dimanche 8 février 2009

La force tumescente

(Toujours avec Stephin Merritt, ses 69 Love Songs sur des amours non-discriminatoires (comme le dit si bien la langue anglaise).)

Je me souviens que, dans une ancienne vie, aux lendemains du nouveau millénaire, j'avais interviewé Stephin Merritt sur ces/ses chansons d'amour. L'entretien avait fini sur cette question qu'il (se/me/nous) posait:
Une chanson peut-elle pornographique?
Il répondait par la négative. Il expliquait qu'un film, un roman, une photo, une peinture peut être pornographique. Mais pas une chanson. Évidemment, il n'expliquait pas pourquoi, en quoi – il avait même ponctué la conversation là-dessus.

Et donc une chanson n'est pas pornographique. Une chanson n'a pas de force tumescente. Du coup, ça me fait penser à cet extrait du Chant d'amour (le film et non le poème), de Jean Genet, sur lequel je suis tombé l'autre jour par hasard, et qui constitue le parfait antidote à la pornographie – et, dans le même registre, il faudrait parler de la capacité détumescente de la scène pornographique déjà visionnée, déjà appréciée: la très contradictoire propriété quasi sédative d'une scène de film porno sur le spectateur qui, s'il la revoit, n'y trouve plus la même excitation, comme si l'excitation survenue avait tué l'excitation à venir.
Toujours est-
il qu'il se dégage une force tumescente de cette scène du Chant d'amour où on ne voit rien de sexuel, où tout repose sur le suggéré, sur ce rapport ambigu et ambivalent du montré/caché qui a tant séduit les penseurs de la théorie queer. De toute façon, et le cinéma l'a parfaitement compris (confer Marlon Brando dans Un tramway nommé désir), la cigarette a toujours eu un pouvoir érotique démesuré, à commencer par le fait d'allumer la cigarette de quelqu'un (ou la sienne d'ailleurs, mais il faut que quelqu'un regarde) en craquant une allumette et en portant cette allumette à la bouche de la personne.
Allez, on regarde cette scène tirée du Chant d'amour :

samedi 7 février 2009

Rodeo men

Quand est-ce que j'en parlais la dernière fois?
Comparons la littérature avec la musique.

• La littérature, d'abord. Extrait de Brokeback Moutain, in: Les pieds dans la boue, Annie Proulx, traduit par Anne Damour, Rivages, 1999 (année de publication originale: 1999):
Ennis amena la main de Jack à sa bouche, tira une bouffée de cigarette, exhala la fumée:
— En tout cas pour moi, sûr que t'as l'air d'être un seul morceau. Tu sais, je suis resté pendant tout ce temps-là à me demander si j'étais… Je sais que je le suis pas. je veux dire: tous les deux on a une femme et des enfants,non? J'aime le faire avec une des femmes, ouais, mais putain, on peut pas comparer. J'ai jamais pensé à baiser avec un autre mec, sauf que je me suis branlé une centaine de fois en pensant à toi. Tu le fais avec d'autres types, Jack?
— Ça va pas,non? dit Jack, qui avait monté autre chose que des taureaux. Tu le sais bien. La vieille Brokeback nous a accrochés pour de bon et c'est sûr que c'est pas fini. Bordel, faut trouver ce qu'on va pouvoir faire maintenant.
— Cet été-là, dit Ennis, quand on s'est séparés après avoir été payés, j'ai attrapé de telles crampes au bide que je me suis arrêté et j'ai essayé de gerber, j'ai cru que j'avais mangé quelque chose de mauvais dans le restaurant à Dubois. Ça m'a pris près d'un an pour comprendre que j'aurais pas dû te laisser disparaître de ma vue. Il était trop tard alors, bien trop tard.
— Mon ami, dit Jack, on est dans un foutu pétrin. Faut s'débrouiller pour trouver une solution.
— Je doute qu'on puisse rien y faire maintenant, dit Ennis.


• La musique. Extrait de Papa was a rodeo, in: 69 Love Songs, The Magnetic Fields, 2000 (Stephin Merritt):
The light reflecting off the mirror ball
looks like a thousand swirling eyes
They make me think I shouldn't be here at all
You know, every minute someone dies

What are we doing in this dive bar
How can you live in a place like this
Why don't you just get into my car
and I'll take you away I'll take that kiss now, but

Papa was a rodeo - Mama was a rock'n'roll band
I could play guitar and rope a steer before I learned to stand
Home was anywhere with diesel gas - Love was a trucker's hand
Never stuck around long enough for a one night stand
Before you kiss me you should know
Papa was a rodeo



Patsy Todd am Skamstag

Heute ist es Samstag, und obwohl es draussen ganz grau ist, ist es wieder Skamstag und gestern war es der Nighter im Tommyhaus und übel war die Party überhaupt nicht, ganz im Gegenteil.

Ce post aujourd'hui comme pour se rédimer (et, donc, en profiter pour utiliser un verbe oublié…), pour se racheter (c'est déjà plus moche et furieusement financier) des mots quelque peu injustes envers Patsy Todd. I'm sorry, Patsy. Don't be mad at me, please!
Patsy Todd est connue pour ses duos avec, principalement Stranger Cole et Derrick Morgan. On (je!) dispose de peu d'éléments sur celle qui s'appelle en réalité Millicent Todd: pas d'entrée à son nom dans Wikipedia, idem dans allmusic.com; et si les sites de musiques jamaïcaine daignent la référencer, elle est réduite à jouer les "moitié", cataloguée sous le nom de Stranger & Patsy ou Derrick & Patsy – ce qui en dit long, en somme, sur la domination masculine dans la musique en particulier et dans la vie en général. Bon.
Il nous reste sa voix, flûtée, ces morceaux "feel good" et notamment ceux avec Stranger Cole qui semble vouloir chanter en sourdine pour la laisser dominer la chanson, comme c'est le cas dans My love, le morceau que j'aurais voulu présenter parce qu'il passe quasi en boucle cette semaine, mais dont il manque les dix dernières secondes. D'où le choix de When I call your name, un des hits du duo Stranger & Patsy… allez: du duo Patsy & Stranger.

Rubbzzz!

vendredi 6 février 2009

Aux armes, etc…

Excellent post à lire chez le kumpel Fabrice C. qui déplore (et je compatis) que nos joueurs nationaux, forts de l'intimation gouvernementale qui leur est désormais faite de chanter notre placide et paisible hymne national, n'entonnent pas ces paroles par trop oubliées – je le cite, lui et Rouget de Lisle:
Quoi ! des cohortes étrangères / Feraient la loi dans nos foyers !
ou:
Sous nos drapeaux que la victoire / Accoure à tes mâles accents / Que tes ennemis expirants / Voient ton triomphe et notre gloire !
(Aaah… Accoure à tes mâles accents, j'adooore. Aujourd'hui, a posteriori, ça pourrait presque être détourné par un garçon sensible – mais bon, ça aussi c'est une autre histoire.)


Putain ce qu'elle est décidément rance cette (f)Rance…
Allez, Serge, merde quoi, reviens, je t'en supplie!



PS: Et c'est pas pour dire, mais cette période reggae du gars Gainsbourg est franchement trop méconnue.

jeudi 5 février 2009

Magick!

Ah oui. Ça fait un bail que je voulais mettre cette vidéo (que ces… grnumpf! d'Universal ont bloquée pour ne pas qu'elle soit sur les blogs). À l'époque où elle était sortie, je l'avais montré à pas mal d'amis. Les trois quarts n'y voyaient que du sexe. Le dernier quart était terrorisé et ne voulait plus jamais la revoir.
Question: est-ce une version moderne de Warm leatherette?


http://www.youtube.com/watch?v=gy-mRFnBWiI