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mardi 4 mai 2010

Être moins seul

On travaille. On se les pèle. On monte le chauffage. On regarde le ciel:

© icke

On va dans la chambre. On met un pull. On lève les yeux. On regarde le ciel:

© icke

On repense à ce qu'on a reçu hier. On pense à ce que nous a envoyé M. On pense que M. nous fait toujours des cadeaux et que M. est toujours aussi généreux. On se dit que M. ne nous a pas fait n'importe quel cadeau. M. a envoyé une œuvre de Felix. Les œuvres de Felix qui sont à tout le monde. Une œuvre que M. a rapportée de Bruxelles à Paris et envoyée à Berlin. Car ce qu'il y a de merveilleux dans les œuvres de Felix, outre le fait qu'elles nous appartiennent, c'est qu'avec elles, grâce à elles, on se sent moins seul, bien qu'elles parlent de solitude. Peut-être parce qu'elles parlent aussi de la solitude à deux, de la solitude quand on est deux, d'être deux et d'être heureux et de se sentir quand même seul. Le ciel de Berlin. Gris. Der Himmel über Berlin. Le film. Les ailes du désir, en français. Le film préféré. Marion dans le film qui explique, pendant sa déclaration d'amour, quand elle a enfin rencontré quelqu'un, quand elle n'est plus seule: "Je n'ai jamais été solitaire, ni seule, ni avec d'autres. Mais j'aurais aimé être enfin solitaire. La solitude, ça veut dire: je suis enfin entière. Je peux le dire maintenant, car ce soir je suis enfin entière." C'est quoi la différence entre être seul et être solitaire? Si on est seul à deux est-ce qu'on peut être solitaire à deux? Être seul. Être à Berlin. Berlin. Felix. Le ciel. Les ailes. L'œuvre. Le cadeau de M. Être seul. Être solitaire et se sentir moins seul. Regarder Felix.

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

© icke/ Felix Gonzalez-Torres Foundation, NY 

mardi 27 octobre 2009

Les souvenirs

Il y a vingt ans quasi jour pour jour, je revoyais pour la deuxième fois deux films qui allaient définitivement marquer mes affects (on va le dire comme ça - puisque je décidais après de ne plus aller au cinéma). Le premier, c'est évidemment Les Ailes du désir. Le second, c'était un film de Kieslowski, méconnu (je pense en écrivant cela à ceux de lui qui vont suivre), réalisé avant son fameux décalogue. Il s'appelle Sans fin. L'histoire est double: après la mort d'un avocat défendant la cause d'un ouvrier accusé d'avoir organisé une grève, son épouse va tenter par tous les moyens que l'accusé remporte son procès et, parallèlement, elle se rend compte qu'elle a aimé son mari - mais trop tard (à l'époque, je lui trouvais d'ailleurs un air de famille avec Catherine Deneuve - bon).
Je me suis souvenu aujourd'hui d'une scène en particulier. Puisque la femme est traductrice littéraire. Dans mon souvenir, il y avait une longue scène où on la voyait traduire 1984 d'Orwell, où elle peine, où elle cherche les mots, bref: elle travaille - et je me souviens d'avoir trouvé cet épisode fascinant. En visionnant le film cet après-midi, je me suis rendu compte que ma mémoire m'a trompé. En partie du moins. Certes, elle traduit bien Orwell, mais on sait pas si elle traduit 1984. Qui plus est, la scène ne dure même pas 30 secondes, au bas mot 20, et elle n'a pas l'air tant en difficultés que cela. On regarde - ça commence à 6'45'' environ; attention, c'est très court:



Je ne sais pas pourquoi je me suis souvenu de cette scène aujourd'hui, ou peut-être parce que traduire Encerclement se révèle nettement plus ardu que je ne le croyais. Le plus étonnant dans cette scène, c'est le mimétisme: la réalité qui a rejoint la fiction (je suis traducteur), la réalité qui a rejoint le passé (j'habite désormais à Berlin, confer supra) - alors que tout ceci n'est en fait que du/des fantasme(s): on veut (je veux) se persuader qu'à un moment il y a une espèce d'explication logique à ce qu'on vit, à ce qu'on décide de faire, que tout s'explique. Bien sûr, la psychanalyse nous donne en partie raison, mais de là à croire au déterminisme… Il y a tout de même une chose, qu'on ne peut pas enlever: l'émotion artistique qui, dans le cas du cinéma appliqué à l'expérience personnelle, se transforme en impression rétinienne. À cette aune, pas de lecture de Nils Holgersson à l'âge de 10 ans sans intérêt pour la Scandinavie plus tard. Pas d'Ailes du désir et pas de Sans fin à l'âge de 20 ans sans traduction littéraire à Berlin plus tard? C'est ça?

Quant à savoir pourquoi cette association aujourd'hui entre la traduction de l'un et la remémoration de l'autre, çaaa…

mercredi 21 janvier 2009

"Ich war viel allein"

Traduit hier, dans la nuit, ce passage du prochain roman de Johan Harstad, Buzz Aldrin – où donc es-tu passé?, à paraître aux éditions Gaïa très prochainement.
Le roman se passe aux îles Féroé. Le narrateur et personnage principal s'appelle Mattias. Mattias a décidé de devenir numéro 2, de ne jamais être dans la lumière, de laisser les autres y aller. Il va vivre dans une communauté qui est aussi une institution post-pyschiatrique. Dans le passage ci-dessous, il parle d'Ennen, qui elle aussi vit dans ce collectif:

Elle prend des bus au hasard. Prend le premier venu. S’assied tout au fond. Fixe droit devant elle. Croise les yeux de ceux qui montent, des jeunes gens et des adolescents qui n'arrivent pas à poser leur regard ailleurs que sur elle, qui sont tout seuls dans le bus et rêvent de petites copines qu’ils n’auront jamais, comme celle-ci qui est belle comme un cœur avec sa petite valise sur les genoux. Et Ennen croise tous ces regards, elle baisse les yeux, elle relève les yeux, elle attend, elle regarde ces hommes qui l’observent, qui ressentent des picotements dans le ventre lorsqu’ils l’observent. Or, une minute avant que l’un d’eux n’ose se risquer auprès d’elle, une seconde avant qu’un garçon ou un autre se lève pour s’aventurer vers elle, elle descend. Elle prend un nouveau bus. Et continue ainsi. Elle surgit partout dans le pays. Elle est celle que vous finissez toujours par rencontrer, tôt ou tard, dans le bus, dans le train, dans l’avion, celle que vous ne remarquez qu’une fois que vous vous êtes installé, celle dont vous croisez le regard et qui vous fait rougir : brusquement vous avez chaud parce qu’il est impensable de tomber amoureux comme ça, aussi vite que ça, à cause d’une apparence, d’un coup d’œil furtif, c’est impensable ce genre de coup de foudre. Vous devriez dire quelque chose, voilà la réflexion que vous vous faites, vous devriez descendre au même arrêt qu’elle car il n’y a pas de plus belle personne qu’elle. Et si seulement vous osiez, si seulement vous disiez quelque chose, là, tout de suite, si vous descendiez en même temps qu’elle, si vous vous approchiez d’elle, la serriez dans vos bras, là vous vous rendriez sans doute compte, peut-être, peut-être voire certainement, que vous venez de rencontrer la personne qui fera de vous l’homme le plus heureux qui ait jamais existé dans tout l’univers. Seulement voilà, vous ne faites rien de tout ça. Vous ne descendez quasiment jamais au même arrêt qu’elle. Vous ne vous levez pas dans le bus pour aller adresser la parole à cette jeune fille. Ou à ce jeune homme, pendant qu’on y est. Vous restez assis, vous échangez un regard ou bien vous détournez le regard, jusqu’à ce que l’un de vous descende et que vous ayez tout oublié quelques heures plus tard. Puis un beau jour, dix, vingt ans plus tard, vous ressentez à nouveau le même picotement, vous réussissez à la visualiser à nouveau et là vous savez pertinemment que vous auriez dû aller au bout de votre désir, vous auriez dû dire quelque chose. Ce que vous n’avez pas fait. Et donc vous êtes là, tout seul, tout seul avec la certitude qu’au moins une fois, rien qu’une fois, rien qu’un instant dans votre vie, vous avez été aimé, sans aucune restriction, sans aucune condition. Rien qu’un instant, un claquement de doigts. La minute mélodramatique.
© Johan Harstad pour le texte; © Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction
© Gyldendal Forlag pour l'édition originale; © Gaïa Éditions pour l'édition française


Et, immanquablement, on (re)pense aux Ailes du Désir et la désormais mythique déclaration d'amour de Marion. Immanquablement, je repense à Berlin, aux raisons – aussi – de ma présence ici. Toutefois, c'est davantage cette scène que je souhaite montrer:

vendredi 2 janvier 2009

2009 (2)

Und jetzt die Neujahrwünsche auf deutsch.
Wenn nur EIN Film für mich zählen müsste, dann wäre es Der Himmel über Berlin, den ich schon vielleicht… pff… 6? 8? Male gesehen habe. Das Problem ist aber, dass ich schon nach der zweiten Minute anfange zu weinen. Warum, weiss ich nicht. Auch nicht weiss ich, was es ist, aber es gibt was in diesem Film, das meine Emigrierung nach Berlin erklärt.

In diesem Ausschnitt gibt es zwei von meinen Lieblingsmomenten:
1) Der Anfang (der eigentlich hier beginnt) enthält ein Zitat, das ich mir im Rücken tätowieren lassen habe, nämlich wenn Marion über Berlin redet. Denn, genau wie Marion, bin ich in Berlin nie verloren, alles ist mir bekannt. Als hätte ich hier in Berlin als Baby oder kleines Kind gelebt und sehr schnell davon weg wäre und alles vergessen hätte, was ich hier gelebt habe, aber trotzdem eine beinahe physische Erinnerung von der Stadt hätte. Ofte fühle es sich so. Hier ist die Tätowierung:

2) Die Szene mit dem Unfall, die um 3'58 anfängt, und besonders wenn er sagt "die alten Häuser Charlottenburgs". Da heule ich immer. Und hier auch gibt es vielleicht die Erklärung, die ich gerade oben nannte. Ich wüsste aber nicht, was es bedeutet. Das Bild davon habe ich sogar benutzt in meinem Profil auf Gayporneo. Hier ist es auch, kopiert von dem französischen DVD:



Und jetzt der Ausschnitt:


PS: L'information a été silencieuse – peut-être comme elle, comme la fin de sa carrière, mais Solveig Dommartin est décédée en janvier 2007, à l'âge de 45 ans seulement. Je me souviens que j'ai été très triste en lisant la notice de la taille d'un timbre poste dans Libération. Peut-être Solveig Dommartin n'aura-t-elle été que l'actrice d'un seul film, peut-être.