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mercredi 6 février 2013

"J'aime pas Martine!" (elle est bardot et stolide)

Et JB, actuellement en pleine groovisation, tombait l'autre jour sur cette perle qu'il ne connaissait pas:



Oui! Sacha Distel (!!!) avec Bribri, mis en musique par Serge Gainsbourg, au sitar et à la guitare — cependant que, à la fin du scopitone, Sacha et Bribri s'essaient avec (bri)brio à la air guitar.

Or, non seulement JB a traduit hier soir le passage suivant, alors qu'Elling est en train de perdre la tête (au sens propre) — et c'est douloureux de voir un personnage qu'on suit depuis trois romans, qu'on croyait sorti d'affaire, question santé mentale, replonger de plus belle dans une folie qui n'est plus douce du tout, mais menace de la renvoyer à la case départ: l'internement:
Sur la quinzième chaîne, je pouvais sonder à loisir la vie mentale de Brigitte Bardot. Oui, LA Bardot en personne! Cela remontait à l’époque avant qu’elle n’entreprenne de s’inquiéter du bien et du mal qu’on fait aux animaux.

Car à ce concours de circonstances s'ajoutait une troisième coïncidence comme JB les adore (ce qui fait, aussi, trouve-t-il, que la vie vaut doublement le coup d'être vécue). En effet, quelques jours plus tôt, dans le Dictionnaire comique de Le Roux, publié en 1750, il trouvait l'entrée suivante:


Quoi? s'écriait JB, dans son palais socialiste, décidément ravi des coïncidences que la vie nous réserve malgré tout de façon merveilleuse. Un bardot est un être stupide?! Ça alors!

Défini en moyen français par le Godefroy comme une bête de somme, le bardot, au sens propre, est en fait ce qu'on appelle vulgairement un mulet. Ou pas tout à fait, nous informe le TLF:
Animal hybride produit par l'accouplement du cheval et de l'ânesse
Buffon, dans son Histoire naturelle (des quadrupèdes 1753-1767), nous apprend comment faire le distinguo entre le mulet et le bardot:


Pas étonnant, donc que le bardot, à l'instar de son cousin l'âne, devienne synonyme de personne sotte quand il désigne un homme ou une femme. Comme le précisait JB il y a quelques jours, le Robert des expressions et des locutions (1993) explique que "l'âne symbolise la sottise depuis l'Antiquité".

Si ce sens, et donc le terme avec lui, disparaît des dictionnaires d'argot dès le XIXe siècle, le dernier ouvrage à le mentionner est celui de d'Hautel, le Dictionnaire du bas langage (1808):


Le mot est ancien, donc, tout comme la métaphore. Il connaît des orthographes différentes.
Bardou chez Gilles Ménage, dans son Dictionnaire étymologique de la langue françoise (1694), qui nuance la définition admise par la majorité des lexicographes:


Bardolin chez chez François Lacombe, dans son Dictionnaire de la langue romane ou du vieux langage françois (1768):


Lequel Lacombe indique un autre mot pour désigner l'être stupide — et peut-être peut-on se demander s'il n'a pas confondu le U et le N, étant donné qu'il adopte la définition de Ménage.


Que la graphie soit bardot, bardou, bardolin ou bardelot, il s'agit au sens propre d'un mulet utilisé comme bête de somme, donc utilisée pour porter des charges (au contraire de la bête de trait, comme le cheval, qui va tirer un véhicule, qu'il s'agisse d'une charrue ou d'une carriole), puis, au sens figuré, d'un être stupide, lourdaud, idiot. À en croire Oudin dans ses Curiosités françaises (1640), qui nous confirme l'ancienneté du tour métaphorique, il existait même une autre expression:


Et finalement, cette expression Bonjour bardot, bien que tombée en obsolescence, a retrouvé une vigueur sémantique grâce à l'actualité récente. Comme quoi il n'y a décidément pas de hasard, rien que de (mal)heureuses coïncidences — rapport évidemment à ce que JB disait supra à propos d'elles.

Quant à la locution passer pour bardot, elle serait non seulement mal retranscrite mais mal comprise. Employée au Moyen Âge, elle n'aurait rien de péjorative ni moqueuse, mais se serait développée par analogie: ne pas payer de taxe de passage se disait ainsi passer par bardot (et non pas pour). Le philologue et lexicographe Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye insistait sur ce point dans son Dictionnaire historique de l’ancien langage françois (1749):


La polysémie du verbe passer (passer pour et passer par), ajoutée à la proximité phonique des prépositions par et pour a fait le reste.

Mais, question mots oubliés, il en est un autre, cité supra, en latin, que JB avait découvert il y a quelques mois, qu'il ne connaissait pas. Ou plutôt: il était tombé par hasard sur la forme substantivée de l'adjectif latin stolidus: la stolidité. Il en avait parlé à propos d'un autre mot: ruthubuth, qu'il s'est mis en tête de remettre à la mode (bon, JB l'avoue, depuis, il ne l'a pas encore employé — Marx merci!). La stolidité, de façon immédiate, c'est la stupidité, histoire donc de rester dans la sottise et les bardots de toutes sortes.

