Affichage des articles dont le libellé est Johan Harstad. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Johan Harstad. Afficher tous les articles

mardi 26 février 2013

"Is it wrong of me to except you to change your mind?"

Die Three Tops singen "Friday is a miserable day", und Gott Marx sei Dank sind wir heute Tuesday. Es ist Dienstag und grau in Berlin, aber in Berlin ist es grau seit so vielen Tagen und Wochen, dass man deren Anzahl nicht mehr so im Griff hat, so in der Massen, dass man auch leider ertönen könnte: "Tuesday is a miserable day."

Der norwegische Schriftsteller (und Freund des JB, der ihn ins frantsösischö übersetzt) Johan Harstad hat in Buzz Aldrin geschrieben:
Heute ist Dienstag. Ich sehe es am Licht, der Verkehr vor dem Fenster wird den ganzen Tag über langsam fließen, lustlos. Dienstag. Der überflüssigste Tag der Woche. Ein Tag, der zwischen den anderen Tagen fast niemandem auffällt. Das habe ich irgendwo gelesen, ich weiß nicht mehr, wo, aber man hat jetzt herausgefunden, daß an einem durchschnittlichen Dienstag statistisch gesehen 34 Prozent weniger Verabredungen getroffen werden als an den übrigen Tagen. Weltweit. Es ist einfach so. Andererseits finden dienstags deutlich mehr Begräbnisse statt als an anderen Wochentagen. Sie häufen sich, man kommt nicht mehr nach.
© Ina Kronenberger für die deutsche Übersetzung, © Piper Verlag

Jedenfalls ist der heutige Dienstag grau, irgendwie nutzlos & lustlos, zwecklos & endelos. Der JB sitzt am Schreibtisch in seinem sozialistischen Palast, und versucht das Grauen das Grau musikalisch zu färben — vergebens: immer wieder stosst er auf traurige Lieder, er der gestern zu seinem horizontalen Besuch sagte, es gäbe im Reggae wenig traurige Lieder, denn das horizontale Besuch freute sich auf den drums-Sampler, den der JB mit seinen kleinen Händen gebastelt hatte, und sagte: "Ich wusste nicht, dass Reggae so fröhlich war." Tja…

Immer wieder stosst der JB auf das Lied von Marie Pierre, er der auch eine kennt, die sich endlich gestern wieder gemeldet hat. Also heisst es, nichts sei hoffnungslos, es wird schon amEnde, wie man alltäglich und ein bisschen gähnlich auf Deutsch sagt. Marie Pierre hat nur eine CD gemacht, Love Affair, in 1979, von Dennis Bovell produziert, über welchen der JB schon neulich erzählt hat. Also ist die Musik lovers rock und das Lied heisst Can't Go Through (With Life). Tja, passend an diesem Dienstag, wa?



Der JB liebt dieses Refrain:
well if you wanna be free
i won't try to stop you this time
but is it wrong of me
to except you to change your mind
just because i can't go through
without you i can't go through with life
oh baby i can't go through
without you i can't go through with life

Der JB wiederholt:
Is it wrong of me to except you to change your mind?
Das ist eine Frage, die der JB sich seit einige Wochen täglich stellt, aber das ist eine andere Geschichte. Eins ist aber sicher: nach dieser Love Affair hat Marie Pierre nicht mehr gesungen. Oder doch: sie war backing vocal girl für Janet Kay auf deren LP Capricorn Woman (1982), und irgendwie das war's. Buh… Hier ist sie:


Eine schöne Frau. Was macht sie heute? Heute Dienstag? Hat sie eine Verabredung? Ist das Wetter auch grau dort, wo sie steckt? Findet sie der Tag auch lustlos & nutzlos? Buh…

vendredi 25 février 2011

Une capsule de survie ou: My sweet Lord

Et JB écoute ce disque de Byron Lee & The Dragonaires, sorti en 1970:


Et, en voyant la pochette qui représente une version stylisée d'une capsule spatiale après son amerrissage, JB pense forcément au roman inquiétant de Johan Harstad qu'il n'a pas encore traduit, intitulé Hässelby, dont la fin apocalyptique voit quelques personnages (du moins: ce qu'il reste de l'humanité) s'embarquer sur une espèce de radeau de survie qui a été réellement inventé dans la réalité non plus de la fiction mais de la vraie vie. Manfred Binder en est le concepteur et on regarde tant l'homme que l'objet:



Rebaptisé le Léonard de Vinci de Rüsselheim (la ville où il réside), Manfred Binder part du principe que la prochaine catastrophe viendra de la fonte des glaciers: la montée des eaux consécutive viendra recouvrir les terres que les humains ne pourront plus habiter. Ils devront alors non seulement trouver d'autres endroits pour vivre, mais tout simplement: vivre, survivre. D'où son idée de créer une "capsule de survie" dont il présente ici le prototype. Alors certes, Manfred admet qu'il ignore combien de passagers pourront embarquer sur ce qu'il appelle également son "île flottante", et qui n'a pour le coup rien à voir avec le dessert. N'empêche, grâce à l'énergie solaire, elle pourra être autonome, assure-t-il.

Alors évidemment, JB le voit d'ici, tous ses petits amis ricanent en regardant ces élucubrations. Mais JB, lui, qui ne peut jamais penser comme tout le monde et doit constamment faire son original, est fasciné par les projets pot-apocalytpiques de Manfred. Il les trouve profondément rassurant à plusieurs titres. D'une part parce qu'ils infirment et confirment à la fois le proverbe "Après moi, le déluge" — et, ce faisant, réduisent en miettes ce principe dichotomique inhérent à toute chose et qui empêche a priori le pas de côté, l'éventualité, l'anarchie. D'autre part parce qu'ils s'opposent implicitement à la métaphore du déluge promis par la Bible, où seuls quelques élus trouveront le chemin de la survie, et ils le trouveront uniquement en ayant cette indécrottable foi chrétienne définitivement et irrémédiablement vaine. Enfin parce qu'ils apportent une once d'optimisme lors de nos heures sombres où l'on est en droit de se demander ce qu'il va advenir de nous, catastrophe ou pas, si on va s'en sortir, si on va survivre, si on va continuer à vivre.

