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mercredi 9 janvier 2013

Avoir un cœur d'artichaut

Et, samedi soir dernier, au nighter, Popeye mettait la chanson fétiche de JB des années 2010 et 2011, précipitant ledit JB, G et F & F sur la piste:



Juste avant, mais aussi après, il n'avait été question que d'une chose, notamment entre F et JB, en allemand dans le texte: Armberührung. Autrement dit, en français: effleurement de bras. Oui, F prétendait que A lui avait touché le bras au concert dernier des Redska — et non seulement ça, mais "à plusieurs reprises". JB, de son côté, lorgnait vers le bar où avait pris place T qui, au même concert, lui avait prodigué plus qu'une Armberührung, mais davantage un véritable Armstreicheln, c'est-à-dire une caresse du bras. Oui, un caresse du plat de la main, de la part de T, sur le bras de JB.
Bon.

Toujours est-il que JB a dit à N, hier soir:
Cœur d'artichaut wie ich bin, hab ich die ganze Woche daran gedacht!
= Cœur d'artichaut comme je suis, j'y pensé toute la semaine!
Et JB d'expliquer à N ce que la langue française entend par la locution cœur d'artichaut. Puisque N, quoique parlant un français impeccable, ne connaissait pas cette formule qui l'a immédiatement fait sourire. Et pour cause, d'autres anglophones avant lui s'étaient interrogés:


Mieux, les sites féminins regorgent d'informations pratiques (?) sur les mesures à entreprendre si l'on est atteint du "syndrome du cœur d'artichaut" (si! ça existe!):



À en croire le TLF, voici ce que signifie la locution:
1. Fam. [En parlant d'une femme, plus rarement d'un homme] Avoir un cœur d'artichaut. Avoir le cœur trop tendre et le donner sans discernement à autant de personnes qu'il y a de feuilles sur celui de l'artichaut :
 Cependant il s'attardait encore sur le pas de la porte et demandait à Jupien des renseignements sur le quartier. « Vous ne savez rien sur le marchand de marrons du coin, pas à gauche, c'est une horreur, mais du côté pair, un grand gaillard tout noir? Et le pharmacien d'en face, il a un cycliste très gentil qui porte ses médicaments. » Ces questions froissèrent sans doute Jupien car, se redressant avec le dépit d'une grande coquette trahie, il répondit : « Je vois que vous avez un cœur d'artichaut. » ProustSodome et Gomorrhe,1922, p. 609.

C'est quoi cette précision à la noix, comme quoi ça définirait davantage les femmes que les hommes?! Encore du sexisme linguistique et, ici, lexical!!! s'écrie JB dans son palais socialiste. D'abord, autant que JB sache, Jupien est un homme qui s'adresse à un autre homme (qu'il aime), M. de Charlus. Et, dans les exemples antérieurs trouvés par JB (il montrera pourquoi il a choisi exprès des exemples plus anciens), les deux personnages concernés par la comparaison légumière sont aussi des hommes. Ainsi de cet exemple, extrait d'un "drame parisien" (son sous-titre) écrit par un certain Xavier de Montépin en 1873, Le Mari de Marguerite:


Passé cette rectification, on peut dès lors consulter le site expressio, qui paraphrase peu ou prou la définition du Robert des expressions et locutions et explique pour sa part:


Cette acception proverbiale est admise par tous les lexicographes, ce qui signifie donc que, s'il s'agit d'un proverbe, il doit se retrouver dans les dictionnaires de proverbes. Or, rien. Même le (certes très mal fichu) Robert des proverbes et dictons ne donne aucune information en ce sens. Il s'agit donc pour JB de remonter la pelote lexicale.


De fait, c'est d'abord sous la forme du dicton que le tour fait son entrée dans les dictionnaires. Et si cœur d'artichaut est absent du Littré (1872-1877), le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse (1866-1878) est le premier à l'intégrer:


Or, juste au-dessus du mot cœur où la locution trouve sa place, se trouve un autre mot, qui laisse JB dans un premier temps sans voix:


Non, ce n'est pas le substantif clinanthe (qu'il ne connaissait pas) qui laisse JB pantois, mais bien la précision: ainsi on parle du cœur mais aussi du cul, donc, de l'artichaut. Ça alors! Décontenancé (il n'en faut pas beaucoup à JB, question lexique), JB se dit que, après réflexion, oui, c'est logique, le cul désigne aussi en français la "partie inférieure", comme l'indique le TLF qui donne en plus des exemples, outre le connu cul de bouteille.
Cul de marmite, de tonneau.  Cul de barrique, de chaudron, de chope, de flacon, de gamelle, de poêle, de pot, de seau.
JB ne sait pas encore que cette précision a une très grande importance… Patience…

Absente également des versions les plus récentes du Dictionnaire de l'Académie (tant dans la 7e de 1878 que dans le 8e de 1932-1935), il faut attendre 1926 et le Dictionnaire général de la langue française de Hatzfeld & Darmesteter pour que la locution fasse son apparition dans un dictionnaire général:


Aujourd'hui en 2012 2013, on est partagé entre deux définitions. L'une, plutôt péjorative et morale, qui va dans le sens du Larousse du XIXe, et qu'adoptent tant le Larousse contemporain que le Robert, c'est-à-dire un "être inconstant en amour"; l'autre, plus neutre et plus complice, qui suit la définition de Hatzfeld & Darmesteter et qu'épouse la 9e édition du Dictionnaire de l'Académie (toujours en cours de rédaction), à savoir "s'amouracher aisément".

