mercredi 22 septembre 2010

V for Visage

Et JB traduit:
Là, je voyais un visage visqueux et vieux.

Wouah! se dit-il. L'allitération en V.

Et il trouve dans le TLF cet usage-ci, agrémenté de cette citation-là:
− Allitération en v. Je commence à prendre un plaisir très spécial au pire Régnier (...). Te souviens-tu de ce sonnet: Le Vœu, où il y a une perpétuelle allitération en V? Le nombreux univers en vous fut plus vivant Qu'en ses fleuves, ses flots, ses fleurs et ses fontaines (Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 236).

Et est-ce que la version des Upsetters du morceau de Susan Cadogan, Nice And Easy, serait une bonne illustration sonore? Pourquoi pas…

Voilà du boudin!

Bonjour, mes petits amis. Comment allez-vous?

Quoi de mieux pour commencer une journée avec le sourire et dans le pétulance qu'un bon vieux boudin? Comment ne pas avoir le sourire aux lèvres de bon matin en parlant de boudin? La question se pose, et JB se/nous/vous la pose identiquement.
Oui, mes petits amis, le boudin.
Le boudin noir. Cet aliment méprisé par d'aucuns, mais qui fait la joie des tables tant rustiques que modernes, que celles-ci soient françaises ou étrangères. Ce produit de charcuterie qu'on appelle fort pragmatiquement saucisse de sang tant en allemand (Blutwurst) que dans les langues scandinaves (blodpølse) et plus affectueusement pudding noir (black pudding) en anglais. Songeons un instant à l'impayable tarte au boudin du sud-est de la France. Songeons à l'inénarrable Flönz de la Rhénanie, qui n'est autre que des tranches de boudin braisées et agrémentées d'une compotée d'oignons et de pommes de terre poêlées. Songeons aux muffins de boudin noir mélangé avec des pommes et du mascarpone. Songez, mes petits amis qui n'aimez pas le boudin noir, à tous ces délices auxquels vos papilles échappent.
Et si ce n'était que cela!
Songez au concours internationaux que vous ratez toute l'année.
Songez au concours du meilleur boudin organisé chaque année par la Confrerie des Chevaliers du Goûte-Boudin de Mortagne au Perche! Ci-dessous une photo qui rassemble lesdits chevaliers et lesdits boudins. Quel bonheur de vivre quand on voit ça!


Mais JB ne parle pas de boudin rien que pour le plaisir de parler de boudin - même s'il essaie de placer le mot boudin dans toute conversation, c'est son défi personnel et qui n'est pas toujours évident. JB ne pousse pas le vice à tenter de parler de boudin dans toutes ses traductions (quoique la traduction en question en ressortirait grandie), mais, aujourd'hui, il a réussi à le faire.
Il traduit toujours les histoires d'Elling, d'Ingvar Ambjørnsen et il écrit - et c'est lui qui souligne:
Pour ma part, je trouvais toujours cela d’une complexité phénoménale d’entretenir un dialogue sensé avec un interlocuteur que je n’étais pas en mesure de voir. Cela avait le chic pour me déconcentrer, pour la simple et bonne raison que je tentais tout du long de me figurer l’apparence de l’individu avec lequel je m’entretenais et ce qui se passait dans la pièce où cette personne évoluait. S’agissait-il d’une accointance, je fouillais alors mes souvenirs pour m’efforcer de reconstituer à l’identique chaque trait du visage de cet être. Parlais-je au contraire avec quelqu’un que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, tout partait dès lors en eau de boudin puisque mon imagination perdait littéralement les pédales.

Forcément, JB se demande d'où vient cette expression qui fait la richesse et la grandeur de la langue fraaançaise.
Il va donc consulter le Robert des expressions et locutions et, à sa grande surprise, tombe sur un développement d'une longueur aussi époustouflante qu'éblouissante et qui rend grâce à la noblesse du boudin noir.
S'en aller (tourner) en eau de boudin “mal tourner, échouer progressivement”. Eau de boudin se dit concrètement de l'eau dans laquelle on a lavé le boyau qui doit entourer le boudin, avant de le faire. C'est du moins ce que pensent les explicateurs positivistes du XIXe siècle, mais l'expression dans ce sens concret, n'est attestée que chez eux (Bescherelle, Littré).
Ah ben nous voilà bien. Si déjà les linguistes et les lexicographes ne s'entendent pas sur l'eau de boudin, sur quoi peuvent-ils s'entendre? sommes-nous en droit de nous demander. Mais JB s'inscrit en faux! Car le Littré ne prétend pas cela, ou bien a fait depuis amende honorable et précise:


Ah bon… Avant de revenir à Robert, JB décide de consulter gougueule et constate que nombre d'internautes ont avant lui glosé sur l'expression et sur cette eau de/du boudin - son origine, sa consistance, sa nature, etc. Autrement dit: l'eau de/du boudin a taraudé plus d'un esprit du matin au soir et du soir au matin - JB n'est donc pas une exception quand il s'interroge au pied levé sur cette eau de/du boudin.
D'aucuns affirment donc que l'eau de boudin correspondrait aux fluides internes qui s'échappent du boyau de porc quand on le lave pour l'utiliser en tant qu'enveloppe du futur boudin. JB dit haut et fort: c'est pas-sion-nant, appétissant et captivant.
Un résumé du différend linguistique et sémantique est proposé de façon claire et précise par le toujours impeccable site expressio.fr:


Ainsi donc, l'eau du boudin serait l'eau de cuisson. Vraiment? Alain Rey et Sophie Chantreau n'en sont pas si sûrs. Voyons ce qu'ils disent dans leur Robert:
La locution figurée, en revanche, est ancienne: elle est glosée dans Furetière (1690) qui la qualifie de proverbiale et basse, puis dans Le Roux (1752): "“cette affaire, cette entreprise s'en ira en eau de boudin”. Pour dire ne réussira pas, qu'elle s'en ira à néant. Cependant, des amateurs d'archaïsmes (par exemple Charles Rozan dans ses Petites Ignorances de la conversation, Quitard, etc.) ont trouvé l'explication traditionnelle trop plate et ont voulu y voir une altération de s'en aller en aunes de boudin (en parlant du cochon tué et transformé en produits de charcuterie). Inutile de dire que tant que l'on aura pas trouvé d'attestation antérieure à celle de: eau de boudin, pour cette expression, il n'y aura pas à en tenir compte (sauf à y voir une expression nouvelle, d'ailleurs pittoresque). Quant à la version s'en aller en os de boudin, c'est-à-dire “en rien”, les boudins n'ayant pas d'os, elle ne repose sur rien.

Hé ho, du calme, Alain et Sophie, faut pas s'énerver, hein. Après tout, peut-être que Quitard et Rozan sont de grands amateurs du boudin noir et qu'ils ont un secret de grand-mère non seulement culinaire mais aussi linguistique. Personne n'y a pas pensé, mais JB est là qui veille au boudin, euh… au grain.

Reprenons:
On conclura qu'il s'agit bien d'eau (et de boudin)…
Hö! Alain et Sophie font de l'humour! Notons-le, c'est rare dans ce dictionnaire - normal…
… mais cela ne veut pas dire qu'on se contentera des explications classiques par “eau de lavage du boyau” ou “eau qui suinte du boudin, lorsqu'il se décompose”. En effet, eau de boudin ne se rencontre pas dans ce sens au XVIIe siècle ou avant, et le moins qu'on puisse dire de cette métaphore est qu'elle ne s'impose pas. Si l'on se souvient que l'expression étant “basse” (Furetière) a dû attendre longtemps avant d'entrer au dictionnaire, si l'on note que eau s'emploie couramment à cette époque pour désigner les excrétions liquides, il ne restera plus qu'à retrouver les sens archaïques et dialectaux de boudin, boudine, pour être édifié. D'une part, les mots dérivés du radical bod- désignent couramment le “ventre” (d'où bedaine), le “nombril”; d'autre part, à la fois par métonymie de ces emplois et par métaphore du sens moderne de boudin (le mot désigne au XVIe siècle le sexe masculin (“tu as lyé ton boudin avec cette diablesse de femme…”, Larivey, Les Jaloux, II, 6).

Attends, minute, là. Qu'est-ce qu'ils sous-entendent, Alain et Sophie, par cette allusion grivoise? Que l'eau de boudin serait… Naaan?!? Le sperme? Naaan!!! Mais le sperme, jusqu'à preuve du contraire et sauf maladie non répertoriée à ce jour, est blanc - et il s'agit ici de boudin noir et non de boudin blanc… Oh là là! Ça devient hypercompliqué cette histoire…

Reprenons:
Partir en eau de boudin, selon cette hypothèse, signifierait donc “partir en excrétion liquide” (en “eau de ventre”, ou en “eau de boyau”, ce dernier mot ayant les mêmes valeurs), selon une métaphore qui recourt au lavage de la charcuterie (en outre, la locution triviale PARTIR EN COUILLE se rattacherait bien à cette explication, de même que les valeurs voisines de fausse couche, avorter, appuyés par l'emploi gynécologique de les eaux). Quant à tourner en eau de boudin, plus récent, ce n'est qu'une substitution de verbe, d'après TOURNER MAL.

Re-minute papillon. Sauf erreur ou omission de la part de JB, si on est dans l'hypothèse du sperme, ce dernier ne s'écoule pas des boyaux. Ou alors Alain et Sophie ont rencontré des créatures extraterrestres à l'anatomie particulière… JB est d'accord sur la métaphore, mais voit mal le rapprochement concret au niveau du voire des fluides… Hum… Voilà JB plongé dans des abîmes de perplexité. Et ce d'autant plus qu'Alain et Sophie donnent comme explication à partir en couille l'origine suivante:
Partir (s'en aller) en couille “se réduire à rien, se désagréger”. Le mot ne peut ici désigner l'organe, mais correspond aux sens figurés et dialectaux “mensonge, mauvaise plaisanterie” (Namur, Givey), “bagatelle, chose sans valeur” (Nord et Paris), sens qui correspondent aux dérivés couillonnade et couillonner. En argot moderne une couille est un “ennui”, un “emmerdement”. Outre une métaphore assez évidente (partie “honteuse”, “méprisable” du corps, donnant “chose sans valeur” ou “histoire mensongère”), ces acceptions sont rapprocher de colle “tromperie, bourde” depuis le XVe siècle, et de couleur, même sens.

Bon bon bon bon…
Alors l'eau de boudin?
Le sperme? L'eau de cuisson du boudin? Les excrétions humorales du boyau au moment du lavage de celui-ci?
JB déteste conclure sur une énigme linguistique. Ça a le don de lui bousiller sa journée, de la faire s'en aller en… en eau de boudin. Oui, voilà la vérité! comme disait Thomas Bernhard.

L'autre question que l'on est en droit de se poser est:
Les Indo-Européens mangeaient-ils du boudin?
Outre que boudin et indoeuropéen riment, y a-t-il au-delà de la familiarité phonétique une familiarité culinaire?
Selon L'Encyclopédie de la Charcuterie, on trouve chez les Indo-Européens "les prémices de la charcuterie; ils utilisaient les estomacs et les viscères des animaux qu'ils remplissaient de petits morceaux de viande finement hachée, ainsi que du sang et de la graisse." Toutefois, comme JB a trouvé cette source chez les Salaisons Bentz (non qu'il ne leur fasse pas confiance, mais bon), il va vérifier si Mallory & Adams parlent du boudin noir. Or les meilleurs potes de JB n'ont pas un mot pour le boudin noir, ce qui est proprement discriminatoire à l'endroit de la saucisse de sang. Mais, précisent-ils à leur décharge, "the reconstructed menu of the Proto-Indo-Europeans is limited to the list of the cognates indicated" [below]. On trouve le lait, la crème, le miel, la bière, le gras, le sel, etc., mais pas le boudin noir. Quelle tristesse! Quel scandale!

Du coup, JB va chercher sur gougueule. Il cherche en français: "boudin + indoeuropéens", en allemand "blutwurst + indogermanisch", en anglais "black pudding + indo-european". Et, hélas, il ne trouve pas grand-chose.
Julius Pokorny le recense dans son Dictionnaire de la langue indoeuropéenne:


Ainsi donc, les Grecs connaissaient le boudin noir. Aha. De fait, JB apprend par Wikipédia que le boudin noir "aurait été inventé durant l'Antiquité par un cuisinier grec nommé Aphtonite." Les questions que se posent incontinent JB [JB veut dire ici: JB n'est pas incontinent, incontinent s'entend ici comme adverbe, c'est-à-dire: immédiatement] sont: Primo: Est-ce qu'Aphtonite a inventé les aphtes? Secundo: A-t-il inventé les aphtes à la kryptonite, dont chacun sait qu'elles sont l'arme réputée du Joker dans Batman?
Mais là, JB sait qu'il est hors-sujet en s'interrogeant là-dessus.
Bref.

JB apprend que la plus vieille trace du boudin noir dans la littérature se trouverait dans L'Odyssée de Homère, au chant XVIII. Ulysse revient à Ithaque et s'apprête à foutre une raclée à Iros, un vagabond. Ça va cogner, ça va saigner, nous disons-nous. Et, certes, ça va saigner, mais pas comme on le croit. Puisque de sang il est effectivement question, mais… mais… dans le boudin! Et oui! Voyant Ulysse et Iros se friter, même s'il n'en viennent pas encore aux mains, Antinoos, que Homère qualifie par ailleurs de "fort et vigoureux" (aha, se dit JB tout affriolé…), leur dit - et c'est JB qui souligne:
Écoutez, nobles prétendants; je veux vous parler. Voici des estomacs de chèvres qui cuisent sur le feu, où nous les avons mis pou le repas du soir; ils sont tout farcis de graisse et de sang. Le plus fort, vainqueur dans cette lutte, pourra en aller choisir un à son gré.
Et le voilà, notre boudin grec et antique, bien avant le boudin créole et moderne! Quel bonheur!!!

Puis JB apprend que la première recette de boudin nous aurait été transmise par Apicius dans son fameux De re coquinaria du IVe siècle, qui est le plus ancien livre de cuisine du monde occidental. Mais là, il y a dilemme. Grave. Certains affirment qu'il ne s'agirait que de saucisse farcie, d'autres de boudin noir. JB finit par renoncer à trouver la vérité, mais il note que les latinistes qui rédigent le Wikipédia en latin (et si, ça existe!) précisent que "An authority on sausage is a paper by Frank Frost, Sausage and meat preservation in antiquity" et que:


JB, en linguiste et lexicographe passionné, trouve cela absolument époustouflant et fabuleux que 1) quelqu'un soit "une autorité sur la saucisse" antique", 2) que les spécialistes se chamaillent sur le nom exact du boudin noir en latin. Cela nous prouve l'importance fondamentale si ce n'est ontologique dudit boudin noir dans l'histoire et le devenir de l'humanité.
Ce que JB apprend également, c'est que les rois de la charcuterie et du boudin n'ont été autres que les Celtes. Il paraît que les salaisons gauloises étaient fort appréciées à Rome. Et non seulement ça, mais les Celtes étaient les spécialistes du boudin noir, comme cette page nous le prouve:
The Celts (a people from central Europe of indo-European descent) began to settle in Ireland from around 500 BC, many believe earlier. They were renowned for their love of food and drink and everyday foods included pork, lamb (or mutton) and seafood including whale, and dolphin. They used every part of the animals including the blood, particularly of pigs in the making of Black Pudding.

Lequel black pudding, ou boudin, se dit marag dubh en gaélique irlandais, de dubh = noir et marag: marag, a pudding, Middle Irish maróc, hilla, Early Irish mar, sausage; from the Norse mörr, dat. mörvi, suet, blóð-mörr, black pudding.
Et quel mot on retrouve dans ce marag? Gagné, le mot grec que nous indiquait Pokorny. Comme quoi, de la Grèce à la graisse, grâce au boudin, il y a un pas que nous pouvons désormais, en toute liberté et alacrité, franchir.

Allez, ça suffit cette histoire de boudin.

On se quitte, mes petits amis, toujours sur le boudin - puisque ce boudin est une hymne. Oui, mes petits chéris, l'hymne de nos pioupious favoris, j'ai nommé: les légionnaires. On les voit ici chanter - et on peut plonger son regard sur leur crâne glabre si luisant. Mais JB ne saurait trop insister sur la fameuse "version paillarde" qui n'a pas échappé au journaliste. Attention, on tend bien l'oreille car, au final, peut-être l'hypothèse d'Alain Rey et Sophie Chantreau, sur l'eau de boudin comme émission liquide du boudin lequel signifie donc sexe masculin, se voit vérifiée à travers son emploi indirect et forcément métaphorique qu'en font nos chers légionnaires, confer ce qui se passe "sous la guitoune". Enjoy!




PS: Pour éviter tout malentendu, JB tient à préciser qu'il déteste le boudin noir. Le boudin blanc est son ami culinaire mais le boudin noir est son ennemi gustatif. JB ne peut pas voir le boudin noir en peinture. Que ce soit clair entre lui et vous, mes petits amis!

mardi 21 septembre 2010

ein Getös

Und der JB guckt sich heute Abend die ARD-Nachrichten an, die Jens Riewa leider nicht präsentierte - und der JB musste fast weinen - aber dann guckte er diese alten Nachrichten mit dem Jenslein und dann war der JB wieder munter. Wir schauen uns diesen grandiosen freudschen Versprecher an, den Jens-Liebling macht:



Man darf sich natürlich fragen, warum der knackige Jens Kunde und Kurde verwechselt; aber seitdem es um einen freudschen Versprecher handelt, und seitdem wir den süssen Jens mögen, sagen wir weiter nichts aber denken viel.

Auf jeden Fall sah der JB heute die Nachrichten und es ging um New York, um eine gewissene Konferenz, um Armut, blahblahblah, AIDS, blahblahblah, Frauenrechte, blahblahblah, pff… das ist aber sooo unwichtig, mann ey…
Und dann wird das Wort ausgesprochen:
Getöse.
Dieses Wort hat den unschuldigen und ein bisschen doofen JB immer erstaunt. Von daher wiederholt er:
Getöse

Was sagt der Duden zu diesem Wort?
Getöse, das, -s [mhd. gedoeze, Kollektivbildung zu mhd., ahd. dôz = Geräusch] (oft abwertend): tosendes Geräusch, Lärm: Das Getöse der Wellen; mach nicht solch ein Getöse!; mit lautem Getöse.

Und was sagt unser Freund der Kluge zu der Etymologie?
tosen (10. Jahrhundert), mhd. dôsen, ahd. dôsôn. Vergleichbar sind altnordisch þausn “Lärm”, altenglisch þys “Sturm”. Vielleicht als Anlautvariante zu indogermanisch °d-eus- “stieben, brausen”, das etwa in griechisch thyo “ich stürme” und latein furere “rasen, wüten” bezeugt ist — die Abgrenzung dieser Sippe ist im übrigen schwierig, da die Bedeutung leicht mit anderen verknüpft werden kann. Abstrakta: Tosen, Getöse.
Aha.
Also die lateinische furor, oder die franzenländische fureur entspricht dem deutschen Getöse. Normal, denn das D auf Indogermanisch (weiter T auf Deutsch) wurde F auf Latein, wegen dieses obengennanten Anlautprozesses.
Aber es gibt besser, erklärt und Julius Pokorny in seinem Wörterbuch der indogermanischen Sprache:


Also ein Idiot, ein Clown, ein Teufel, ein wahnsinniger, ruhiger oder betrunkener Mann (bzw. Frau) ist eigentlich das gleiche: ein Getöse. Das ist einfach toll!
Du bist solch ein Getös! könnte man also ab jetzt sagen. G und der JB kennen eine Labertasche, die (bzw: der) diesen neuen Namen müüühelos verdienen könnte. Egal.

Wenn der JB auf das Wort Getöse so achtet, ist es natürlich, weil er  an das Lied von Bertolt Brecht mit einer Musik von Kurt Weill in der Dreigroschenoper denkt, Seeräuber-Jenny: "Aber eines Abends wird ein Getös sein am Hafen / Und man fragt: Was ist das für ein Getös?" - zwei Sätze, die eigentlich die zwei Anderen des ersten Couplets abspiegeln: "Aber eines Abends wird ein Geschrei sein am Hafen / Und man fragt: Was ist das für ein Geschrei?"
Das Lied wurde berühmt und von viiielen Frauen gesungen. Aber die erste Version sang Lotte Lenja (seufz…), in der Adaptation von Pabst, von 1931, als sie noch keine Oktave verloren hatte und hoch singen konnte:



Eine andere schöne Version, mehr jazzig, ist natürlich die von DER Knef, von 1963. (Ach, Die Knef hätte den ganzen Repertoire von Brecht/Weill singen müssen… Naja…)



Wir werden natürlich NICH die Version von der Ute Lemper hören, nein. Aber die von Marianne Faithfull, auf jeeeden Fall! Zwar ohne Getös, aber in 1996 gesungen und schon historisch:



Aber die erschreckendeste Version ist selbstverständlich die von Nina Simone, die sie in 1964 im Konzert gesungen hat. Wir hören es erstmal und reden kur nachher darüber:




Denn neulich hat uns unsere Freundin Eli aus Norwegen folgende Nachricht geschickt: es ging genau um diesen Konzert, als sie Pirate Jenny, also Seeräuber-Jenny gesungen hat. Den Rest der Geschichte erzählt Sam Shepard hier, aber hierunten ein Teil davon:


Euch trotzdem eine schöne gute Nacht, meine kleinen lieben Freunde.

Ce trucmuche du truchement

Et voilà JB qui traduit et adore traduire la voix de ce bon vieux Elling, le personnage névropathe d'Ingvar Ambjørnsen, dont, par un miracle que seule la traduction et la littérature expliquent, il connaît les accents sémantiques et phonétiques sur le bout des doigts et des lèvres.
JB traduit donc - et c'est lui qui souligne:
J’ai véritablement mangé de la vache enragée avant que le téléphone et moi ne devenions les meilleurs amis du monde. Durant toutes les années où maman et moi avons vécu dans une sorte de symbiose tremblotante, c’était elle qui endossait pour deux les frusques du porte-parole lorsque le monde extérieur se manifestait à nous ou devait être contacté par le truchement de l’invention de ce bon vieux Bell.

Et JB sait que:
1) il commet une faute en employant truchement pour une chose. Sauf erreur ou omission de sa part, une action, si elle se fait par le truchement, celui est forcément de quelqu'un et non de quelque chose.
Mais JB :
2) va vérifier son allégation;
3) se demande quelle est l'étymologie de ce mot truchement;
4) trouverait merveilleux si les mots truchement et trucmuche étaient liés, ce dont il doute et qui le fait déjà pleurer une rivière.

1 et 2) Le sens et l'usage.
Que dit le TLF?


Et donc JB se trompait. On dit bien par le truchement de quelque chose.
JB ne voudrait pas paraître cabochard, n'empêche, les premiers sens renvoient à une personne, même si le sémantisme a évolué pour inclure une chose. Mais on voit que ces fameuses choses ont toutes à voir avec le discours, avec la parole, la transmission d'un message. Donc JB est dans le juste en utilisant le téléphone comme agent dans son emploi de l'expression sus-citée.
JB se trompait, donc, mais il se trompait en vertu de la remarque de Hanse qui précise - et c'est encore une fois JB qui souligne: "Si le sens premier de “interprète”, de « personne qui sert d'intermédiaire » a vieilli et que le mot s'emploie surtout dans par le truchement de, “par l'intermédiaire de”, il faut cependant éviter de dire: par le truchement d'un interprète, car une certaine conscience subsiste du sens premier." Le langage garde-t-il un inconscient sémantique? Le langage a-t-il une mémoire de ses sens tombés en obsolescence? La faute que pensait commettre JB en est la preuve, si tant est qu'il/on en doutât (waouh! le super subjonctif imparfait!!!).

Mais JB doute tout de même, il va donc consulter le gardien suprême de la langue française, il a nommé le Littré:


Idem, donc.
Si on s'arrête une seconde (allez, deux) sur les définitions proposées par le Littré, on remarque que, au vu de la deuxième, si on l'applique à la lettre, JB procède, en associant le téléphone à l'expression qui l'intéresse, à une anthropomorphisation de "l'invention de ce bon vieux Bell", comme dit Elling. C'est-à-dire: JB transforme une chose en un être humain. Ce qui, soit dit en passant, est une erreur lexicographique pathologique tout à fait raccord avec les manquements tout aussi pathologiques du personnage.
Mais bon, là, JB coupe un peu les cheveux en quatre.

Et, ainsi donc, un truchement ou, ainsi que l'écrit également le Littré, un trucheman est un interprète. JB est donc une sorte de trucheman. JB sert en tout cas de truchement aux écrivains qu'il traduit, dans leur dialogue imaginaire avec leurs lecteurs français. JB imagine tout à fait la scène:
Il n'a plus de travail. Il se présente à l'ANPE. L'agent(e): "Quel métier exercez-vous?" JB: "Truchement. Mais vous n'avez qu'à noter trucheman. T-R-U-C-H-E-M-A-N." Là, c'est direction Saint-Anne sans repasser par la case départ et sans gagner vingt mille francs!

Ce qui nous amène à:

3) L'étymologie
Et c'est évidemment le Robert historique de la langue française qui nous renseigne:
TRUCHEMENT n.m. est une forme refaite (début XVe siècle), précédée par trucheman (fin XIVe siècle), de drugement (fin XIIe siècle), mot emprunté à l'arabe targumen “traducteur” au moment des croisades. Ce dernier, emprunté lui-même à l'araméen d'origine akhadienne tragumannu, est passé en grec byzantin (dragoumanos) puis en italien (dragomanno) et a donné par ailleurs drogeman (début XIIe siècle), droguement (1213) puis drogman; ce mot sorti d'usage a longtemps désigné un interprète travaillant dans les pays du Levant.
◊ Les formes désignent l'interprète dans un pays du Levant puis en général, sens archaïque depuis que l'on emploie interprète. ◊ Par figure, truchement désigne une personne qui exprime la pensée d'une autre, un porte-parole, dans quelques constructions: être le truchement de, servir de truchement à (qqun). Depuis le XVIe siècle, le mot a pris le sens figuré d'“interprète (des sentiments)” en parlant des signes extérieures; cette valeur est usuelle aux XVIIe-XVIIIe siècles puis devient archaïque. Enfin, la valeur abstraite d'“entremise, intermédiaire” est réalisée (XXe siècle) dans quelques emplois comme par le truchement de (qqun, qqch).
Donc, oui, décidément, JB est un truchement, un trucheman. Il est même trucheman littéraire de profession. Ça ça enbouche un certain coin, hein…

Du coup, il va vérifier si:
4) truchement et trucmuche sont cousins.
Et, oui, décidément encore une fois, JB se trompe et peut dès lors pleurer une rivière.
Mais pour avoir de bonnes raisons de pleurer, JB va d'abord consulter le Dictionnaire des argots de Gaston Esnault (1965). Lequel lui indique que trucmuche signifie "chose en question", est formé sur le substantif truc et est apparu vers 1914.

