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vendredi 6 août 2010

De l'eau claire et pure et froide

On se lève encore aujourd'hui aux horreurs, encore plus qu'hier et on ne va pas faire de commentaires, on est déjà attelé au travail et on doit traduire cette phrase:
[jeg] fantaserer om kaldt, krystallklart vann som sildrer lindrende ned ganen, vann som gir energi og kraft og liv.
Et, dans l'instant, je me dis que ce "kaldt, krystallklart vann" est la copie quasi conforme de la chanson de Malaria, un groupe de filles allemand des années 80, emmené par Gudrun Gut, aujourd'hui une DJane qui vient justement, a-t-on lu dans son journal, de sortir un disque (de la techno, no no no no), et qui faisait de la NDW, la Nouvelle Vague Allemande dont on expliquait en janvier dernier ce qu'elle était exactement. Et Malaria avec Gudrun Gut ont composé en 1982 ce morceau dont elles étaient sûrement loin de savoir à l'époque qu'il deviendrait un tube vingt ans plus tard. Ce morceau s'appelait Kaltes, klares Wasser qui, donc, est la traduction allemande presque parfaite du groupe nominal norvégien employé par l'auteur - je le répète: "kaldt, krystallklart vann"; et le norvégien ajoute simplement que l'eau est non seulement claire mais cristalline ou limpide. On procède par ordre et on écoute d'abord Malaria, ici en concert à Düsseldorf:



Par deux fois ces derniers temps, ici à propos du roman en question et là à propos de la nouvelle de Sara, j'ai montré l'importance du rythme et de la musique intérieure des phrases. Hé! C'est pas pour rien qu'on écoute autant de musique primo sur ce blog tatoué et fumeur, secundo dans la vie en général.
Et on est une fois de plus confronté aux allitérations et aux assonances et autres retours de graphie. Donc on va ce matin encore faire mumuse et faire du coloriage:
fantaserer om kaldt, krystallklart vann som sildrer lindrende ned ganen, vann som gir energi og kraft og liv.
You see?
Parce que… je sais pas si vous y voyez quelque chose mais moi, en bon daltonien, je ne vois plus aucune différence entre les couleurs. Bref.
On a encore une preuve patentissime de l'importance de la musique intérieure du texte (d'où l'importance de la musique extérieure).

Et ça va donner quoi en français?
Ça, par exemple:
je fantasme à fond sur de l’eau claire et pure et froide, de l’eau qui s’écoule et désaltère, qui soulage et réhydrate, de l’eau qui donne de la vie et de la force et de l’énergie
Ça par exemple!

Si on décompose pour analyser le choix de traduction, on peut arriver aux conclusions suivantes. Mais d'abord une petite explication de traductologie. Quand il y a un effet littéraire dans le texte original, il faut le reproduire, eu égard à cette obligation de fidélité à laquelle le traducteur est tenu. Dans l'idéal, il faut le reproduire à l'identique. Donc s'il y a une allitération en S en norvégien, il faut créer une allitération en S en français. À défaut, trouver une allitération avec une autre consonne. À défaut, trouver un autre effet rhétorique et/ou poétique. La structure linguistique, sémantique, poétique et narrative des langues est différente d'une langue à l'autre. Les langues germaniques jouent par exemple beaucoup sur les rimes intérieures, comme on le voit ci-dessus (c'est le principe, pour le scandinave, de la poésie scaldique ancienne). Le français littéraire contemporain va certes utiliser lui aussi ce principe, mais jouera aussi sur d'autres: la longueur des mots, le nombre de pieds (nos fameux alexandrins), etc.