Ainsi, les locuteurs feraient un léger distinguo. Le font-ils en fonction du dicton et de la locution, ça… Mais on a l'impression qu'entre les deux, l'attention sur le légume est différente. Comme nous l'expliquait le Larousse, le dicton se concentre sur la feuille. Alors que la locution semble davantage référer au cœur, au cul de l'artichaut à proprement parler — et pour cause, quand celui-ci est cuit, il est particulièrement tendre, il fond dans la bouche. Tou(te)s les petit(e)s Français(es) forcé(e)s en hiver de manger des artichauts de Bretagne le savent. Et donc, de même que le cœur d'artichaut bien réel fond dans la bouche, le cœur d'artichaut métaphorique fond(rait) devant un être qui passe sous ses yeux.

Passée cette sémiologie linguistique, reste maintenant à trouver l'origine de l'expression, en tant que dicton comme en tant que locution. Car, étonnamment, tout comme elle est absente de nombreux dictionnaires généraux, aucun dictionnaire ne sait l'attribuer, de même qu'aucune datation précise n'est a priori indiquée. Fin du XIXe, nous disent les dictionnaires… Aha.
C'est un problème. Si le Larousse du XIXe intègre le dicton alors que l'ouvrage est publié entre 1866 et 1878, c'est qu'il est plus ancien. Pour qu'un mot, une expression, un proverbe fassent leur entrée dans un dictionnaire, ils doivent être validés par l'usage, autrement dit: employés couramment par les locuteurs. Quelque chose cloche…

Avec un peu d'ardeur, JB finit par trouver la date mystérieuse de 1852. Mais, et c'est là le plus troublant, sans source — or, tout lecteur des dictionnaires sait qu'une date aussi précise correspond à un ouvrage (ou un périodique) publié à cette date. Autre mystère.

Si JB se met en quête sur le moteur de recherches (hyper mal foutu) de la BeuNeuFeu pour trouver la réponse à sa question, il obtient d'emblée une confirmation à l'objection opposée au prétendu du TLF, à savoir que la locution désignerait une femme; une occurrence tirée du Dictionnaire universel illustré, biographique et bibliographique, de la France contemporaine, par Boulanger en 1885:


Le plus intéressant ici est la précision "comme on le dit vulgairement". Ainsi donc la locution appartiendrait au langage vulgaire. Nous sommes en effet encore au XIXe siècle, donc pendant le siècle de la deuxième préciosité linguistique, le premier étant le XVIIe, date de l'élaboration des grammaires et dictionnaires du français, ainsi que de la fondation de l'Académie française — une digression essentielle pour comprendre pourquoi la langue française semble aussi figée et non simplifiable, mais qui va nous être utile pour comprendre le fin mot de l'histoire.
Entre cette année de 1885 et 1926 (parution du dictionnaire de Hatzfeld & Darmesteter), donc en l'espace de quarante minuscules (d'un point de vue linguistique) années, la locution est passée de "vulgaire" à "familière", donc elle appartient au XXe siècle à un registre moins grossier qu'au XIXe; signe qu'elle devait être très répandue dans le langage courant — suffisamment en tout cas pour que Proust l'emploie lui-même dans un roman contemporain de l'ouvrage des lexicographes suisses.

Revenant à sa recherche sur Gallica, JB trouve une entrée dans le Dictionnaire des lieux communs de la conversation, du style épistolaire, écrit par Lucien Rigaud et publié en 1881:


L'entrée confirme ce que JB affirmait plus haut: si coeur d'artichaut est un "lieu commun" en 1881, donc contemporain du Larousse, c'est que son usage est plus ancien. Donc son origine. Donc cela va dans le sens de cette mystérieuse année de 1852.

Mais…! Minute, papillon! Si on doit le "dictionnaire" (qui n'est pas un dictionnaire général comme le Larousse, ou le Hatzfeld & Darmesteter, ou aujourd'hui le Robert) à Lucien Rigaud, on doit alors pouvoir trouver quelque chose dans les dictionnaires d'argot puisque Rigaud était un célèbre lexicographe de l'argot. Pourtant, ça ne semble pas un terme d'argot… Cœur et artichaut sont des mots tout ce qu'il y a de plus français, tout ce qu'il y a de plus non "vulgaires" et on ne peut plus présents dans les dictionnaires généraux… Bon. JB fait quand même une vérification. Et là…

Ta-dah… !!!

Bingo! Le Dictionnaire d'argot moderne (1888) du même auteur l'inclut, non pas à artichaut comme on pourrait le croire, mais à cœur:


Et re-bingo! La définition concerne "un homme"! Ha! Le TLF, la teu-hon! Et JB lit avec la même délectation que, sept plus tard, Rigaud indique non seulement la locution mais aussi le dicton. Voyons voir si, par hasard, quelque vingt années avant, en 1866, Alfred Delvau n'en aurait pas fait de même dans son Dictionnaire de la langue verte… Et là…

Ta-dah… !!!

Re-re-bingo, également à cœur:


Ouhouh… Ça sent la copie, là. La définition est quasi identique à celle qu'en donnait Pierre Larousse! Hormis cette précision truculente sur l'homme et la femme, laquelle a par essence (c'est une définition) un commerce "vénal", alors que l'homme, lui, s'en tire avec un "banal". La boucle est certes bouclée au niveau du machisme linguistique, mais une question demeure: qui a copié sur l'autre? Larousse sur Delvau ou Delvau sur Larousse? JB, mauvais comme la gale, donne évidemment raison au lexicographe de l'argot!

Quoi qu'il en soit, nous cernons davantage 1) le registre linguistique de la formule qui, plutôt qu'à l'argot stricto sensu, appartient davantage à ce que Delvau appelle "l'argot du peuple", c'est-à-dire le langage de la rue; 2) l'époque à laquelle elle est apparue. Le tour étant absent du Dictionnaire du bas langage de d'Hautel, publié en 1808, mais aussi des Études de philologie comparée sur l'argot de Francisque Michel, paru en 1856, on est sûr que le tour n'est pas antérieur au XIXe siècle et passe définitivement dans l'usage après 1850. La question reste cependant posée: d'où les lexicographes tirent-ils leur source? et cette date de 1852 est-elle juste?

Une source, JB finit par en trouver une. À la page 34 de l'ouvrage de Lorédan Larchey, publié en 1872 et intitulé Dictionnaire d'argot parisien (ce qui nous permet de cerner également l'aire géographique de la formule?). Et les plus perspicaces des petits amis de JB noteront que l'entrée est cette fois à artichaut et non à cœur:


L'Almanach du Hanneton? Ça ne donne rien sur Gallica. À force de persévérance, JB apprend (il est vaillant), sans pour autant trouver ses dates de parution, que Le Hanneton était un journal satirique. On peut en voir quelques couvertures ici, et l'édition de 1867 indique qu'il s'agit de la "6e année". Par une opération mathématique compliquée pour JB (67 - 6 = ?? 61!!), JB peut conclure que le titre a commencé de paraître en 1861. On est donc loin de 1852. Si JB donne la citation à manger au moteur de recherches de Gallica, ce dernier la lui régurgite effectivement. Or pas dans Le Hanneton, mais dans un autre journal satirique, L'Éclipse, dont Wikipédia nous dit qu'il est paru de 1865 à 1868, puis de 1876 à 1879. Toujours pas de 1852, mais ça, dans le numéro daté du 21 janvier 1877:


JB parlait de copie tout à l'heure — est-il possible que L'Éclipse ait recyclé un article publié dix ans plus tôt dans Le Hanneton? Si non, c'était alors une blague qui a dû bien faire rire les gens à l'époque, au point qu'elle a fait long feu. En tout état de cause, la feuille de l'artichaut impose sa place dans l'analogie qui a donné ce qui semble être ici plutôt la locution que le dicton. Mais peut-on remonter plus en arrière? Oui, mon capitaine. Plus tôt que les dictionnaires, on trouve une occurrence dans… JB le donne en mille à ses petits amis: les Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres, en 1863. JB, qui est né dans ce département très caprin, connu pour son beurre et ses fromages, a un orgasme linguistique:


Mais JB trouve encore plus ancien et se rapproche sensiblement de 1852… Une occurrence est publiée dans l'édition du 28 octobre 1858 du Figolu, øøø… du Figaru… oh, mince… du Figaro — ouf!


Donc l'hypothèse que posait JB tout à l'heure est fausse: la formule n'est pas née à Paris, mais plutôt à la campagne. Vraiment?
Bon, trêve de suspense. JB a depuis belle lurette trouvé la date de 1852. Mais il a mieux. Il a un an avant: 1851. Dans le Glossaire étymologique et comparatif du patois picard, ancien et moderne, écrit par un certain Jules Corbet:


Hum… arrêtons-nous deux secondes. Car non seulement, en tant que premier "recenseur" de la formule, Jules Corbet précise que cette dernière renvoie non seulement à l'amour, mais aussi à l'amitié, mais il nous indique implicitement que cette métaphore sur l'amitié, avec les années, a disparu. Dans la décennie 1860, cette dimension existe encore (confer Larousse et Delvau) mais, dès les années 1880, elle est tombée en obsolescence. Et, aujourd'hui, on attribuerait également le cœur d'artichaut à une personne amoureuse. Non seulement ça, le Figolu, øøø… le Figaru… oh, merde, euh… mince… le Figaro — ouf! utilise la locution avec le substantif fond, et non cœur, introduit par l'adverbe comme. Il s'agit donc bien, dès le départ, d'une analogie avec le légume. Et la fameuse date de 1852, puisqu'il en faut une, JB l'a trouvée dans le Nouveau glossaire genevois de Jean Humbert, lequel nous explique les différentes dénominations d'un côté et de l'autre du lac Léman/de Genève:


Et on revient donc à ce qui avait interloqué JB sur les différents termes en usage pour définir la "partie inférieure" de l'artichaut. On a donc longtemps dit un cul d'artichaut (c'est d'ailleurs ainsi que Diderot et d'Alembert en parlent dans leur Encyclopédie du XVIIIe siècle), mais aussi le cœur, le fond, et le portefeuille. Le portefeuille! Ça alors… Le Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française de Bescherelle, dans son édition de 1856, ne parle pas du portefeuille mais du cul d'artichaut, et nous décrit lexicalement le légume et toutes ses parties:


JB ne s'est pas appesanti pour rien sur sa digression à propos de la préciosité. Il l'a expliqué à ses petits amis: le XIXe siècle voit aussi la parution d'une quantité d'ouvrages qui s'emportent tantôt sur les mots grossiers ajoutés par l'Académie dans leur Dictionnaire (idem plus tard de celui d'Émile Littré), tempêtent contre la décadence de la langue française — à les croire menacée à ce point de vulgarisation qu'il faut contrevenir. Parmi ces contempteurs, on trouve un certain Alexandre Erdan qui, 1854, publie Les révolutionnaires de l'A-B-C, une charge dithyrambique et haineuse contre tous ceux qui voudraient simplifier l'orthographe, reconnaître les mots nouveaux, etc. Et le fa/umeux Alexandre Erdan parle… oui, bingo! du cœur d'artichaut:


Pour peu que les petits amis de JB en aient douté, ils voient la haine que voue l'auteur pour "la populace", ce "peuple (…) grossier", et surtout jusque dans quels retranchements il se fourvoie, allant jusqu'à nier le cul d'artichaut que, jusque-là, personne ne semblait vouloir contester. Certes, ce n'est pas uniquement grâce à lui, mais cul devenant un mot tellement chargé (sans pour autant relever du tabou linguistique), n'ayant (ou presque) plus au fil des siècles que fesses pour définition, il tend à disparaître dès qu'il le peut des autres occurrences lexicales — à l'instar par exemple du verbe baiser, qui au départ signifie embrasser, et que nul ne songerait, à part sous sa forme substantivée, à employer aujourd'hui dans sa nature verbale pour désigner le fait de faire une bise à quelqu'un. Exit donc le cul d'artichaut, on parlera désormais du fond ou du cœur d'artichaut.
Mais ce n'est pas tout. Car, en note, l'auteur relève le "portefeuille d'artichaut" qu'on a vu tout à l'heure. Ce qui mène JB et ses petits amis avec lui vers une autre création lexicale. Et c'est Lazare Sainéan qui nous l'explique dans son ouvrage de 1920 (on revient donc dans le XXe siècle), Le langage parisien au XIXe siècle:


Mais oui, c'est bien sûr! Artichaut a donné artiche en argot — et cette fois c'est bel et bien un mot d'argot, contrairement à cœur d'artichaut. JB, quel nigaud, pendant qu'il faisait ses recherches sur l'artichaut dans l'argot, trouvait artiche mais pas artichaut, et n'a pas un instant fait le lien entre les deux termes! L'artiche, précise, le Larousse de l'argot et du français populaire de Jean-Pierre Colin (2006), c'est "l'argent". Gaston Esnault nous explique l'origine exacte dans son Dictionnaire historique des argots français (1965) et, au passage, orthographie pour sa part artiche sans e: artich.
ETYM. Déduit par l'idée de portefeuille à argent, de porte-feuilles, fond d'artichaut (pop. 1855).

Re-hum. JB est troublé… Car simultanément, l'artichaut donne bizarrement (?) deux créations lexicales, la première ayant trait aux sentiments, la seconde ayant trait à l'argent. JB résume.
La locution avoir un cœur d'artichaut fait référence aux feuilles qu'on extrait très facilement de l'artichaut cuit (cru, c'est plus difficile). Au même moment, les dénominations pour désigner la partie inférieure du légume changent: du cul d'artichaut, on parle désormais du cœur, du fond, du portefeuille (c'est JB qui souligne), et ce dès 1854. Or qu'est-ce qu'il y a au-dessus du fond ou du portefeuille d'artichaut? Comme appelle-ton les "poils" qui s'hérissent en ellipse? Le foin. LE FOIN!!! Et le foin, ça veut dire aussi quoi, en argot, à l'époque, vers 1850? Bingo: l'argent. Alfred Delvau nous le confirme dans son Dictionnaire de la langue verte de 1866:


Par un savant jeu d'analogies comme seule le langage en connaît, artiche est né (vers 1880) de ses synonymies crées par les analogies:
• cul d'artichaut < fond d'artichaut < cœur d'artichaut < portefeuille d'artichaut
• cœur artichaut < tendresse -> personne qui fond devant le premier venu et s'amourache facilement
• fond d'artichaut = cœur d'artichaut = portefeuille d'artichaut + portefeuille = "porte-feuilles" < personne qui donne son amour au premier venu, facilement, comme les feuilles de l'artichaut cuit se détachent facilement + personne qui le donnent à autant de gens qu'il y a de feuilles dans l'artichaut
• fond d'artichaut = portefeuille d'artichaut + portefeuille = argent -> artiche
• foin = argent + foin [herbe] = foin [d'artichaut] -> artiche = foin = argent
• fond d'artichaut < portefeuille d'artichaut + portefeuille = bourse contenant de l'argent -> artiche = foin = argent
Autrement dit, c'est la multiplicité sémantique qui va favoriser la création lexicale.

Bon, on en a presque fini avec ce cœur d'artichaut. Car JB, qui a seriné ses petits amis avec la vraie/fausse date de 1852 comme attestation de l'expression, a trouvé encore plus ancien: 1847. Là-dedans:


L'occurrence se trouve dans des colonnes intitulées "Causeries":


Et l'exemple est magnifique. Car, là, il part certes du diction, mais l'analogie est amplifiée par la synonymie et aboutit à une allusion à l'argent — donc un jeu de mots qui est aussi le processus de création lexicale que JB a expliqué à l'instant et qui s'est produit, comme on le voit, par des gradations discursives. En plus, implicitement, cet exemple joue sur la locution avoir un cœur d'artichaut mais en l'axant sur le substantif portefeuille.


JB ne saurait ponctuer ce looong post sur le cœur d'artichaut en dévoilant à ses petits amis cette réclame que l'on trouve dans de très nombreux journaux des années 1873 à 1876 et qui montre la richesse de la locution. En l'occurrence, celle-ci est imprimée dans Le Festival, journal musical et orphéonique, en 1874, qui correspond à l'"Année 1, Numéro 1":


Ces titres ne sont-ils pas savoureux?! Mieux, JB a retrouvé la partition du musicien, un certain Jules Klein:


Tous les petits amis de JB qui savent lire le solfège peuvent incontinent s'entraîner dans leur logis pour lui jouer, quand ils le verront, Cœur d'artichaut, cette polka pour piano, et ainsi panser son… cœur d'artichaut, son cœur de sufferer.
PS: En partant, T n'a gratifié JB d'aucune Armberührung, ni même d'un au revoir. Bouh-ouh!

Babaille!


dimanche 30 décembre 2012

Le ratata, le popo et le popotin

Et JB doit traduire cette phrase tiré de la quatrième histoire d'Elling (c'est lui qui souligne):
I neste nå befinner man seg på denne berømmelige benken, med en sonde i rattata.

Qu'est-ce que ce ratatta norvégien, que JB n'avait jamais lu jusqu'à présent?
Le dictionnaire monolingue norvégien ne le connaît qu'avec un seul T et explique:
ratataI -en (spøkef.) bak: falle, gå på ratataen
Etym.:uviss oppr.; muligens eufemistisk for rassen, ræva , jf. ratata II

Donc le ratata n'est autre que le fessier (= bak), le postérieur, l'arrière-train. Ce dont Elling parle donc, c'est que vous vous retrouvez "avec une sonde dans les fesses" — après que vous avez été kidnappé par les extraterrestres qui vous ont choisi vous et nul autre, et vont mener sur votre corps, et plus particulièrement dans votre rectum, des expériences et explorations toutes plus "humiliantes" (dixit) les unes que les autres.

Le dictionnaire ajoute enfin:
Étymologie: origine incertaine, peut-être une formation euphémique de rassen, ræva, voir ratata II
Ræv est l'équivalent norvégien de cul et rass (définition identique) est un des mots les plus grossiers, du moins au goût de JB, des jurons, gros mots et insultes de la langue norvégienne; puisque rass s'utilise également pour diffamer quelqu'un.

Que signifie l'autre ratata, le n°2?
ratataII interj.; brukt for å gjengi raske smell, især maskingeværsalve ratata bom!
Etym.: lydord
ratata II interjection; utilisé pour restituer une détonation rapide, notamment d'une mitraillette ratata bom!
Étymologie: onomatopée

Le Dictionnaire des onomatopées (2003) de Pierre Enckell et Pierre Rézeau propose une acception similaire dans l'entrée consacrée à taratata:, expliquant que ratata ou ratatata est un dérivé du précédent:
1. sons produits par un clairon, par une trompette, par une trompe.
2. bruit du tir d'une mitrailleuse ou d'une mitraillette.
On constate donc qu'il y a une similitude franco-norvégienne pour reconstituer lexicalement le son entendu, un claquement, une détonation. De plus, en norvégien, il n'y aurait donc qu'un pas entre le bruit produit par la mitraillette et celui du fessier. On n'a aucune peine à s'imaginer de quelle manière. Et on va y revenir.

Pour l'heure et pour JB, il s'agit de trouver l'équivalent français le plus adapté à la langue d'Elling, sachant que ce dernier parle un norvégien désuet, soutenu et riche. JB interroge la base dite CRISCO (on reste dans le sémantisme, quoi…), qui donne une liste souvent exhaustive de synonymes:


Pas de doute, JB va utiliser l'épatant popotin et traduire:
L'instant d'après, vous vous retrouvez sur le fameux banc, avec une sonde dans le popotin.

Et voilà le problème est résolu.

Mais JB s'étonne de ce mot, popotin, qui est oh si proche de son équivalent allemand Popo, un mot d'enfant pour désigner, donc, les fesses. Seraient-ils de la même famille? se demande-t-il. Et quelle est l'étymologie de popotin?

Commençons par l'allemand, avec le Kluge, le dictionnaire étymologique de la langue allemande qui nous explique:
Popo Sm. std. kind. (18. Jh). Das im 17. Jh. eingebürgerte Podex "Hintern" wird zu einer kindersprachlichen Reduplikation umgestaltet. Bezeugt zuerst im Nordosten.
-> L'emprunt, au XVIIe siècle, de podex (postérieur) est transformé en un redoublement enfantin. Le mot apparaît d'abord dans le nord-est [de l'Allemagne].

Donc le mot est assez ancien, plus ancien en tout cas que le français popotin, dont le Robert historique de la langue française nous dit qu'il est attesté en 1917 et "est très probablement issu de pot par redoublement à l'aide du suffixe -in." Et, si l'on se reporte à l'étymologie de pot, mais qu'on se concentre sur son évolution lexicale, on trouve en effet:
◊ Par analogie, il fournit un des noms du postérieur humain (1896, argot des ouvriers), en particulier de l'anus (1920) d'où casser le pot "sodomiser", commenté par Proust.

La figure, amplement glosée par les commentateurs, se trouve dans La Prisonnière (pp. 1857 à 1859 de l'édition en Quarto, chez Gallimard, et dans le tome III de l'édition en Pléiade, même éditeur, pp. 841 à 842), après que le narrateur a expliqué: "Albertine disait souvent «casser du bois sur quelqu'un, casser du sucre» ou tout court: «ah! ce que je lui en ai cassé!» pour dire «ce que je l'ai injurié!»"

La plus mystérieuse, la plus simple, la plus atroce se montra dans la réponse qu’elle me fit d’un air de dégoût, et dont, à dire vrai, je ne distinguai pas bien les mots (même les mots du commencement puisqu’elle ne termina pas). Je ne les rétablis qu’un peu plus tard, quand j’eus deviné sa pensée. On entend rétrospectivement quand on a compris. «Grand merci! dépenser un sou pour ces vieux-là, j’aime bien mieux que vous me laissiez une fois libre pour que j’aille me faire casser…» Aussitôt dit, sa figure s’empourpra, elle eut l’air navré […]. Mais pendant qu’elle me parlait, se poursuivait en moi […] la recherche de ce qu'elle avait voulu dire par la phrase interrompue dont j'aurais voulu savoir qu’elle eût été la fin. Et tout d'un coup deux mots atroces, auxquels je n'avais nullement songé, tombèrent sur moi: «le pot». […] Et tout à coup, le retour au regard avec haussement d’épaules qu’elle avait eu au moment de ma proposition qu’elle donnât un dîner, me fit rétrograder aussi dans les mots de sa phrase. Et ainsi je vis qu’elle n’avait pas dit «casser», mais «me faire casser». Horreur! c’était cela qu’elle aurait préféré. Double horreur! car même la dernière des grues, et qui consent à cela, ou le désire, n’emploie pas avec l’homme qui s’y prête cette affreuse expression. Elle se sentirait par trop avilie. Avec une femme seulement, si elle les aime, elle dit cela pour s’excuser de se donner tout à l’heure à un homme.

Et donc le pot pour le postérieur. L'acception n'est présente dans aucun des dictionnaires d'argot du XIXe siècle — idem du popotin, absent lui aussi. Il faut attendre celui de Gaston Esnault (1965) qui, dans le 6e sens (sur 7, le 7e étant la chance) explique:
6° Postérieur: En avoir plein le pot, être excédé (argot des ouvriers, 1896). Occupe-toi de ton pot, même-toi de ce qui te regarde (ibidem). ETYM. Ellipse de pot à moutarde (1488), à crottes (1654).
Ainsi donc le pot-postérieur vient du pot de chambre. Le sens apparaît plus que par ellipse: par métonymie. C'est la relation de cause à effet, ou de contenant à contenu (comme dans boire un verre: on ne boit pas le verre, mais le liquide qu'il contient), qui crée la signification, et donc le sens, et donc le mot.

Quid maintenant du popotin, que Gaston Esnault cite également?
Postérieur (argot des soldats, 1917): Se manier le popotin, se hâter (argot des voyous, 1928; argot des écoliers, 1937).
Avant de voir ce que notre gars Gaston dit de l'étymologie, JB va vérifier sur Gallica (le site de la BeuNeuFeu) quels documents nous indiquent ses occurrences les plus anciennes. Sans surprise, on ne retrouve pas le mot dans un roman, mais dans des revues. La première date de 1920, paraît dans La Voix du combattant, donc un "périodique" destiné aux militaires ou anciens militaires et, ce faisant, confirme ce que le gars Gaston précisait en cernant l'aire sociale de l'emploi du mot. Popotin est utilisé dans un poème écrit en argot, aujourd'hui assez cryptique, mais JB en reproduit malgré tout l'extrait:


Caramboler le popotin doit signifier botter le cul, en français populaire moderne — mais on ne trouve pas d'entrée dans le Dictionnaire des argots d'Esnault.

La seconde occurrence date de 1922 (04/01), se trouve dans un feuilleton intitulé Le gosse infernal, ou plutôt un "ciné-roman comique" ainsi que le nomme son auteur, André Dollé, et publié dans un autre périodique destiné aux militaires: Le Journal des mutilés, réformés et blessés de guerre. Le passage met en scène deux enfants et, d'un point de vue lexical, nous montre implicitement comment le mot passe de l'argot des soldats à celui des élèves:


Reste maintenant à se pencher sur l'étymologie et à répondre à la térébrante question, qui taraude en tout cas JB: Popo et popotin sont-ils des cousins? Autrement posé: le postérieur français serait-il un petit-fils du fessier allemand?
À en croire notre gars Gaston, c'est affirmatif, mon capitaine!
ETYM. Origine incertaine; le synonyme popo est d'avant 1900 et peut être soit de l'allemand Popo, idem, soit une variante enfantine de POT 6°.

Ça alors! s'exclame JB dans son palais socialiste.
Ou est-ce trop beau et trop simple pour être vrai?
Hum… Sans doute.
Le Trésor de la langue française, dans la partie étymologique du terme, cite effectivement l'explication du gars Gaston, mais, à ce jour, c'est davantage celle d'Alain Rey et Jacques Cellard, dans leur Dictionnaire du français non conventionnel (1980) qui primerait:
[Ils] y voi[en]t un redoublement de pot «postérieur» (1896) avec une suffixation enfantine qui peut avoir été influencée par potin «bruit».

Ça alors! s'exclame derechef JB dans son palais socialiste.
La boucle est bouclée et ce parfaitement.
L'explication étymologique se base sur les mêmes principes, tant morphologique que lexicaux, pour le norvégien ratata et le français popotin. Tous deux viennent d'un substantif signifiant fessier et tous deux se créent à travers un bruit émis. Enfin, dans le deux cas, l'origine est "incertaine". Du point de vue traductionnel, on ne peut être plus raccord!

Et voilà, JB a terminé son enquête, mais ne prendra pas congé de ses petits amis sans leur montrer la couverture d'un roman de gare utilisant le terme popotin. Ça vaut son pesant de cacahuètes (en un seul mot!) et ça ressemble à ça:


C'est évidemment macho en diable et publié en 1954, dans une collection qui comportera 14 titres aux noms tous plus éloquents les uns que les autres et qu'un certain "Tonton Pierre" explique ici. JB ne résiste pas au plaisir de recopier cette précision dudit tonton:

Huit titres seront frappés d’interdiction de vente aux mineurs et d’exposition / affichage, et deux titres – “C’est une fille très bien” et “C’est une belle garce” (faudrait savoir alors ?!) seront au cœur de poursuites judiciaires en 1955 et 1957.

Sur ce, babaille, hein!

mercredi 12 octobre 2011

Die poetische und politische Golden Shower

Und der JB, der genau wie Marcel (Proust) früh schlafen ging (Zitat: "Lange Zeit bin ich früh schlafen gegangen." — und hiermit eröffnete sich, ja, spritzte sich aus für die sämtliche frantsösischö Unterrichts- & Akademikerwelt eine unversiegbare Quelle von Glosen & Interpretationen), ist also früh… aufgestanden. Früh eingeschlafen und früh aufgestanden um sich sofort mit seinem ganzen Körper in die Arbeit reinzuschmeissen. Momentan übersetzt der JB das dritte Buch der Reihe Ingvar Ambjørnsens über Elling, und genau die Passage, wo Elling sein erstes Gedicht schreibt:

Auf norsk:
Vi fant henne i trappen / Håret / En sort ravnevinge som vinden slo / mot det uvaskede linoleum. / Vi la henne på sengen / og så at englene hadde besvangret henne.
© Ingvar Ambjørnsen for den norske versjonen
Auf doitsch:
Wir fanden sie im Treppenhaus / Ihr Haar / Eine schwarze Rabenschwinge, und der Wind / Schlug sie gegen das ungeputzte Linoleum. / Wir legten sie aufs Bett / Und sahen: Die Engel hatten sie schon geschwängert.
© Gabriele Haefs für die deutsche Fassung
Auf frantsösischö:
Nous l’avons trouvée dans l’escalier / Sa crinière / Une aile de corbeau, jais, que le vent frappait / contre le linoléum toujours sale. / Dans son lit nous l’avons allongée / pour découvrir que les anges l’avaient déjà fécondée.
© Jean-Baptiste Coursaud pour la version française

Also dachte der JB poetisch: "Boah, krass ey… Die lyrische Schöpfung ist verdammt nochmal überall!"

Und mit dieser penetranten empirisch gemachten Feststellung ging der prosaischer JB weiter prosaisch agieren. "Weniger müssen müssen", verspricht eine gewisse u.a. im Zug plakatierte Werbung, die für den JB immer ein sinnwidriges & vernunftwidriges Rätsel verblieb. Und während er da sass und eine zweite wenn nicht dritte penetrante empirische Feststellung machte (2) die Quelle, egal jetzt welche, war unversiegbar; 3) die Reklame war ein wandernder Unsinn), konnte er noch dazu konkludieren, dass die lyrische Kreation tatsächlich überall lauerte, selbst dort, und nicht nur das: aber dass das alles eigentlich einen grossen und einzelnen Zusammenhang bildete. Und dann, dann, ja, dann machte er eine vierte penetrante empirische Feststellung.

Es wurde nämlich so.
Der JB sass und las das Fanzine Commybastards (dank G — einen schönen guten Morgen, G!). Der JB musste also und musste währenddessen das Interview der badenwürttembergischen Oi-Band Produzenten der Froide lesen. Denn nicht nur hatte er sich letzte Woche durch einen elektronischen & skinheadischen Konsumladen folgendes neu entdecktes T-Shirt bestellt:


Aber da und dort, als er sass und las und musste, erfuhr der JB zu seinen Erstaunen und Freude Froide (der JB ist normalerweise weder geübt noch speziell verliebt in Oi, sondern in Ska), dass das Logo eigentlich ein Lied von Produzenten der Froide war. Und nicht nur das, aber auch folgendes:


Also dachte der JB wieder und genauso poetisch: "Boah, krass ey… Die lyrische Schöpfung ist verdammt nochmal wirklich überall!"
Aber nicht nur das.
Denn der JB musste eine fünfte (diesmal sehr) penetrante empirische Feststellung machen. Nämlich: das Glied ist politisch. Commybastards behauptete dass "das Urinieren eine unpolitische Tätigkeit" sei, aber das stimmt gar nicht! JB wiederholt mit anderen Worten:
Der Puller ist politisch.

Der JB musste sich sofort schämen.
Nämlich: er hätte das wohl schon wissen müssen (auch weil er nicht weniger müssen müssen will). Denn er wusste schon, dank dem frantsösi(sehr)schön schwulen Aktivist (und da haben wir die lyrische Kreation, die unendlich überall lauert) Guy Hocquenghem, dass das Gesäss auch politisch sei. Das hatte der in 1988 von den Folgen von AIDS verstorberne Schriftsteller schon damals in seinem 1972 erschienenem Essay Das homosexuelle Verlangen, geschrieben:
Mein Arschloch ist revolutionär.
Also mit anderen Worten:
Mein Popo sowie mein Puller sind politisch.

Und mit dieser sechsten penetranten und empirisch gemachten Feststellung kann der JB und seine lieben keinen Freunde zu der lyrischen Kreation zurückkehren und diesmal das Gedicht der Partisan der Froide singen:
White Power / Golden Shower / Ich piss dir ins Gesicht / So muss das sein

Und damit zurück nach Dammburg, øøø, pardon… nach Hamburg.

lundi 18 octobre 2010

Enchifrené et courbaturé

Et JB, qui a chanté tout le week-end, a perdu ses écouteurs et du coup se trouve fort dépourvu quand l'heure de l'iPod est venu. Il a cherché partout dans son palais socialiste: rien. Il a même contacté G pour savoir si les écouteurs n'avaient élu domicile dans son logis: non. Il a songé un instant que c'était un signe mais il ignore de quoi ce pourrait être le signe. Au lieu de quoi il se réveille ce matin, tout enchifrené (comme disait Marcel) et le corps courbaturé (comme disait aussi Marcel), en entendant dans sa tête We Two Happy People, par Stranger Cole et Dame Patsy Todd. Il se demande qui, le concernant, peut bien être la seconde personne qui compose ce "we", n'a pas trop de réponses à apporter, ou plutôt il en a cent mille, à commencer par les rêves insistants de la nuit ou, plus simplement, par ses merveilleux amis. Cherchant le morceau sur toitube il le trouve, mais celui-ci n'étant pas "insérable", JB va le télécharger sur sonnuage pour en faire profiter ses petits amis. Ce serait dommage de rater cette chanson optimiste, joyeuse et pleine d'amour. Et une bonne journée à tou(te)s, hein.

dimanche 29 août 2010

Un froid de canard

Il pleut sur Berlin et il fait un froid de canard pour un 29 août - on se croirait en octobre. Étrange journée qui donne envie de se réfugier sous la couette et d'écouter des musiques tout aussi étranges et hypnotiques et réconfortantes. Ainsi de la reprise par Byron Lee du morceau des Beatles, And I Love Her.




Et, évidemment, on se demande d'où vient l'expression un froid de canard.
Le Robert des expressions et locutions nous répond, mais on commence plutôt à l'envers, à savoir par la citation littéraire qui en appelle à ce cher Marcel, dans le tome 2 de la Recherche:
"Vous avez tort, me dit M. de Cambremer, il fait un froid de canard. — Pourquoi de canard? demanda le docteur. — Gare aux étouffements, reprit le marquis. Ma sœur ne sort jamais le soir."
Et donc, l'explication:
Froid de canard “froid très vif.” Il s'agirait d'un froid de “chasse au canard.”
Plusieurs expressions comparatives appliquent à l'homme les particularités observées sur les canards (et en général les oiseaux à pattes palmées): marche balancée (marcher, se dandiner comme un canard), familiarité avec l'eau (être trempé comme un canard; plonger, nager comme un canard).

Et JB d'ajouter:
Avoir les doigts et les pieds palmés comme un canard et comme Marc Harris alias Patrick Duffy dans L'Homme de l'Atlantide.
Mais siii! Souvenons-nous:


Outre qu'il arborait souvent un air niais, Mark Harris alias L'homme de l'Atlantide alias Patrick Duffy alias "j'ai-eu-les-mains-et-les-pieds-palmés-avant-de-devenir-Bobby-Ewing" avait cette habitude assez extraordinaire, parfois incongrue et toujours sidérante de se promener à moitié à poil, vêtu du'n seul petit maillot de bain jaunasse et d'être trempé en permanence, ainsi qu'on le voit ci-dessous:


Son mode de vie aquatique le faisait évoluer dans des situataions tout aussi extraordinaires qu'incongrues et sidérantes, comme on le voit ci-dessous - et il faut noter, primo, le journal et le surtout brushing parfaitement secs dans l'élément pourtant parfaitement mouillé; secundo; la présence de la lampe allumée sur le côté gauche qui n'occassionne pas de court-circuit à la Cloclo:


Mais L'Homme de l'Atlantide, c'était surtout une espèce de porno soft pédalisant pour les tounettes prépubères qui n'avaient plus rien à se mettre sous la dent à force d'avoir usé les pages des hommes en slip sur le catalogue soit de la Redoute soit des 3 Suisses. Voyons un arrêt sur trois images dans un déplacement éloquent et particulièrement réussi (sur l'air de: "L'ai-je bien descendu?"):


Mais l'extrait duquel sont tirés ces captures d'écran valent leur pesant de cacahuètes. Car après "L'ai-je bien descendu?", on a maintenant: "L'ai-je mal redescendu?" ou "J'ai-un-retour-d'acide-et-j'arrive-pas-à-redescendre". On regarde cet épisode an-tho-lo-gique:



Allez, une bonne journée sous la pluie et la couette et sans acide, please.