Et c'est donc avec toutes ces pensées et toutes ces conjectures que JB le mécréant, l'anticlérical et le bouffeur de curés (et de pasteurs, popes, rabins, imams, etc.) écoute Byron Lee interpréter My Sweet Lord, oui, la reprise du tube de George Harrison:



Mais dès les premières notes, les sens de JB sont en éveil. Cette version, il la connaît bien. Mais pas interprétée par Byron Lee. Et il la connaît d'autant mieux qu'il voulait la faire écouter à ses petits amis en juillet 2010 dernier sur le blog tatoué et fumeur. Il avait même préparé une petite image des différentes versions qu'il possède dans son mange-disque électronique et qu'il a conservée grâce à Time Machine, la mémoire universelle et éternelle de son ordimini:


Oui, voilà: c'était la version par Keith Lyn. Et, en fait, cette version a été orchestrée par Byron Lee en 1971, puisque ce dernier a été le roi de la reprise.
Ce que les petits amis de JB peuvent aussi constater, c'est qu'il la peu écouter au regard de l'autre version du morceau par les Rudies, qu'on écoute maintenant:



Et cette version, JB l'adore définitivement et à jamais. Et à maints égards. D'abord, bien sûr, parce que toutes les références religieuses du texte ont été quasiment gommées: plus de "hallelujah", plus de "hare krishna", mais juste ce "my sweet Lord' qui, ainsi débarrassé de ces oripeaux hiératiques, peut définir quiconque, à commencer par un être cher, un être aimé, un amant, un mari, un ami, n'importe qui sauf le Seigneur Saigneur. Du même coup, le morceau ne se réduit plus à une espèce de prière, du supplication religieuse aussi illuminée qu'absurde. Il devient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être: une ode destinée à quelqu'un qu'on aime et/ou qu'on admire et en tout cas dont on a besoin, quelqu'un qu'on remercierait en chanson, dont on louerait les qualités pour soi, un peu égoïstement certes, mais nettement moins déjà puisqu'on en ferait profiter les autres.
La reprise, JB l'adore également parce qu'elle est un énième spécimen de ce son early reggae qui met en avant l'orgue Hammond et les guitares, avec cette syncope caractéristique du son jamaïcain. À cet égard, la version par Fitzroy Sterling est encore plus dans le ton, qui lorgne déjà vers le skinhead reggae. On écoute:



Bon, si on fait abstraction des paroles agaçantes, musicalement, la reprise est aussi entêtante que la précédente. Quant à la version par Ken Lazarus, elle n'apporte rien de ce que les autres ont déjà fait entendre. Enfin, pour ce qui est de l'original par George Harrison, il verse trop aux oreilles de JB dans la dévotion christique pour qu'il ait envie de la faire entendre sur le blog tatoué et fumeur — mais on peut l'écouter (en rageant de concert avec les chœurs gospel) ici.

Il n'empêche.
Pour JB, eu égard aux contingences et aux conjectures, toutes aussi apocalyptiques les unes que les autres, My Sweet Lord est un beau et doux remède, en espérant seulement qu'il ne soit pas une cautère sur une jambe de bois piquée de part et d'autre d'épodopage.

mardi 2 novembre 2010

Kepler et les Darians

Et JB, qui traduit toujours Le Secret de Garmann de Stian Hole, en arrive au passage suivant:
Garmann dit: «Tu sais que la NASA a envoyé dans l’espace un télescope géant? Ils l’ont baptisé Kepler et il cherche une sœur jumelle de la Terre. C’est l’Homme aux Timbres qui me l’a raconté.» Alors Johanne demande: «Et tu crois qu’il existe une planète qui ressemble exactement à la nôtre?» «J’espère pas…» répond Garmann en sautant de la branche.

JB n'a pas trop suivi les activités récentes de la NASA, sinon dans la littérature à travers notamment Darlah de Johan Harstad, qu'il devrait traduire dans quelques mois. Aussi va-t-il vérifier quelques informations sur ce télescope et sur la NASA et sur les exoplanètes — puisqu'on ne traduit bien que ce que l'on a bien compris.
Il ne tarde pas trouver à une reproduction de Kepler, qui en impose un peu dans son genre, trouve JB:


Ici, vêtu de sa capote dorée, tel un avatar mécanique de Wonder Woman qui à travers cette protection aurait réconcilié la cape et le lasso en un instrument unique, Kepler ressemblerait presque un objet phallique, trouve JB.



JB visualise désormais un peu mieux. Puis, dans toitube, il tombe sur une vidéo de NASAtelevision consacrée à l'exploration spatiale de Kepler. Et une dénommée Padi, qui bosse à la NASA, semble avoir entendu les questions que se posent Garmann et Johanne. On regarde:


Purée! 300 exoplanètes connues? Mazette!
Et Padi de se demander, avec son regard éloquent, censé nous faire saliver et en même temps provoquer chez nous tant un accès d'adrénaline qu'une accélération du rythme cardiaque:

Tadaaah…

Mais Padi nous fait immédiatement déchanter — elle est pas mignonne dans son genre, hein:


Pff… C'était bien la peine.

N'empêche, JB ne voudrait pas dire, mais lui il sait qu'il existe des exoplanètes habitées et habitables. Et notamment une, où vit un peuple dénommé les Darians. Et qui dirige les Darians? Aha…
Elle:


Vous ne la reconnaissez pas?
Mais c'est Joan Collins!!!
Puisque Joan Collins, dans les années 70, a cachetonné à mort, et notamment dans la série préférée de JB quand il était bambin: Cosmos 1999.

En fait, la base Alpha a reçu un message de détresse. Il faut illicu prestu qu'ils aillent sur une planète en danger. Le commandant Koenig et Helena, qui sont bons comme le bon pain, ne se font pas prier. Très vite, ils rencontrent Kara, la cheftaine de la planète qui explique au commandant Koenig: "Our order is to know about you…"


Avec son regard lascif, on se dit que la Joan a sacrément envie de connaître Martin Landau un peu plus que mieux.
Mais non, ce n'est pas du tout ça. Elle continue son explication: "That signal was automatically triggered 900 years ago."


Quoi?! Y a 900 ans… Purée et re-mazette! Comme quoi ça conserve, l'espace, hein…
Mais bon, en fait, déjà en 1975, quand Kara/Joan rencontre John/Martin, elle est déjà une vilaine et une méchante et une garce. Puisque, sur l'exoplanète en question, elle maintient des gens à l'état d'esclavage. Oooh!
Elle se défend: "We gave them a god to believe…"


Ouais ben… JB voudrait pas dire mais sans E à ladite divinité, ils n'iront pas loin…
Bref.
Sur l'image ci-dessus, si on prend une minute pour la comparer aux précédentes, on voit que Joan Collins n'a pas beaucoup d'expressions en réserve et qu'elle réagit quasi toujours de la même manière.
Du moins c'est ce qu'on croit! Aha!
Car, à présent, elle parle de ce peuple répugnant et dit: "Weak, sick… the mutants were…"


Elle ne termine même pas sa phrase tellement elle est dégoûtée.
Le commandant Koenig lui explique que son attitude n'est pas très louable: on n'asservit pas des gens. Ça se fait pas dans la vie moderne.
Mais Kara/Joan aboie et siffle en même temps: "Don't you see there were only 14 of us? We had to survive!"


Ben oui… C'étaient les mutants ou eux… Et qu'est-ce qu'ils ont fait des mutants? Ils s'en sont servis comme source de… protéines. Mais siii!
Et c'est tellement grave que le commandant Koenig est obligé d'intervenir et de faire la paix entre les peuples. Aaah… ce commandant Koenig, alors… Il ne se refera jamais, lui. Il faut tout le temps qu'il joue les petits diplomates!
Du coup, Kara/Joan est passablement inquiète pour son avenir. Elle demande: "What future do we have now?"