Le terme est toujours employé en moyen français, qui connaît une ribambelle de synonymes pour désigner l'imbécillité (JB rappelle: un imbécile mais une imbécillité). Et c'est d'ailleurs le substantif que retient John Palsgrave dans sa grammaire française (JB rappelle: la première grammaire française est une grammaire anglaise), L'éclarcissement de la langue française, publiée en 1530:


Et on admire au passage le merveilleux besterie (= bêterie), que le Godefroy, le dictionnaire de moyen français, enregistre à côté de la bestardise, pas mal non plus, mais aussi de notre bestise (= bêtise) contemporaine qui désigne plutôt "le caractère de celui qui est bête", cependant que la bestiauté (oui, celui-ci existe aussi) montre comme nul autre comment le sens passe de la barbarie (notre bestialité moderne) à l'acte bête, stupide:


Ce long recensement pour en pointer un autre, et par là même de cerner le sens exacte de l'adjectif stolidus et de son substantif stoliditas. Voici comment les explique le Gaffiot:


Être stolidus renvoie donc davantage aux manières qu'au caractère d'une personne ou ses actes (confer les nuances autour des différents mots désignant la bêtise). De fait, le latin n'était pas en reste pour nommer l'imbécillité. Voyons l'éloquente liste que nous offre Jean-Baptiste Gardin-Dumesnil dans son ouvrage Synonymes latins et leurs différentes significations (1777):


Nous reconnaissons aujourd'hui certains adjectifs de cette liste (hebes = hébété, demens = dément, insanus = insane, etc.) alors que d'autres, bardus, stultus et, donc, stolidus n'ont pas eu d'équivalents dans l'histoire du français. Dans son livre Traité des synonymes de la langue latine (1853), Émile Barrault les définissait comme suit:

Et si Gardin-Dumesnil nous propose cette définition pour l'adjectif qui nous intéresse:


Barrault est pour sa part d'un tout autre avis:


Qu'il soit bouché à l'émeri en plus d'être à côté de la plaque (ce qui n'est pas sans rappeler l'emploi contemporain de l'adjectif bovin quand il qualifie le regard), ou que sa stupidité soit confite dans la fatuité, le stolidus n'a en tout cas pas les honneurs de ses congénères. Et il est au final bel et bien ce lourdaud qui définira également le bardot.

En français, la stolidité ne connaîtra pas de fortune lexicale. La base Gallica de la BNF n'en recense que 33 occurrences et, déjà en 1742 dans Traité de l'orthographe franc̜oise, en forme de dictionaire, Charles Leroy écrit: "On doute de l'usage de ce mot." Et, dans son Nouveau dictionnaire universel des arts et des sciences, françois, latin et anglois, que traduira en français (1756) le lexicographe Jean-François Féraud (l'auteur du Dictionnaire critique de la langue française, 1787-88), l'anglais Thomas Dyche explique:


La stolidité est donc au-delà de la stupidité. Ce qu'induisaient étymologiquement les adjectifs latins vesanus et vecors, composés tous deux du préfixe ve- = hors de. Un vesanus est celui qui est hors de la santé mentale et physique (sanus = sain de corps puis sain d'esprit), de même qu'un vecors se situe au-delà de l'être pourvu d'un cor, c'est-à-dire d'abord un cœur, puis une âme (confer la grandeur d'âme) et enfin une raison. Autrement dit, quiconque est taxé de °stolide est encore plus stupide que le stupide de base. C'est en tout cas le sens que lui donne Thomas Hobbes dans son ouvrage De la nature humaine (1650):


La stolidité en tant que superlatif de la stupidité est employé une dernière fois dans le roman Pauvre fille (sic!, également appelé "roman fataliste") écrit en 1834 par un certain Victor Le Floch qui introduit les deux substantif dans une gradation significative:


Mais le stolide n'a pas disparu de toutes les langues. L'italien l'a conservé ainsi que son dérivé du latin stultus = stolto, comme nous le confirme le Wiktionnaire  italien:


Et la traduction en anglais de cet article nous liste tous les termes de la même famille:


Car en anglais également, la stolidité (stolidity) s'est conservée. Mais elle a suivi un autre parcours sémantique. Emprunté au XVIe siècle au français, le substantif garde d'abord son sens premier: foolishness, employé par Palsgrave, ou stupidity. Mais, en 1780, dans son General Dictionary of the English Language, Thomas Sherridan le déclare "inusité":


Si le sens premier a disparu, le mot n'a pas disparu. Aujourd'hui, il désigne l'impassibilité, l'apathie, l'absence de d'émotions. En fait, le cheminement sémantique est le même, mais à l'envers, que pour l'adjectif stupide: l'homme (ou la femme) stupide, c'est d'abord quelqu'un frappé de stupeur et qui, de ce fait, divague, devient idiot: stupide. En anglais, la femme (ou l'homme) stolid, c'est d'abord quelqu'un de stupide et qui, parce peu bavard, avec un air évaporé, en devient impassible puis apathique.

