Et avril continue son naufrage, tu t’endors à Tenderloin, et chaque fois que tu t’endors tu penses que tu ne te réveilleras pas sauf qu’à chaque fois tu te réveilles et c’est toujours ce mois cruel. Tu rêves de téléviseurs géants avec des monstres gigantesques dedans dont les bras sont tendus dans la chambre. Quand tu te réveilles tu ne te souviens d’aucun nom, tu ne te souviens pas si c’étaient des mammifères mâles ou des mammifères femelles mais tous avaient de la poudre télévisuelle et du maquillage de loup. Dans tes rêves tu te fraies à grand-peine un chemin dans des champs jonchés de filles prostituées assassinées. Elle était recouverte de feuillage et de terre. Elle gisait étranglée derrière l’église. Le micheton s’est enfui sur un vélo de femme. Elle a été retrouvée morte dans la cave. Elle a été retrouvée étranglée dans le parc de Madison Square. Elle a été assassinée à la suite d’abus sexuels en septembre 1982. Elle a été retrouvée sur un chantier de démolition. Elle s’est volatilisée du trottoir en juin. Elle a été étouffée dans sa chambre du Pink Flamingo Hotel.
Mais à un souffle de toi se trouve le Garçon de Soie qui te ressemblait comme une sœur, un polaroïd déchiqueté de nuages écharpés qui bougent au-dessus des plages de sable et au-dessus des vagues géantes dont tu sens les pulsations sous ta planche de surf.© Sara Stridsberg pour le texte original; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Albert Bonniers Förlag pour l'édition originale; © Éditions Stock pour l'édition française
mercredi 11 février 2009
La beauté du jour
C'est pas beau, ça? C'est tiré du roman de Sara.
mardi 10 février 2009
La beauté du jour
Allez, encore un bout de Johan et encore, du même coup, un bout de beauté; c'est plus ou moins la suite de ce que je traduisais tout à l'heure dans l'entrée ci-dessous):
J’ai regardé papa, puis j’ai ajouté :
— J’étais sur le point d’être à nouveau découvert. Tu comprends ? Pile au moment où j’avais réussi à disparaître. Mais maintenant je vais mieux. Oui, ça va bien, merci. Et merci aussi de poser la question.
Papa semblait désespéré. Il a plaqué une main derrière sa tête pour se masser la nuque, il a poussé un profond soupir.
— Mais… Tu sais, Mattias. Il est impossible de ne pas laisser des traces derrière soi. Il y aura toujours quelqu’un pour te voir. Il y aura toujours quelqu’un pour se souvenir de toi. Il y aura toujours quelqu’un pour t’aimer. Presque toujours. Que veux-tu, c’est comme ça…
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française
L'effondrement, l'Islande
Ce soir, c'est parti de la traduction d'un passage du roman de Johan. Dans ce passage, le personnage principal est avec son père:
Bon, évidemment, moi en tout cas je trouve ça superbe et ça me donne envie de pleurer. Mais ce n'est pas de ça que je voudrais parler. Non.
Je voudrais parler de ces digressions nécessaires qu'induisent la traduction. Je le disais pas plus tard qu'hier. Il y a dans ce passage des termes techniques. Il faut les vérifier puisqu'il ne faut pas faire d'erreurs. Donc je m'exécute. (Pan! – Hö!) L'erreur que j'aurais pu commettre aurait été de traduire, et tout le monde comprend ce mot, vulkanaktiviteter par activités volcaniques. Et ben non, raté. En français, on parle de activités sismiques. Première chose. Deuxième chose, nettement moins fastoche à trouver que la première. Il figure dans le texte norvégien le mot landheving. Ce qui, je me dis, veut dire à peu de choses près: soulèvement de la terre peut-être des terres. Mouais. C'est pas ça, hein. Donc je vais vérifier dans mon dictionnaire en ligne norvégien, mais sans trop y croire [les traducteurs littéraires du norvégien ont un accès gratuit (merci NORLA) à une base de dictionnaires qui est une mine: il y a le norvégien/norvégien, mais aussi le norvégien/français (pas terrible), le norvégien/allemand (franchement pas terrible), le norvégien espagnol (je sais pas trop, no parlo mucho bueno españolo) et le norvégien/anglais (im-pec-cab-ble!) dans les deux sens ; quand je cherche un mot, je regarde 1) dans le dico monolingue, 2) dans le dico norv/fran, 3) dans le dico norv/ang pour être bien certain de mon coup, ensuite j'affine le champ lexical du mot dans les dictionnaires monolingues français (Robert + expressions + synonymes) et vais vérifier les usages concrets du terme sur les sites internet]. Or donc, je vais chercher la signification de landheving dans le dico en ligne, sans trop y croire donc, et de fait, voici la réponse:
En gros: il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé. Parfait. Dans ce cas on va aller voir wikipedia. C'est très pratique pour ça: vous choisissez le site wikipedia à partir du mot que vous avez. En l'espèce, je me mets sur le wikipedia norvégien, je tape landheving. Super, le mot apparaît et est référencé et expliqué. Ensuite, il suffit de regarder dans la liste des langues disponibles possédant un article équivalent, et on a la traduction du mot. C'est génial. Et c'est fiable à 80%, grosso modo. Une ultime vérification s'impose quand même, identique à celle dont je parlais au-dessus. Bon. Sauf que là, ça me donne des articles en allemand, anglais, danois, suédois, polonais, grec, etc. Mais pas français. Fy faen! Comme on dit en norvégien. En lisant cependant les explications, je me rends compte qu'il s'agit d'un phénomène géologique propre au Nord en général et à la Scandinavie en particulier. Une des raisons sans doute expliquant pourquoi il n'y a pas d'entrée en langue française. Comme j'ai un excelllllent (comme Coluche qui disait: Dans l'excellllllllent Libération…) dictionnaire danois/français, je vais le consulter. Voilà le résultat: landhævning (géol.) soulèvement (el. élévation) des continents (el. des masses continentales). D'accord. J'entends mais je ne comprends pas tout à fait. Donc je repars sur Google et je cherche le bon mot à partir des quatre combinaisons lexicographiques données par cet excelllllent Blinkenberg og Høybye (du noms des deux rédacteurs dudit dictionnaire). Et à force de chercher je tombe là-dessus, donc sur un numéro d'un magazine scientifique sur des questions géologiques:
Et voilà, j'ai trouvé mon mot. Landheving se traduit en bon français par soulèvement des continents.
Une épine de moins dans le pied.
Après, je m'intéresse à ce que dit le texte. Et c'est là qu'interviennent les digressions.
Johan fait dire à son personnage:
Après, le bas de l'article indique qu'on peut suivre en direct les activités sismiques sur le sol islandais. J'adooore! Ni une ni deux, j'y vais. Bon. Au début c'est un peu ardu: tout est en islandais, je ne comprends pas grand-chose à l'islandais, et je tombe sur des schémas pas possibles, arides et abstrus. Mais à force de chercher, je trouve enfin la page en anglais du site de la météorologie nationale islandaise. Et là voici, cette superbe carte à l'heure pile à laquelle je l'ai consultée, qui indique les tremblements de terre qu'il y a eu dans le sol depuis les 48 dernières heures.
L'étoile rouge, là, dans le sud du pays, montre que, euheu, ça rigole pas, hein, ça pète sec dans le sous-sol… (Normal, c'est une étoile rouge…)
Moi ça me fascine des choses comme ça. Peut-être, sans doute, parce que à la base je n'y connais rien et je n'y comprends pas grand-chose. Et je suis fasciné de voir que des gens y comprennent quelque chose, qu'ils travaillent là-dessus, qu'ils surveillent, qu'ils nous expliquent. Hum. Ça doit être un réflexe atavique de communiste. Ça me rappelle les chiottes des trains polonais pendant la période pré-Chute du mur, où il y avait un grand panneau expliquant le fonctionnement technique du chiotte…
Ces digressions, elles sont nécessaires à plus d'un titre. Je pense, je suis convaincu que ce sont elles qui font les bonnes traductions de par les recherches qu'elles impliquent pour trouver le fameux "mot juste". Enfin, elles ont une fonction de soupape de sécurité: pendant un instant, en allant lire ce qui a priori est hors sujet, on sort de la traduction, on se repose, on voyage. On ne s'effondre pas.
Il y a eu un silence. Puis il a dit :
— Qu’est-ce qui t’est arrivé en fait, Mattias ?
Bizarre de l’entendre dire ça. Ce qui en fait m’est arrivé. La question m’a aussitôt angoissé. J’ai senti mon cœur battre plus fort dans ma poitrine, j’ai eu peur que papa ne le remarque.
— Tu sais que la mer monte ? Tout le temps ? D’un centimètre par an. Je t’assure. Et le soulèvement des continents se poursuit à raison de 4 mm par an en moyenne. Ça ne s’arrête pas. Tu trouves pas ça effrayant ?
— Mattias.
— Et l’Islande est située au beau milieu de deux plaques continentales. C’est pour ça que l’activité sismique est si importante là-bas. Le pays peut se casser en deux n’importe quand. Ça t’arrive d’y penser de temps en temps ?
— Mattias. Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu parles comme ça ? Où est passé le Mattias que j’ai connu ?
Alors j’ai dit :
— Je crois qu’en fait je me suis un peu effondré.