Et le commandant Koenig de lui répondre que les deux peuples vont être obligés de cohabiter. Mais quand on voit le chef des mutants, avec son crâne d'œuf et sa barbe en pau de zouzou, on comprend un peu mieux le dégoût de Kara/Joan et le regard oblique qu'elle lance au bonhomme:


Voilà. Voilà la vérité, comme disait Thomas Bernhard. Voilà la vérité sur les exoplanètes habitées et habitables par l'homme. Voilà la vérité sur une exoplanète dirigé par Joan Collins depuis plus de 900 ans.


Nous voici toutes et tous rassurés, on peut donc passer aux choses sérieuses et sauter quelques années.
On retrouve Joan non plus dans le rôle de Kara mais dans celui d'Alexis où elle s'adonne à un crêpage de chignons avec Krystle. Un moment d'anthologie qui commence à +/- 1'45"":

jeudi 29 juillet 2010

Énucléer

Et JB, à la fraîche, a l'estomac bien en place, qui doit traduire la phrase suivante:
Un couteau est planté dans ses tripes, il a les yeux énucléés, les oreilles tranchées.

Ouiii…
Bonjour.
Nous sommes jeudi matin et tout va bien.
Bref.

JB a toujours été intrigué par ce mot: énucléer. Il a toujours aimé sa sonorité, peut-être à cause de la triple assonance en [e]: énucléer.
Le mot est facilement identifiable, qui vient du latin nucleus, qui signifie noyau, et que l'on retrouve notamment dans l'adjectif nucléaire - l'usine comme la famille. La famille est-elle une usine, d'ailleurs? Hum… Là n'est pas la question et c'est une autre histoire.
JB va tout de même vérifier le sens du verbe dans le TLF:



Tiens, c'est étrange… On utilise également le verbe dans un contexte de cuisine. Et justement en parlant des pommes de terre… C'est frappant, du moins pour JB, car dimanche il avait de la visite et il a cuisiné: des pommes de terre. Il avait de la visite allemande et parlait donc en allemand. Il épluchait ses pommes de terre et continuait de parler en allemand (oui, JB a une vie trépidante). Et, enlevant les taches des pommes de terre, sa visite lui disait, si JB traduit littéralement: "Tu leur enlèves les yeux…" JB ne comprenait pas tout à fait sur le moment mais a appris un mot: ces tâches sur les pommes de terre, on les appelle les yeux en allemand. À la connaissance de JB, la langue française n'utilisait pas le terme en question pour désigner les yeux en question sur les pommes de terre en question. JB précisait même: "En revanche, on parle des yeux dans la soupe." C'est maintenant l'occasion de vérifier son assertion:


Quoique de nature nigaude, JB avait raison sur ce coup. Et il trouve ça étrange: d'une part qu'on ne parle pas des yeux pour désigner les taches des pommes de terre, mais qu'on dise malgré tout énucléer les pommes de terre pour retirer précisément ces fameux yeux que la langue allemande connaît très bien.
[29/07/2010, 10h20. L'ami É de JB vient d'apporter un sévère démenti à ses allégations et vient prouver la nigauderie congénitale de JB. La langue française, à l'instar de sa cousine allemande, connaît tout à fait les yeux des pommes de terre, la preuve patente dans le lien qu'il a ajouté à son commentaire. La teu-hon éternelle sur JB!]
JB va vérifier dans le Littré et, à sa grande surprise, ce dictionnaire ne connaît pas le verbe énucléer mais uniquement le substantif:


Voilà le sens alimentaire qui revient et l'étymologie confirmée.
Et puis voilà le second sens que JB ne connaissait pas et qui a trait à la solution d'un problème. Aha… Au bout de quarante années de pratique de sa langue maternelle, JB n'a jamais croisé cet usage. Il va vérifier dans le Robert historique de la langue française qui lui indique:
Le sens figuré (1870) de "résoudre" (énucléer un problème) est très rare.
Certes très rare dans le langage, mais le sens est ancien. Re-aha. De fait, le verbe est introduit tardivement dans la langue française, en 1835. Mais ce verbe est dérivé du substantif, énucléation, d'où sa présence dans le Littré aux dépens du verbe. Et que nous dit le Robert sur le substantif?
ÉNUCLÉATION n.f., très antérieur au verbe, est un dérivé savant (v. 1453) du radical du participe passé du latin enucleare, ou un emprunt au latin médiéval enucleatio "explication" (1300). ◊ Le mot est en effet d'abord employé au figuré: "action d'expliquer, de rendre clair", sens aujourd'hui disparu. Au début du XVIIe s., il est utilisé en botanique (1611) et par la suite en chirurgie (1824), domaine où il suscite le verbe énucléer. En français moderne, le nom correspond à un dérivé morphologique du verbe.

Alors ça c'est pas ordinaire. Car en général, c'est l'inverse qui se produit: le terme est d'abord exclusivement scientifique puis passe dans le langage courant. Pensons à phagocyter par exemple. Et c'est d'autant plus étonnant qu'on comprend mal pourquoi ce sens de clarifier, résoudre devrait disparaître: l'humanité a de tout temps été confrontée aux problèmes, a toujours dû les résoudre. Je veux dire: le champ lexical et la réalité que le terme dépeint sont inépuisables, toujours d'actualité.
JB va malgré tout vérifier dans le Gaffiot:


Des suffrages énucléés? Dans le fond c'est presque une blague quand on pense aux élections truquées et aux suffrages tronqués. Comme si une boucle linguistique se bouclait…

Mais on revient aux yeux énucléés.
Car forcément, on pense à Buñuel, au Chien Andalou et à cette scène toujours insoutenable, même 83 années plus tard (le film date de 1927). De même que le trucage force l'admiration, même 83 années plus tard.
ATTENTION: on ne regarde que si, comme JB le disait au départ, on a l'estomac bien en place.


Et ça nous rappelle la nouvelle de Johan Harstad, Vietnam, tirée du recueil Ambulance - qui était notre deuxième nouvelle préférée du recueil. Dans le genre, c'est assez difficile à lire et à traduire. L'histoire est celle d'une réfugiée vietnamienne en Norvège qui ne se remet toujours pas des atrocités de la guerre et continue de s'automutiler.
La nouvelle commence par ce passage:
Pensez que vous devez vous blesser, que vous n’avez pas le choix.
Pensez que vous posez le coupe-chou ou la lame de rasoir contre la gencive douce et rose, et que vous vous la rasez avec des gestes violents. Ça fait mal de penser ça? Pensez que vous passez le bord d’une feuille de papier à toute vitesse sur le coin de l’œil. Ça fait mal, hein? Rien que d’y penser. Imaginez que vous mordez à pleines dents dans un trombone déformé, que vous vous frottez les dents avec, que vous retirez l’émail jusqu’à ce que le métal frotte contre les nerfs. Ça fait mal. Essayez de penser à ce mot:
Vietnam.
Ça fait toujours mal?
Non?
Ça devrait. Ça devrait vous faire mal, très mal. C’est peut-être ça le problème.
© traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa éditions, 2005

Et ce passage aussi boucle une boucle, cette fois non seulement linguistique mais aussi littéraire ou du moins artistique. Une boucle qui ne serait être totalement revenue à son point de départ si on ne mentionnait la chanson des Pixies, Debaser, extraite de l'album Doolittle sorti en 1989. Car que disent notamment les paroles? Ça (et c'est JB qui souligne):
got me a movie
i want you to know
slicing up eyeballs
i want you to know
girlie so groovy
i want you to know
don't know about you
but i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
wanna grow