Car enfin, de tous les adjectifs latins, c'est bien le stupidus qui connaîtra la fortune lexicale la plus grande et la plus internationale, en anglais, donc, mais dans toutes les langues romanes (mais aussi en tchèque). L'autre synonyme qui a connu une fortune semblable est idiot, adoré par toutes les langues germaniques (confer le film de Lars Von Trier) et tout aussi vivant dans les langues romanes. Et, à voir cette capture d'écran que JB avait réalisée en 2010 tant il lui trouvait déjà un air stolide & stupide, on peut se demander si la linguistique ne nous aurait pas menti de bout en bout sur cette question du mulet…


Babaille!

mercredi 29 juin 2011

"I'll do anything you say, boy"

Et JB, qui s'est levé tôt ce matin puisqu'il n'a pas travaillé cette nuit (oooh!), n'a plus nourri le blog tatoué et fumeur de ses petites chroniques musicales et linguistiques. Il s'en excuse, mais il avait à faire. Il avait une mésange à nourrir, il avait du travail à abattre, il avait des amis à s'occuper, il avait des concerts à voir, il avait… à vivre.

Et JB, donc, se réveille comme tous les matins avec une chanson dans la tête, aujourd'hui comme hier et avant-hier: You Say You Don't Love Me, par Peggy, un scorcher skinhead reggae de 1970, produit par les Hot Rod, aka les Cimarons.



Et s'il reviendra un autre jour sur le riddim (la phrase musicale, autrement dit), JB adore cette guitare entêtante qui creuse son sillon dans les circonvolutions cérébrales, de même que ce petit coup de batterie qui sert d'entame au morceau puis revient à trois reprises comme autant de boucles ou de virgules ('1'15'', 1'38", 1'47"). Mais JB adore ce moment de la chanson quand Peggy dit: "Now I see you don't want my loving / I need you standing there / Now you say you don't want my kisses / I'm gonna go and find someone / I'm gonna find someone to love"; car, là, JB sait pourquoi il se réveille avec cette musique du matin. Bref.

Et JB en est là de son réveil et de sa musique du matin quand, sur une certaine bleue, il reçoit un message charmant qui n'est pas sans rappeler l'inénarrable slogan d'une certaine pub des années 80: "Tout à coup, un inconnu vous offre des fleurs. Ça, c'est l'effet magique…" Non pas d'un déodorant, mais du blog tatoué et fumeur rempli de ska et reggae. Bingo!
Et l'inconnu qui offre des fleurs au petit matin invite JB à aller écouter sur toitube ce morceau:



Et il s'appelle comment, le morceau? You Don't Love Me. Et il s'est réveillé avec quel morceau dans sa tête compliquée, JB? You Say You Don't Love Me. Bingo! JB adooore ce genre de coïncidences. Surtout quand un inconnu qui lui offre des fleurs est impliqué dans le déroulement de la coïncidence. De surcroît quand cette coïncidence réunit tous les ingrédients que JB a listés à l'instant.

Quoi qu'il en soit, et JB s'est réveillé en apprenant quelque chose (il se couchera donc moins bête ce soir), le morceau de Willie Cobbs, qui date de 1961, est donc l'original du tube grâce auquel Dawn Penn est devenue célèbre et qui continue d'être chanté et rechanté et mixé et remixé: You Don't Love Me, ajouté d'un (No No No) pour le différencier de l'original. On écoute incontinent cette perle rocksteady de 1967:



Le succès es tel que la version de Dawn Penn (et non celle de Willie Cobbs) a été reprise par… oh yé… Rihanna et… oh yée… Beyoncé… Oh yééééééééé! Mais, de toutes, c'est bien celle-ci que JB préfère, par Dawn Penn en personne, qu'on a pu visionner dans le film Rocksteady, que JB a vu il y a deux ans en compagnie de ses petits amis, à savoir G et F, à qui il passe d'ailleurs bien le bonjour (komm gut in den Tag, wa?!):

samedi 14 mai 2011

"it's easier to hide"

Et JB, qui entre deux phrases s'accorde une petite pause, va faire un tour sur le site de son ami A qu'il n'a plus vus (avec un S au participe passé, donc: le site comme l'ami) depuis un bail — et il faudrait d'ailleurs sans doute y remédier. À défaut de voir l'auteur, on visionne l'œuvre, un journal intime en photo avec un cliché par jour. Ce regardant, JB tombe sur cette image (et JB adore les images de A):


JB suppose que Barney n'est autre que le petit garçon qu'on aperçoit derrière la plante qui se trouve, JB reconnaît puisqu'il y était lui-même à Pâques, au Jardin botanique de Dahlem.
Or, voyant ce prénom, JB, à la faveur de son cerveau compliqué, a immédiatement une association d'idée. Brusquement résonne dans sa tête une chanson qu'il écoutait quand il n'avait pas encore 75 ans comme maintenant et qui s'appelait Barney (…And Me). Il file sonder son mange-disque électronique qui, ça alors, contient la chanson par ailleurs jamais écoutée à ce jour depuis son intégration fin 2006:


Il commence à écouter le morceau, est surpris par ces guitares très Cure qu'il n'aime décidément pas (de toute manière il n'a jamais aimé les Cure, alors), c'est un morceau feel good qui lui plaît de moins en moins jusqu'à ce que la chanson subisse un rebondissement dans ses paroles. Car que dit brusquement le chanteur? JB le donne en mille à tous ses petits amis… Cette phrase:



À savoir:
Now I'm getting older, it's easier to hide

Et JB est quasi suffoqué de voir que d'abord il tombe sur ce petit garçon nommé Barney, ensuite il pense à la chanson des Boo Radleys, enfin il découvre qu'il y est question de grandir, de celui qu'on est quand est devenu grand. Une boucle est bouclée. Et non seulement ça, mais JB entend que, maintenant que le chanteur est devenu grand, les sentiments, les sensations, tout ça, "c'est plus facile à cacher", dit-il. Ça alors…

Justement, en parlant du chanteur, Sice Rowbottom (véridique! JB n'invente rien!), il ressemblait alors à ça lorsque JB trouve enfin la vidéo du morceau:


JB prend une profonde inspiration. Il se demande, de plus en plus perplexe:
Now I'm getting older, it's easier to hide
C'était quoi, déjà, le refrain de la chanson?
I know that I / I know that I was wrong
Bingo!

mardi 3 mai 2011

à face de hyène

Et JB, traduisant le syntagme "un rire nerveux" cherche un synonyme qui lui plairait davantage. Il va donc consulter dans le TLF le substantif rire, quand son œil est attiré par les constructions analogiques suivantes (et c'est lui qui souligne):

a) [À propos d'un animal] Cri aigu et saccadé qui rappelle le rire de l'homme. Le rire de la chouette, de la fouine, de la hyène, de la mouette, du singe.

Là, le sang de (l'abbé) JB ne fait qu'un tour. Et il… ricane tout seul dans son palais socialiste. Avant d'expliquer la raison de cette hilarité, JB souhaite faire entendre à ses petits amis le son du rire de la hyène dont il se doute qu'ils ne l'ont pas en tête. Attention, il y a un trucage — pas au début, mais au milieu.



Hö hö hö! Voilà qui devrait plaire aux ours en peluche de la grotte, songe JB rêveur…

Alors pourquoi JB glousse-t-il en lisant puis entendant "le rire de la hyène"?
C'est qu'il se souvient de ce week-end pascal qu'il a passé récemment avec son cher ami É. Que faisaient-ils? Dans le souvenir évanescent de JB, ils étaient sur la terrasse de l'hôtel où, forcément, JB buvait une bière et fumait une des cigarettes tout en ne quittant pas du regard un monsieur dans la pistoche extérieure, occupé à faire des longueurs. (Après, JB avait voulu faire le fanfaron en imitant le nageur, ce qui avait occasionné chez un Saxon en face de lui et bien au chaud, un rire non pas nerveaux mais narquois. Peuh! De fait, l'eau était froide.)
Bref.
Toujours est-il que É et JB sont sur le balcon (personne ne tombe à l'eau, donc on ne demande pas qui il reste), quand É demande à JB s'il se souvient de l'expression hilarante qu'avait leur ami commun de l'époque?
Cette expression, qui les fait encore une fois hurler de… rire et de jubilation, c'est:

le capitalisme à face de hyène

Et donc, en voyant le syntagme le rire de la hyène et en repensant à la métaphore sus-citée, JB se demande d'où vient cette dernière et se met illico en quête de ses occurrences dans gougueule. Il est intimement persuadé qu'il s'agit d'une invention. Or le moteur de recherches lui recrache deux résultats:


Ça alors! s'exclame JB in petto devant son ordimini.
En limitant sa recherche sur la comparaison "à face de hyène", JB obtient cette fois 30 résultats, qui souvent se recoupent. Il n'en faut pas plus à JB pour jubiler.
Car quels exemples trouve-t-il? L'un, datant de 1927, tiré du magazine La révolution surréaliste, dans un article signé Paul Éluard et Benjamin Péret. Et de qui parlent-ils? Bingooo: Sacco et Vanzetti. Mais qui est la hyène, en l'espèce? Re-bingooo! La Rance! Mais siii!!!


Mais il y a encore encore mieux et encore plus ancien: 1870. Et JB ne jubile plus, il est carrément hystéro. Car d'où est tirée la métaphore cette fois? JB le donne en mille à ses petits amis. D'un opuscule signé d'un certain Rosez (mais on suppose qu'il s'agit de Camille Lemonnier) et dont le titre est… est… est… Bingooo! Paris-Berlin! Et qui la hyène désigne-t-elle? Re-bingooo! Paris. On lit incontinent la page 19:


"(…) les luxures à face de pourceau"
Hö hö hö!
Celle-là, JB la ressortira. Et même plutôt deux fois qu'une. Ça pourrait d'ailleurs être un jeu, tiens… Essayer, dans les dîners, entre la poire et le fromage, de placer la locution "les luxures à face de pourceau"!