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française
Bon, évidemment, moi en tout cas je trouve ça superbe et ça me donne envie de pleurer. Mais ce n'est pas de ça que je voudrais parler. Non.
Je voudrais parler de ces digressions nécessaires qu'induisent la traduction. Je le disais pas plus tard qu'hier. Il y a dans ce passage des termes techniques. Il faut les vérifier puisqu'il ne faut pas faire d'erreurs. Donc je m'exécute. (Pan! – Hö!) L'erreur que j'aurais pu commettre aurait été de traduire, et tout le monde comprend ce mot, vulkanaktiviteter par activités volcaniques. Et ben non, raté. En français, on parle de activités sismiques. Première chose. Deuxième chose, nettement moins fastoche à trouver que la première. Il figure dans le texte norvégien le mot landheving. Ce qui, je me dis, veut dire à peu de choses près: soulèvement de la terre peut-être des terres. Mouais. C'est pas ça, hein. Donc je vais vérifier dans mon dictionnaire en ligne norvégien, mais sans trop y croire [les traducteurs littéraires du norvégien ont un accès gratuit (merci NORLA) à une base de dictionnaires qui est une mine: il y a le norvégien/norvégien, mais aussi le norvégien/français (pas terrible), le norvégien/allemand (franchement pas terrible), le norvégien espagnol (je sais pas trop, no parlo mucho bueno españolo) et le norvégien/anglais (im-pec-cab-ble!) dans les deux sens ; quand je cherche un mot, je regarde 1) dans le dico monolingue, 2) dans le dico norv/fran, 3) dans le dico norv/ang pour être bien certain de mon coup, ensuite j'affine le champ lexical du mot dans les dictionnaires monolingues français (Robert + expressions + synonymes) et vais vérifier les usages concrets du terme sur les sites internet]. Or donc, je vais chercher la signification de landheving dans le dico en ligne, sans trop y croire donc, et de fait, voici la réponse:
En gros: il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé. Parfait. Dans ce cas on va aller voir wikipedia. C'est très pratique pour ça: vous choisissez le site wikipedia à partir du mot que vous avez. En l'espèce, je me mets sur le wikipedia norvégien, je tape landheving. Super, le mot apparaît et est référencé et expliqué. Ensuite, il suffit de regarder dans la liste des langues disponibles possédant un article équivalent, et on a la traduction du mot. C'est génial. Et c'est fiable à 80%, grosso modo. Une ultime vérification s'impose quand même, identique à celle dont je parlais au-dessus. Bon. Sauf que là, ça me donne des articles en allemand, anglais, danois, suédois, polonais, grec, etc. Mais pas français. Fy faen! Comme on dit en norvégien. En lisant cependant les explications, je me rends compte qu'il s'agit d'un phénomène géologique propre au Nord en général et à la Scandinavie en particulier. Une des raisons sans doute expliquant pourquoi il n'y a pas d'entrée en langue française. Comme j'ai un excelllllent (comme Coluche qui disait: Dans l'excellllllllent Libération…) dictionnaire danois/français, je vais le consulter. Voilà le résultat: landhævning (géol.) soulèvement (el. élévation) des continents (el. des masses continentales). D'accord. J'entends mais je ne comprends pas tout à fait. Donc je repars sur Google et je cherche le bon mot à partir des quatre combinaisons lexicographiques données par cet excelllllent Blinkenberg og Høybye (du noms des deux rédacteurs dudit dictionnaire). Et à force de chercher je tombe là-dessus, donc sur un numéro d'un magazine scientifique sur des questions géologiques:Le réchauffement actuellement constaté de la planète autorise la construction de scénarios de remontée du niveau marin qui sont souvent présentés de façon simplificatrice. Notre planète a connu d'autres périodes de réchauffement qui ne sont pas attribuables à des causes anthropiques, et la situation actuelle est elle-même loin de pouvoir être ramenée à une cause unique. Le niveau marin relatif résulte de l'interférence des variations du niveau marin planétaire et des mouvements d'affaissement ou de soulèvement des continents: en Scandinavie par exemple, les rivages se soulèvent avec une vitesse qui peut atteindre 1 cm par an. En France, où le niveau marin s'élève, le mont Saint-Michel risque cependant l'ensablement.
(PS: c'est moi qui souligne)
Et voilà, j'ai trouvé mon mot. Landheving se traduit en bon français par soulèvement des continents.
Une épine de moins dans le pied.
Après, je m'intéresse à ce que dit le texte. Et c'est là qu'interviennent les digressions.
Johan fait dire à son personnage:
Le pays peut se casser en deux n’importe quand.
Ah oui? Je l'ignorais. Qu'il y avait des volcans toujours en activité, ça oui. Mais que l'Islande pouvait se casser en deux, alors là… Du coup, intrigué, je vais regarder, chercher, lire, je disais hier: m'instruire. Et de fait. J'apprends, à ma grande stupeur :l'île est toujours en train de croître (d'environ 2 centimètres par an).
2 centimètres par an? Mazette!!! Mais c'est énorme! Ça fait 2 mètres par siècle! Regardons pourquoi:Après, le bas de l'article indique qu'on peut suivre en direct les activités sismiques sur le sol islandais. J'adooore! Ni une ni deux, j'y vais. Bon. Au début c'est un peu ardu: tout est en islandais, je ne comprends pas grand-chose à l'islandais, et je tombe sur des schémas pas possibles, arides et abstrus. Mais à force de chercher, je trouve enfin la page en anglais du site de la météorologie nationale islandaise. Et là voici, cette superbe carte à l'heure pile à laquelle je l'ai consultée, qui indique les tremblements de terre qu'il y a eu dans le sol depuis les 48 dernières heures.
L'étoile rouge, là, dans le sud du pays, montre que, euheu, ça rigole pas, hein, ça pète sec dans le sous-sol… (Normal, c'est une étoile rouge…)Moi ça me fascine des choses comme ça. Peut-être, sans doute, parce que à la base je n'y connais rien et je n'y comprends pas grand-chose. Et je suis fasciné de voir que des gens y comprennent quelque chose, qu'ils travaillent là-dessus, qu'ils surveillent, qu'ils nous expliquent. Hum. Ça doit être un réflexe atavique de communiste. Ça me rappelle les chiottes des trains polonais pendant la période pré-Chute du mur, où il y avait un grand panneau expliquant le fonctionnement technique du chiotte…
Ces digressions, elles sont nécessaires à plus d'un titre. Je pense, je suis convaincu que ce sont elles qui font les bonnes traductions de par les recherches qu'elles impliquent pour trouver le fameux "mot juste". Enfin, elles ont une fonction de soupape de sécurité: pendant un instant, en allant lire ce qui a priori est hors sujet, on sort de la traduction, on se repose, on voyage. On ne s'effondre pas.
lundi 9 février 2009
Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr
À défaut de pouvoir passer sa colère sur bidulemachine qui aboule pas le flouze qu'elle nous doit, on va écouter ça, c'est immarcescible et c'est en rapport avec la hargne. Ça a 30 balais et ça a pas pris une ride. C'est signé The Flying Lizards (et on s'en fout qu'ils aient pompé leur principe sur le Third Reich 'N Roll des Residents et on s'en fout ensuite que The Art of Noise aient eux-mêmes pompé le principe des Flying Lizards).
Et puis un autre jour, quand on sera moins en colère, on mettra un autre morceau tout aussi immarcescible des mêmes Flying Lizards, à savoir leur reprise cette fois de Sex Machine, de James Brown, voire, encore mieux et encore moins connu l'ébouriffant et hilarant Mandelay Song d'une de mes idoles: Kurt Weill († RIP). Mais ça, c'est pour un autre jour. Pour l'instant, l'exutoire à la colère:
Et comme nous on n'est pas chien, nous, eh ben nous on vous met aussi pour le prix d'un l'original qui a 50 balais. Il est signé Barrett Strong et il est tout aussi épatant (et c'était le premier hit de Motown – just so you know). Voilà. Et puis venez pas vous plaindre qu'on n'est pas sympatoche sinon vous vous prenez une châtaigne dans la cheutron.
PS: Pour tous ceux qui s'interrogeraient sur la signification de la fameuse phrase "but you give them to the birds and bees", les oiseaux et les abeilles en question font référence à la sexualité, et, très précisément, à l'éducation sexuelle. L'expression aurait été inventée, nous indique tant answers.com que wikipedia, par… par… Cole Porter (ce que pour le coup j'ignorais totalement)! Aïe am véry véry impressionnède.
Et puis un autre jour, quand on sera moins en colère, on mettra un autre morceau tout aussi immarcescible des mêmes Flying Lizards, à savoir leur reprise cette fois de Sex Machine, de James Brown, voire, encore mieux et encore moins connu l'ébouriffant et hilarant Mandelay Song d'une de mes idoles: Kurt Weill († RIP). Mais ça, c'est pour un autre jour. Pour l'instant, l'exutoire à la colère:
Et comme nous on n'est pas chien, nous, eh ben nous on vous met aussi pour le prix d'un l'original qui a 50 balais. Il est signé Barrett Strong et il est tout aussi épatant (et c'était le premier hit de Motown – just so you know). Voilà. Et puis venez pas vous plaindre qu'on n'est pas sympatoche sinon vous vous prenez une châtaigne dans la cheutron.
PS: Pour tous ceux qui s'interrogeraient sur la signification de la fameuse phrase "but you give them to the birds and bees", les oiseaux et les abeilles en question font référence à la sexualité, et, très précisément, à l'éducation sexuelle. L'expression aurait été inventée, nous indique tant answers.com que wikipedia, par… par… Cole Porter (ce que pour le coup j'ignorais totalement)! Aïe am véry véry impressionnède.
Un instant d'effroi
Tout a commencé par cette traduction du roman de Johan:
Réflexe de traducteur, je lis un mot dit "technique" et donc je vais vérifier (si j'emploie le bon mot, si la terminologie annexe est correcte, si ma représentation est la bonne, etc.) Et donc je lis: Voie lactée. Je vais dans Wikipedia vérifier la Voie lactée. Évidemment, comme je suis curieux, et en plus comme je n'y connais absolument rien en physique/chimie/mathématiques (non, pas la biologie: depuis, j'ai appris), bref, comme je suis une brèle en sciences, je lis. Ça m'intéresse. Je m'instruis. (Et bien sûr en attendant, piégé par ce réflexe capitaliste du rendement, je me dis que je ne traduis pas…)
Et là je tombe sur cette photo de la Voie lactée:
Je continue de dérouler l'article. Et là, je tombe sur une autre photo, qui correspond à la Voie lactée et ses galaxies satellites:
Là, je suis littéralement pris d'un vertige. Accompagné de ce que les Scandinaves nomment si bien et sus i magen, une expression si difficile à traduire en français: une aspiration à l'estomac. Quand soudain on est pris de panique et qu'on a l'impression d'une aspiration au niveau du ventre.
Et donc, voilà: je vois cette photo et tout d'un coup la peur, la terreur s'abat sur moi par le truchement de cette question très triviale, très ordinaire, que se posent des millions de gens, que se sont posée des milliards de gens avant nous: mais qu'est-ce qu'il y a au-delà de notre univers? Et plus que ça, je me dis: si ça se trouve, il y a tout autre chose, une autre réalité – qu'est-ce qui me prouve que cette réalité est bien réelle et n'est pas une construction?
Cette question terrorisante, la toute première, il ne m'a pas fallu très longtemps pour en identifier l'origine. Il m'a simplement fallu tourner la tête sur la gauche, la relever vers l'étagère du haut de la bibliothèque et plisser les yeux vers les livres de cet auteur, puisqu'il s'agit de lui. En voici certains, du moins les plus vieux, auxquels je prête une certaine valeur bibliophile (à l'époque je courais tous les bouquinistes pour trouver les exemplaires des vieux livres publiés dans les années 70 aux éditions Champ Libre et chez J.C. Lattès, dans la collection Titres SF):

Oui, bien sûr: Philip K. Dick. Qui d'autre?
Cette terreur éprouvée, c'est la terreur que m'a transmise la lecture des romans et des nouvelles de Philip K. Dick, et sans doute la terreur qu'il a dû éprouver lui aussi. À l'époque, en 1990, pendant tout l'été 1990, j'ai dévoré l'œuvre de Philip K. Dick. Elle a failli me rendre fou. Vraiment. Mais c'est une autre histoire.
Cette terreur, c'est celle la réalité plurielle. Je me souviens d'une nouvelle de Dick (je ne sais plus laquelle) où une équipe attend le passage, mettons à 16 heures, du vaisseau spatial censé venir les chercher. Et ledit vaisseau arrive à 15h58, ils sont étonnés de cette légère avance mais ils embarquent à l'intérieur. À 16 heures pile arrive un second vaisseau… L'équipage attend, mais les hommes ne donnent pas signe de vie. Ces hommes, cette équipe qu'ils étaient venue chercher, a disparu. Le lecteur se dit que le premier vaisseau était un faux, une illusion, une hallucination, pour répondre un terme dickien. Mais après, on se pose, ou plutôt, il faut se poser la question inverse: et si c'était le second vaisseau, le faux?? Quelle est la vraie réalité? La réalité… réelle, si j'ose dire?
Dick n'aura de cesse de se poser ces questions qui forcément nous paraissent des questions folles, des questions d'aliéné. Justement, se demande-t-il: et si la vraie réalité n'était pas celle de l'aliéné? Voire: et si la réalité perçue par l'hallucination procurée par les drogues n'était pas la vraie réalité? Voilà aussi pourquoi les maladies mentales et les produits stupéfiants sont si présents dans l'œuvre littéraire de Dick, parce qu'ils ouvrent sur une autre réalité, une réalité parallèle.
Néanmoins, je voudrais surtout citer l'auteur, et cette citation est extraite de la nouvelle Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard – un texte passionnant qu'on peut lire comme une clé nous ouvrant non seulement sur l'univers dickien, mais aussi sur l'écriture de science-fiction, mais aussi sur la perception philosophique, mais aussi sur la perturbation psychique :
Dick va bien évidemment plus loin en se demandant si l'être humain authentique existe vraiment dès lors que nous créons des êtres humains qui ne le sont pas…
Si je reviens à mon point de départ, à savoir le texte de Johan, ce roman qui est aussi un roman sur la maladie mentale, sur l'exclusion, sur la marge, sur le fait de se mettre soi-même en marge (mais en même temps: sur le fait de vouloir vivre, de ne pas mettre fin à sa vie, de vouloir vivre mieux, de vouloir accéder à une part de bonheur, si on y arrive), ce roman qui est aussi un roman sur l'espace, sur la science-fiction, sur la projection mentale d'univers lointains, différents du nôtre (le dernier roman de Johan n'est-il pas un roman de science-fiction), alors, alors c'est bigrement intéressant. Je veux dire: les parallèles sont troublants. Je ne cesse depuis un mois que je suis sur cette traduction, mais aussi sur celle de Sara, de montrer à quel point ces histoires se chevauchent, et peut-être n'est-ce pas un hasard si je les traduis en même temps, et peut-être n'est-ce pas un hasard si j'en suis précisément le traducteur.
La question que pose Dick est la suivante: et si l'hallucination tant de l'aliéné que du drogué n'était-elle pas la vraie réalité? et si notre réalité normale, centrale, bien-portante n'existait pas mais plutôt la réalité anormale, périphérique, marginale, aliénée? et si nous n'étions que le jouet d'une instance supérieure qui nous dirige?
La question que se pose Sara est la suivante: qu'est-ce qu'un être marginal, à partir de quel moment devient-on marginal et soi-disant dangereux pour la société? qu'est-ce que la folie et qui décide de la folie? cela peut-il être la société qui est source de folie parce qu'elle est excluante? qu'est-ce qu'un diagnostic, un état pathologique sinon une autre construction, à l'instar de la masculinité ou de la féminité?
La question que se pose Johan est la suivante: refuser d'être au centre, dans la lumière, revient-il forcément à s'opposer à la société? vouloir être dans la marge signifie-t-il forcément être un marginal, un aliéné, un être dangereux pour la société? comment puis-je me construire dans la société dès l'instant où mon désir est considéré comme un désir marginal, anormal et que dès lors je suis exclu?
Alors quand, par surcroît, la réalité vient infirmer la fiction comme il m'est arrivé de le vivre le 23 janvier, quand le jeu des coïncidences impose leur présence et perturbent le cours lisse des choses (Johan parle de la tombola tragique des coïncidences; en norvégien, c'est encore plus beau: tilfeldighetenes tragiske tombola), c'est évidemment déstabilisant. Ou plutôt: ce peut être déstabilisant. C'est en tout cas troublant.
Dans cette même nouvelle que je citais plus haut, Dick en parle justement. Voilà ce qu'il dit:
La difficulté du traducteur, c'est cet éternel équilibre entre l'obligation de fidélité et le refus de servilité. Nous devons êtres fidèle au texte, servir l'auteur et son propos, mais nous devons pouvoir nous en distancier sans quoi le texte traduit ne peut être intelligible. Je ne sais pas, au fond, si on traduit bien quand s'opère chez le traducteur le phénomène d'identification qui lie un lecteur à l'auteur et son œuvre. Si, bien sûr que la traduction n'en sera que meilleure. Mais au prix de quelles traversées, quand il s'agit d'une re-connaissance d'une émotion douloureuse? Répondre à cela suppose de glisser dans un récit très intime. Trop intime?
J’ai pensé à l’espace, je me suis dit que si je devais partir maintenant, mettons pour le milieu de la Voie lactée, et si j’y allais à la vitesse de la lumière, il me faudrait vingt et un ans pour y arriver, alors que NN, étendue dans son lit, serait forcée d’attendre trente mille années avant de me voir revenir.
Sauf que, personne ne voyage aussi vite.
Voilà à quoi je pensais quand j’étais triste.
Einstein veillait à ce que nous ne nous éloignions pas trop l’un de l’autre.
Réflexe de traducteur, je lis un mot dit "technique" et donc je vais vérifier (si j'emploie le bon mot, si la terminologie annexe est correcte, si ma représentation est la bonne, etc.) Et donc je lis: Voie lactée. Je vais dans Wikipedia vérifier la Voie lactée. Évidemment, comme je suis curieux, et en plus comme je n'y connais absolument rien en physique/chimie/mathématiques (non, pas la biologie: depuis, j'ai appris), bref, comme je suis une brèle en sciences, je lis. Ça m'intéresse. Je m'instruis. (Et bien sûr en attendant, piégé par ce réflexe capitaliste du rendement, je me dis que je ne traduis pas…)
Et là je tombe sur cette photo de la Voie lactée:
Je continue de dérouler l'article. Et là, je tombe sur une autre photo, qui correspond à la Voie lactée et ses galaxies satellites:
Là, je suis littéralement pris d'un vertige. Accompagné de ce que les Scandinaves nomment si bien et sus i magen, une expression si difficile à traduire en français: une aspiration à l'estomac. Quand soudain on est pris de panique et qu'on a l'impression d'une aspiration au niveau du ventre.
Et donc, voilà: je vois cette photo et tout d'un coup la peur, la terreur s'abat sur moi par le truchement de cette question très triviale, très ordinaire, que se posent des millions de gens, que se sont posée des milliards de gens avant nous: mais qu'est-ce qu'il y a au-delà de notre univers? Et plus que ça, je me dis: si ça se trouve, il y a tout autre chose, une autre réalité – qu'est-ce qui me prouve que cette réalité est bien réelle et n'est pas une construction?
Cette question terrorisante, la toute première, il ne m'a pas fallu très longtemps pour en identifier l'origine. Il m'a simplement fallu tourner la tête sur la gauche, la relever vers l'étagère du haut de la bibliothèque et plisser les yeux vers les livres de cet auteur, puisqu'il s'agit de lui. En voici certains, du moins les plus vieux, auxquels je prête une certaine valeur bibliophile (à l'époque je courais tous les bouquinistes pour trouver les exemplaires des vieux livres publiés dans les années 70 aux éditions Champ Libre et chez J.C. Lattès, dans la collection Titres SF):

Oui, bien sûr: Philip K. Dick. Qui d'autre?
Cette terreur éprouvée, c'est la terreur que m'a transmise la lecture des romans et des nouvelles de Philip K. Dick, et sans doute la terreur qu'il a dû éprouver lui aussi. À l'époque, en 1990, pendant tout l'été 1990, j'ai dévoré l'œuvre de Philip K. Dick. Elle a failli me rendre fou. Vraiment. Mais c'est une autre histoire.
Cette terreur, c'est celle la réalité plurielle. Je me souviens d'une nouvelle de Dick (je ne sais plus laquelle) où une équipe attend le passage, mettons à 16 heures, du vaisseau spatial censé venir les chercher. Et ledit vaisseau arrive à 15h58, ils sont étonnés de cette légère avance mais ils embarquent à l'intérieur. À 16 heures pile arrive un second vaisseau… L'équipage attend, mais les hommes ne donnent pas signe de vie. Ces hommes, cette équipe qu'ils étaient venue chercher, a disparu. Le lecteur se dit que le premier vaisseau était un faux, une illusion, une hallucination, pour répondre un terme dickien. Mais après, on se pose, ou plutôt, il faut se poser la question inverse: et si c'était le second vaisseau, le faux?? Quelle est la vraie réalité? La réalité… réelle, si j'ose dire?
Dick n'aura de cesse de se poser ces questions qui forcément nous paraissent des questions folles, des questions d'aliéné. Justement, se demande-t-il: et si la vraie réalité n'était pas celle de l'aliéné? Voire: et si la réalité perçue par l'hallucination procurée par les drogues n'était pas la vraie réalité? Voilà aussi pourquoi les maladies mentales et les produits stupéfiants sont si présents dans l'œuvre littéraire de Dick, parce qu'ils ouvrent sur une autre réalité, une réalité parallèle.
Néanmoins, je voudrais surtout citer l'auteur, et cette citation est extraite de la nouvelle Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard – un texte passionnant qu'on peut lire comme une clé nous ouvrant non seulement sur l'univers dickien, mais aussi sur l'écriture de science-fiction, mais aussi sur la perception philosophique, mais aussi sur la perturbation psychique :
(…) Et puis j'ai commencé à me dire: Peut-être chaque être humain vit-il dans un monde unique, un monde privé, un monde différent de ceux qu'habitent tous les autres humains, et dont ils font l'expérience. Et cela m'a amené à m'interroger: Si la réalité diffère d'un individu à l'autre, pouvons-nous parler de réalité singulière, ou devrions-nous en fait parler de réalités plurielles? Et s'il existe des réalités plurielles, certaines sont-elles plus vraies (plus réelles) que d'autres? Que dire de l'univers d'un schizophrène? Peut-être est-il aussi réel que le nôtre. Peut-être nous est-il impossible d'affirmer que nous sommes en contact avec la réalité et pas lui, peut-être devrions-nous plutôt dire: Sa réalité est différente de la nôtre qu'il ne peut pas nous l'expliquer et que nous ne pouvons pas lui expliquer la nôtre. Le problème dans ce cas, c'est que si l'on expérimente des univers subjectifs trop différents, il se produit une rupture de la communication — et c'est là qu'est la véritable maladie.
1985, (excellemment bien) traduit par Emmanuel Jouanne, in: Le crâne, Denoël, 1986
Dick va bien évidemment plus loin en se demandant si l'être humain authentique existe vraiment dès lors que nous créons des êtres humains qui ne le sont pas…
Si je reviens à mon point de départ, à savoir le texte de Johan, ce roman qui est aussi un roman sur la maladie mentale, sur l'exclusion, sur la marge, sur le fait de se mettre soi-même en marge (mais en même temps: sur le fait de vouloir vivre, de ne pas mettre fin à sa vie, de vouloir vivre mieux, de vouloir accéder à une part de bonheur, si on y arrive), ce roman qui est aussi un roman sur l'espace, sur la science-fiction, sur la projection mentale d'univers lointains, différents du nôtre (le dernier roman de Johan n'est-il pas un roman de science-fiction), alors, alors c'est bigrement intéressant. Je veux dire: les parallèles sont troublants. Je ne cesse depuis un mois que je suis sur cette traduction, mais aussi sur celle de Sara, de montrer à quel point ces histoires se chevauchent, et peut-être n'est-ce pas un hasard si je les traduis en même temps, et peut-être n'est-ce pas un hasard si j'en suis précisément le traducteur.
La question que pose Dick est la suivante: et si l'hallucination tant de l'aliéné que du drogué n'était-elle pas la vraie réalité? et si notre réalité normale, centrale, bien-portante n'existait pas mais plutôt la réalité anormale, périphérique, marginale, aliénée? et si nous n'étions que le jouet d'une instance supérieure qui nous dirige?
La question que se pose Sara est la suivante: qu'est-ce qu'un être marginal, à partir de quel moment devient-on marginal et soi-disant dangereux pour la société? qu'est-ce que la folie et qui décide de la folie? cela peut-il être la société qui est source de folie parce qu'elle est excluante? qu'est-ce qu'un diagnostic, un état pathologique sinon une autre construction, à l'instar de la masculinité ou de la féminité?
La question que se pose Johan est la suivante: refuser d'être au centre, dans la lumière, revient-il forcément à s'opposer à la société? vouloir être dans la marge signifie-t-il forcément être un marginal, un aliéné, un être dangereux pour la société? comment puis-je me construire dans la société dès l'instant où mon désir est considéré comme un désir marginal, anormal et que dès lors je suis exclu?
Alors quand, par surcroît, la réalité vient infirmer la fiction comme il m'est arrivé de le vivre le 23 janvier, quand le jeu des coïncidences impose leur présence et perturbent le cours lisse des choses (Johan parle de la tombola tragique des coïncidences; en norvégien, c'est encore plus beau: tilfeldighetenes tragiske tombola), c'est évidemment déstabilisant. Ou plutôt: ce peut être déstabilisant. C'est en tout cas troublant.
Dans cette même nouvelle que je citais plus haut, Dick en parle justement. Voilà ce qu'il dit:
Nous avons la fiction qui parodie la réalité et la réalité qui parodie la fiction. Nous avons deux choses qui se chevauchent dangereusement, qui se brouillent dangereusement l'une l'autre. Et, en toute probabilité, ce n'est pas volontaire. Cela fait en réalité partie du problème. On ne peut pas légalement contraindre un auteur à étiqueter correctement ce qu'il produit, comme une boîte de boudin dont les ingrédients sont mentionnés sur l'étiquette… On ne peut pas le forcer à déclarer quelle partie est vraie et laquelle ne l'est pas s'il ne le sait pas lui-même. C'est une expérience épouvantable que d'écrire quelque chose dans un roman, en croyant qu'il s'agit de pure fiction et d'apprendre plus tard — peut-être des années plus tard — que c'est vrai.La force de la littérature, c'est sans doute de permettre l'identification. Le temps d'une lecture, on peut s'identifier à un personnage, on peut se reconnaître dans un personnage, on peut avoir l'illumination de reconnaître un état qu'on croyait être le seul à avoir éprouvé alors que soudain un écrivain nous le montre, nous l'explique, le rend accessible, présent.
La difficulté du traducteur, c'est cet éternel équilibre entre l'obligation de fidélité et le refus de servilité. Nous devons êtres fidèle au texte, servir l'auteur et son propos, mais nous devons pouvoir nous en distancier sans quoi le texte traduit ne peut être intelligible. Je ne sais pas, au fond, si on traduit bien quand s'opère chez le traducteur le phénomène d'identification qui lie un lecteur à l'auteur et son œuvre. Si, bien sûr que la traduction n'en sera que meilleure. Mais au prix de quelles traversées, quand il s'agit d'une re-connaissance d'une émotion douloureuse? Répondre à cela suppose de glisser dans un récit très intime. Trop intime?
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