Un chien andalusia… Sic! Les Pixies ont eu beau chanter en espagnol, c'était plutôt toujours un espagnol de cuisine… !!!
Toujours est-il qu'on voit (si JB ose dire) la référence au film de Buñuel.
Un dernier mot, avant de se quitter et de regarder la vidéo, sur ce mot: debaser. Qui signifie: dépravateur. "Quand je serai grand, je serai un dépravateur", chante Black Francis. Et le dictionnaire de blogger de me souligner le substantif, comme pour me dire: ça n'existe pas en français. Ah?
Du coup on va forcément vérifier sur le TLF et là c'est le pot aux roses:


On pourrait souligner chaque remarque tant ces informations sont une seule et même succession de perles!
#1 L'exemple pour l'emploi de l'adjectif qui fait allusion au roman du Marquis de Sade.
#2 L'exemple pour l'emploi du substantif qui se rapporte forcément à une femme (puisqu'on a de cesse de parler sur ce blog tatoué et fumeur du machsime linguistique).
#3 L'Académie qui ne reconnaît pas l'usage alors que les termes ont à voir avec la sexualité et la moralité.
#4 L'étymologie qui renvoie l'usage aux fautes d'orthographe (et le Robert historique de la langue française de le confirmer):
DÉPRAVATEUR, TRICE, adj. et n. (1551) Au XVIe s., les deux mots ont été spécialement employés à propos de l'écriture (Chez Calvin) et de l'orthographe; ils n'ont plus qu'une valeur morale.).
Tout ceci est (pour boucler la boucle cette fois alimentaire des yeux énucléés) köstlich! comme on dit en allemand: Succulent! Merveilleux!

Allez, cette fois c'est fini, et on se quitte vraiment avec les Pixies.

jeudi 27 mai 2010

Chaos und Ruhe

Und man erwacht komischerweise mit Innenstadtfront von Mittagspause im Kopf singend:



Und man stellt sich die Frage: warum ausgerechnet dieses Lied? Zwar wird es gesungen: "Chaos am Stadtrand, doch (…) die Lage ist ruhig an der Innenstadtfront." Aber vielleicht hat es mehr mit dem Konzert von gestern zu tun. Denn Johan (Harstad) war in Berlin mit seiner Band, Schtraf heisst sie, die t-o-t-a-l underground pønkige Band, die Panzerschwanz singt. Man berichtet mehr später darüber, aber mit G waren wir dort, im Tempelhofflugfeld, und das war toll!

dimanche 4 avril 2010

Invisible




Sauf que même celui qui est invisible finit inéluctablement par être vu, comme un contour blanc en mouvement dans la nature alors qu’il n’y a nul endroit où se cacher. Et celui qui se cache en s’enfonçant dans un trou ressurgit à l’entrée d’un autre trou, le printemps suivant – comme une petite taupe.
Buzz Aldrin, Johan Harstad, traduit par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa éditions, 2009

mardi 23 mars 2010

Pégase (4)


La banquette au tissu rêche, le revêtement marron. Assis là, je regarde les autres ambulanciers. Ils lisent leur journal, tournent le bouton de la radio, essaient de capter les informations mais l’antenne, récalcitrante, refuse de se tenir à la verticale et s’affale d’un côté ou de l’autre dès qu’on la lâche. Il est sept heures et demie du matin, nous sommes un mardi, un mardi matin de février, et il y a tant de gens à sauver, tant de gens allongés par terre qui attendent, tant de gens étendus qui fixent le plafond ou gardent les yeux fermés ; ils tentent d’ignorer les douleurs qu’ils ont dans le dos, dans les jambes, le long des bras, leurs problèmes de respiration, ou bien ils sont en état de choc, se sont retranchés dans une forme d’apathie, se foutant bien de savoir si oui ou non quelqu’un va venir alors que si, évidemment, quelqu’un va venir les sauver, même toi nous allons venir te sauver, nous réussirons à maintenir l’antenne droite, nous lirons nos journaux, boirons notre café, et tu finiras par être découvert, quelqu’un décrochera son téléphone pour nous parler de toi, nous prendrons nos vestes, nous courrons vers les ambulances et nous viendrons te chercher, t’extraire de la pièce où tu es, nous te remettrons d’aplomb, te donnerons tout ce que tu veux récupérer, mais d’abord, d’abord il faut que tu sois découvert. Il faut que tu tiennes bon, où que tu sois.
© Ambulance, Johan Harstad, traduit par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa Éditions, 2005

samedi 13 mars 2010

La Norrrvèche (2)

© icke

Comme il est écrit ci-dessus, c'est aujourd'hui qu'avec Johan Harstad et mes collègues traduisant respectivement vers le néerlandais, l'allemand et l'italien, nous allons discutailler de l'œuvre de Johan. C'est à je ne sais plus quelle heure… si: de 16 à 17h30, à Oslo, à la Litteraturhuset. Donc, si vous êtes de passage, venez nombreux, hein, ça nous fera plaisir. Takk!
En prime et en cadeau, parce qu'on est toujours un peu bath dans notre genre, un film de Johan sur les Féroé et son roman Buzz Aldrin, qui est toujours en vente dans votre bonne librairie.

mardi 2 février 2010

Les mardis

E (au téléphone): J'ai pensé à Johan aujourd'hui parce qu'il y avait un enterrement dans mon village et qu'on est mardi…

Aujourd’hui est un mardi. Ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Je le vois à la lumière. La circulation va toute la journée glisser sous les fenêtres, avec lenteur et désinvolture, les gens vont et viennent, par habitude et non par nécessité. Mardi. Le jour le plus superficiel de la semaine. Un jour auquel personne ou presque ne prête attention dans la succession de autres jours de la semaine. J’ai lu quelque part, je ne sais plus où, qu’on s’était rendu compte que, statistiquement, il se signait 34% de contrats de moins que les autres jours. Au niveau mondial. C’est comme ça. Par ailleurs, il y a très nettement plus d’enterrements d’organisés les mardis que les autres jours de la semaine. Ça s’accumule, on n’arrive jamais à reprendre le dessus.
© Buzz Aldrin, Johan Harstad, traduit par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa Éditions, 2009

jeudi 26 février 2009

Biblioteket er bufferen mot idiotiet

Dagbladet:
Hvorfor er det viktig å ha folkebibliotek i Norge?

Johan Harstad:
Et folk som leser er et klokere folk. Et klokere folk er et sterkere folk. Og et sterkere folk er et folk som ikke er konstant i forsvar, som igjen betyr et rausere og mer imøtekommende folk og som dermed åpner seg mer for å innse at vi lever i et samfunn med andre enn oss og at hele poenget med skattepenger er at de skal gagne folket, og dermed ikke må forveklses med lønningskontoen. Kort sagt: Biblioteket er bufferen mot idiotiet.