Les conclusions explicatives:
1) C'est la troisième et dernière subordonnée qui a donné la clé de la traduction:
L'auteur utilise ici un procédé stylistique assez courant en norvégien, qui repose sur une accumulation de termes liés par la conjonction de coordination et, et qui fonctionne rarement en français si on la reproduit à l'identique. Or, dans notre cas de figure, cela peut susciter un effet poétique. Je m'explique: puisqu'on est dans une phrase qui joue uniquement sur des effets poétiques et stylistiques, il faut s'en emparer, même des plus étranges a priori en français. De plus, l'auteur a recours à une accumulation de substantifs proche de la redondance: énergie, force et vie sont quasi synonymes.
-> on va donc utiliser cette accumulation ternaire liée par la conjonction et la doubler dans la première subordonnée. Ainsi, de la vie et de la force et de l'énergie fait écho à de l'eau claire et pure et froide.
-> on note au passage l'inversion par mes soins des substantifs pour deux raisons: a) une question de pieds: 1 + 2 + 3 syllabes; b) le rehaussement de l'assonance en I: i + o + i
2) On voit également ci-dessus l'allitération en F qui est introduite au départ par le verbe fantasme. J'ai rajouté à fond justement pour appuyer cette allitération, mais aussi pour des raisons lexicographiques, parce que le verbe norvégien fantasere est beaucoup plus fort et beaucoup moins employé que son équivalent français fantasmer, très galvaudé dans le langage courant. En norvégien, le verbe très galvaudé est plutôt: jeg ser for meg, toujours problématique à traduire, et qui signifie je visualise, j'imagine, littéralement: je vois devant moi.
3) Ce à fond a par ailleurs l'avantage d'introduire le principe stylistique de la première subordonnée qui ne repose, à part le verbe, que sur des mots monosyllabiques. Il faut prendre en compte les E rendus muets par les liaisons (restitués ici par une apostrophe) et cela nous donne:
à + fond + sur + de + l’eau + clair' + et + pur' + et + froid'.
On note au passage l'allitération en R dans les trois adjectifs, elle aussi voulue.
4) On arrive à la seconde subordonnée qui a été la plus difficile à traduire. Le piège consistait à répéter le principe ternaire des première et troisième subordonnée. Adopter ce choix ici aussi aurait été une fausse bonne idée car on serait alors tombé dans la cacophonie, dans une construction lourde.
On reproduit la subordonnée:
de l’eau qui s’écoule et désaltère, qui soulage et réhydrate
La phrase norvégienne dit en réalité, le plus littéralement possible:
de l'eau qui s'épanche avec apaisement au bas de la gorge
-> On note qu'en norvégien le verbe sildre et le participe présent lindrendre relèvent plutôt du langage soutenu, et on attire à nouveau l'attention sur les assonances, allitérations et retours de graphie qui unissent ces deux mots.
-> On constate, toujours en termes de lexicographie, ensuite aisément que j'ai pris de graaandes libertés avec l'original, que je suis très clairement tant dans la sur-traduction que dans la sous-traduction. Je déroge très clairement à la règle de la fidélité qui prévaut dans la traduction. Mais je m'en explique ci-dessous.
-> On peut, moi le premier, regretter le verbe réhydrater, un poil trop technique, un poil trop prosaïque, un poil pléonastique. Pour ma défense, je soulignerai que le personnage et son copain se trouvent dans le nord de la Côte d'Ivoire, qu'il fait très, mais alors très chaud et qu'ils n'ont plus d'eau depuis plusieurs heures déjà.
-> Ici, j'ai clairement joué sur les allitérations et assonances. Si je réitère mon coloriage, ça donne ça:
de l’eau qui s’écoule et désaltère, qui soulage et réhydrate
Ici, je suis fidèle, sinon servile, au principe stylistique et poétique voulu par l'auteur. Je suis certes en-deçà au niveau du sens et de la sémantique, mais je suis "raccord" avec le rythme. Ce que j'ai perdu au niveau lexicographique, je l'ai gagné au niveau rythmique.
-> Le rythme justement. Si on remet cette subordonnée en perspective avec les deux autres et si on procède à leur analyse métrique, on se rend compte que cela donne: 3 + 2 + 2 + 3; effet rehaussé par les répétitions: de l'eau qui + qui + qui + de l'eau qui. Cela donne un effet miroir supplémentaire qui met en valeur l'ensemble et diversifie les procédés tant stylistiques, poétiques, rhétoriques que narratifs.

Voilà.
C'est ma proposition. C'est ma lecture. Ce n'est pas la solution ultime. C'est l'interprétation (dans tous les sens du terme) que j'en donne.

Allez, on se quitte en revenant sur Kaltes, klares Wasser. En 2000, le combo cosmopolite (1 Allemande, 2 Américaines, 1 Australienne, 1 Israélienne) des Chicks on Speed, par ailleurs féministe et flingué (pour notre plus grand ravissement), remixe le morceau de Malaria. En Allemagne, c'est un tube, un succès énorme. Chez nous dans la Rance, la sauce à "l'eau claire et froide" ne prend pas, mais elle a prise pour We Don't Play Guitars des mêmes Chicks on Speed, qu'on a évoqué l'autre jour sur ce blog tatoué et fumeur. Mais un succès retentissant en Allemagne, donc, aussi parce qu'on se souvient (certes vaguement, très vaguement) du combo également féministe et flingué des années 80. Et un succès d'autant plus retentissant que le morceau est à son tour remixé par toute une ribabmbelle de DJs. Personnellement, et si on doit absolument donner son avis sur des morceaux de techno (no no no no), on préfère la version par DJ Koze, certes indisponible sur toitube mais audible grâce au fertiliseur, confer ici et ci-dessous. Sur toitube, en revanche, on peut voir le clip du morceau. Et, non, la photo ci-dessous n'est porno, c'est la vie.
En parlant de vie: bonne journée, et bonne vie!

samedi 31 juillet 2010

DDR-Beat (9): Erziehung

Liebe Genossen und Genossinnen,
Freundschaft!

Der JB trauert immer noch die Schliessung bei ihm vor der Tür von dem Laden Namens Norma (die Kusine von dem Fisch Namens Wanda), wo er nie hinging. Aber statt Verschwindung, nun Verschwendung. Denn eine neue Kette hat sich dort etabliert: 1000 kleine Dinge, heisst sie, wo man 1000 euro verlieren kann. Der JB hat also als Mission ein Warenhaustest zu machen, er braucht nämlich Kuverten und Klebeband (und, wie Chicks on Speed es damals in 2003 sangen: "We like to use gaffa tape but we don't play guitars"). Er hatte Recht dahin zu gehen. Was fand er nämlich? Bücher (was sonst? wenn ich fragen darf). Und welche? Ja, diese Reihe unten, nur für zwee Oi zehn. Büllüsch!