Trêve de bêtises.
Car JB se demande: pourquoi la hyène? Dans le souvenir (évanescent, toujours) de JB, la hyène n'est pas laide. Regardons-là de plus près:


Oui, pourquoi tant de hyaine, øøø… Pourquoi tant de haine contre la hyène? Elle est mignonne, vue comme ça. En plus elle est utile car elle débarrasse les carcasses d'animaux morts.
Pour trouver la réponse, JB se plonge dans ses dictionnaires.

Le Robert des expressions et locutions ne recense pas de métaphore en lien avec la hyène. Son cousin, portant le même patronyme mais étant historique de la langue française, copie allègrement ce que le TLF avait dit avant lui (toute la première partie est carrément carottée — ho!):
◊ Le mot s'emploie au figuré (Balzac, 1835) au sens de “personne d'un naturel bas et féroce”, la hyène ayant la réputation d'être à la fois féroce et craintive, ne s'attaquant qu'aux animaux blessés ou malades.

Ce serait donc ce cher Balzac (décidément… après “la peau de chagrin”, la hyène!) qui aurait le premier comparé l'humain à une hyène. Et il l'a fait dans La Fille aux yeux d'or, à la page 353, précise le TLF. JB a retrouvé le passage en question:


Bon. Ce mystère étymologique et sémantique expliqué, JB peut revenir à son "capitalisme à face de hyène" qui lui plaît décidément.
Car, ici, la face de hyène désigne une réalité politique et idéologique.
JB décide donc d'élargir sa recherche dans gougueule et de taper: capitalisme + hyène. Et là, il en trouve des réponses. Et des truculentes!!!
Notamment ce commentaire d'un certain lancetre sur le forum de rue89 qui fait pisser de rire (de hyène) JB:


L'expression semble être coutumière dudit lancetre puisqu'il la réutilise à une autre occasion.
Seconde occurrence que JB affectionne tout particulièrement, celle-ci, trouvée sur un blog baptisé soviet suprême:


Pour JB, c'est une double, triple, quadruple réjouissance:
• il est comblé, lui qui refuse bec et ongles de retourner aux États-Unis, en anti-américaniste (très très très) primaire
• il cherche l'explication de “capitalisme à face de hyène” et tombe sur un exemple concernant l'architecture réaliste-socialiste, lui qui l'adore et qui vit dans un palais socialiste de RDA (confer supra)
• il effectue cette recherche à la suite d'un bon moment de rigolade (de hyène) avec son cher ami É qui, en venant pour l'occasion le voir dans son palais socialiste, lui a offert l'ouvrage de Frédéric Chaubin, récemment publié aux éditions Taschen, CCCP: Cosmic Communist Constructions Photographed, somme documentaire dont JB se repaît quasi tous les jours
• il est quadruplement aux anges car, pas plus tard que ce matin, son journal chouchou, la TAZ, faisait une critique (très élogieuse) de l'ouvrage en question

Autant de raisons, et surtout de magnifiques coïncidences comme JB les révère, qui nous obligent à regarder la vidéo expliquant et montrant l'ouvrage:




Après cet interlude, JB revient à sa la "face de hyène".
Et, là, re-re-re-re-re-bingo, une occurrence dégotée sur le site du… PCF d'Aubervilliers. Du PCF! Dans le 9-3! Yo, camarade!


Ça y est. Le souvenir de JB n'est plus évanescent du tout. Il se rappelle à présent que l'ami commun qu'avaient É et lui avait expliqué à JB qu'on employait l'expression “à face de hyène” avec le terme impérialisme. JB n'en mettrait pas à sa main à couper, mais il est à peu près certain de ce qu'il avance.

Mais JB trouve encore mille fois mieux que tous les trésors qu'il a dénichés jusque-là.
Car qui a parlé des "hyènes capitalistes"?
Qui?
Rosa Luxemburg.
Et JB se fout de savoir si elle était la première ou pas; pour lui, elle l'est définitivement. JB, jamais à court d'une exagération, est prêt à verser dans le mensonge étymologique et affirmer haut et fort que Rosa Luxembourg a, la première, associé les capitalistes et les hyènes et leurs sales faces.
Ce passage se trouve dans la fameuse Brochure de Junius, rédigée en prison. On lit (et c'est JB qui souligne et colorie en (forcément) rouge):

Cette folie cessera le jour où les ouvriers d'Allemagne et de France, d'Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle couvrant à la fois le choeur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le rauque hurlement des hyènes capitalistes, en poussant le vieux et puissant cri de guerre du Travail:

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

Ah ouais… Ça aussi c'est pas mal:
le rauque hurlement des hyènes capitalistes
Celle-là aussi, JB la replacera.

Néanmoins, comme JB ne croit que ce qu'il voit (lui qui est le Saint-Thomas de la linguistique), il va vérifier dans l'édition originale allemande, et trouve exactement la même chose:

Der Wahnwitz wird erst aufhören und der blutige Spuk der Hölle wird verschwinden, wenn die Arbeiter in Deutschland und Frankreich, in England und Rußland endlich aus ihrem Rausch erwachen, einander brüderlich die Hand reichen und den bestialischen Chorus der imperialistischen Kriegshetzer wie den heiseren Schrei der kapitalistischen Hyänen durch den alten mächtigen Schlachtruf der Arbeit überdonnern: Proletarier aller Länder, vereinigt euch!


Quelle énième coïncidence en cette journée et quel bonheur que cette journée!
JB finit son explication sémantique par Rosa. Rosa qui orne son mur! Rosa qui étudiait les fleurs dans cette prison où elle a écrit la Brochure de Junius et pestait contre ses amies en leur écrivant vertement qu'elle avait plus de plaisir à soigner ses fleurs qu'à lire leurs lettres. Rosa que tout le monde a essayé de faire taire mais qui ne s'est jamais tue. Rosa qui boitait. Rosa qui n'a aimé qu'un seul homme qui ne l'a pas aimée. Rosa qui parlait des "hyènes capitalistes".

dimanche 10 avril 2011

L'atome, le dub et la diarrhée

Et, vendredi dernier, à la fois sans doute lassés d'observer les joueurs de billards se divertir avec leurs queues et leurs boules, plutôt émoustillés par un nighter dont ils avaient oublié l'existence et qui se situait vraiment à deux pas, G et JB se précipitaient donc au TiK où, très vite, résonnaient les accords envapés typiques du dub et du dancehall. "C'est vraiment une soirée de meks", pestait G. De fait, non seulement un jeune homme au crâne quasi hydrocéphale, que JB identifiait illico comme un étudiant en mathématiques (G dirait: "en ethnologie"), crachait dans le micro tel un U Roy du XXIe siècle, mais des garçons étaient agglutinés près de lui et des platines. Ce qui poussait JB à expliquer la signification en français de la locution "comme la vérole sur le bas clergé" dont le TLF la livre sur ce blog tatoué et fumeur aux petits amis de JB revient (et ce dernier ne peut forcément que s'amuser de l'exemple littéraire choisi dont il souligne et bleuit le sujet):

 (S'abattre, tomber) comme la (petite) vérole sur le bas clergé. [En parlant d'un ennui, d'un désagrément] (S'abattre) violemment et subitement (comme le ferait une épidémie). Les héritières aryennes (...) vont fondre sur toi telle la vérole sur le bas clergé, proverbe dont ton père use jusqu'à l'élimer comme une vieille culotte (M. CerfUne Passion, 1981, p. 39).

Et le Robert des expressions et locutions de nous expliquer que la métaphore, dont le bas clergé en question peut être, dixit, "espagnol ou — plus tard — breton (…) reflète l'anticléricalisme mêlé au mépris hiérarchique". Certes. Mais pourquoi précisément la vérole? et pourquoi précisément en Bretagne et en Espagne?
Le site expressio est plus disert:


Bref, dans ce lieu et cette ambiance où les vapeurs haschichines le disputaient aux vapeurs d'alcool (et JB de se voir contraint d'user de sa sale cheutron de méchant skinhead pour repousser les insistances d'un gugusse aux veines distillées à la bière), a résonné tout à coup la version dub d'un morceau de Massive Attack. Et ce devait, se dit JB aujourd'hui dimanche, Spying Glass, de 1995:



Et JB de le faire remarquer à G: "Oh, c'est Massive Attack…!" Comme G répond que Massive Attack, outre les morceaux les plus connus, lui demeure très vague, JB promet de lui bricoler une compil. Ce qu'il fait en ce dimanche. JB ressort donc son CD No Protection, de 1995, dans lequel Mad Professor remixait en dub 8 des 10 morceaux qui constituaient l'immarcescible Protection sorti la même année. Il les écoute et son oreille s'arrête sur onze secondes d'Eternal Feedback, la version dub de Sly:



Et ce qui interpelle JB dans cette phrase musicale, ce sont bien sûr les accords de melodica qui se superposent aux nappes électroniques évoquant un ruissellement, elles-mêmes ponctuées par des notes de de violon. L'ensemble est hétéroclite et donc étonnant.
Séduit comme d'habitude par les inventivités de Massive Attack, JB prend soudain conscience qu'il n'a jamais écouté l'album Heligoland, sorti l'an passé. Pourquoi? se demande-t-il. La réponse est toute trouvée.
Et donc JB écoute ce disque qu'il trouve vraiment vraiment impeccable (hormis les morceaux avec Martina Topley-Bird qu'il goûte moyennement). Mais une chanson en particulier, où intervient notamment encore une fois Horace Andy (c'était lui qui chantait sur Spying Glass), retient son attention: Splitting The Atom:



Car, de fait, nom seulement la chanson prend une valeur inédite depuis le 11 mars 2011, mais, pas plus tard que mercredi dernier, G envoyait à JB une vidéo japonaise intitulé Nuclear Boy qui explique aux enfants ce qui s'est passé à Fukushima. En usant d'une métaphore bien singulière, littéralement pipi-caca-prout. On regarde et on se fend la poire:



Hö hö hö!
Mais ce dont s'étonnait JB, en… indécrottable (! re-hö!) traducteur, c'était justement la traduction en anglais et notamment ce syntagme pour le moins surprenant, stomach issues:


Des stomach issues???
Pardon?
Autrement dit, des affaires stomacales.
C'est un joli euphémisme pour retranscrire ce que la vidéo explique plus prosaïquement à un autre moment:


JB rassure ses petits amis, il ne va pas gloser sur la diarrhée. (Et il entend des ouf de soulagement des deux côtés du Rhin).
Non, JB est surpris par ces coïncidences dont il raffole tant. Il fait une compil de Massive Attack pour G et s'émerveille du morceau Splitting The Atom et, quelques plus tôt, G lui envoyait une vidéo sur l'atome. Une certaine boucle forcément hélicoïdale est bouclée.

Ou pas tout à fait.
Car JB est surpris. Il se souvient que, il y quinze jours, il confiait sa tête compliquée à un cartographe cérébral. Le bruit de la machine était si assourdissant malgré les protections que l'homme en blanc avait apposées contre ses oreilles. Plus les bruits continuaient, somme toute assez répétitifs, plus JB se croyait dans un morceau de Massive Attack, Superpredators, remixé par Mad Professor en 1997. Encore Massive Attack, encore l'atome, encore le dub:



Et c'est doublement étonnant. Car, alors même que JB écrit ce post, le ciel est d'un bleu pastel monochrome et le soleil irradie en ce dimanche. Ses rayons se reflètent sur la boule à facette qui elle-même réverbère de petits cercles blancs disséminés sur le plafond du palais socialiste de JB. Et ce dernier, observant les espèces de coruscations ainsi formées, se dit que ces réflexions aubes sont semblables aux étranges taches neigeuses révélées par la cartographie cérébrale. S'il trafique la photo, il obtient une image d'une similitude confondante:

© icke

Et, comme Debbie Harry l'autre jour (puisque, oui, c'était elle avec Iggy Pop), JB pourrait ainsi s'écrier:



Mais il préfère citer ses chouchous de Feeling B, les pounk de RDA qui, dans le morceau Langeweile, parlaient de Marie Curie et qu'"elle voulait atteindre l'atome et séparait les particules" (comme Massive Attack trente plus tard), "uniquement par ennui":



Et sur ce, histoire de rompre l'ennui, JB va aller manger. Manger est toujours réconfortant. Babaille!

lundi 7 février 2011

Sara, Anna, Sarah, Valie (et Sigmund)

Et ce matin, JB traduisait donc cette phrase de Sara (Stridsberg) dans laquelle il était déclaré que "le ciel est au-delà du langage et de la mémoire", une affirmation qui laissait JB absolument sans voix.

Plus tard, JB a avancé dans sa traduction et le personnage fouille les bibliothèques et chope un passage qu'elle copie et fourre dans sa poche où il est question de "Maresfield Garden", d'"animal empaillé", de "crânes dénudés".
Le sang (de l'abbé) JB ne fait qu'un tour.
Car évidemment il pense à Sigmund.
Puisque c'est à cette adresse londonienne que s'est installé Freud en 1938 avec toute sa famille après avoir fui l'Autriche consécutivement à l'Anschluss. À cette adresse qu'il mourra d'un cancer du… palais (tout de même, pour un psychanalyste! enfin bon).
JB se dit: "Sara joue un tour à ses lecteurs et fait une citation de…" Non, pas de Freud. Car si JB se souvient pour avoir vu des photos de son bureau et de sa maison transformée aujourd'hui en musée; s'il se souvient que le bureau londonien était la copie conforme du bureau viennois, avec ses statuettes antiques et sa quantité d'objets, JB ne se souvient pas qu'y aient figuré un "animal empaillé". Se tromperait-il?
Il va sur le site du Freud Museum, consulte les photos et… non, décidément:


Non, pas d'animal empaillé dans le bureau ou à côté du divan de Freud.
Hum.
JB revient à sa première intuition:
Et si c'était une phrase d'Anna Freud? Anna, la fille de Sigmund.
JB cherche. En vain. Il ne trouve rien. Rien qui s'y rapproche de près ou de loin.
Mais il trouve autre chose.
Une toute petite minute où Anna présente un film dans lequel on voit ses parents dans le jardin de leur résidence secondaire en périphérie de Vienne. Et JB trouve absolument touchante l'instance d'Anna à rappeler qu'il s'agit bel et bien d'un "film de famille", qui n'est pas destiné à une "diffusion publique". JB trouve absolument émouvante la voix d'Anna, presque monocorde, qui raconte simplement, sans pathos, sans passion.
On regarde.