Hele intervjuet her.

mardi 17 février 2009

Nicos Augen

Je parle régulièrement ici des coïncidences de traduction qui ont une vertigineuse et époustouflante tendance à faire se percuter le travail autour du roman de Johan et celui autour du livre de Sara. Cette fois, la collision a lieu par l'entremise du Velvet Underground, mais aussi de Nico. La Faculté des rêves, de Sara, se déroule pour partie dans ces années de la Factory, les fantômes fictifs de Morrissey, de Maurice Girodias et bien sûr d'Andy Warhol ne cessent de traverser les pages comme autant de réminiscences d'une période qui semble (allez, on va jouer d'autant plus les vieux cons qu'à l'époque j'étais pas encore né) aujourd'hui improbable, irréalisable, ou peut-être sous d'autres latitudes, en Amérique du Sud, je ne sais pas, je n'y suis allé. Bref. Dans le roman de Johan, il est question, donc, de Nico. Voici:
Eyðdis s’est levée, est entrée dans la maison puis en est ressortie une minute plus tard avec un radiocassette dans les mains qu’elle a posé sur l’herbe humide à côté de nous. Play.
Grattements de guitare puis voix acide dans les haut-parleurs.

— Qui c’est ? j’ai demandé.

— Nico.
Chelsea Girl.
J’ai secoué la tête. Je ne connaissais pas.

— Elle était d'origine allemande. Elle a fait partie du Velvet Underground, au début.

— Ah.

Et donc on a écouté Nico. Nico qui avait été mannequin, avait joué dans La Dolce Vita de Fellini, avait été une amie d’Andy Warhol, avait enregistré des disques dont certaines chansons écrites pour elle par Lou Reed, qui avait disparu et qui était morte à Ibiza en 1988, à l’âge de cinquante ans. Elle n’avait pas forcément une belle voix et en même temps ce n’était pas grave, c’est comme ça qu’elle devait sonner.
I’ve been out walking. I don’t do too much talking. These days, these days. These days I seem to think a lot. About the things that I forgot to do. And all the times I had the chance to.
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française


Ce qui bien sûr est étonnant, c'est l'autre collision avec la réalité. Il y avait en effet à Berlin, l'été dernier,une exposition consacrée à un photographe pédé allemand, Herbert Tobias, mort depuis. Tobias a beaucoup photographié la mode à Berlin dans les années 60 et, dans cette exposition, j'étais tombé sur cette photo de Nico. C'est d'ailleurs lui qui l'a découverte. Bouleversante de beauté, Nico, mais bouleversante de beauté, la photo, car elle montre une Nico qu'à mon sens on ne connaît pas – à mon sens on ne garde de Nico que l'imagerie américaine, période Velvet, période Factory, comme si l'acmé de sa carrière réduisait définitivement celle-ci à ces quelques années, comme si elle était née ex nihilo à ce moment-là de sa célébrité. Regardons cette photo qui, il me semble, a été prise en 1962.

© Herbert Tobias


Johan fait ensuite mention dans sa fiction de
La dolce vita et du rôle que Fellini a donné à Nico. Car entre-temps Nico la mannequin est devenue une star de la mode. Ce qui est surprenant dans ce passage, dans ces images qui semblent surgir des années 50, pas des années 60 comme on aime à se les rappeler (cf. supra), c'est que justement elles montrent un Nico déjà déjantée, presque déjà sous acide. Et juste une parenthèse, quand on la voit apparaître dans le cadre, avec sa coiffure blonde, puis quand on entend sa voix, on se dit qu'il s'agit de Catherine Deneuve: le timbre est presque identique. Là aussi, on regarde l'extrait de Fellini:



Et justement, en parlant de voix, quand on compare sa voix quand elle parle en allemand dans le film (où elle parle avec une voix plus grave, puisque chaque langue a son intonation qui peut varier considérablement de plusieurs octaves d'une langue à l'autre, cf. l'anglais et le chinois), là on retrouve des accents de la voix de Nico chanteuse telle qu'elle se révèlera sur Chelsea Girl ou le disque avec les Velvet. Mais là, dans le film de Fellini, c'est presque encore une voix de toute jeune fille alors qu'elle a déjà 23 ans. Or, en à peine 5 ans, elle semble avoir perdu une octave, même si elle trafique cette voix qu'elle pousse à son niveau le plus bas.
Pour illustrer sa période américaine, j'ai cherché le morceau Chelsea Girls, puis je suis tombé sur cette version de Femme fatale, où elle écarquille de grands yeux exorbités et acidifiés, où elle semble terrorisée par la foule, où elle paraît si fragile. Et il y a dans ce morceau à l'ambiance complètement foutraque une pureté musicale qui tient au violon qui berce l'orchestration pour le coup plus du tout aussi improvisée qu'elle n'en donne l'air.



Quand je parlais de Nico à Andreas, hier soir, il me disait qu'elle est en fait enterrée à Berlin, dans un cimetière de Grunewald. Sa tombe est paraît-il très simple, à peine visible.

dimanche 15 février 2009

Orka

Je parlais l'autre soir des digressions inhérentes au travail de traduction: on cherche un mot et on finit par dériver sur quelque chose qui n'a a priori rien à voir (certains prendront cela pour une incapacité à se concentrer, d'autres pour de la distraction – dans les deux sens du terme; moi j'appelle ça l'inconscient de la traduction: de la même manière qu'un écrivain doit savoir quel est le passé de son personnage, à quoi ressemble son paysage, mais, tout en même temps, ne restitue pas dans la fiction toutes les informations qu'il possède, et ce quand bien même elles seraient imaginaires, un traducteur doit pour sa part pouvoir visualiser ce qu'il décrit: on ne traduira pas bien un combat de boxe si on n'en a pas regardé un, on ne traduira pas bien un paysage féroïen si on ne sait pas à quoi il ressemble concrètement).

Et donc, en cherchant si on pouvait parler de lande pour décrire ces si verts pâturages féroïens, je suis tombé sur différents groupes de musique du coin et du cru. J'ai appris que les Transmusicales de Rennes avaient invité deux groupes féroïens dans leur édition de décembre dernier en compagnie de Yann Tiersen (et puis faut arrêter avec lui, il a tout pompé sur Pascal Comelade, d'abord). Parmi tous les groupes féroïens, il y a Budam dont beaucoup aiment le Clap hands (bon, ok, il est pas mal de sa personne et il en fait des tonnes donc j'imagine qu'en concert les filles sont en pâmoison). Il y a ensuite Teitur (teit en norvégien, ça veut dire con, bêtasson, long à la détente, etc… quant à savoir si le sens est le même en féroïen, là, mystère…), mais il semble resté accroché aux années 70 et au néo-folk qui a un poil tendance à courir sur le popotin. Et enfin il y a Orka. Et là, j'en reste un peu baba. Je trouve ça hyper gonflé de faire de la musique avec une scie musicale et leur espèce de serinette, là, composé avec des bouteilles… C'est très… couleur locale. Bon va regarder et écouter, et comme ça ça nous permettra d'entendre à quoi ressemblé la langue féroïenne – c'est un peu comme de l'islandais mais en nettement moins guttural et saccadé, ça n'en reste pas moins assez étrange…



