comprend qu'il ait fait tourner de l'œil plus d'une fille et qui est ici à côté de Claudine Auger, la Miss France 1958. Là aussi on regarde, tant ça vaut son pesant de cacahuètes:



L'année d'après, en 1966, Bobby Aitken proposait lui aussi un morceau intitulé Thunderball, avec un harmonica et un trombone entêtants, et dont on doute qu'il ait été inspiré par le film de James Bond. Quoique… On sait depuis ce post combien les films de genre (action, westerns, SF, etc.) ont inspiré les musiciens de ska. On écoute:



Car peut-être ce Thunderball de Bobby Aitken est une réponse à celui de Tommy McCook, sorti en 1962. Même morceau instrumental, même utilisation omniprésente des instruments à vent et notamment du trombone. On se quitte sur cette expédition thunderballesque avec Monsieur Tommy McCook:

lundi 21 juin 2010

Da wo es schöner ist

Man wacht auf, es ist still und grau und kühl. Es ist so ein Morgen, wo man denkt: OK, fein, ich lass mich einfach in die Bahamas teleportieren. Aber eigentlich 1) möchte man gar nich in die Bahamas (Salzwasser ist uns sowieso e-ckel-haft); 2) unsere Teleportationsmaschine ist zur Zeit defekt; 3) man ist heute Abend skamässig und freundschaftsmässig mit G und N verabredet. Man sucht sich dann ein wetterpassendes Lied und… ja, natürlich: Just Like A River. Das 1967 Rocksteady-Klassiker von Stranger & Gladdy. Und dann hört man diesen Satz wieder: "You hurt me in so many ways, but I'll forgive you, believe me when I say it", und man denkt: Genau, grosszügig sein, immer.



Das Lied war so genial, von der Musik und den Songtexten, dass eine andere Version in 1968 aufgenommen wurde. Diesmal mit Herrn Tommy McCook. Last Flight To Reggae City, heisst sie. Fröhlicher, und auch lustiger. Gehört haben wir sie in April schon, aber die hören wir noch gerne wieder - auch weil man über Teleportation hieroben schrieb, und es geht nämlich darum: weggehen, da wo es schöner ist (immer daran denken: die Schönheit suchen; immer das machen: sich von der Schönheit transportieren und bewegen lassen - ein Zweck dieses Blogges: die Schönheit zeigen). Hier, bitte schön:



Und dann denkt man an diesen Film, Rocksteady, das man im August letztes Jahr mit G und F gesehen hat. Darin sieht man diese sämtlichen Männer und Frauen, die das Rocksteady gemacht haben. Beziehungsweise: die, die noch leben. Stranger Cole war der Erzähler des Dokumentars. Und man war von ihm so… bewegt, von diesem jetzt älteren Herrn, der so knuddelig war, der so irgendwie auch zerbrechlich und gleichzeitig stark war, der uns an einen ganz alten weisen Greisen erinnerte - dass, ja, die Tränen fast kamen. Unten sieht man die beiden Freunde, Stranger Cole und Gladstone Anderson (oder kurz: Stranger & Gladdy), sie interpretieren Just Like A River neu. Und die sehen wie Kleinkinder aus, voller Entzückung, voller Unschuld, voller Güte. Als hätten sie gerade den schönsten Weihnachtsgeschenk bekommen. Aber sie sind nur glücklich, weil sie wieder zusammen sind. Ist es so? Freundschaft? Sieht es so aus? Nach 40 Jahren? Wenn man 40 Jahre, trotz allem, trotz der Abwesenheiten, trotz der Trennungen, stets miteinander ist, voneinander begeistert ist. Und gerade das bringt und gibt uns allen viiiele Hoffnung.

mardi 15 juin 2010

A night

In dem Traum war es die Rede von einem zugemauerten pariser Metroeingang. Es war in der Strasse so dunkel, dass ich mein Fahrradlicht aufmachen sollte, um genau zu sehen nicht nur wo wir waren, aber noch dazu diese Riesentreppe, die zu den grossen Metalplatten führten. Als ich die Augen aufmachte, sehr schnell, gab es Saxophontöne in meinem Kopf zu hören. Starry Night, von Tommy McCook.



