Et, cependant qu'il travaille au mot qui n'a pas forcément besoin d'être le plus long pourvu uniquement que le compte soit bon, JB retombe sur une chanson de France Gall. Fonçant dans son mange-disque électronique, il laisse son regard acéré se fixer sur cette chanson sortie en 1968:
Puisque, oui, les petits amis français de JB l'ignorent sûrement, mais la Gall a eu une carrière florissante de ce côté-ci du Rhin. Tous les Allemands, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, connaissent par cœur le refrain de A Banda (Zwei Apfelsinen Im Haar). Mais donc, en cette année 1968, elle chante aussi Hippie Hippie, qu'on écoute incontinent:
La même année 1968, de l'autre côté de l'Atlantique, complété par un groupe répondant au nom idoine The Hippies, Austin Faithful préfère des tonalités moins psychédéliques, c'est-à-dire complètement rocksteady, mais nous chante un Miss Anti-Social tout aussi antiautoritaire que JB a forcément immédiatement adoré quand il l'a découvert il y a quelques mois. Enjoy!
Mais cette boucle ne saurait être parfaitement bouclée sans un retour à l'envoyeur, c'est à-dire la Rance, voire un retour dans l'envoyeur, c'est-à-dire tout autant la Rance même si c'en en est une autre, avec Antisocial de Trust, qui a bercé la prime jeunesse de JB. Et, trente ans après, JB, qui est lui aussi une "miss anti-social", trouve toujours impeccable l'antiautoritarisme prôné par Bernie Bonvoisin contre la Rance alors dirigée par Végéheu. On écoute:
Et déjà, dans sa chambre d'enfant, JB trouvait que Bernie Bonvoisin avait des appas fort prometteurs, eu égard à la mouleboulitude de son pantalon stretch simili-cuir, dont JB ne résiste pas à exhiber les talents pas si cachés (que la capture d'écran ci-dessous ne révèle cependant pas comme elle le devrait):
Ceci dit, à trente ans d'écart, JB est nettement plus enclin à succomber à la version contemporaine, en dépit du paillasson de poils:
Sur ce, babaille, hein.
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vendredi 27 mai 2011
mardi 3 mai 2011
à face de hyène
Et JB, traduisant le syntagme "un rire nerveux" cherche un synonyme qui lui plairait davantage. Il va donc consulter dans le TLF le substantif rire, quand son œil est attiré par les constructions analogiques suivantes (et c'est lui qui souligne):
a) [À propos d'un animal] Cri aigu et saccadé qui rappelle le rire de l'homme. Le rire de la chouette, de la fouine, de la hyène, de la mouette, du singe.
Là, le sang de (l'abbé) JB ne fait qu'un tour. Et il… ricane tout seul dans son palais socialiste. Avant d'expliquer la raison de cette hilarité, JB souhaite faire entendre à ses petits amis le son du rire de la hyène dont il se doute qu'ils ne l'ont pas en tête. Attention, il y a un trucage — pas au début, mais au milieu.
Hö hö hö! Voilà qui devrait plaire aux ours en peluche de la grotte, songe JB rêveur…
Alors pourquoi JB glousse-t-il en lisant puis entendant "le rire de la hyène"?
C'est qu'il se souvient de ce week-end pascal qu'il a passé récemment avec son cher ami É. Que faisaient-ils? Dans le souvenir évanescent de JB, ils étaient sur la terrasse de l'hôtel où, forcément, JB buvait une bière et fumaitune des cigarettes tout en ne quittant pas du regard un monsieur dans la pistoche extérieure, occupé à faire des longueurs. (Après, JB avait voulu faire le fanfaron en imitant le nageur, ce qui avait occasionné chez un Saxon en face de lui et bien au chaud, un rire non pas nerveaux mais narquois. Peuh! De fait, l'eau était froide.)
Bref.
Toujours est-il que É et JB sont sur le balcon (personne ne tombe à l'eau, donc on ne demande pas qui il reste), quand É demande à JB s'il se souvient de l'expression hilarante qu'avait leur ami commun de l'époque?
Cette expression, qui les fait encore une fois hurler de… rire et de jubilation, c'est:
Et donc, en voyant le syntagme le rire de la hyène et en repensant à la métaphore sus-citée, JB se demande d'où vient cette dernière et se met illico en quête de ses occurrences dans gougueule. Il est intimement persuadé qu'il s'agit d'une invention. Or le moteur de recherches lui recrache deux résultats:
Ça alors! s'exclame JB in petto devant son ordimini.
En limitant sa recherche sur la comparaison "à face de hyène", JB obtient cette fois 30 résultats, qui souvent se recoupent. Il n'en faut pas plus à JB pour jubiler.
Car quels exemples trouve-t-il? L'un, datant de 1927, tiré du magazine La révolution surréaliste, dans un article signé Paul Éluard et Benjamin Péret. Et de qui parlent-ils? Bingooo: Sacco et Vanzetti. Mais qui est la hyène, en l'espèce? Re-bingooo! La Rance! Mais siii!!!
Mais il y a encore encore mieux et encore plus ancien: 1870. Et JB ne jubile plus, il est carrément hystéro. Car d'où est tirée la métaphore cette fois? JB le donne en mille à ses petits amis. D'un opuscule signé d'un certain Rosez (mais on suppose qu'il s'agit de Camille Lemonnier) et dont le titre est… est… est… Bingooo! Paris-Berlin! Et qui la hyène désigne-t-elle? Re-bingooo! Paris. On lit incontinent la page 19:
"(…) les luxures à face de pourceau"
Hö hö hö!
Celle-là, JB la ressortira. Et même plutôt deux fois qu'une. Ça pourrait d'ailleurs être un jeu, tiens… Essayer, dans les dîners, entre la poire et le fromage, de placer la locution "les luxures à face de pourceau"!
Trêve de bêtises.
Car JB se demande: pourquoi la hyène? Dans le souvenir (évanescent, toujours) de JB, la hyène n'est pas laide. Regardons-là de plus près:
Oui, pourquoi tant dehyaine, øøø… Pourquoi tant de haine contre la hyène? Elle est mignonne, vue comme ça. En plus elle est utile car elle débarrasse les carcasses d'animaux morts.
Pour trouver la réponse, JB se plonge dans ses dictionnaires.
Le Robert des expressions et locutions ne recense pas de métaphore en lien avec la hyène. Son cousin, portant le même patronyme mais étant historique de la langue française, copie allègrement ce que le TLF avait dit avant lui (toute la première partie est carrément carottée — ho!):
◊ Le mot s'emploie au figuré (Balzac, 1835) au sens de “personne d'un naturel bas et féroce”, la hyène ayant la réputation d'être à la fois féroce et craintive, ne s'attaquant qu'aux animaux blessés ou malades.
Ce serait donc ce cher Balzac (décidément… après “la peau de chagrin”, la hyène!) qui aurait le premier comparé l'humain à une hyène. Et il l'a fait dans La Fille aux yeux d'or, à la page 353, précise le TLF. JB a retrouvé le passage en question:
Bon. Ce mystère étymologique et sémantique expliqué, JB peut revenir à son "capitalisme à face de hyène" qui lui plaît décidément.
Car, ici, la face de hyène désigne une réalité politique et idéologique.
JB décide donc d'élargir sa recherche dans gougueule et de taper: capitalisme + hyène. Et là, il en trouve des réponses. Et des truculentes!!!
Notamment ce commentaire d'un certain lancetre sur le forum de rue89 qui fait pisser de rire (de hyène) JB:
L'expression semble être coutumière dudit lancetre puisqu'il la réutilise à une autre occasion.
Seconde occurrence que JB affectionne tout particulièrement, celle-ci, trouvée sur un blog baptisé soviet suprême:
Pour JB, c'est une double, triple, quadruple réjouissance:
• il est comblé, lui qui refuse bec et ongles de retourner aux États-Unis, en anti-américaniste (très très très) primaire
• il cherche l'explication de “capitalisme à face de hyène” et tombe sur un exemple concernant l'architecture réaliste-socialiste, lui qui l'adore et qui vit dans un palais socialiste de RDA (confer supra)
• il effectue cette recherche à la suite d'un bon moment de rigolade (de hyène) avec son cher ami É qui, en venant pour l'occasion le voir dans son palais socialiste, lui a offert l'ouvrage de Frédéric Chaubin, récemment publié aux éditions Taschen, CCCP: Cosmic Communist Constructions Photographed, somme documentaire dont JB se repaît quasi tous les jours
• il est quadruplement aux anges car, pas plus tard que ce matin, son journal chouchou, la TAZ, faisait une critique (très élogieuse) de l'ouvrage en question
Autant de raisons, et surtout de magnifiques coïncidences comme JB les révère, qui nous obligent à regarder la vidéo expliquant et montrant l'ouvrage:
Après cet interlude, JB revient àsa la "face de hyène".
Et, là, re-re-re-re-re-bingo, une occurrence dégotée sur le site du… PCF d'Aubervilliers. Du PCF! Dans le 9-3! Yo, camarade!
Ça y est. Le souvenir de JB n'est plus évanescent du tout. Il se rappelle à présent que l'ami commun qu'avaient É et lui avait expliqué à JB qu'on employait l'expression “à face de hyène” avec le terme impérialisme. JB n'en mettrait pas à sa main à couper, mais il est à peu près certain de ce qu'il avance.
Mais JB trouve encore mille fois mieux que tous les trésors qu'il a dénichés jusque-là.
Car qui a parlé des "hyènes capitalistes"?
Qui?
Rosa Luxemburg.
Et JB se fout de savoir si elle était la première ou pas; pour lui, elle l'est définitivement. JB, jamais à court d'une exagération, est prêt à verser dans le mensonge étymologique et affirmer haut et fort que Rosa Luxembourg a, la première, associé les capitalistes et les hyènes et leurs sales faces.
Ce passage se trouve dans la fameuse Brochure de Junius, rédigée en prison. On lit (et c'est JB qui souligne et colorie en (forcément) rouge):
Ah ouais… Ça aussi c'est pas mal:
le rauque hurlement des hyènes capitalistes
Celle-là aussi, JB la replacera.
Néanmoins, comme JB ne croit que ce qu'il voit (lui qui est le Saint-Thomas de la linguistique), il va vérifier dans l'édition originale allemande, et trouve exactement la même chose:
Der Wahnwitz wird erst aufhören und der blutige Spuk der Hölle wird verschwinden, wenn die Arbeiter in Deutschland und Frankreich, in England und Rußland endlich aus ihrem Rausch erwachen, einander brüderlich die Hand reichen und den bestialischen Chorus der imperialistischen Kriegshetzer wie den heiseren Schrei der kapitalistischen Hyänen durch den alten mächtigen Schlachtruf der Arbeit überdonnern: Proletarier aller Länder, vereinigt euch!
Quelle énième coïncidence en cette journée et quel bonheur que cette journée!
JB finit son explication sémantique par Rosa. Rosa qui orne son mur! Rosa qui étudiait les fleurs dans cette prison où elle a écrit la Brochure de Junius et pestait contre ses amies en leur écrivant vertement qu'elle avait plus de plaisir à soigner ses fleurs qu'à lire leurs lettres. Rosa que tout le monde a essayé de faire taire mais qui ne s'est jamais tue. Rosa qui boitait. Rosa qui n'a aimé qu'un seul homme qui ne l'a pas aimée. Rosa qui parlait des "hyènes capitalistes".
a) [À propos d'un animal] Cri aigu et saccadé qui rappelle le rire de l'homme. Le rire de la chouette, de la fouine, de la hyène, de la mouette, du singe.
Là, le sang de (l'abbé) JB ne fait qu'un tour. Et il… ricane tout seul dans son palais socialiste. Avant d'expliquer la raison de cette hilarité, JB souhaite faire entendre à ses petits amis le son du rire de la hyène dont il se doute qu'ils ne l'ont pas en tête. Attention, il y a un trucage — pas au début, mais au milieu.
Hö hö hö! Voilà qui devrait plaire aux ours en peluche de la grotte, songe JB rêveur…
Alors pourquoi JB glousse-t-il en lisant puis entendant "le rire de la hyène"?
C'est qu'il se souvient de ce week-end pascal qu'il a passé récemment avec son cher ami É. Que faisaient-ils? Dans le souvenir évanescent de JB, ils étaient sur la terrasse de l'hôtel où, forcément, JB buvait une bière et fumait
Bref.
Toujours est-il que É et JB sont sur le balcon (personne ne tombe à l'eau, donc on ne demande pas qui il reste), quand É demande à JB s'il se souvient de l'expression hilarante qu'avait leur ami commun de l'époque?
Cette expression, qui les fait encore une fois hurler de… rire et de jubilation, c'est:
le capitalisme à face de hyène
Et donc, en voyant le syntagme le rire de la hyène et en repensant à la métaphore sus-citée, JB se demande d'où vient cette dernière et se met illico en quête de ses occurrences dans gougueule. Il est intimement persuadé qu'il s'agit d'une invention. Or le moteur de recherches lui recrache deux résultats:
Ça alors! s'exclame JB in petto devant son ordimini.
En limitant sa recherche sur la comparaison "à face de hyène", JB obtient cette fois 30 résultats, qui souvent se recoupent. Il n'en faut pas plus à JB pour jubiler.
Car quels exemples trouve-t-il? L'un, datant de 1927, tiré du magazine La révolution surréaliste, dans un article signé Paul Éluard et Benjamin Péret. Et de qui parlent-ils? Bingooo: Sacco et Vanzetti. Mais qui est la hyène, en l'espèce? Re-bingooo! La Rance! Mais siii!!!
Mais il y a encore encore mieux et encore plus ancien: 1870. Et JB ne jubile plus, il est carrément hystéro. Car d'où est tirée la métaphore cette fois? JB le donne en mille à ses petits amis. D'un opuscule signé d'un certain Rosez (mais on suppose qu'il s'agit de Camille Lemonnier) et dont le titre est… est… est… Bingooo! Paris-Berlin! Et qui la hyène désigne-t-elle? Re-bingooo! Paris. On lit incontinent la page 19:
"(…) les luxures à face de pourceau"
Hö hö hö!
Celle-là, JB la ressortira. Et même plutôt deux fois qu'une. Ça pourrait d'ailleurs être un jeu, tiens… Essayer, dans les dîners, entre la poire et le fromage, de placer la locution "les luxures à face de pourceau"!
Trêve de bêtises.
Car JB se demande: pourquoi la hyène? Dans le souvenir (évanescent, toujours) de JB, la hyène n'est pas laide. Regardons-là de plus près:
Oui, pourquoi tant de
Pour trouver la réponse, JB se plonge dans ses dictionnaires.
Le Robert des expressions et locutions ne recense pas de métaphore en lien avec la hyène. Son cousin, portant le même patronyme mais étant historique de la langue française, copie allègrement ce que le TLF avait dit avant lui (toute la première partie est carrément carottée — ho!):
◊ Le mot s'emploie au figuré (Balzac, 1835) au sens de “personne d'un naturel bas et féroce”, la hyène ayant la réputation d'être à la fois féroce et craintive, ne s'attaquant qu'aux animaux blessés ou malades.
Ce serait donc ce cher Balzac (décidément… après “la peau de chagrin”, la hyène!) qui aurait le premier comparé l'humain à une hyène. Et il l'a fait dans La Fille aux yeux d'or, à la page 353, précise le TLF. JB a retrouvé le passage en question:
Bon. Ce mystère étymologique et sémantique expliqué, JB peut revenir à son "capitalisme à face de hyène" qui lui plaît décidément.
Car, ici, la face de hyène désigne une réalité politique et idéologique.
JB décide donc d'élargir sa recherche dans gougueule et de taper: capitalisme + hyène. Et là, il en trouve des réponses. Et des truculentes!!!
Notamment ce commentaire d'un certain lancetre sur le forum de rue89 qui fait pisser de rire (de hyène) JB:
L'expression semble être coutumière dudit lancetre puisqu'il la réutilise à une autre occasion.
Seconde occurrence que JB affectionne tout particulièrement, celle-ci, trouvée sur un blog baptisé soviet suprême:
Pour JB, c'est une double, triple, quadruple réjouissance:
• il est comblé, lui qui refuse bec et ongles de retourner aux États-Unis, en anti-américaniste (très très très) primaire
• il cherche l'explication de “capitalisme à face de hyène” et tombe sur un exemple concernant l'architecture réaliste-socialiste, lui qui l'adore et qui vit dans un palais socialiste de RDA (confer supra)
• il effectue cette recherche à la suite d'un bon moment de rigolade (de hyène) avec son cher ami É qui, en venant pour l'occasion le voir dans son palais socialiste, lui a offert l'ouvrage de Frédéric Chaubin, récemment publié aux éditions Taschen, CCCP: Cosmic Communist Constructions Photographed, somme documentaire dont JB se repaît quasi tous les jours
• il est quadruplement aux anges car, pas plus tard que ce matin, son journal chouchou, la TAZ, faisait une critique (très élogieuse) de l'ouvrage en question
Autant de raisons, et surtout de magnifiques coïncidences comme JB les révère, qui nous obligent à regarder la vidéo expliquant et montrant l'ouvrage:
Après cet interlude, JB revient à
Et, là, re-re-re-re-re-bingo, une occurrence dégotée sur le site du… PCF d'Aubervilliers. Du PCF! Dans le 9-3! Yo, camarade!
Ça y est. Le souvenir de JB n'est plus évanescent du tout. Il se rappelle à présent que l'ami commun qu'avaient É et lui avait expliqué à JB qu'on employait l'expression “à face de hyène” avec le terme impérialisme. JB n'en mettrait pas à sa main à couper, mais il est à peu près certain de ce qu'il avance.
Mais JB trouve encore mille fois mieux que tous les trésors qu'il a dénichés jusque-là.
Car qui a parlé des "hyènes capitalistes"?
Qui?
Rosa Luxemburg.
Et JB se fout de savoir si elle était la première ou pas; pour lui, elle l'est définitivement. JB, jamais à court d'une exagération, est prêt à verser dans le mensonge étymologique et affirmer haut et fort que Rosa Luxembourg a, la première, associé les capitalistes et les hyènes et leurs sales faces.
Ce passage se trouve dans la fameuse Brochure de Junius, rédigée en prison. On lit (et c'est JB qui souligne et colorie en (forcément) rouge):
Cette folie cessera le jour où les ouvriers d'Allemagne et de France, d'Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle couvrant à la fois le choeur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le rauque hurlement des hyènes capitalistes, en poussant le vieux et puissant cri de guerre du Travail:
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!
Ah ouais… Ça aussi c'est pas mal:
le rauque hurlement des hyènes capitalistes
Celle-là aussi, JB la replacera.
Néanmoins, comme JB ne croit que ce qu'il voit (lui qui est le Saint-Thomas de la linguistique), il va vérifier dans l'édition originale allemande, et trouve exactement la même chose:
Der Wahnwitz wird erst aufhören und der blutige Spuk der Hölle wird verschwinden, wenn die Arbeiter in Deutschland und Frankreich, in England und Rußland endlich aus ihrem Rausch erwachen, einander brüderlich die Hand reichen und den bestialischen Chorus der imperialistischen Kriegshetzer wie den heiseren Schrei der kapitalistischen Hyänen durch den alten mächtigen Schlachtruf der Arbeit überdonnern: Proletarier aller Länder, vereinigt euch!
Quelle énième coïncidence en cette journée et quel bonheur que cette journée!
JB finit son explication sémantique par Rosa. Rosa qui orne son mur! Rosa qui étudiait les fleurs dans cette prison où elle a écrit la Brochure de Junius et pestait contre ses amies en leur écrivant vertement qu'elle avait plus de plaisir à soigner ses fleurs qu'à lire leurs lettres. Rosa que tout le monde a essayé de faire taire mais qui ne s'est jamais tue. Rosa qui boitait. Rosa qui n'a aimé qu'un seul homme qui ne l'a pas aimée. Rosa qui parlait des "hyènes capitalistes".
lundi 4 avril 2011
La Rance dans toute sa splendeur
Et, juste avant d'aller se pieuter, JB prend des dernières nouvelles de la Rance. Mais pas de quoi s'inquiéter, de l'autre côté du Rhin, tout va bien. Petite revue de fesses, øøøh, pardon… de presse grâce à la Libération du soir:
On commence par prendre des nouvelles de la secrétaire d'État à la Santé:
On continue, toujours au gouvernement, avec la dernière sortie du ministre de l'Intérieur:
Laissons les affaires politiques décidément compliquées et passons à la culture pour voir quel est le livre de chevet du secrétaire d'État chargé du Commerce et de l'Artisanat:
Précision pour les lecteurs étrangers:
Et JB, en cherchant sur internénette la fonction exacte dudit sieur, découvre que, sur gougueule, il précède juste un chanteur célèbre de nationale belge:
Bon, on revient quand même aux affaires intérieures puisque le gouvernement a concocté une loi qui interdit le voile intégral aux musulmanes dans les lieux publiques mais autorise les nonnes catholiques à évoluer dans la rue masquées de la même manière. La République, quoi…
Comme les affaires intérieures sont désespérantes, on regarde ce que la Rance fait dans ses affaires extérieures. Elle fait quoi, la Rance? La guerre.
Non, décidément, la politique, ça ne va pas. Du coup on revient à la culture et on voit ce que pense nos écri-vains (et il faudra qu'on explique à JB pourquoi certain(e)s ne veulent pas dire écrivaines sous prétexte qu'on entendrait écri-vaines, alors qu'on ne se pose jamais la question pour écri-vains, alors même que les exemples fourmillent sinon tous les jours, en tout cas toutes les semaines — confer le Prix Goncourt 2010, in la Rance):
On se quitte sur une poilade et une marrade grâce, toujours grâce à la Libération (et il faut cliquer sur le lien de la Libération juste avant) qui nous explique ce qu'on pourra faire et ne plus faire dans le cadre de la loi sur le voile intégral dont il était question supra:
0h30
Ah ah ah!!!
JB ne s'en lasse pas. Et comme il ne s'en lasse pas, il montre la vidéo preuve des propos deJean Lefèvre, øøøh… pardon, Frédéric Lefèbvre:
Puis il montre certains des twitts:
Ah ah ah!!!
On commence par prendre des nouvelles de la secrétaire d'État à la Santé:
On continue, toujours au gouvernement, avec la dernière sortie du ministre de l'Intérieur:
Laissons les affaires politiques décidément compliquées et passons à la culture pour voir quel est le livre de chevet du secrétaire d'État chargé du Commerce et de l'Artisanat:
Précision pour les lecteurs étrangers:
Et JB, en cherchant sur internénette la fonction exacte dudit sieur, découvre que, sur gougueule, il précède juste un chanteur célèbre de nationale belge:
Bon, on revient quand même aux affaires intérieures puisque le gouvernement a concocté une loi qui interdit le voile intégral aux musulmanes dans les lieux publiques mais autorise les nonnes catholiques à évoluer dans la rue masquées de la même manière. La République, quoi…
Comme les affaires intérieures sont désespérantes, on regarde ce que la Rance fait dans ses affaires extérieures. Elle fait quoi, la Rance? La guerre.
Non, décidément, la politique, ça ne va pas. Du coup on revient à la culture et on voit ce que pense nos écri-vains (et il faudra qu'on explique à JB pourquoi certain(e)s ne veulent pas dire écrivaines sous prétexte qu'on entendrait écri-vaines, alors qu'on ne se pose jamais la question pour écri-vains, alors même que les exemples fourmillent sinon tous les jours, en tout cas toutes les semaines — confer le Prix Goncourt 2010, in la Rance):
On se quitte sur une poilade et une marrade grâce, toujours grâce à la Libération (et il faut cliquer sur le lien de la Libération juste avant) qui nous explique ce qu'on pourra faire et ne plus faire dans le cadre de la loi sur le voile intégral dont il était question supra:
0h30
Ah ah ah!!!
JB ne s'en lasse pas. Et comme il ne s'en lasse pas, il montre la vidéo preuve des propos de
Puis il montre certains des twitts:
Ah ah ah!!!
mardi 29 mars 2011
"Hellblau, das tragen sie"
Et JB, sur une certaine page bleue, a le dialogue suivant avec un inconnu-qui-lui-offre-des-fleurs et qu'il (JB) aime bien même s'il ne le connaît pas et avec qui il aime en tout cas beaucoup discuter. L'inconnu-qui-lui-offre-des-fleurs en question avait conseillé à JB d'aller voir l'expo de General Idea pendant qu'il était dans la Rance, ce que JB aurait très volontiers fait mais ce pour quoi il n'a pas eu le temps, trop surchargé de travail.
Et voilà le dialogue en question:
Et voilà la vidéo en question:
Et voilà la série des Kama Sutra Poodles en question:
Et voilà les General Idea en question, eux-mêmes en caniches:
21h50
A y est. JB a retrouvé l'œuvre dont il est question dans le dialogue:
Et voilà le dialogue en question:
8. XXX 29. Mar. 2011 - 18:34
tu es allé voir les expos que je t'ai proposées?
9. Der JB 29. Mar. 2011 - 19:33
non, pas eu le temps du tout.
10. XXX 29. Mar. 2011 - 21:14
dommage
i will do a live reenactment of each artwork for you.
11. Der JB 29. Mar. 2011 - 21:16
i can't wait you doing the miss beauty pageant of general idea…
12. XXX 29. Mar. 2011 - 21:17
Wait until I get up on my hind legs and recreate the poodle pose, while shouting "Shut The Fuck Up!"
13. Der JB 29. Mar. 2011 - 21:20
AH AH AH !!!!!!!
14. XXX 29. Mar. 2011 - 21:22
see what I'll do to meet you?
15. Der JB 29. Mar. 2011 - 21:25
ok, we have to arrange that. and you don't have to do the poodle. we'll just listen to kleenex/lilliput singing about it.
Et voilà la vidéo en question:
Et voilà la série des Kama Sutra Poodles en question:
Et voilà les General Idea en question, eux-mêmes en caniches:
21h50
A y est. JB a retrouvé l'œuvre dont il est question dans le dialogue:
"The dark days are gone"
Et JB est enfin rentré à Berlin. Dans son Berlin. Dans son Berlin baigné de soleil. À tel point que, fixant la boule de feu si blanche, il plisse les yeux et murmure: Sunny!
Allez, tous en chœur:
Sunny, yesterday my life was filled with rain.
Sunny, you smiled at me and really eased the pain.
The dark days are gone, and the bright days are here,
My sunny one shines so sincere.
Sunny one so true, I love you.
Allez, tous en chœur:
Sunny, yesterday my life was filled with rain.
Sunny, you smiled at me and really eased the pain.
The dark days are gone, and the bright days are here,
My sunny one shines so sincere.
Sunny one so true, I love you.
mercredi 16 mars 2011
On such a wednesday
Et, brusquement, sans qu'il comprenne pourquoi, alors qu'il marche en silence à coté de son si cher ami É avec qui il vient de dîner au restaurant, à Paris, dans cette capitale où il se sent si étranger alors qu'il y a vécu 18 ans, JB entend cette chanson résonner dans sa tête décidément compliquée:
JB, aussi anticlérical sinon plus que les bouffeurs de curés les plus acharnés, est d'abord sidéré d'avoir ce morceau hippie dans le crâne, lui qui a compris il y a quelques années que les paroles étaient pro-foi et donnaient à fond dans la religiosité. Aussi, quand une voix dans ses oreilles roucoulent les phrases ci-dessous, il en raye certaines:
Stopped into achurch
I passed along the way
Well, I gotdown on my knees
And I pretend to pray
Pourtant, face aux contingences du moment, JB se dit qu'il aurait bien besoin de prier, mais il ne le fera jamais de toute manière. Du coup, plus tard, maintenant, il comprend le fin mot de l'histoire, lui qui n'avait nulle envie d'être dans la ville-lumière même s'il y retrouve des amis. Et il change toutes les paroles:
All the leavesare brown await spring
And the sky's is gray depressin'
I've been for a walk
On such awinter's day wednesday.
I'd be safe and warm
If I was inL.A. in Berlin.
California Berolina dreamin'
On such awinter's day wednesday.
Voilà, là c'est mieux. Là ça fait sens.
Puis, en vérifiant dans mange-disques électronique, JB découvre qu'il possède une reprise reggae par Lloyd Charmers qui est… potable, mais sans plus. Il va chercher dans toitube pour la mettre en illustration et en résonance. Mais il en découvre une autre, nettement mieux, par Winston Francis, et celle-ci lui plaît:
JB, aussi anticlérical sinon plus que les bouffeurs de curés les plus acharnés, est d'abord sidéré d'avoir ce morceau hippie dans le crâne, lui qui a compris il y a quelques années que les paroles étaient pro-foi et donnaient à fond dans la religiosité. Aussi, quand une voix dans ses oreilles roucoulent les phrases ci-dessous, il en raye certaines:
Stopped into a
I passed along the way
Well, I got
And I pretend to pray
Pourtant, face aux contingences du moment, JB se dit qu'il aurait bien besoin de prier, mais il ne le fera jamais de toute manière. Du coup, plus tard, maintenant, il comprend le fin mot de l'histoire, lui qui n'avait nulle envie d'être dans la ville-lumière même s'il y retrouve des amis. Et il change toutes les paroles:
All the leaves
And the sky's
I've been for a walk
On such a
I'd be safe and warm
If I was in
On such a
Voilà, là c'est mieux. Là ça fait sens.
Puis, en vérifiant dans mange-disques électronique, JB découvre qu'il possède une reprise reggae par Lloyd Charmers qui est… potable, mais sans plus. Il va chercher dans toitube pour la mettre en illustration et en résonance. Mais il en découvre une autre, nettement mieux, par Winston Francis, et celle-ci lui plaît:
dimanche 13 mars 2011
Coloré
Et JB, expatrié dans la Rance depuis une semaine, prend un plaisir non dissimulé à ricaner devant les publicités chamarrées et… colorées.
dimanche 27 février 2011
Gérard Longuet et la Rance
Et JB vient d'avoir des nouvelles de la Rance plus rance que jamais puisque Gérard Longuet vient d'être nommé grand défenseur de la patrie. Mais de toute façon, déjà avant, il s'illustrait en tant que défenseur aussi rance que son pays.
Petit retour en arrière rehaussé d'une remise à niveau des connaissances, ce par le biais de deux exemples.
Ici, le 15 mai 2008 au palais du Luxembourg à Paris, lors d'un colloque intitulé La Ve République au Parlement, et c'est les copines de La Barbe qui révèlent le pot aux roses (fanées):
Ici, presque trois mois plus tard, le 3 juillet 2008, en tant que Rapporteur spécial de la Commission spéciale des Finances du Sénat, dans le cadre d'une audition de Xavier Darcos, alors ministre de l'Éducation Nationale:
Petit retour en arrière rehaussé d'une remise à niveau des connaissances, ce par le biais de deux exemples.
Ici, le 15 mai 2008 au palais du Luxembourg à Paris, lors d'un colloque intitulé La Ve République au Parlement, et c'est les copines de La Barbe qui révèlent le pot aux roses (fanées):
Ici, presque trois mois plus tard, le 3 juillet 2008, en tant que Rapporteur spécial de la Commission spéciale des Finances du Sénat, dans le cadre d'une audition de Xavier Darcos, alors ministre de l'Éducation Nationale:
jeudi 30 décembre 2010
in Babylon
Et JB, qui fait sa petite revue de fesses de presse quotidienne (et il n'y a rien à lire, ou quasi) apprend la nouvelle suivante, in la Libération:
Forcément, JB se souvient d'un hit de Boney M, Rivers Of Babylon, qu'il a dégoté sur toitube et enregistré pour la Noël 1978 dans la Angleterre et dans lequel ledit Bobby Farrell, en tenue légère et fort seyante et pas du tout ridicule, exhibe ce que les Norvégiens appellent si joliment un "paillasson de poils" (= hårmatte). Avant d'écouter le morceau, JB ne résiste pas une seule seconde à montrer une capture d'écran du torse et de la tenue en question:
Et c'est pas plus tard que maintenant qu'on écoute de la diskø:
De la diskø sur le blog tatoué et fumeur? s'étranglent les petits amis de JB et tous les skinheads et les skingirls avec eux.
Mais bien sûr.
Pourquoi?
Parce que ce tube interplanétaire mais (Marx merci) pas interstellaire est en fait une reprise d'un morceau de early reggae composé et interprété par les Melodians en 1969. On regarde et on ouvre bien grand ses esgourdes:
Oooh… Et qu'est-ce que JB voit sur la pochette du dikse? It's My Delight, un des morceaux chouchous et fétiches de JB dont il a déjà parlé ici, là, et là encore.
Des versions de Rivers Of Babylon, JB en a plein, qu'il a collectées et fil des semaines et des mois puisque ça fait longtemps qu'il voulait au fond rédiger ce post dur Boney M et les Melodians et les rivières de Babylone. Voici ce que lui indique son mange-disques électronique:
Et le site Roots Archives lui en indique d'autres:
Une constatation s'impose d'emblée.
Les différents interprètes n'ont pas fait preuve d'une graaande imagination en proposant leur reprise. À quelques exceptions près (qu'on écoutera, cela va de soi), on a l'impression un seul et même morceau en continu, avec certes un timbre de voix différent, une orchestration elle aussi légèrement différente - mais, à chaque fois, rien qui révolutionne particulièrement l'original.
Pourquoi?
Parce que l'original des Melodians est "insurpassable"?
Qu'est-ce qui mérite une écoute particulière, alors?
La première version, et qui demeure la plus surprenante, c'est celle de Herbie Mann, de 1974, avec Tommy McCook. Car quel instrument reconnaît-on? Woilà: la… flûte traversière! (Et, bien évidemment, JB salue G!!!) Normal, diront les petits amis de JB, puisque Herbie Mann était LE interprète de l'instrument en question pendant les années 70. N'empêche, le fait qu'il ait enregistré avec Monsieur McCook un disque reprenant des morceaux de reggae montre à quel point le second était respecté par le monde musical.
Une autre version que JB aime est celle de Prince Student, qu'on trouve sur la compilation Trojan Nyahbinghi - le nyahbinghi est un style du reggae des années 70, très dub et avec des consonances africanisantes, et qu'on reconnaît entre mille autre styles par les percussions toujours très en avant. La mode du nyahbinghi correspond au trip rastafari à fond avec l'Éthiopie (le fameux Zion = la terre promise, dont il est question dans la chanson), Haïlé Sélassié et passelepètequejetiredessus et tout et tout. On écoute:
La version de Hopeton Lewis, enregistrée en 2009, lors de la réunion à Kingstown des plus grands compositeurs et interprètes de rocksteady, que le documentaire de Sascha Bader a admirablement montré (et JB salue cette fois F avec qui (et avec G, d'ailleurs) il avait vu le film lors de son avant-première (avec l'Ambassadeur de Jamaïque en Allemagne dans la salle!!!)). On regarde la bande-annonce de ce doc, où on n'entend pas Hopeton Lewis chanter, mais où on voit tous les gens que JB montre quasi quotidiennent:
Une version que JB n'a pas mais qu'il adore est celle des Skatalites, qu'on voit ci-dessous en concert, en 2006:
Quant aux autres, elles sont honnêtes - point.
Mais le top du top est atteint grâce à l'inénarrable Byron Lee qui, JB l'a souvent montré, a été capable du meilleur comme du pire. Sa version de 1971 est à l'avenant: à la fois innovante et carrément ringarde. On appréciera surtout les trompettes très Beatles période Sergeant Pepper's, psychédéliques à souhait. On écoute en ricanant un peu, tant c'est presque du reggae grotesque:
Mais si JB voulait rédiger ce post sur Rivers of Babylon, c'est qu'il a souvent croisé le morceau et Babylon dans son travail. Dans deux traductions, il a eu affaire à eux. Dans un roman pour adolescents d'Unni Nielsen, Rita, New York, 1964, il était question de ce garçon noir de Brooklyn qui chantait la chanson:
Être étranger dans son propre pays, insistait donc Booker en chantant les Melodians. Si JB vivait encore dans la Rance il pleurerait des rivières et acquiescerait aux paroles du personnage semi-fictif. Mais depuis qu'il vit dans son palais socialiste de Berlin, il n'a plus cette impression qu'il a tout de même chaque fois qu'il est obligé de revenir dans son pays d'origine. Bref.
Car ça veut dire, quoi, en fait, Babylon, dans ce contexte?
Avant de répondre à cette question, on passe à un autre roman que JB a traduit, Volvo Trucks, d'Erlend Loe, où le pauvre Andreas Doppler, la quarantaine, se fait avoir par Maj Britt, une Suédoise de 92 ans qui fume pétard sur pétard en écoutant du reggae et en dansant dans sa cuisine dont le sol porte les marques des piques de ses bâtons de ski dont elle s'aide pour pouvoir tenir debout et se trémousser. C'est hilarant et on lit ci-dessous:
Hö!
Alors, ça fait référence à quoi, Babylon?
Pour le savoir, on va à la source même, c'est-à-dire sur l'impeccable glossaire du patois jamaïcain (comme on dit), qui nous révèle:
Si on souhaite une explication plus académique, pas de problème, on va consulter le Concise New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English de Tom Dalzell et Terry Victor, lesquels nous expliquent:
Donc Babylon, c'est l'oppresseur pour les Jamaïcains puis pour les Noirs: la police, les États-Unis, les blancs. Est-ce qu'on peut étendre le sens et dire que Sarkotzy (kotzen, en allemand, ça signifie dégueuler) c'est Babylone dans la Rance? On va dire que oui, hein. Et on va dire que Zion, ce n'est plus l'Éthiopie, c'est Berlin. Et toc, et voilà, et salut.
Forcément, JB se souvient d'un hit de Boney M, Rivers Of Babylon, qu'il a dégoté sur toitube et enregistré pour la Noël 1978 dans la Angleterre et dans lequel ledit Bobby Farrell, en tenue légère et fort seyante et pas du tout ridicule, exhibe ce que les Norvégiens appellent si joliment un "paillasson de poils" (= hårmatte). Avant d'écouter le morceau, JB ne résiste pas une seule seconde à montrer une capture d'écran du torse et de la tenue en question:
Et c'est pas plus tard que maintenant qu'on écoute de la diskø:
De la diskø sur le blog tatoué et fumeur? s'étranglent les petits amis de JB et tous les skinheads et les skingirls avec eux.
Mais bien sûr.
Pourquoi?
Parce que ce tube interplanétaire mais (Marx merci) pas interstellaire est en fait une reprise d'un morceau de early reggae composé et interprété par les Melodians en 1969. On regarde et on ouvre bien grand ses esgourdes:
Oooh… Et qu'est-ce que JB voit sur la pochette du dikse? It's My Delight, un des morceaux chouchous et fétiches de JB dont il a déjà parlé ici, là, et là encore.
Des versions de Rivers Of Babylon, JB en a plein, qu'il a collectées et fil des semaines et des mois puisque ça fait longtemps qu'il voulait au fond rédiger ce post dur Boney M et les Melodians et les rivières de Babylone. Voici ce que lui indique son mange-disques électronique:
Et le site Roots Archives lui en indique d'autres:
Une constatation s'impose d'emblée.
Les différents interprètes n'ont pas fait preuve d'une graaande imagination en proposant leur reprise. À quelques exceptions près (qu'on écoutera, cela va de soi), on a l'impression un seul et même morceau en continu, avec certes un timbre de voix différent, une orchestration elle aussi légèrement différente - mais, à chaque fois, rien qui révolutionne particulièrement l'original.
Pourquoi?
Parce que l'original des Melodians est "insurpassable"?
Qu'est-ce qui mérite une écoute particulière, alors?
La première version, et qui demeure la plus surprenante, c'est celle de Herbie Mann, de 1974, avec Tommy McCook. Car quel instrument reconnaît-on? Woilà: la… flûte traversière! (Et, bien évidemment, JB salue G!!!) Normal, diront les petits amis de JB, puisque Herbie Mann était LE interprète de l'instrument en question pendant les années 70. N'empêche, le fait qu'il ait enregistré avec Monsieur McCook un disque reprenant des morceaux de reggae montre à quel point le second était respecté par le monde musical.
Une autre version que JB aime est celle de Prince Student, qu'on trouve sur la compilation Trojan Nyahbinghi - le nyahbinghi est un style du reggae des années 70, très dub et avec des consonances africanisantes, et qu'on reconnaît entre mille autre styles par les percussions toujours très en avant. La mode du nyahbinghi correspond au trip rastafari à fond avec l'Éthiopie (le fameux Zion = la terre promise, dont il est question dans la chanson), Haïlé Sélassié et passelepètequejetiredessus et tout et tout. On écoute:
La version de Hopeton Lewis, enregistrée en 2009, lors de la réunion à Kingstown des plus grands compositeurs et interprètes de rocksteady, que le documentaire de Sascha Bader a admirablement montré (et JB salue cette fois F avec qui (et avec G, d'ailleurs) il avait vu le film lors de son avant-première (avec l'Ambassadeur de Jamaïque en Allemagne dans la salle!!!)). On regarde la bande-annonce de ce doc, où on n'entend pas Hopeton Lewis chanter, mais où on voit tous les gens que JB montre quasi quotidiennent:
Une version que JB n'a pas mais qu'il adore est celle des Skatalites, qu'on voit ci-dessous en concert, en 2006:
Quant aux autres, elles sont honnêtes - point.
Mais le top du top est atteint grâce à l'inénarrable Byron Lee qui, JB l'a souvent montré, a été capable du meilleur comme du pire. Sa version de 1971 est à l'avenant: à la fois innovante et carrément ringarde. On appréciera surtout les trompettes très Beatles période Sergeant Pepper's, psychédéliques à souhait. On écoute en ricanant un peu, tant c'est presque du reggae grotesque:
Mais si JB voulait rédiger ce post sur Rivers of Babylon, c'est qu'il a souvent croisé le morceau et Babylon dans son travail. Dans deux traductions, il a eu affaire à eux. Dans un roman pour adolescents d'Unni Nielsen, Rita, New York, 1964, il était question de ce garçon noir de Brooklyn qui chantait la chanson:
Être étranger dans son propre pays, insistait donc Booker en chantant les Melodians. Si JB vivait encore dans la Rance il pleurerait des rivières et acquiescerait aux paroles du personnage semi-fictif. Mais depuis qu'il vit dans son palais socialiste de Berlin, il n'a plus cette impression qu'il a tout de même chaque fois qu'il est obligé de revenir dans son pays d'origine. Bref.
Car ça veut dire, quoi, en fait, Babylon, dans ce contexte?
Avant de répondre à cette question, on passe à un autre roman que JB a traduit, Volvo Trucks, d'Erlend Loe, où le pauvre Andreas Doppler, la quarantaine, se fait avoir par Maj Britt, une Suédoise de 92 ans qui fume pétard sur pétard en écoutant du reggae et en dansant dans sa cuisine dont le sol porte les marques des piques de ses bâtons de ski dont elle s'aide pour pouvoir tenir debout et se trémousser. C'est hilarant et on lit ci-dessous:
Hö!
Alors, ça fait référence à quoi, Babylon?
Pour le savoir, on va à la source même, c'est-à-dire sur l'impeccable glossaire du patois jamaïcain (comme on dit), qui nous révèle:
Si on souhaite une explication plus académique, pas de problème, on va consulter le Concise New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English de Tom Dalzell et Terry Victor, lesquels nous expliquent:
Donc Babylon, c'est l'oppresseur pour les Jamaïcains puis pour les Noirs: la police, les États-Unis, les blancs. Est-ce qu'on peut étendre le sens et dire que Sarkotzy (kotzen, en allemand, ça signifie dégueuler) c'est Babylone dans la Rance? On va dire que oui, hein. Et on va dire que Zion, ce n'est plus l'Éthiopie, c'est Berlin. Et toc, et voilà, et salut.
lundi 6 décembre 2010
Le pincement au cœur
Et JB, rentré hier de Parisible dans son palais socialiste chéri, écoute par hasard ce matin Next Door Neighbour de Leon and Owen Silveras - et, pour une raison qu'il ignore lui-même, le morceau résonne différemment à ses oreilles. De fait, la chanson provoque chez cette chiffe molle de JB comme un pincement au cœur, malgré les notes joyeuses propres au ska de cette période. Pourquoi? Parce que les frères Silveras disent: "You find out you're going to suffer?" Mais JB n'a aucune envie de souffrir - ça va, hein, la/les souffrance(s)! Car comme le scandent Band of Mercy & Salvation dans leur ritournelle-titre: Suffering Stink. À moins, bien sûr, que tout cela ait à voir avec les déplacements aussi récents qu'incessants de JB qui l'épuisent tant et le laissent parfois, souvent, perplexe. Confer l'autre phrase du morceau: "Well I turn to the east, and I turn to the west to caress you." Et qu'est-ce qu'ils ont au final? Pas grand-chose. On écoute:
mardi 30 novembre 2010
"I will be willing to ring the bell for freedom"
JB est à peine arrivé dans la Rance, il se les pèle dans son hôtel (mal chauffé comme la majorité des appartements parisiens et pas risibles) quand, brusquement, résonnent dans sa tête compliquée les notes de Free Man des Ethiopians. JB sort fissa son mange-disque électronique et écoute. Merdre. Ça commence mal: "I've got the feeling that them gonna put you down", chantent les zigotos bien avisés. C'est donc: la Rance, Parisible. Pff…
mercredi 20 octobre 2010
Strike! La grève!
Bonjour, les petits amis!
On se réveille de bon matin en songeant à la Rance et au fait que la chanson des Ethiopians, Everything Crash, qu'on a déjà entendue à maintes reprises sur ce blog tatoué et fumeur, ne saurait être plus adéquate - même si elle a trait à la grève (strike en anglais) générale qui a eu lieu en Jamaïque en 1968. On lit d'abord les paroles pour se convaincre de leur exactitude:
Allez, on chante encore tous ensemble:
Down to the policemen too!
Et si "ce qui commence mal le matin ne peut forcément pas se terminer bien le soir", les policemen, eux, n'ont pas débrayé; ils ont même embrayé de plus belle, comme on le voit ici à Lyon lors de la manifestation d'hier qui a dégénéré. De fait, s'ils ne strike pas (to strike = faire grève), ils strike tout de même (to strike = attaquer, frapper):
Et donc, la question que l'on peut se poser, en voyant que la strike (= la grève) pousse les policiers à attaquer (= to strike), c'est celle de l'étymologie du terme anglais et, partant, celle du substantif français grève. Et c'est par celui-là qu'on va commencer puisque, honneur aux grévistes, honneur (une fois n'est pas coutume sur ce blog tatoué et fumeur) à la Rance, mais à la Rance gréviste.
C'est le Robert historique de la langue française qui, comme d'habitude, nous renseigne:
Et ce qui est intéressant dans cette étymologie, si on la rapproche à l'évolution de la grève actuelle dans la Rance, qui s'oppose à la réforme des retraites, c'est qu'elle résume à merveille les revendications des lycéens. En se mettant en grève, ils rappellent par inversement l'évolution sémantique du mot grève vers son sens moderne. En effet, ils manifestent et font grève car, disent-ils, ils ont déjà d'énormes difficultés à trouver un emploi; du coup, si cette réforme des retraites était mise en application, leur difficulté à décrocher un travail se transformerait en impossibilité à en avoir un. Autrement dit, et si on reprend les termes de l'analyse diachronique du mot grève dans le sens de “débrayage”, on constate que, concernant les lycéens, "l'arrêt [de leur] activité", à savoir leur "refus" d'aller en classe, s'explique par une peur du "chômage", une volonté de s'opposer à la future "absence subie de travail". Leur argumentation suit, à l'envers, à rebours, l'évolution sémantique du mot grève. Et ça, mes petits amis, si ce n'est pas passionnant, alors JB en perd son latin et son français par la même occasion.
Voyons maintenant ce qu'il en est pour ce strike anglais étonnamment adéquat puisque, à partir d'un même mot, on constate qu'il reflète la situation de cause à effet telle qu'on la voit se produire dans la Rance: à la grève, les "forces de l'ordre" (comme on dit si bien) répondent par l'attaque et par les coups. Strike de part et d'autre: chez les grévistes comme chez les policiers.
C'est le Etymology online dictionary qui cette fois nous renseigne:
Et notre dictionnaire étymologique de la langue allemande, le Kluge, nous confirme cette hypothèse. Le Streik allemand, la grève, est issu de l'anglais strike. Et les deux termes, le substantif comme le verbe, sont liés étymologiquement. Il est intéressant de comparer les termes, identiques en anglais, quasi identiques en allemand: streiken = faire grève et streichen = biffer, rayer; ou en norvégien: streike = faire grève et stryke = caresser, puis biffer, mais aussi et par extension: s'en aller. Tous ces sens font évidemment penser à la façon qu'ont les manifestations actuelles de dégénérer et à l'action des forces de l'ordre.
Partant, on peut aussi être séduit par l'évolution sémantique du substantif strike qui a désigné d'une part, à partir de 1859, le fait de renverser toutes les quilles au bowling (donc: de la même manière que les policiers français veulent renverser tous les manifestants violents) et, d'autre part, à partir de 1841 la prise au base-ball, un sport qui se joue avec une batte, laquelle n'est évidemment pas sans rappeler la matraque de ces mêmes policiers qui bastonnent les mêmes manifestants.
Mais revenons à l'étymologie du substantif strike dans son sens d'“arrêt du travail”. Il semble donc que l'origine (1768) vienne du refus des marins d'embarquer, de prendre la mer: on descend les voiles. Et le Kluge de nous indiquer pour sa part que, en allemand:
Mais revenons à nos réflexions linguistiques.
Comme en français, le sens anglais de “cessation du travail” s'est durablement établi au XIXe siècle, en 1810 pour la langue de Shakespeare, entre 1845 et 1848 pou la langue de Molière. Donc au moment de l'industrialisation et de l'apparition du capitalisme. Le Capital a été publié dans la langue de Goethe, pour le premier livre, en 1867, mais on sait que Marx a eu besoin de vingt années pour le rédiger. On revient donc vers ces années 1845.
Et, justement, c'est… Engels qui le premier va employer le mot, dans son orthographe anglaise, ainsi que nous l'explique le Deutsches Wörterbuch (= Dictionnaire allemand) des frères Grimm. Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx (les deux potes de JB), qui utilise le terme dans son ouvrage La condition de la classe ouvrière en Angleterre publié en… en… 1845!!! JB adore ce genre de hasard. Il trouve ça formidable que celui qui a importé en allemand le terme anglais strike n'est autre qu'Engels, l'un des deux pères, avec Marx, du communisme. On le voit ci-dessous - et c'est JB qui souligne:
Donc, pour résumer ce qu'explique le dictionnaire. Les premières occurrences du mot en allemand ont référence à la situation outre-Manche et à la cessation du travail par les ouvriers. Le mot s'établit en allemand en 1865 avec la grève à Leipzig des imprimeurs.
Et ce mot, strike, va connaître une fortune linguistique. Germanisé donc en Streik en allemand, il est également scandinavisé (DN + SE = strejk, NO = streik). Mais on le retrouve aussi dans certaines langues slaves: on dit strajk en polonais et štrajk en croate; dans les langues baltes: streikas en lituanien et streiks en letton; mais aussi dans une langue non indo-européenne comme l'estonien où on dit également streik.
Pour que tant de langues aussi diverses adoptent le mot, c'est bien que le phénomène (le refus de travailler, la cessation de l'activité professionnelle) est non seulement radicalement nouvelle et moderne (on n'a jusqu'alors pas de mot, donc on emprunte le terme anglais), mais décrit une réalité en phase sinon en symbiose avec les préoccupations de l'époque.
Aussi, et pour en revenir aux grèves françaises, on peut trouver très inquiétants les glissements sémantiques qui s'opèrent en français moderne, où l'on a tendance à:
• ne plus parler de grève mais de mouvement social (toutes les entreprises publiques françaises annoncent désormais "dû à un mouvement social, le trafic est interrompu etc…"), sous l'influence conjuguée d'une dialectique journalistique qui condamne l'emploi des répétitions et veut trouver des synonymes partout et pour tout (et on peut pleinement s'interroger sur les raisons qui poussent le français moderne à préférer mouvement social à débrayage)
• employer par un même glissement sémantique, opéré celui-ci depuis le début des années 2000 par la classe politique de droite, la locution prendre en otage pour désigner les effets induits par une grève, lorsque les usagers ne peuvent plus se déplacer.
On peut donc voir dans ces analogies passées dans le langage une volonté de discréditer la grève. En n'employant plus le terme, on l'annule, on le strike, on lui nie une existence, il faut biffer, rayer, annuler la grève; tout comme il faut briser, casser, frapper les grévistes. La grève n'a plus lieu d'être, on nie aux salariés le droit de grève, il faut imposer le service minimum. La grève est un terme du passé: la terminologie moderne lui préfère le mouvement social, un mouvement comme on parle d'un mouvement d'humeur, une lubie en somme, quelque chose qui va finir par passer, par s'en aller (stryke en norvégien). Autrement dit, les grévistes sont soupe-au-lait, capricieux, inconséquents, et ce d'autant plus qu'ils prennent en otage les gens: ce sont des kidnappeurs. Et on sait ce que veulent les kidnappeurs: ils rançonnent, ils veulent de l'argent, ils utilisent des méthodes criminelles, ils se font même exploser et tuent des personnes dites innocentes. Voilà: le non-gréviste est innocent, le gréviste est coupable, criminel, meurtrier. La grève, c'est l'appel au meurtre. Voilà ce que nous disent ces glissements sémantiques.
On a vu à maintes reprises, sur ce blog tatoué et fumeur, à quel point la langue avait un inconscient, se souvenait de ses usages passés, voire tombés en obsolescence. Face à ces volontés de négation sémantique, on ne peut guère être surpris de voir que les manifestations, dans la Rance, dégénèrent, que certains en viennent à la violence, au soulèvement, à l'émeute.
Il faut finir.
JB va chercher dans son iTunes les morceaux qui contiennent le mot riot = émeute. Il trouve:
Il les écoute. Il aime bien les Dead 60's. Mais au final, il a évidemment une préférence (à tous égards) pour Rancid et son chanteur aussi en verve qu'en beauté. Rancid contre la Rance, c'est un programme qui satisfait JB à fond.
Une bonne journée à tou(te)s et une bonne grève, hein!
On se réveille de bon matin en songeant à la Rance et au fait que la chanson des Ethiopians, Everything Crash, qu'on a déjà entendue à maintes reprises sur ce blog tatoué et fumeur, ne saurait être plus adéquate - même si elle a trait à la grève (strike en anglais) générale qui a eu lieu en Jamaïque en 1968. On lit d'abord les paroles pour se convaincre de leur exactitude:
Look deh now, everything crash!
Firemen strike, watermen strike
Telephone company too
Down to the policemen too!
What damn bad a-mawning can't come good a-evening, whoi!
Allez, on chante encore tous ensemble:
Look deh now, everything crash!
Firemen strike, watermen strike
Telephone company too
What damn bad a-mawning can't come good a-evening, whoi!
Et si "ce qui commence mal le matin ne peut forcément pas se terminer bien le soir", les policemen, eux, n'ont pas débrayé; ils ont même embrayé de plus belle, comme on le voit ici à Lyon lors de la manifestation d'hier qui a dégénéré. De fait, s'ils ne strike pas (to strike = faire grève), ils strike tout de même (to strike = attaquer, frapper):
Et donc, la question que l'on peut se poser, en voyant que la strike (= la grève) pousse les policiers à attaquer (= to strike), c'est celle de l'étymologie du terme anglais et, partant, celle du substantif français grève. Et c'est par celui-là qu'on va commencer puisque, honneur aux grévistes, honneur (une fois n'est pas coutume sur ce blog tatoué et fumeur) à la Rance, mais à la Rance gréviste.
C'est le Robert historique de la langue française qui, comme d'habitude, nous renseigne:
GRÈVE n.f. est issu (vers 1140) du latin populaire °grava “gravier” (…). Pierre Guiraud rapproche grève du latin gravis “dur, difficile” (-> grave): l'ancien français connaît groisse “gravier, caillou”, variante de grosse “gravier”. (…)
◊ De grève, “terrain constitué de sable et de gravier (au bord de la mer ou d'un cours d'eau)”, vient l'homonyme. ◊ GRÈVE (1805), du nom de la place de la Grève (1260) au bord de la Seine à Paris, où se réunissaient les ouvriers qui attendaient l'embauche; les valeurs métaphoriques de grève “place”, être sur la grève équivalant à être sur le sable, sur le pavé, ont pu jouer leur rôle. ◊ Faire grève (1805) a d'abord signifié “quitter l'ouvrage (attendre l'embauche en place de Grève)”, mais l'exemple d'emploi est isolé. ◊ Par métonymie, grève désignait le lieu où les ouvriers sans emploi se réunissaient; le passage au sens moderne de “cessation volontaire et collective du travail” se produit vers 1845-1848: une locution comme mettre un patron en grève (1848) signifiait “refuser de travailler pour lui”. C'est alors que grève passe d'“absence subie de travail” (chômage) à “refus de travail”. Par extension, grève a pris le sens d'“arrêt d'une activité”, par exemple dans les locutions grève de la faim (1906) ou grève de l'impôt (milieu du XXe siècle).
Et ce qui est intéressant dans cette étymologie, si on la rapproche à l'évolution de la grève actuelle dans la Rance, qui s'oppose à la réforme des retraites, c'est qu'elle résume à merveille les revendications des lycéens. En se mettant en grève, ils rappellent par inversement l'évolution sémantique du mot grève vers son sens moderne. En effet, ils manifestent et font grève car, disent-ils, ils ont déjà d'énormes difficultés à trouver un emploi; du coup, si cette réforme des retraites était mise en application, leur difficulté à décrocher un travail se transformerait en impossibilité à en avoir un. Autrement dit, et si on reprend les termes de l'analyse diachronique du mot grève dans le sens de “débrayage”, on constate que, concernant les lycéens, "l'arrêt [de leur] activité", à savoir leur "refus" d'aller en classe, s'explique par une peur du "chômage", une volonté de s'opposer à la future "absence subie de travail". Leur argumentation suit, à l'envers, à rebours, l'évolution sémantique du mot grève. Et ça, mes petits amis, si ce n'est pas passionnant, alors JB en perd son latin et son français par la même occasion.
Voyons maintenant ce qu'il en est pour ce strike anglais étonnamment adéquat puisque, à partir d'un même mot, on constate qu'il reflète la situation de cause à effet telle qu'on la voit se produire dans la Rance: à la grève, les "forces de l'ordre" (comme on dit si bien) répondent par l'attaque et par les coups. Strike de part et d'autre: chez les grévistes comme chez les policiers.
C'est le Etymology online dictionary qui cette fois nous renseigne:
Et notre dictionnaire étymologique de la langue allemande, le Kluge, nous confirme cette hypothèse. Le Streik allemand, la grève, est issu de l'anglais strike. Et les deux termes, le substantif comme le verbe, sont liés étymologiquement. Il est intéressant de comparer les termes, identiques en anglais, quasi identiques en allemand: streiken = faire grève et streichen = biffer, rayer; ou en norvégien: streike = faire grève et stryke = caresser, puis biffer, mais aussi et par extension: s'en aller. Tous ces sens font évidemment penser à la façon qu'ont les manifestations actuelles de dégénérer et à l'action des forces de l'ordre.
Partant, on peut aussi être séduit par l'évolution sémantique du substantif strike qui a désigné d'une part, à partir de 1859, le fait de renverser toutes les quilles au bowling (donc: de la même manière que les policiers français veulent renverser tous les manifestants violents) et, d'autre part, à partir de 1841 la prise au base-ball, un sport qui se joue avec une batte, laquelle n'est évidemment pas sans rappeler la matraque de ces mêmes policiers qui bastonnent les mêmes manifestants.
Mais revenons à l'étymologie du substantif strike dans son sens d'“arrêt du travail”. Il semble donc que l'origine (1768) vienne du refus des marins d'embarquer, de prendre la mer: on descend les voiles. Et le Kluge de nous indiquer pour sa part que, en allemand:
Es gibt zwar schon im 16. Jahrhundert in Hamburg strikende Wasserarbeiter (die die Arbeit wegen zu geringer Entlöhnung eingestellt haben), doch kommt der moderne Wortgebrauch eindeutig aus dem Englischen.
Certes, il existe déjà au XVIe siècle, à Hambourg, des strikende ouvriers des eaux (qui ont cessé le travail pour protester contre des rémunérations trop basses); cependant, l'usage moderne vient incontestablement de l'anglais.
Et ce qui nous intéresse ici, c'est qu'à chaque fois il est question d'eau, de marins - tout comme les premiers débrayages en France ont commencé au bord de l'eau, sur les ports, entamés par les dockers. De la même façon que les deux héros marins socialistes de JB, Max Reichpietsch et Albin Köbis, ont entamé le mouvement pacifiste au sein de la marine du Reich pour protester contre la Première Guerre mondiale, ont été arrêtés en août 1917, condamnés à mort et exécutés sur la place publique à Cologne le 7 septembre 1917. On les voit ici, et JB a évidemment un faible pour Albin:Mais revenons à nos réflexions linguistiques.
Comme en français, le sens anglais de “cessation du travail” s'est durablement établi au XIXe siècle, en 1810 pour la langue de Shakespeare, entre 1845 et 1848 pou la langue de Molière. Donc au moment de l'industrialisation et de l'apparition du capitalisme. Le Capital a été publié dans la langue de Goethe, pour le premier livre, en 1867, mais on sait que Marx a eu besoin de vingt années pour le rédiger. On revient donc vers ces années 1845.
Et, justement, c'est… Engels qui le premier va employer le mot, dans son orthographe anglaise, ainsi que nous l'explique le Deutsches Wörterbuch (= Dictionnaire allemand) des frères Grimm. Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx (les deux potes de JB), qui utilise le terme dans son ouvrage La condition de la classe ouvrière en Angleterre publié en… en… 1845!!! JB adore ce genre de hasard. Il trouve ça formidable que celui qui a importé en allemand le terme anglais strike n'est autre qu'Engels, l'un des deux pères, avec Marx, du communisme. On le voit ci-dessous - et c'est JB qui souligne:
Donc, pour résumer ce qu'explique le dictionnaire. Les premières occurrences du mot en allemand ont référence à la situation outre-Manche et à la cessation du travail par les ouvriers. Le mot s'établit en allemand en 1865 avec la grève à Leipzig des imprimeurs.
Et ce mot, strike, va connaître une fortune linguistique. Germanisé donc en Streik en allemand, il est également scandinavisé (DN + SE = strejk, NO = streik). Mais on le retrouve aussi dans certaines langues slaves: on dit strajk en polonais et štrajk en croate; dans les langues baltes: streikas en lituanien et streiks en letton; mais aussi dans une langue non indo-européenne comme l'estonien où on dit également streik.
Pour que tant de langues aussi diverses adoptent le mot, c'est bien que le phénomène (le refus de travailler, la cessation de l'activité professionnelle) est non seulement radicalement nouvelle et moderne (on n'a jusqu'alors pas de mot, donc on emprunte le terme anglais), mais décrit une réalité en phase sinon en symbiose avec les préoccupations de l'époque.
Aussi, et pour en revenir aux grèves françaises, on peut trouver très inquiétants les glissements sémantiques qui s'opèrent en français moderne, où l'on a tendance à:
• ne plus parler de grève mais de mouvement social (toutes les entreprises publiques françaises annoncent désormais "dû à un mouvement social, le trafic est interrompu etc…"), sous l'influence conjuguée d'une dialectique journalistique qui condamne l'emploi des répétitions et veut trouver des synonymes partout et pour tout (et on peut pleinement s'interroger sur les raisons qui poussent le français moderne à préférer mouvement social à débrayage)
• employer par un même glissement sémantique, opéré celui-ci depuis le début des années 2000 par la classe politique de droite, la locution prendre en otage pour désigner les effets induits par une grève, lorsque les usagers ne peuvent plus se déplacer.
On peut donc voir dans ces analogies passées dans le langage une volonté de discréditer la grève. En n'employant plus le terme, on l'annule, on le strike, on lui nie une existence, il faut biffer, rayer, annuler la grève; tout comme il faut briser, casser, frapper les grévistes. La grève n'a plus lieu d'être, on nie aux salariés le droit de grève, il faut imposer le service minimum. La grève est un terme du passé: la terminologie moderne lui préfère le mouvement social, un mouvement comme on parle d'un mouvement d'humeur, une lubie en somme, quelque chose qui va finir par passer, par s'en aller (stryke en norvégien). Autrement dit, les grévistes sont soupe-au-lait, capricieux, inconséquents, et ce d'autant plus qu'ils prennent en otage les gens: ce sont des kidnappeurs. Et on sait ce que veulent les kidnappeurs: ils rançonnent, ils veulent de l'argent, ils utilisent des méthodes criminelles, ils se font même exploser et tuent des personnes dites innocentes. Voilà: le non-gréviste est innocent, le gréviste est coupable, criminel, meurtrier. La grève, c'est l'appel au meurtre. Voilà ce que nous disent ces glissements sémantiques.
On a vu à maintes reprises, sur ce blog tatoué et fumeur, à quel point la langue avait un inconscient, se souvenait de ses usages passés, voire tombés en obsolescence. Face à ces volontés de négation sémantique, on ne peut guère être surpris de voir que les manifestations, dans la Rance, dégénèrent, que certains en viennent à la violence, au soulèvement, à l'émeute.
Il faut finir.
JB va chercher dans son iTunes les morceaux qui contiennent le mot riot = émeute. Il trouve:
Il les écoute. Il aime bien les Dead 60's. Mais au final, il a évidemment une préférence (à tous égards) pour Rancid et son chanteur aussi en verve qu'en beauté. Rancid contre la Rance, c'est un programme qui satisfait JB à fond.
Une bonne journée à tou(te)s et une bonne grève, hein!
mardi 19 octobre 2010
mercredi 13 octobre 2010
Et tout ce (le désastre) qui s'ensuit…
JB traduit:
Le problème n'est pas (pour une fois ) "la profonde dépression", mais bien le problème de syntaxe et de grammaire que pose le verbe s'ensuivre.
Dit-on "s'en est suivi" ou "s'est ensuivi"? Accorde-t-on le participe passé?
Instinctivement, concernant la première question, JB penche pour la seconde option. Il va vérifier dans le Jouette, la Bible des correcteurs (bien que JB sache que le Jouette se trompe régulièrement quand il est question de grammaire.
Bon. Au mot un problème de réglé: l'accord.
De même qu'on parle de catastrophe qui s'est ensuivie, on parlera de dépression qui s'est ensuivie. Et comme les exemples sont décidément éloquents, on constate enfin que le verbe s'ensuivre semble être régi par des substantifs dont le sens est synonyme de désastre ou de marasme. Comme on est dans le Jouette, on chuinte la première consonne et on s'écrie “Chouette!” - histoire de conjurer une espèce de mauvais sort, dont on ne voudrait pas qu'il s'abatte sur nous.
Bon.
JB pourrait parfaitement en rester là: il a toutes les raisons tant sémantiques que syntaxiques pour ne pas poursuivre sa recherche.
Mais, il l'a dit, question grammaire, il accorde toujours le bénéfice du doute à sa perplexité face au Jouette. Il va donc vérifier d'abord dans le TLF, et il en apprend de belles, en tout cas une belle qu'il ignorait totalement:
D'abord ragaillardi par la citation qui associe le mot bien au verbe s'ensuivre, JB déchante vite: les autres exemples ont eux aussi très trait au désastre: les erreurs, un duel, l'horrible hypnotisme, le drame… C'est ré-joui-ssant!
Non, ce qui étonne JB, c'est qu'on dit en réalité s'en ensuivre.
La langue française est décidément merveilleuse: dès qu'on tique sur quelque chose, on se rend compte qu'on ne tique pas pour rien - comme si l'inconscient linguistique pressentait quelque chose ou avait hérité de l'incertitude collective, on découvre que l'usage et les règles du mot sont on ne peut plus compliquées.
Et, justement, en parlant d'inconscient, le TLF précise dans sa remarque:
JB répète et souligne: "Curieusement, il semble que l'idée de cause soit perçue dans le verbe s'ensuivre (…)"
Comme quoi JB n'était pas tout à fait dans le faux quand il parlait pompeusement de "l'inconscient linguistique". Le locuteur entend quelque chose qui n'est pas directement discernable dans le mot. Le locuteur perçoit intuitivement un sens oublié à l'œuvre dans les limbes lexicographiques. Le locuteur, en ajustant l'usage, procède à une espèce de lapsus inversé - en ce que, d'une part, les fautes de grammaire sont aussi des lapsus et que, d'autre part, les lapsus corrigent une intention discursive, sont des paroles performatives puisqu'ils rectifient un sens et un usage qui n'a pas lieu d'être.
Face à tant de singularités (sémantique, lexicographique et syntaxique), JB décide d'aller voir quelle est l'opinion du Littré:
Ouh là là… il ne rigole pas, le Littré: "Il ne faudrait pas croire que l'on pût écrire s'en suivre, en deux mots (…)" Oj… Attention, hein, nous voilà prévenus…
On frôle la castagne de grammairiens, le foutage de gueules de lexicographes et le lancer de polochons d'académiciens. Autrement dit: Tare ta gueule à la récré!
Du coup, JB va voir la Bible des grammairiens, il a nommé: le Grévisse. Lequel consacre… une page et demie au verbe s'ensuivre. JB répète: une page et demie! Rien que pour ce verbe! Pfiou… C'est hénaurme pour un ouvrage aussi volumineux (il mesure quand même 26,5x19 cm et contient 1600 pages!).
Le verbe se trouve à la page des pronoms et dans l'article (681) intitulé: "agglutination et semi-agglutination de en". Purée, ça promet!
Il est en fait question des verbes, pronominaux ou pas, qui marquent une idée de mouvement: enlever, entraîner, emporter, s'enfuir, s'envoler, etc. Et le Grévisse d'apporter la précision étymologique suivante:
Se pourrait-il alors que l'étymologie du verbe s'ensuivre nous donne la clé de l'explication? Le Grévisse indique:
Avant de répondre à la question posé ci-dessus, JB s'arrête deux secondes sur cette étymologie. Si le Robert historique de la langue française n'apporte ni démenti ni précision à cette explique, le Grévisse devient passionnant, rapport aux fameuses survivances. De fait, s'il est correct de dire "les jours ensuivants", donc sous la forme du participe présent adjectivé, "le participe passé employé seul est rare". Et les auteurs (Goosse et Grévisse) de citer: "La procédure du droit de réponse à la télévision sera utilisée […], ensuivie d'un débat." Qui a écrit cette phrase? JB vous le donne en mille, mes petits amis: Valéry Giscard d'Estaing, dans Le Monde daté du 20 avril 1979. VGE! Le désormais académicien auteur de "romans" (entre guillemets, hein) aux scènes pour le moins olé-olé… (hö et re hö!) - et autrefois (p)résident de la (f)rance; et on se souvient avec délectation ici de son départ. Mais ce n'est pas tout! Car les auteurs précisent:
Pourquoi JB se marre?
Parce que Goosse et Grévisse, autrement dit, se moquent de VGE. VGE l'académicien. En termes très polis et très diplomatiques, ils lui disent que son emploi est fautif.
Hahaha!!!
Retour à notre question.
Le Grévisse confirme bel et bien que "s'ensuivre diffère des [verbes] précédents du point de vue historique". C'est donc bel et bien la linguistique et l'étymologie qui explique les problèmes d'usage. Le verbe n'étant pas à l'origine un verbe pronominal et, par métonymie, s'étant confondu sémantiquement avec le verbe suivre, la faute s'opère.
Le Grévisse est ensuite d'accord sur un point: non seulement s'ensuivre de est aujourd'hui incorrect (même s'il est employé), mais s'en ensuivre est archaïque.
Mais Le Grévisse ne serait pas le Grévisse s'il n'était pas un produit de son pays: la Belgique. Et les Belges sont pour leur part connus pour le fameux "compromis à la belge". Autrement dit: de l'art de ménager la chèvre et le chou. Ce que font Goosse et Grévisse puisqu'ils concluent en disant que la tournure s'en est suivi(e) est aussi correcte qu'employée - et sans trancher.
Nous v'là bien!
Bon.
Ben du coup on va se quitter sur ce compromis de grammaire à la belge.
Et on se quitte sur VGE en se souvenant de son exercice d'accordéon avec Danièle Gilbert. JB, qui a un ami accordéoniste qu'il affectionne particulièrement (et puisqu'il est question de VGE, on pose ici un carré blanc), affectionne l'emploi (p)résidentiel du mot veston. VGE ne fait pas tomber la veste, comme le dit l'expression, il fait tomber le veston. VGE porte des vestons. Et certainement aussi des chandails. Et des poulaines.
Toujours est-il que c'est un désastre, ensuivi [sic] d'accordéon:
Cela n’a été que ses dernières années, après la disparition de maman et la profonde dépression qui s’est fatalement ensuivi (…)
Le problème n'est pas (pour une fois ) "la profonde dépression", mais bien le problème de syntaxe et de grammaire que pose le verbe s'ensuivre.
Dit-on "s'en est suivi" ou "s'est ensuivi"? Accorde-t-on le participe passé?
Instinctivement, concernant la première question, JB penche pour la seconde option. Il va vérifier dans le Jouette, la Bible des correcteurs (bien que JB sache que le Jouette se trompe régulièrement quand il est question de grammaire.
ENSUIVRE (S') v. pr. Ne s'emploie qu'à la 3e personne: il s'ensuit, les malheurs qui s'ensuivirent. On ne détache pas en de suivre dans l'emploi de ce verbe. Ce qui s'ensuivra. Ce qui s'est ensuivi (plus correct que: ce qui s'en est suivi). La catastrophe qui s'est ensuivie.
Bon. Au mot un problème de réglé: l'accord.
De même qu'on parle de catastrophe qui s'est ensuivie, on parlera de dépression qui s'est ensuivie. Et comme les exemples sont décidément éloquents, on constate enfin que le verbe s'ensuivre semble être régi par des substantifs dont le sens est synonyme de désastre ou de marasme. Comme on est dans le Jouette, on chuinte la première consonne et on s'écrie “Chouette!” - histoire de conjurer une espèce de mauvais sort, dont on ne voudrait pas qu'il s'abatte sur nous.
Bon.
JB pourrait parfaitement en rester là: il a toutes les raisons tant sémantiques que syntaxiques pour ne pas poursuivre sa recherche.
Mais, il l'a dit, question grammaire, il accorde toujours le bénéfice du doute à sa perplexité face au Jouette. Il va donc vérifier d'abord dans le TLF, et il en apprend de belles, en tout cas une belle qu'il ignorait totalement:
D'abord ragaillardi par la citation qui associe le mot bien au verbe s'ensuivre, JB déchante vite: les autres exemples ont eux aussi très trait au désastre: les erreurs, un duel, l'horrible hypnotisme, le drame… C'est ré-joui-ssant!
Non, ce qui étonne JB, c'est qu'on dit en réalité s'en ensuivre.
La langue française est décidément merveilleuse: dès qu'on tique sur quelque chose, on se rend compte qu'on ne tique pas pour rien - comme si l'inconscient linguistique pressentait quelque chose ou avait hérité de l'incertitude collective, on découvre que l'usage et les règles du mot sont on ne peut plus compliquées.
Et, justement, en parlant d'inconscient, le TLF précise dans sa remarque:
JB répète et souligne: "Curieusement, il semble que l'idée de cause soit perçue dans le verbe s'ensuivre (…)"
Comme quoi JB n'était pas tout à fait dans le faux quand il parlait pompeusement de "l'inconscient linguistique". Le locuteur entend quelque chose qui n'est pas directement discernable dans le mot. Le locuteur perçoit intuitivement un sens oublié à l'œuvre dans les limbes lexicographiques. Le locuteur, en ajustant l'usage, procède à une espèce de lapsus inversé - en ce que, d'une part, les fautes de grammaire sont aussi des lapsus et que, d'autre part, les lapsus corrigent une intention discursive, sont des paroles performatives puisqu'ils rectifient un sens et un usage qui n'a pas lieu d'être.
Face à tant de singularités (sémantique, lexicographique et syntaxique), JB décide d'aller voir quelle est l'opinion du Littré:
Ouh là là… il ne rigole pas, le Littré: "Il ne faudrait pas croire que l'on pût écrire s'en suivre, en deux mots (…)" Oj… Attention, hein, nous voilà prévenus…
On frôle la castagne de grammairiens, le foutage de gueules de lexicographes et le lancer de polochons d'académiciens. Autrement dit: Tare ta gueule à la récré!
Du coup, JB va voir la Bible des grammairiens, il a nommé: le Grévisse. Lequel consacre… une page et demie au verbe s'ensuivre. JB répète: une page et demie! Rien que pour ce verbe! Pfiou… C'est hénaurme pour un ouvrage aussi volumineux (il mesure quand même 26,5x19 cm et contient 1600 pages!).
Le verbe se trouve à la page des pronoms et dans l'article (681) intitulé: "agglutination et semi-agglutination de en". Purée, ça promet!
Il est en fait question des verbes, pronominaux ou pas, qui marquent une idée de mouvement: enlever, entraîner, emporter, s'enfuir, s'envoler, etc. Et le Grévisse d'apporter la précision étymologique suivante:
L'ancien français employait un grand nombre de verbes de mouvement avec s'en; quelques-uns ont survécu jusqu'à nos jours; d'autres ont été courants jusqu'au XVIe ou jusqu'au XVIIe siècle.
Aha…, se dit JB. On est décidément toujours dans cet inconscient linguistique. Et les singularités de se coupler d'un nouvel adjectif, après sémantique, lexicographique et syntaxique: linguistique.Se pourrait-il alors que l'étymologie du verbe s'ensuivre nous donne la clé de l'explication? Le Grévisse indique:
Ensuivre, du latin insequi (plus exactement du latin vulgaire °insequere), plutôt que formé sur le français suivre, a d'abord été un synonyme de ce dernier (survivances, voir 870), avant de se spécialiser sur l'idée de conséquence et de prendre la construction pronominale. À partir du XVIe siècle, on a exprimé syntaxiquement le point de départ, notamment par le pronom en.
Avant de répondre à la question posé ci-dessus, JB s'arrête deux secondes sur cette étymologie. Si le Robert historique de la langue française n'apporte ni démenti ni précision à cette explique, le Grévisse devient passionnant, rapport aux fameuses survivances. De fait, s'il est correct de dire "les jours ensuivants", donc sous la forme du participe présent adjectivé, "le participe passé employé seul est rare". Et les auteurs (Goosse et Grévisse) de citer: "La procédure du droit de réponse à la télévision sera utilisée […], ensuivie d'un débat." Qui a écrit cette phrase? JB vous le donne en mille, mes petits amis: Valéry Giscard d'Estaing, dans Le Monde daté du 20 avril 1979. VGE! Le désormais académicien auteur de "romans" (entre guillemets, hein) aux scènes pour le moins olé-olé… (hö et re hö!) - et autrefois (p)résident de la (f)rance; et on se souvient avec délectation ici de son départ. Mais ce n'est pas tout! Car les auteurs précisent:
Cet emploi ne peut guère s'expliquer par s'ensuivre car le participe passé ensuivi n'a pas, dans cet exemple, la construction de s'ensuivre.
Hahaha!Pourquoi JB se marre?
Parce que Goosse et Grévisse, autrement dit, se moquent de VGE. VGE l'académicien. En termes très polis et très diplomatiques, ils lui disent que son emploi est fautif.
Hahaha!!!
Retour à notre question.
Le Grévisse confirme bel et bien que "s'ensuivre diffère des [verbes] précédents du point de vue historique". C'est donc bel et bien la linguistique et l'étymologie qui explique les problèmes d'usage. Le verbe n'étant pas à l'origine un verbe pronominal et, par métonymie, s'étant confondu sémantiquement avec le verbe suivre, la faute s'opère.
Le Grévisse est ensuite d'accord sur un point: non seulement s'ensuivre de est aujourd'hui incorrect (même s'il est employé), mais s'en ensuivre est archaïque.
Mais Le Grévisse ne serait pas le Grévisse s'il n'était pas un produit de son pays: la Belgique. Et les Belges sont pour leur part connus pour le fameux "compromis à la belge". Autrement dit: de l'art de ménager la chèvre et le chou. Ce que font Goosse et Grévisse puisqu'ils concluent en disant que la tournure s'en est suivi(e) est aussi correcte qu'employée - et sans trancher.
Nous v'là bien!
Bon.
Ben du coup on va se quitter sur ce compromis de grammaire à la belge.
Et on se quitte sur VGE en se souvenant de son exercice d'accordéon avec Danièle Gilbert. JB, qui a un ami accordéoniste qu'il affectionne particulièrement (et puisqu'il est question de VGE, on pose ici un carré blanc), affectionne l'emploi (p)résidentiel du mot veston. VGE ne fait pas tomber la veste, comme le dit l'expression, il fait tomber le veston. VGE porte des vestons. Et certainement aussi des chandails. Et des poulaines.
Toujours est-il que c'est un désastre, ensuivi [sic] d'accordéon:
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