© icke

Erstmal fragt sich der JB, ob nicht der Schriftsteller der ersten Lektüre ein Onkel von seinem guten Freund A ist, denn wir erinnern uns ja mit Fröhlichkeit aus diesem Post daran, dass As Tante, Bärbel, ja Saft (was sonst?) herstellt. Vielleicht ist As Familie wie die DDR-Tische von damals: Multifunktion (aber darüber ein anderes Mal, also über die Mufutis).

Zurück zu unserer Reihe von Professor Doktor med. Rudolf (oder kürzer: Rudieeinenachrichtfürdich) Neubert, die bei dem Volk und Wissen Volkseigener Verlag Berlin in 1966 herausgegeben worden ist. Denn die Situation, wie Rudieeinenachrichtfürdich es uns erklärt, ist folgendes: die Helga und der Karl wohnen zusammen. "Helga hat ihr medizinisches Staatsexamen bestanden. Vor ihr liegt noch ein Dreivierteljahr Pflichtassistenz. Karl ist schon seit einem Vierteljahr als Diplom-Ingenieur im VEB Appartebau angestellt. Und, zack, ist die Helga schwanger. Was tun? fragen sie sich, genau wie Lenin damals. Je-nau! Rudieeinenachrichtfürdich lesen. Es steht alles drin. Wie man Kleinkinder erzieht und all dieses Tralala. Aber Marx sei Dank gibt es die DDR, die sozialistisch alles für Helga leichter macht:

© icke

Ein Kind sozialistisch zu erziehen ist eine Selbstverständlichkeit. Dennoch muss das sozialistische Kind spielen. Und ihm hilft der VEB Kinderfreude Sonneberg mit diesem Spielzeug:



Tja… Wir vermissen diese schönen, bunten, phantasievollen Spielzeuge, die die chemie- und plaste- und elastetreue DDR produziert hat. Denn Spass war weder ein Feind noch ein Fremwort der DDR. Nönö. Gesungen, getanzt und gefeiert, wie wir es gerade gesehen haben, war seeehr angesagt. Und gerade bei nationalen Feierlichkeit. Aber die Helga und der Karl fragen sich: Was sagen? Wie erklären? Hier die Antwort:

© icke

Das waren also die Ratschläge von Marga, Lore und Margit. Ha! Apropos Margit und Bildung. Wir sind froh Nachrichten von Miss Bildung, bzw. Margot (die beliiiebte Volksbildungsministerin der DDR und Ehefrau von Onkel Erisch, wie alle es wissen), bekommen zu haben. Sie hat nämlich ihren chilenschen Sommer- und Winterlager (und auch Frühling- und Herbst-) verlassen um bei einer Beerdigung teilzunehmen. Hier das Video.

Aber zurück zu der Erziehung des Kindes von der Helga und dem Karl. Das Kind ist jetzt grösser geworden und "will" unbedingt Pionier werden. Was tun? fragen sie sich nun wieder - und nun wieder genauso wie Lenin. Eine andere Helga (also nicht "unsere" Helga) beantwortet diese Frage:

© icke
© icke

Und dann geht's los mit Fahnenappell, Pioniersignal, Pionierlager, Pionniertreffen, wir hier in Dresden. Lass uns daran erinnern…



Tja… die Helga und der Karl sind älter geworden. Ihr Kind auch. Das Kind fährt jetzt eine Schwalbe und ist von seinen Pheromonen durch und durch bearbeitet. Das ist nicht leicht. Nach den Pickeln und den Haaren kommen jetzt Geschlechtsverkehr und Selbstbefriedigung. Und ausgerechnet das ist jar nüsch einfach. Aber die DDR ist keine Feindin der Sexualität. Nönö. Ganz im Gegenteil, und schon damals in 1966:

© icke
© icke


Wir verabschieden uns mit unserem treuen Genossen Hans Jürgen. HaJü, obwohl er Westphal als Nachname heisst, wohnt in der Nähe von Dresden, aber kommt eigentlich aus Meck-Pomm. HaJü ist auch ein Musiker und hat eine Band, sogar eine "sozialistsische Band". Veritas, heisst sie. Leider haben zur Zeit HaJü und Veritas Probleme einen Studio zu finden, und überhaupt: ihre Musik zu veröffentlichen. Denn heutzutage gibt es ja nur verdorbene kapitalistische, republikfeindliche Schallplattenunternehmern. AMIGA existiert zwar nicht mehr aber HaJü singt einfach weiter und endelos, wie hier: "Ja ich bin in dir geboren, meine schöne DDR / und ich habe dich verloren, dieser Schmerz vergeht nie mehr." Von seinem Weihnachten in Groß Polzin schickt uns Hajü weitere Grüsse und redet kurz von seiner Kindheit, bevor er fröhlich und sozialistisch singt: