Affichage des articles dont le libellé est The Velvet Underground. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est The Velvet Underground. Afficher tous les articles

mardi 7 décembre 2010

Patti, Lou & Tom en 1977

Et JB traduit une dernière phrase, juste avant de se coucher, tirée du roman de Jonny Halberg:
Siv tenait Easter, de Patti Smith.
Et il se souvient d'être tombé par hasard, il y a plusieurs mois, sur le site du Spiegel sur une série de photos signées Uwe Möntmann. Il y avait notamment une photo de Patti Smith, prise en 1977:


Et JB avait été frappé, ce jour-là, par la ressemblance de Patti Smith, en cette année 1977, avec PJ Harvey, elle-même photographiée au début des années 2000:


Uwe Möntmann a pris une autre photo de Patti Smith, celle-ci en 2005, on la voit ci-dessous. Hasard et beauté de la photographie, au même moment, Angela Merkel passe en arrière-plan, accompagnée (ce qui est tellement rare) de son mari, Ulrich Sauer. La voyant ainsi accoutrée, Patti Smith avait sifflé: "Qui est cette femme?" Et le photographe de répondre: "Elle pourrait être notre prochaine chancelière." Patti Smith avait demandé alors: "Elle est pro-Bush?" Möntmann de répondre: "Oui", et Patti Smith de ponctuer: "Oh."




Mais la première photo de la série, prise en 1977 à Munich, montrait Lou Reed:


Et JB avait de nouveau été frappé par la ressemblance avec une autre photo, sûrement inspirée de celle de Möntamnn, et qu'il avait déjà montrée sur ce blog tatoué et fumeur, et qui reprenait une scène et l'affiche de la pièce de Rodrigo Garcia qu'il avait vu à la Schaubühne en mars dernier avec son ami T:

© maurus


Il y avait enfin une splendide photo de Tom Verlaine, le chanteur de Television, elle encore prise en 1977:


Du coup, juste avant d'aller se coucher, on écoute Marquee Moon, LE tube de Television - enfin, les quatre premières minutes. Et une bonne nuit à tou(te)s.

samedi 26 juin 2010

"What is in her mind?"

Coïncidences (comme on les aime) du travail et collision entre la traduction et la musique, je traduis:
Tu es rayonnante, Karoline, lui dis-je. Merci Abnash, me répond-elle. Ce n’est pas la robe que tu avais lors du déjeuner de Noël? demandé-je. Elle fait signe que non, arbore ce sourire rayonnant dont elle a le secret, elle rayonne. Karoline rayonne, tout chez elle rayonne: ses yeux, sa bouche, ses joues, ses bras, des mains, ses seins, ses cheveux. Mais tu as raison, répond-elle, elle aussi était rouge. Celle-ci me plaît encore davantage, réponds-je. Et voilà, à présent, Karoline me sourit et elle ne sourit qu’à moi, sans relâche.

Tandis que iTunes diffuse ce morceau que je ne connaissais pas des Folkes Brothers, de 1961, produit par Prince Buster et orchestré par Count Ossie, intitulé… Oh Carolina:



Dans le roman de Trude Marstein, l'énigme repose justement sur cette femme, Karoline. Karoline vient de fêter ses cinquante ans, a organisé une grande fête. Puis elle a disparu de son anniversaire. Où est Karoline? Le lecteur sait: Karoline a pris un train et a planté tout le monde. Visiblement, Karoline en ras le bol des gens, ras le bol de tous ces hypocrites.
Et, en vertu du pacte littéraire qui lie le narrateur et/ou écrivain à son lecteur, deux règles prévalent - en principe:
• le narrateur/écrivain veut le bien du lecteur
• le narrateur/écrivain ne ment pas à son lecteur
En principe, car dans ce roman kaléidoscopique et polyphonique (où chaque personnage devient narrateur le temps d'un chapitre), les points de vue sur ladite Karoline changent.

Ainsi, hier (hier pour moi, le traducteur), Viktor affirmait:
Karoline exalte les gens. Tout le monde fait un effort supplémentaire en sa présence : les conversations sont plus amusantes, plus intelligentes, plus réfléchies, cela ne fait aucun doute.
Avant-hier (toujours pour moi), sa belle-mère, Bjørg, disait d'elle:
Je ne connais pas Karoline. Au bout de vingt ans je ne connais toujours pas Karoline. (…) Tous les hommes adorent Karoline et s’épuisent à ne pas le montrer. Toutes les femmes détestent Karoline et s’épuisent à elles aussi ne pas le montrer.
Et la vieille encore (toujours pour moi), Julia avait cette discussion avec Sverre, le mari de Bjørg, à propos de de Karoline (Egil étant le mari de Karoline):
Je poursuis: Et je n’affirmerais pas non plus que j’apprécie énormément Karoline. Je ne crois pas que ce soit quelqu’un de bien pour Egil. Julia secoue lentement la tête: Pour personne elle n’est quelqu’un de bien. (…) Elle a bousillé mon frère, dit-elle alors, ce à quoi je réponds: Non, nous n’allons pas non plus rendre Karoline responsable de tous les maux de la terre, Julia… Karoline est aussi une femme merveilleuse. Qui a beaucoup de bons côtés, qui a beaucoup de bonnes choses en elle. Nous n’avons pas que des défauts et de mauvaises intentions, Julia… Elle: Certes, mais tout le monde ne passe son temps comme elle à détruire les autres! (…) Moi: Et puis, rendre Karoline responsable des inquiétudes de Peter n’est pas juste non plus. Elle n’a pas autant de pouvoir sur les gens que cela… Julia: Si, Sverre. Si, elle l’a ce pouvoir.

Alors qui est Karoline? Une garce? Une manipulatrice? Une femme merveilleuse?  Une femme qui révèle ce que les gens ont de mieux (ou de pire) en eux? Quelle est, au fond, l'influence d'un individu sur un autre? Est-ce qu'on change radicalement au contact d'une autre personne? Est-ce qu'on connaît jamais quelqu'un tout à fait?
La littérature s'est toujours passionnée pour ce motif: le regard de l'autre sur un individu, les intermittences de ce regard et des opinions, voire: la connaissance profonde d'un individu. Lawrence Durell, avec son Quator d'Alexandrie, proposait quatre regards sur un même événement et nous montrait que la vérité n'est jamais au rendez-vous. Antje Rávic Strubel, dans son Tupolew 164, relevait quant à elle ce défi narratif de présenter un personnage principal profondément ambigu, Katja Siems, en conservant jusqu'au bout un mystère total sur la véritable nature et identité de cette femme: personne ne saura jamais de quoi elle est faite.
Qui n'a jamais voulu entrer dans la tête des gens? Dans leur cerveau? Pour savoir ce et à quoi ils pensent vraiment? C'est notamment ce que donne à voir Trude Marstein dans son Faire le bien.

Et du coup, on pense forcément à la chanson de Lou Reed, Caroline Says (Part II), extraite de l'album Berlin, (hé hé… quelle énième belle coïncidence), de 1973, où il chante: "Caroline says / as she makes up her eyes / You ought to learn more about yourself / think more than just I (…) all of her friends (…) laugh and ask her / What is in her mind / what is in her mind"
Allez, on écoute Lou Reed:

samedi 15 mai 2010

"Revisions in my mind"

Bizarre. Réveillé avec ça dans la tête alors que je ne l'ai pas entendu hier ou les jours précédents, comme iTunes le confirme.
Komisch. Bin mit diesem Lied im Kopf aufgewacht, ohne dass ich es in den letzten Tagen gehört habe, wie iTunes es bestätigt.




Aber naja, die Songtexte sind klar! Oh, weia!
Mais bon, les paroles sont claires! Aïe aïe aïe.

mardi 17 février 2009

Nicos Augen

Je parle régulièrement ici des coïncidences de traduction qui ont une vertigineuse et époustouflante tendance à faire se percuter le travail autour du roman de Johan et celui autour du livre de Sara. Cette fois, la collision a lieu par l'entremise du Velvet Underground, mais aussi de Nico. La Faculté des rêves, de Sara, se déroule pour partie dans ces années de la Factory, les fantômes fictifs de Morrissey, de Maurice Girodias et bien sûr d'Andy Warhol ne cessent de traverser les pages comme autant de réminiscences d'une période qui semble (allez, on va jouer d'autant plus les vieux cons qu'à l'époque j'étais pas encore né) aujourd'hui improbable, irréalisable, ou peut-être sous d'autres latitudes, en Amérique du Sud, je ne sais pas, je n'y suis allé. Bref. Dans le roman de Johan, il est question, donc, de Nico. Voici:
Eyðdis s’est levée, est entrée dans la maison puis en est ressortie une minute plus tard avec un radiocassette dans les mains qu’elle a posé sur l’herbe humide à côté de nous. Play.
Grattements de guitare puis voix acide dans les haut-parleurs.

— Qui c’est ? j’ai demandé.

— Nico.
Chelsea Girl.
J’ai secoué la tête. Je ne connaissais pas.

— Elle était d'origine allemande. Elle a fait partie du Velvet Underground, au début.

— Ah.

Et donc on a écouté Nico. Nico qui avait été mannequin, avait joué dans La Dolce Vita de Fellini, avait été une amie d’Andy Warhol, avait enregistré des disques dont certaines chansons écrites pour elle par Lou Reed, qui avait disparu et qui était morte à Ibiza en 1988, à l’âge de cinquante ans. Elle n’avait pas forcément une belle voix et en même temps ce n’était pas grave, c’est comme ça qu’elle devait sonner.
I’ve been out walking. I don’t do too much talking. These days, these days. These days I seem to think a lot. About the things that I forgot to do. And all the times I had the chance to.
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française


Ce qui bien sûr est étonnant, c'est l'autre collision avec la réalité. Il y avait en effet à Berlin, l'été dernier,une exposition consacrée à un photographe pédé allemand, Herbert Tobias, mort depuis. Tobias a beaucoup photographié la mode à Berlin dans les années 60 et, dans cette exposition, j'étais tombé sur cette photo de Nico. C'est d'ailleurs lui qui l'a découverte. Bouleversante de beauté, Nico, mais bouleversante de beauté, la photo, car elle montre une Nico qu'à mon sens on ne connaît pas – à mon sens on ne garde de Nico que l'imagerie américaine, période Velvet, période Factory, comme si l'acmé de sa carrière réduisait définitivement celle-ci à ces quelques années, comme si elle était née ex nihilo à ce moment-là de sa célébrité. Regardons cette photo qui, il me semble, a été prise en 1962.

© Herbert Tobias


Johan fait ensuite mention dans sa fiction de
La dolce vita et du rôle que Fellini a donné à Nico. Car entre-temps Nico la mannequin est devenue une star de la mode. Ce qui est surprenant dans ce passage, dans ces images qui semblent surgir des années 50, pas des années 60 comme on aime à se les rappeler (cf. supra), c'est que justement elles montrent un Nico déjà déjantée, presque déjà sous acide. Et juste une parenthèse, quand on la voit apparaître dans le cadre, avec sa coiffure blonde, puis quand on entend sa voix, on se dit qu'il s'agit de Catherine Deneuve: le timbre est presque identique. Là aussi, on regarde l'extrait de Fellini:



Et justement, en parlant de voix, quand on compare sa voix quand elle parle en allemand dans le film (où elle parle avec une voix plus grave, puisque chaque langue a son intonation qui peut varier considérablement de plusieurs octaves d'une langue à l'autre, cf. l'anglais et le chinois), là on retrouve des accents de la voix de Nico chanteuse telle qu'elle se révèlera sur Chelsea Girl ou le disque avec les Velvet. Mais là, dans le film de Fellini, c'est presque encore une voix de toute jeune fille alors qu'elle a déjà 23 ans. Or, en à peine 5 ans, elle semble avoir perdu une octave, même si elle trafique cette voix qu'elle pousse à son niveau le plus bas.
Pour illustrer sa période américaine, j'ai cherché le morceau Chelsea Girls, puis je suis tombé sur cette version de Femme fatale, où elle écarquille de grands yeux exorbités et acidifiés, où elle semble terrorisée par la foule, où elle paraît si fragile. Et il y a dans ce morceau à l'ambiance complètement foutraque une pureté musicale qui tient au violon qui berce l'orchestration pour le coup plus du tout aussi improvisée qu'elle n'en donne l'air.



Quand je parlais de Nico à Andreas, hier soir, il me disait qu'elle est en fait enterrée à Berlin, dans un cimetière de Grunewald. Sa tombe est paraît-il très simple, à peine visible.