Bon. Voilà pour ça.
Un autre morceau d'Orka, c'est celui-là, ci-dessous. Servi par un son indus pas forcément désagréable, tant le morceau que la vidéo méga arty sont fooortement influencés de There There de Radiohead. On regarde d'abord Orka, puis ensuite on regarde There There histoire de bien comparer et de savoir de quoi on parle:



Et maintenant, comme promis, l'immense Thom Yorke avec There There. Car enfin, histoire de boucler la boucle et de retomber sur mes pieds, oui, Thom Yorke est présent dans le roman de Johan. Sous une forme méconnaissable et j'espère que Johan ne m'en voudra pas de révéler cette information. Mais, lorsque le héros Mattias farfouille dans les dossiers médicaux psychiatriques de Havstein, l'un d'eux porte le numéro: N°33.FHTYE.82/530/1929/7-22.01.1989. (c'est moi qui souligne). Et le TY, eh oui, c'est notre Thom Yorke… Allez, en route pour le flippage:

Être accro

Just so you know, toujours tiré du roman de Johan (almost done!):

"J’étais sous-alimenté en intimité, j’étais l’enfant biafrais des caresses, j’étais prêt à me donner à tout ce qui voudrait bien croiser mon chemin."

© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction

© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française

jeudi 12 février 2009

"en dépit de ce qu'on peut croire"

(…) seulement voilà, jamais ça ne se passera comme ça, en dépit de ce qu'on peut croire, car en permanence il y a des écarts, des fossés qui font qu'on est tiraillés de toutes parts et qu'on ne fait pas assez attention les uns aux autres (…)

© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française

mardi 10 février 2009

La beauté du jour

Allez, encore un bout de Johan et encore, du même coup, un bout de beauté; c'est plus ou moins la suite de ce que je traduisais tout à l'heure dans l'entrée ci-dessous):

J’ai regardé papa, puis j’ai ajouté :
— J’étais sur le point d’être à nouveau découvert. Tu comprends ? Pile au moment où j’avais réussi à disparaître. Mais maintenant je vais mieux. Oui, ça va bien, merci. Et merci aussi de poser la question.
Papa semblait désespéré. Il a plaqué une main derrière sa tête pour se masser la nuque, il a poussé un profond soupir.
— Mais… Tu sais, Mattias. Il est impossible de ne pas laisser des traces derrière soi. Il y aura toujours quelqu’un pour te voir. Il y aura toujours quelqu’un pour se souvenir de toi. Il y aura toujours quelqu’un pour t’aimer. Presque toujours. Que veux-tu, c’est comme ça…

© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction

© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française

L'effondrement, l'Islande

Ce soir, c'est parti de la traduction d'un passage du roman de Johan. Dans ce passage, le personnage principal est avec son père:
Il y a eu un silence. Puis il a dit :
— Qu’est-ce qui t’est arrivé en fait, Mattias ?
Bizarre de l’entendre dire ça. Ce qui en fait m’est arrivé. La question m’a aussitôt angoissé. J’ai senti mon cœur battre plus fort dans ma poitrine, j’ai eu peur que papa ne le remarque.
— Tu sais que la mer monte ? Tout le temps ? D’un centimètre par an. Je t’assure. Et le soulèvement des continents se poursuit à raison de 4 mm par an en moyenne. Ça ne s’arrête pas. Tu trouves pas ça effrayant ?
— Mattias.
— Et l’Islande est située au beau milieu de deux plaques continentales. C’est pour ça que l’activité sismique est si importante là-bas. Le pays peut se casser en deux n’importe quand. Ça t’arrive d’y penser de temps en temps ?
— Mattias. Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu parles comme ça ? Où est passé le Mattias que j’ai connu ?
Alors j’ai dit :
— Je crois qu’en fait je me suis un peu effondré.
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française

Bon, évidemment, moi en tout cas je trouve ça superbe et ça me donne envie de pleurer. Mais ce n'est pas de ça que je voudrais parler. Non.

Je voudrais parler de ces digressions nécessaires qu'induisent la traduction. Je le disais pas plus tard qu'hier. Il y a dans ce passage des termes techniques. Il faut les vérifier puisqu'il ne faut pas faire d'erreurs. Donc je m'exécute. (Pan! – Hö!) L'erreur que j'aurais pu commettre aurait été de traduire, et tout le monde comprend ce mot,
vulkanaktiviteter par activités volcaniques. Et ben non, raté. En français, on parle de activités sismiques. Première chose. Deuxième chose, nettement moins fastoche à trouver que la première. Il figure dans le texte norvégien le mot landheving. Ce qui, je me dis, veut dire à peu de choses près: soulèvement de la terre peut-être des terres. Mouais. C'est pas ça, hein. Donc je vais vérifier dans mon dictionnaire en ligne norvégien, mais sans trop y croire [les traducteurs littéraires du norvégien ont un accès gratuit (merci NORLA) à une base de dictionnaires qui est une mine: il y a le norvégien/norvégien, mais aussi le norvégien/français (pas terrible), le norvégien/allemand (franchement pas terrible), le norvégien espagnol (je sais pas trop, no parlo mucho bueno españolo) et le norvégien/anglais (im-pec-cab-ble!) dans les deux sens ; quand je cherche un mot, je regarde 1) dans le dico monolingue, 2) dans le dico norv/fran, 3) dans le dico norv/ang pour être bien certain de mon coup, ensuite j'affine le champ lexical du mot dans les dictionnaires monolingues français (Robert + expressions + synonymes) et vais vérifier les usages concrets du terme sur les sites internet]. Or donc, je vais chercher la signification de landheving dans le dico en ligne, sans trop y croire donc, et de fait, voici la réponse:

En gros: il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé. Parfait. Dans ce cas on va aller voir wikipedia. C'est très pratique pour ça: vous choisissez le site wikipedia à partir du mot que vous avez. En l'espèce, je me mets sur le wikipedia norvégien, je tape landheving. Super, le mot apparaît et est référencé et expliqué. Ensuite, il suffit de regarder dans la liste des langues disponibles possédant un article équivalent, et on a la traduction du mot. C'est génial. Et c'est fiable à 80%, grosso modo. Une ultime vérification s'impose quand même, identique à celle dont je parlais au-dessus. Bon. Sauf que là, ça me donne des articles en allemand, anglais, danois, suédois, polonais, grec, etc. Mais pas français. Fy faen! Comme on dit en norvégien. En lisant cependant les explications, je me rends compte qu'il s'agit d'un phénomène géologique propre au Nord en général et à la Scandinavie en particulier. Une des raisons sans doute expliquant pourquoi il n'y a pas d'entrée en langue française. Comme j'ai un excelllllent (comme Coluche qui disait: Dans l'excellllllllent Libération…) dictionnaire danois/français, je vais le consulter. Voilà le résultat: landhævning (géol.) soulèvement (el. élévation) des continents (el. des masses continentales). D'accord. J'entends mais je ne comprends pas tout à fait. Donc je repars sur Google et je cherche le bon mot à partir des quatre combinaisons lexicographiques données par cet excelllllent Blinkenberg og Høybye (du noms des deux rédacteurs dudit dictionnaire). Et à force de chercher je tombe là-dessus, donc sur un numéro d'un magazine scientifique sur des questions géologiques:
Le réchauffement actuellement constaté de la planète autorise la construction de scénarios de remontée du niveau marin qui sont souvent présentés de façon simplificatrice. Notre planète a connu d'autres périodes de réchauffement qui ne sont pas attribuables à des causes anthropiques, et la situation actuelle est elle-même loin de pouvoir être ramenée à une cause unique. Le niveau marin relatif résulte de l'interférence des variations du niveau marin planétaire et des mouvements d'affaissement ou de soulèvement des continents: en Scandinavie par exemple, les rivages se soulèvent avec une vitesse qui peut atteindre 1 cm par an. En France, où le niveau marin s'élève, le mont Saint-Michel risque cependant l'ensablement.
(PS: c'est moi qui souligne)

Et voilà, j'ai trouvé mon mot. Landheving se traduit en bon français par soulèvement des continents.
Une épine de moins dans le pied.

Après, je m'intéresse à ce que dit le texte. Et c'est là qu'interviennent les digressions.
Johan fait dire à son personnage:
Le pays peut se casser en deux n’importe quand.
Ah oui? Je l'ignorais. Qu'il y avait des volcans toujours en activité, ça oui. Mais que l'Islande pouvait se casser en deux, alors là… Du coup, intrigué, je vais regarder, chercher, lire, je disais hier: m'instruire. Et de fait. J'apprends, à ma grande stupeur :
l'île est toujours en train de croître (d'environ 2 centimètres par an).
2 centimètres par an? Mazette!!! Mais c'est énorme! Ça fait 2 mètres par siècle! Regardons pourquoi:

© Idarvol

Après, le bas de l'article indique qu'on peut suivre en direct les activités sismiques sur le sol islandais. J'adooore! Ni une ni deux, j'y vais. Bon. Au début c'est un peu ardu: tout est en islandais, je ne comprends pas grand-chose à l'islandais, et je tombe sur
des schémas pas possibles, arides et abstrus. Mais à force de chercher, je trouve enfin la page en anglais du site de la météorologie nationale islandaise. Et là voici, cette superbe carte à l'heure pile à laquelle je l'ai consultée, qui indique les tremblements de terre qu'il y a eu dans le sol depuis les 48 dernières heures.

L'étoile rouge, là, dans le sud du pays, montre que, euheu, ça rigole pas, hein, ça pète sec dans le sous-sol… (Normal, c'est une étoile rouge…)
Moi ça me fascine des choses comme ça. Peut-être, sans doute, parce que à la base je n'y connais rien et je n'y comprends pas grand-chose. Et je suis fasciné de voir que des gens y comprennent quelque chose, qu'ils travaillent là-dessus, qu'ils surveillent, qu'ils nous expliquent. Hum. Ça doit être un réflexe atavique de communiste. Ça me rappelle les chiottes des trains polonais pendant la période pré-Chute du mur, où il y avait un grand panneau expliquant le fonctionnement technique du chiotte…

Ces digressions, elles sont nécessaires à plus d'un titre. Je pense, je suis convaincu que ce sont elles qui font les bonnes traductions de par les recherches qu'elles impliquent pour trouver le fameux "mot juste". Enfin, elles ont une fonction de soupape de sécurité: pendant un instant, en allant lire ce qui a priori est hors sujet, on sort de la traduction, on se repose, on voyage. On ne s'effondre pas.

lundi 9 février 2009

Un instant d'effroi

Tout a commencé par cette traduction du roman de Johan:
LienJ’ai pensé à l’espace, je me suis dit que si je devais partir maintenant, mettons pour le milieu de la Voie lactée, et si j’y allais à la vitesse de la lumière, il me faudrait vingt et un ans pour y arriver, alors que NN, étendue dans son lit, serait forcée d’attendre trente mille années avant de me voir revenir.
Sauf que, personne ne voyage aussi vite.
Voilà à quoi je pensais quand j’étais triste.
Einstein veillait à ce que nous ne nous éloignions pas trop l’un de l’autre.

Réflexe de traducteur, je lis un mot dit "technique" et donc je vais vérifier (si j'emploie le bon mot, si la terminologie annexe est correcte, si ma représentation est la bonne, etc.) Et donc je lis: Voie lactée. Je vais dans Wikipedia vérifier la Voie lactée. Évidemment, comme je suis curieux, et en plus comme je n'y connais absolument rien en physique/chimie/mathématiques (non, pas la biologie: depuis, j'ai appris), bref, comme je suis une brèle en sciences, je lis. Ça m'intéresse. Je m'instruis. (Et bien sûr en attendant, piégé par ce réflexe capitaliste du rendement, je me dis que je ne traduis pas…)

Et là je tombe sur cette photo de la Voie lactée:
© NASA

Je continue de dérouler l'article. Et là, je tombe sur une autre photo, qui correspond à la Voie lactée et ses galaxies satellites:
© Richard Powell

Là, je suis littéralement pris d'un vertige. Accompagné de ce que les Scandinaves nomment si bien et sus i magen, une expression si difficile à traduire en français: une aspiration à l'estomac. Quand soudain on est pris de panique et qu'on a l'impression d'une aspiration au niveau du ventre.
Et donc, voilà: je vois cette photo et tout d'un coup la peur, la terreur s'abat sur moi par le truchement de cette question très triviale, très ordinaire, que se posent des millions de gens, que se sont posée des milliards de gens avant nous: mais qu'est-ce qu'il y a au-delà de notre univers? Et plus que ça, je me dis: si ça se trouve, il y a tout autre chose, une autre réalité – qu'est-ce qui me prouve que cette réalité est bien réelle et n'est pas une construction?
Cette question terrorisante, la toute première, il ne m'a pas fallu très longtemps pour en identifier l'origine. Il m'a simplement fallu tourner la tête sur la gauche, la relever vers l'étagère du haut de la bibliothèque et plisser les yeux vers les livres de cet auteur, puisqu'il s'agit de lui. En voici certains, du moins les plus vieux, auxquels je prête une certaine valeur bibliophile (à l'époque je courais tous les bouquinistes pour trouver les exemplaires des vieux livres publiés dans les années 70 aux éditions Champ Libre et chez J.C. Lattès, dans la collection Titres SF):


Oui, bien sûr: Philip K. Dick. Qui d'autre?
Cette terreur éprouvée, c'est la terreur que m'a transmise la lecture des romans et des nouvelles de Philip K. Dick, et sans doute la terreur qu'il a dû éprouver lui aussi. À l'époque, en 1990, pendant tout l'été 1990, j'ai dévoré l'œuvre de Philip K. Dick. Elle a failli me rendre fou. Vraiment. Mais c'est une autre histoire.
Cette terreur, c'est celle la réalité plurielle. Je me souviens d'une nouvelle de Dick (je ne sais plus laquelle) où une équipe attend le passage, mettons à 16 heures, du vaisseau spatial censé venir les chercher. Et ledit vaisseau arrive à 15h58, ils sont étonnés de cette légère avance mais ils embarquent à l'intérieur. À 16 heures pile arrive un second vaisseau… L'équipage attend, mais les hommes ne donnent pas signe de vie. Ces hommes, cette équipe qu'ils étaient venue chercher, a disparu. Le lecteur se dit que le premier vaisseau était un faux, une illusion, une hallucination, pour répondre un terme dickien. Mais après, on se pose, ou plutôt, il faut se poser la question inverse: et si c'était le second vaisseau, le faux?? Quelle est la vraie réalité? La réalité… réelle, si j'ose dire?
Dick n'aura de cesse de se poser ces questions qui forcément nous paraissent des questions folles, des questions d'aliéné. Justement, se demande-t-il: et si la vraie réalité n'était pas celle de l'aliéné? Voire: et si la réalité perçue par l'hallucination procurée par les drogues n'était pas la vraie réalité? Voilà aussi pourquoi les maladies mentales et les produits stupéfiants sont si présents dans l'œuvre littéraire de Dick, parce qu'ils ouvrent sur une autre réalité, une réalité parallèle.
Néanmoins, je voudrais surtout citer l'auteur, et cette citation est extraite de la nouvelle
Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard – un texte passionnant qu'on peut lire comme une clé nous ouvrant non seulement sur l'univers dickien, mais aussi sur l'écriture de science-fiction, mais aussi sur la perception philosophique, mais aussi sur la perturbation psychique :

(…) Et puis j'ai commencé à me dire: Peut-être chaque être humain vit-il dans un monde unique, un monde privé, un monde différent de ceux qu'habitent tous les autres humains, et dont ils font l'expérience. Et cela m'a amené à m'interroger: Si la réalité diffère d'un individu à l'autre, pouvons-nous parler de réalité singulière, ou devrions-nous en fait parler de réalités plurielles? Et s'il existe des réalités plurielles, certaines sont-elles plus vraies (plus réelles) que d'autres? Que dire de l'univers d'un schizophrène? Peut-être est-il aussi réel que le nôtre. Peut-être nous est-il impossible d'affirmer que nous sommes en contact avec la réalité et pas lui, peut-être devrions-nous plutôt dire: Sa réalité est différente de la nôtre qu'il ne peut pas nous l'expliquer et que nous ne pouvons pas lui expliquer la nôtre. Le problème dans ce cas, c'est que si l'on expérimente des univers subjectifs trop différents, il se produit une rupture de la communication — et c'est là qu'est la véritable maladie.
1985, (excellemment bien) traduit par Emmanuel Jouanne, in: Le crâne, Denoël, 1986

Dick va bien évidemment plus loin en se demandant si l'être humain authentique existe vraiment dès lors que nous créons des êtres humains qui ne le sont pas…

Si je reviens à mon point de départ, à savoir le texte de Johan, ce roman qui est aussi un roman sur la maladie mentale, sur l'exclusion, sur la marge, sur le fait de se mettre soi-même en marge (mais en même temps: sur le fait de vouloir vivre, de ne pas mettre fin à sa vie, de vouloir vivre mieux, de vouloir accéder à une part de bonheur, si on y arrive), ce roman qui est aussi un roman sur l'espace, sur la science-fiction, sur la projection mentale d'univers lointains, différents du nôtre (le dernier roman de Johan n'est-il pas un roman de science-fiction), alors, alors c'est bigrement intéressant. Je veux dire: les parallèles sont troublants. Je ne cesse depuis un mois que je suis sur cette traduction, mais aussi sur celle de Sara, de montrer à quel point ces histoires se chevauchent, et peut-être n'est-ce pas un hasard si je les traduis en même temps, et peut-être n'est-ce pas un hasard si j'en suis précisément le traducteur.

La question que pose Dick est la suivante: et si l'hallucination tant de l'aliéné que du drogué n'était-elle pas la vraie réalité? et si notre réalité normale, centrale, bien-portante n'existait pas mais plutôt la réalité anormale, périphérique, marginale, aliénée? et si nous n'étions que le jouet d'une instance supérieure qui nous dirige?
La question que se pose Sara est la suivante: qu'est-ce qu'un être marginal, à partir de quel moment devient-on marginal et soi-disant dangereux pour la société? qu'est-ce que la folie et qui décide de la folie? cela peut-il être la société qui est source de folie parce qu'elle est excluante? qu'est-ce qu'un diagnostic, un état pathologique sinon une autre construction, à l'instar de la masculinité ou de la féminité?
La question que se pose Johan est la suivante: refuser d'être au centre, dans la lumière, revient-il forcément à s'opposer à la société? vouloir être dans la marge signifie-t-il forcément être un marginal, un aliéné, un être dangereux pour la société? comment puis-je me construire dans la société dès l'instant où mon désir est considéré comme un désir marginal, anormal et que dès lors je suis exclu?

Alors quand, par surcroît, la réalité vient infirmer la fiction comme il m'est arrivé de le vivre le 23 janvier, quand le jeu des coïncidences impose leur présence et perturbent le cours lisse des choses (Johan parle de la tombola tragique des coïncidences; en norvégien, c'est encore plus beau: tilfeldighetenes tragiske tombola), c'est évidemment déstabilisant. Ou plutôt: ce peut être déstabilisant. C'est en tout cas troublant.
Dans cette même nouvelle que je citais plus haut, Dick en parle justement. Voilà ce qu'il dit:
Nous avons la fiction qui parodie la réalité et la réalité qui parodie la fiction. Nous avons deux choses qui se chevauchent dangereusement, qui se brouillent dangereusement l'une l'autre. Et, en toute probabilité, ce n'est pas volontaire. Cela fait en réalité partie du problème. On ne peut pas légalement contraindre un auteur à étiqueter correctement ce qu'il produit, comme une boîte de boudin dont les ingrédients sont mentionnés sur l'étiquette… On ne peut pas le forcer à déclarer quelle partie est vraie et laquelle ne l'est pas s'il ne le sait pas lui-même. C'est une expérience épouvantable que d'écrire quelque chose dans un roman, en croyant qu'il s'agit de pure fiction et d'apprendre plus tard — peut-être des années plus tard — que c'est vrai.
La force de la littérature, c'est sans doute de permettre l'identification. Le temps d'une lecture, on peut s'identifier à un personnage, on peut se reconnaître dans un personnage, on peut avoir l'illumination de reconnaître un état qu'on croyait être le seul à avoir éprouvé alors que soudain un écrivain nous le montre, nous l'explique, le rend accessible, présent.
La difficulté du traducteur, c'est cet éternel équilibre entre l'obligation de fidélité et le refus de servilité. Nous devons êtres fidèle au texte, servir l'auteur et son propos, mais nous devons pouvoir nous en distancier sans quoi le texte traduit ne peut être intelligible. Je ne sais pas, au fond, si on traduit bien quand s'opère chez le traducteur le phénomène d'identification qui lie un lecteur à l'auteur et son œuvre. Si, bien sûr que la traduction n'en sera que meilleure. Mais au prix de quelles traversées, quand il s'agit d'une re-connaissance d'une émotion douloureuse? Répondre à cela suppose de glisser dans un récit très intime. Trop intime?