Sigmund Freud: Films de famille

Puis JB se souvient que, en 2000, une exposition a été organisée au Freud Museum, comme c'est désormais régulièrement le cas. L'idée pour la conservatrice est en quelque sorte de confier les clés de la maison à un(e) artiste contemporain(e) qui va proposer un travail en rapport avec les lieux. Et donc, en 2000, c'est Sarah Lucas l'invitée.
Et JB, qui tient un blog tatoué et fumeur, se souvient forcément de l'autoportrait de Sarah Lucas, la clope au bec et l'œil frondeur, apposé au portrait de Sigmund Freud, le cigare à la main et le regard scrutateur:


Pour JB, qui traduit Sara, c'est une mine, cette photo.
C'est une mine car Freud occupe évidemment une place (présente et absente, consciente et inconsciente) dans les romans de Sara (par exemple: "Elle s’allume une cigarette et se renfonce dans la banquette."). Et, de la même manière, la cigarette est toujours là: tous ses personnages féminins fument. Alors que disait à l'époque Sarah, avec un H puisqu'il s'agit de Lucas et non plus de Stridsberg sans le H au prénom, de cette cigarette qu'on retrouve si souvent dans son œuvre?
C'est James Putnam, un curateur (non pas au ventre comme on disait jadis, mais aux expos comme serait tenté de dire JB non sans malice puisque c'est comme ça qu'on appelle désormais au français moderne anglicisé un commissaire d'exposition) qui l'interroge sur la même page du musée:


Puis Sarah répond ça à JP:


JB et non plus JP, qui a toujours considéré la cigarette comme un objet hautement sexuel, boit du petit lait.
Il boit du petit lait personnel, artistique et littéraire — voire traductionnel, si ses petits amis l'autorisent cet néologisme admis dans le langage technique de ses consœurs et confrères.

Mais qu'apprend-il au détour de sa visite du Freud Museum?
Que VALIE EXPORT a elle aussi été invitée au musée en question. En 2004. Ça alors!
Car comment est-elle plus ou moins entrée dans l'art contemporain, l'artiste autrichienne dont Vienne propose en ce moment une rétrospective que JB adorerait voir? En proposant cet autoportrait, réalisé entre 1967 et 1970, où elle détourne une marque de cigarettes autrichiennes très en vogue à l'époque, Smart Export (en revanche le patronyme de son pseudonyme n'a rien à voir avec la marque):


Allez, rien que pour le plaisir, on reregarde Sarah, cette fois sans Sigmund, pour comparer ces deux images qui s'attaquent à la masculinité:


Quant à la citation, JB va être obligé de demander à Sarah.

lundi 31 janvier 2011

Le brouillard et la rébellion

Et JB, qui s'était couché hier soir en s'étonnant du brouillard épais qui rendait la visibilité quasi nulle, se réveille en constatant que ce même brouillard non seulement n'a pas quitté Berlin mais s'est également insinué dans sa traduction puisque le mot ouvre la première phrase qu'il doit traduire:
Dehors le brouillard est impénétrable.
De fait: plus la lumière s'intensifie, plus le brouillard s'épaissit. Le givre forme une second peau sur les arbres et les arbustes à tel point qu'on en viendrait presque à se demander si, par endroits, il ne s'agirait pas de neige.

Et si JB est réellement dans le brouillard, il ne sait pas s'il est symboliquement dans le brouillard et préfère de toute façon jeter un voile pudique sur cette question. Ce qu'il sait, en revanche, c'est que par un tour de passe-passe comme seul son cerveau emberlificoté sait lui en jouer, il se réveille avec Hangin' On, de Dame Patsy Todd dans la tête:



Et JB est doublement surpris d'entendre ce morceau sorti en 1969 dans sa tête compliquée qu'il ne l'a pas écouté depuis le 20/01/11, lui indique son mange-disques électronique. Cette chanson qu'il adore et qui est en fait une reprise de Just Enough to Keep Me Hanging on de Cher, qui date de cette même et grandiose année 69, année de révoltes et rébellions et révolutions puisqu'elle marque la naissance d'abord, en juin, à New York, de la première vraie révolte des homos; en Angleterre, celle de la culture skinhead (300 singles de reggae sortent outre-Manche en cette seule année!); enfin, dans la Rance, où le petit JB pousse son premier cri. Et il le pousse le soir tard sans savoir que, de l'autre côté de l'Atlantique, la police américaine fait un raid dans le bureau du parti des Black Panthers:


JB ne sait encore rien de tout cela ni que Angela Davis deviendra plus tard l'une de ses icônes. Grâce à l'INA, on la revoit dans un petit reportage dont JB a fait 4 captures d'écran, et pas n'importe lesquelles:





Toujours est-il qu'en cette année 1969, Patsy Todd fait une reprise de la chanson de Cher, que voici:



Et, 4 années plus tard, en 1973, David Isaacs offre lui aussi sa reprise, si douce et presque nostalgique, aux accents résolument reggae, produite par les Upsetters de Lee Perry:



Tant et si bien que, en se réveillant dans le brouillard mais avec une chanson sortie en cette année de rébellions, JB se dit qu'il commence bien la semaine: dans les révoltes. Sur ce, il souhaite une belle journée à tous ses petits amis.