Puis JB revient au Robert historique de la langue française qu'il va citer en police trébuchet et dont il émaillera les sens en police courier avec ceux indiqués par Gaston Esnault. À son sujet, quand une profession ou un groupe sont indiqués entre parenthèses, c'est que le mot est employé par l'argot en usage chez ces gens.
Le mot a été emprunté une première fois au XIIIe siècle pour désigner un coup d'adresse, une ruse, puis employé au XVe siècle pour “stratagème” dans la locution argotique faire le trucq.
2) Activité dont il vaut mieux taire le nom: Le truc que je maquille (1829). Le grand truc = l'assassinat (1835). Faire le truc, se livrer à la prostitution (prostituées, 1876), pratiquer le vol (1886).
3) Coup perpétré, meurtre ou méfait. Morfiller [avouer] un truc (1850). Se filer les trucs sur les endosses, en prendre la responsabilité (voyous, 1880).
Il est repris pour désigner (1789) un moyen adroit de se tirer d'affaire, un artifice, valeur aujourd'hui usuelle, et spécialement (1800) un savoir-faire dans un métier (1832, avoir le truc), puis (1803) au théâtre un moyen mécanique servant à mouvoir les décors et à susciter une illusion, acception développée avec le cinéma qui se définit dès l'origine, en France, à la fois comme un art de la réalité (Lumière, Pathé) et de l'illusion par le truc (Méliès). Le mot désigne aussi un procédé plus ou moins caché dans une technique, un métier, un tour d'adresse (1867).
1) Moyen, procédé caché. (…) Pièce à trucs, pièce exigeant des changements de décors à l'aide de “machines” (théâtre, 1849).
À partir de la fin du XIXe siècle, truc fait partie des désignations d'une chose ou d'une personne qu'on ne veut pas nommer (1886) [confer machin, chose, récemment bidule], parfois renforcé en truc-machin, truc-bidule…
4) Par imprécision commode ou euphémique, chose, “machin”: local (troupiers, 1886), menstrues (prostituées, 1898); revolver (voyous, 1926); — idée, problème Piger le truc (lycéens, 1884); — travail, occupation (troupiers, 1895).


Ce qui est passionnant, dans ce rapprochement entre le truchement et le truc(muche), c'est que l'un comme l'autre expriment et verbalisent, même si a priori ils le font à l'inverse l'un de l'autre. Le premier verbalise un mot qui resterait sinon incompréhensible. Le second verbalise un mot que l'on veut voir rester incompréhensible.Le premier montre, le second cache. Et nous savons depuis Foucault puis avec la théorie queer que c'est deux procédés aboutissent au même résultat. Que l'on cache ou que l'on montre, on exprime. Il y a dans les deux cas, et que ce soit par le geste ou la parole, une action performative, qui tend de toute façon à exprimer quelque chose, quelle que soit cette chose et quelle que soit la façon dont on veut l'exprimer.

Mais la boucle entre le truchement et le truc(muche), donc entre le traducteur et le taiseur qui tous deux verbalisent à leur corps défendant ou pas - cette boucle ne saurait être parfaitement bouclée sans se pencher sur l'étymologie du mot truc. On commence avec le Robert historique de la langue française:
TRUC n.m. est emprunté vers 1220 à l'ancien provençal truc, dérivé du verbe trucar “cogner, heurter contre”. Celui-ci est issu d'un latin populaire °trudicare, dérivé du latin classique trudere “pousser avec force, violence”, dit également des plantes et des bourgeons qui poussent (confer -> intrus). C'est un mot du vocabulaire indoeuropéen occidental, à rapprocher du vieux slave trudu “peine, souci” (russe trud “labeur, besogne”), d'un verbe gotique signifiant “donner de la peine, du mal, du souci (à qqun)."

Ça alors! Mais c'est une mine, mes petits amis!
C'est une mine parce que cela veut dire:
1) il y a bel et bien une évolution diachronique dans le(s) sémanstisme(s) du mot truc, et ce dès le départ;
2) il y a bel et bien, comme JB le soutenait plus haut, un inconscient sémantique dans le langage.

Pour asseoir sa petite thoérie, JB va chercher l'étymon indoeuropéen à partir duquel les différents termes ont été créés dans les langues respectives. Et cet étymon, c'est °tr-eu-d-:


Reprenons.
a) Le coup.
La troisième définition en argot du mot truc (“coup, meurtre”), qui date de la seconde moitié du XIXe siècle, est non seulement le sens exact qu'avait le terme en ancien provençal, alors que l'emprunt date de 1220. 650 ans séparent les deux termes et le sens est identique! Sapristi! Et non seulement ça, mais c'est le sens identiquement exact du verbe indoeuropéen °tr-eu-d-. Lequel, on le note juste pour l'anecdote, a donné en albanais treth qui signifie… “castrer”!!! Cela a également donné le verbe thrysta qui signifiait “appuyer” en ancien anglais, lequel a donné l'actuel thrust = appuyer/pousser brusquement.
b) Le tourment.
Le sens de tourment se retrouve dans une majorité de langues, qu'elles soient slaves, celtiques ou germaniques. On le retrouve notamment dans l'anglais threaten = menacer. Même le latin a uniquement fixé dans sa langue le sémantisme de la pression, de la poussée, il y a dans le sens récent en français du mot truc, donc cette chose que l'on ne veut/peut pas nommer directement, la même idée: si on la nomme, si on la montre, on risque de s'exposer à des ennuis, des tourments. Donc on emploie un terme détourné qui pousse le terme exact dans le non-dit, dans une espèce de non-existence, ou une existence détournée et dont le sens demeure tout de même appuyé.

Par là même, la traduction (le truchement) devient un truc:
1) Quand on traduit, on pousse le sens de certains mots, que ce soit dans une direction en l'exagérant (et on fait de la sutraduction) ou dans une autre en l'atténuant (et on fait de la sous-traduction). Dans les deux cas, on truque d'une certaine manière, on emploie un truc et on nomme autrement.
2) Le traducteur est un truqueur dans la mesure où il utilise des artifices, comme au théâtre, pour dissimuler certaines modifications (les jeux de mots), pour éviter les notes en bas de page (certains mots rajoutés dans la narration). Mais la traduction est aussi un truc dans le sens queer du discours performatif puisque, parfois, le traducteur tait certains détails, il ne les nomme pas, ne les traduit pas, mais, ailleurs, en traduit d'autres ou les traduit autrement ou en ajoute.
3) La traduction est un truc, un °tr-eu-d-, un trud, un tourment: le/la traducteur/trice se voit dans l'obligation d'obvier, de modifier légèrement le sens (confer supra), et, conformément au devoir de fidélité qui l'incombe, est plongé(e) dans des abîmes de perplexité et de tourments parce qu'il/elle ne respecte(rait) pas le sens exact.


JB est vraiment aux anges!
JB trouve qu'il a eu entièrement raison de "perdre" deux heures à enquêter et réfléchir pour arriver à ces conclusions-là, surtout un mardi où il a son entretien hebdomadaire.

Alors, comme JB adore les cohérences, comme JB adore boucler les boucles (il le serine sur tous les tons), comme il a commencé la journée sur ce blog tatoué et fumeur avec Sound Dimension, il va continuer avec eux et leur morceau The Thing, qui est aussi une traduction de truc. On écoute (et on regarde parce qu'on y voit plein plein plein de skinboys et skingirls):

"It comes and goes"

JB, comme tous les matins au petit déjeuner, se nourrit d'un petit museau vinaigrette tout en écoutant aujourd'hui Sound Dimension - quand il entend brusquement l'impeccable Return Of The Scorcher dans lequel il reconnaît la version instrumentale de Life Is But A Dream de The Sheiks & Winston Shand. Il prend du même ccoup onscience qu'il n'a pas encore dit bonjour à ses petits amis ("Quel scandoule!" comme dirait la reine Soufie) et se dit que c'est l'occasion rêvée. Rien de tel pour mieux commencer la journée qu'un morceau d'early reggae couplé de paroles réalistes mais pas désespérées pour autant. On écoute donc la version chantée dans un premier temps, puis, dans un second temps la version instrumentale. Enjoy!

Wie jeden Tag isst der JB seine Morgensülze, während er heute Sound Dimension hört und wenn plötzlich deren wunderhafte Return Of The Scorcher tont, in welchem er die instrumentale Version von Life Is But A Dream von The Sheiks & Winston Shand erkennt. Gleichzeitig wird es ihm klar, dass er seine kleinen lieben Freunde noch nicht begrüsst hat - Schande! -, denkt aber, dass es die perfekte Gelegenheit ist. Es gibt nichts besseres um besser in den Tag zu kommen, als ein skinhead reggae-Stück, das noch dazu realistische aber nicht verzweifelten Songtexte hat. Wir hören also erstmal die gesungene Version, dann die instrumentale. Viel Spass!