Il était question dans le rêve d'une entrée de métro condamnée. Il faisait si noir dans la rue que je me suis vu obligé d'allumer ma lampe de vélo pour voir non seulement où nous étions, mais pour ensuite constater cet escalier immensément large qui donnait sur les grandes plaques en métal. En ouvrant les yeux, très vite, résonnaient dans ma tête les accords de saxophone de Starry Night, de Tommy McCook.

mercredi 2 juin 2010

Cette idiote

Et ce matin, donc, en voyant le temps encore une fois grisâtre, pluvieux et froid sur Berlin (alors qu'on est le 2 juin, b##!!**), on pensait qu'il nous fallait une musique qui égaie un peu la journée. Du coup on pensait à Mary Poppins de Tommy McCook. Et, de fil en aiguille, on repensait à Mary Poppins, le film. On a cherché, on a trouvé ça:



Ringue et kitsch à mort!
Et on adore ce commentaire dégoté dans la liste de ceux qui se trouvent sous la version anglaise sur toitube:


Mais on se dit quand même, ça c'est sûr: "C'est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler", c'est bien vrai. Ouais, même qu'on en fait l'expérience tous les jours.
Et du coup, rebelote, de fil en aiguille, à cause du sucre, on repense à l'immarcescible cake d'amour de Peau d'Âne, de Jacques Demy. Voilà:



Et, toujours question commentaire, on adore celui-ci, qui détaille le contenu de la vidéo, sur toitube:


Puis on se dit qu'on n'a jamais fait de cake d'amour. Et puisqu'on n'a pas de prince, mais bon, on ne sait jamais, peut-être qu'il pourrait débouler et toquer à la porte, pourquoi pas en confectionner un? De cake, je veux dire. Pas de prince… Le prince, lui, il vient. Bref.
On se souvient qu'un ancien collègue de travail en avait fait un et que c'était immangeable.
Mais parce qu'on est comme Saint-Thomas, on se dit qu'on va en faire un, pour voir.
Allez zou, au boulot! Et puis c'est l'heure du déjeuner, en plus.


13h:
On note la recette:


© icke


13h20:
On a préparé tous les ingrédients:

© icke

Bon, OK, on a procédé à quelques petits changements. 
Parce que, on voudrait pas dire, mais des gâteaux, on sait en faire depuis qu'on est mioche, alors, c'est pas à nous qu'on va la faire, l'histoire de 4 poignées de farine avec du levain et une main de beurre fin. Avec ça, c'est un étouffe-chrétien qu'on obtient. Et puis 4 œufs avec un bol de lait et seulement 4 poignées de farine, c'est plus un cake mais un clafoutis qu'on fait.
Donc:
3 œufs seront amplement suffisants, avec 2 pour commencer. En haut, de gauche à droite: la farine, le sucre, le sel, du sirop d'érable (oui, bon, on n'a pas de miel et on a acheté du sirop d'érable cette semaine et faudrait pas que ça se perde, hein). En bas, également de gauche à droite: le bol de la lait, la fameuse terrine et 125 grammes de beurre fondu.
Allez, en route.


13h40:
Alors, qu'est-ce qu'on disait?

© icke

Ben ouais, pas loupé. Avec autant de lait, on se retrouve avec un clafoutis et non avec un cake.
Pff…
Bon, on va rajouter de la farine.
Je vois l'étouffe-chrétien se profiler de plus en plus…


13h45:
On goûte:

© icke

C'est in-fect. Ça a la goût de farine à la farine.


13h55:
Voilà, c'est prêt dans la moule à cake:

© icke

Et c'est mis dans le four préchauffé à 180°.
On a donc rajouté une poignée de farine pour éviter l'effet clafoutis. Du coup, comme ça avait trop le goût de farine, on a rajouté du sucre et du sirop d'érable, et puis on a mis le troisième œuf en pensant qu'avec toute cette farine, on s'en sortirait pas. Déjà que 125 grammes de beurre seulement c'est pas bézèf… Mais bon, il y a les œufs et le lait qui compensent, donc ça devrait le faire.

Allez, maintenant on attend une heure.
Ah, merde! J'ai oublié de mettre la bagouze dans l'étouffe-chrétien!
Putain, à ce rythme-là c'est à la Saint-Glinglin ou à la Saint-Saucison qu'il va débarquer mon prince.


14h10:
En attendant, intermède (comme on disait autrefois) avec Élyane Célis (à ne pas confondre avec sa cousine Élance Cialis):



14h35:
Bon, ça donne quoi notre affaire à mi-parcours?

© icke

Mouais. Ça a une couleur marronnasse pas forcément ragoûtante.
Je voudrais pas dire mais, le prince, il faudra qu'il trouve certains charmes ailleurs qu'au gâteau pour que j'arrive à lui en faire bouffer.
Et la cuisson ça donne quoi?

© icke

Ouais, ça en manque. Elle disait combien de temps la Peau d'Âne?
1 heure, hein? Elle se plantait pas en fait.
Allez, re au four.


15h05:
Bon, ben… a y est, hein:

© icke

Ça fait un joli dégradé de couleurs avec le marron du lino de la couisine. Génial.
On va le mettre à refroidir - il s'agirait pas non plus qu'on le mange trop chaud et qu'on se calcine les muqueuses, elles pourraient encore nous servir, rapport au prince, machin.
Et en attendant, on va cette fois écouter le grand Michelangeli interpréter le Golliwogg's Cake Walk de ce cher Debussy qu'on n'écoute pas souvent, à part bien sûr son impérissable Rêverie:




15h30:
C'est l'heure du test…
Ta-daaah!

© icke

Un bon point: il se démoule bien.
Mais c'est le seul.
Vu qu'après une heure de cuisson, et faut pas avoir fait d'études de cuisine pour s'en rendre compte, il est pas cuit dans le milieu. Il va devoir se retaper 1/4 d'heure de four avec un papier d'alu sur lui.

Question goût.
Ça n'en a pas justement. Ah, c'est pas immangeable, hein… C'est juste que ça n'a ni goût ni gouasse. Et c'est vraiment un étouffe-chrétien! On mâche, on mâche, on mâche, et on en a toujours dans la bouche! Oh purée, ce que ça colle au palais! Il faut prévoir le litre d'Évian à côté, c'est moi qui vous le dis…
Ouais ben, si dans un quart d'heure il s'est pas amélioré ce cake d'amour, macache le prince, hein…


16h15:
Voilà, c'est fini et bien fini - la cuisson je veux dire.
Et ça a cette tronche:

© icke

Une tronche de pas cuit. On dirait un pudding raté. Mais p'têt qu'il faut le mettre à macérer pendant cinq mois comme le pudding… P'têt… p'têt qu'alors il sera bouffable.
Et puis quelle idée de poser ce machin bourratif dans une assiette jaune! Parce que le cake d'amour est jaunasse en fait. Alors déjà qu'il est pas appétissant, mais jaune sur jaune, même pour un daltonien comme moi, c'est vomitif à souhait.


16h25:
Il nous est venu une idée. Comme c'est un cake, qu'il est sec, non, en fait il est pas sec, il est même moelleux, c'est juste qu'il est… pâteux, oui, voilà: pâteux et plâtreux; et comme on a ajouté du sirop d'érable, on s'est dit qu'en en mettant dessus, ça enlèverait le côté colle-aux-dents du gâteau, ça ferait plus pan cake au sirop d'érable. Vous voyez? C'est que ça cogite là-dedans, hein, faudrait pas croire…
Du coup ça donne ça:

© icke

Bon, ça gagne franchement pas en attirance mais on perd en adhérence. Le gâteau imprègne moins. Ou plutôt: imbibé de sirop d'érable, il coule mieux dans la gorge et reste moins englué à la dentition.
C'est toujours ça de pris.
Parce que sinon, primo: pas de prince à l'horizon; secundo: avec ce cake d'amour absolument foiré, on se sent nul. Oui, on se sent comme La petite princesse nulle de Nadja, cette héroïne d'album pour enfants.
Voici (faut cliquer sur l'image pour bien voir):

© Nadja/l'école des loisirs

Et on s'identifie à mort avec la princesse nulle quand on lit qu'elle est nulle et archinulle, et aussi à ce niveau-là, vu qu'on l'est de la même manière et qu'on ne trouverait rien de mieux que de poser la même question qu'elle. Voilà (et là encore faut cliquer dessus):


© Nadja/l'école des loisirs


16h30:
L'heure du goûter, l'heure des enfants.
On a quoi au final, alors?
Un étouffe-chrétien raté, un prince qui s'est pas radiné.
On aurait donc mieux fait de préparer un goûter au pâté, là au moins on aurait pas loupé notre coup, même si ça ressemble un peu à tout point de vue à ce qu'on s'est récolté avec notre foutu cake d'amour: