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jeudi 24 janvier 2013

"Change my mind"

Und der JB, ohne dass er es wirklich verstehen kann (oder doch, im Nachhinein versteht er das ganz genau, aber er verrät es hier nicht), hat plötzlich Hortense Ellis' Stimme singende im Kopf. Oder genauer hat er diese Zeile von ihr im Kopf:
Now I would like to start all over again

Und, in seinem iTunes suchend, das Lied findend, erinnert er sich an die nächste Zeile:
I just wanna change my mind

Lass uns das Lied anhören.



Schön, oder?
Mit diesem paradigmatischen Bild der gescheiterten Liebe:
I keep lookin' back, but my baby's not in sight
Oder vielleicht ist es sogar ein Bild, eine Geste, die zu der Liebe gehören, egal ob diese gelungen oder gescheitert ist. Man verlässt den/die, man liebt und automatisch wirft man einen schnellen Blick hinter seinen/ihren Schulter: ist er/sie immer noch da? fragt man sich. Folgt er/sie mich immer noch mit den Augen? Oft, wenn der/diejenige immer noch zuguckt, dann könnte man vor Glück springen. Wenn nicht, und nun egal ob man immer noch zusammen ist oder nicht, kommt ein Zweifel, ein bohrender, nagender, gefährlicher Zweifel — und dann denkt man genauso gefährlich: Na, wenn er/sie mich nicht zuguckt, liebt er/sie mich wohl nicht (mehr), oder?

Aber neijjjn! sagt der JB. So muss es nicht unbedingt sein. Und nicht vergessen: man ist in solchen Phantasien sein bester Feind.

Genauso geht es mit der englischen Redewendung change one's mind. So isoliert, also weg von einem kompletten Satz, ertönt sie plötzlich in ihrer Wörtlichkeit — und bestätigt somit die Theorie der Sprachwissenschaft, d.h. was Ferdinand de Saussure unterschieden hat zwischen dem Signifikant (was man hört) und dem Signifikat (was es bedeutet). Also heisst change one's mind gar nicht, dass man sein Gehirn ersetzt (!), nein, sondern dass man seine Meinung ändert. Der JB, wortpervers wie üblich, hört und versteht beide Varianten!


Aber zurück zu dem Lied.
Hortense, die Schwester von Alton, Mutter von… vierzehn (14!) Kindern, erfährt der JB auf ihrer frantsösischön Wikipedia-Seite, hat dieses Lied nach ihm gesungen, in 1971, und damit, "turned [it] inside out, using the role reversal ploy to recast them as statements of female anguish rather than male uncertainty", teilt allmusic mit. Selbst hat der Alton dieses Originallied von Tyrone Davis in 1968 gecovert, und man hört, dass die Instrumentierung fast gleich ist. Der Orgel ist bei Hortense weg, deren Version mehr "doddig" (also Clement Dodd, der das Lied produziert hat), mehr Studio 1 ist.



Mit seiner akustichen Version folgte die instrumentale von Jackie Mittoo in 1969, mit dem Hammond-Orgel natürlich ganz vorne. Dann auch, am selben Jahr, die von Byron Lee (nicht schlecht). Danach kamen Brentford Road Allstars (1970), Horace Andy und Nicky Thomas (beide 1973, der Erste (sehr) schön in roots), Gregory Isaacs (1977) und Delroy Wilson (1978), der unterschätzte Dennis Brown (1982) — und anscheinend auch John Holt in 1978, aber der JB weder kennt die Version von ihm, noch findet sie.
Viel Spass beim Hören!

lundi 21 janvier 2013

Ska washing & Washing ska

Das jamaikanische Original, von Keith (Lyn) & Ken (Lazarus) mit Byron Lee und seinen Dragonaires, anno 1964, in einer Aufnahme von damals.

L'original jamaïcain, de Keith (Lyn) & Ken (Lazarus) avec Byron Lee et ses Dragonaires, anno 1964, dans un film d'époque.




Un an plus tard, dans la République populaire de Pologne, AliBabki (Wanda Orlańska-Borkowska, Ewa Dębicka-Brzozowska, Anna Dębicka-Czaplicka, Agata Dowhań, Krystyna Grochowska, Sylwia Krajewska) fait un cartonow avec Wash Wash Ska.

Ein Jahr später, in der Volksrepublik Polen, hat AliBabki (Wanda Orlańska-Borkowska, Ewa Dębicka-Brzozowska, Anna Dębicka-Czaplicka, Agata Dowhań, Krystyna Grochowska, Sylwia Krajewska) einen Bombenerfolgow mit Wash Wash Ska.



Frage: entsprechen diese Waschmaschinen- bzw. Wassergeräusche dem Titel? Also: man hätte sofort Lust Ska zu hören, sobald man seine Wäsche waschen würde? Sogar umgekehrt: man hätte beim skahören sofort Lust, seine Wäsche zu waschen? Weiter: man würde beim skahören, und auch beim skatanzen, faktisch und gleichzeitig seine Wäsche waschen? Der JB ist verwirrt.

Question: les bruits de machine à laver et d'écoulements d'eau correspondent-ils au titre? Donc: on aurait aussitôt envie d'écouter du ska en lavant son linge? Voire, l'inverse: on aurait aussitôt envie de laver son linge en écoutant du ska? Plus encore: on laverait effectivement et concrètement son linge en écoutant du ska et en dansant sur du ska ? JB est un peu confus.

vendredi 25 février 2011

Une capsule de survie ou: My sweet Lord

Et JB écoute ce disque de Byron Lee & The Dragonaires, sorti en 1970:


Et, en voyant la pochette qui représente une version stylisée d'une capsule spatiale après son amerrissage, JB pense forcément au roman inquiétant de Johan Harstad qu'il n'a pas encore traduit, intitulé Hässelby, dont la fin apocalyptique voit quelques personnages (du moins: ce qu'il reste de l'humanité) s'embarquer sur une espèce de radeau de survie qui a été réellement inventé dans la réalité non plus de la fiction mais de la vraie vie. Manfred Binder en est le concepteur et on regarde tant l'homme que l'objet:



Rebaptisé le Léonard de Vinci de Rüsselheim (la ville où il réside), Manfred Binder part du principe que la prochaine catastrophe viendra de la fonte des glaciers: la montée des eaux consécutive viendra recouvrir les terres que les humains ne pourront plus habiter. Ils devront alors non seulement trouver d'autres endroits pour vivre, mais tout simplement: vivre, survivre. D'où son idée de créer une "capsule de survie" dont il présente ici le prototype. Alors certes, Manfred admet qu'il ignore combien de passagers pourront embarquer sur ce qu'il appelle également son "île flottante", et qui n'a pour le coup rien à voir avec le dessert. N'empêche, grâce à l'énergie solaire, elle pourra être autonome, assure-t-il.

Alors évidemment, JB le voit d'ici, tous ses petits amis ricanent en regardant ces élucubrations. Mais JB, lui, qui ne peut jamais penser comme tout le monde et doit constamment faire son original, est fasciné par les projets pot-apocalytpiques de Manfred. Il les trouve profondément rassurant à plusieurs titres. D'une part parce qu'ils infirment et confirment à la fois le proverbe "Après moi, le déluge" — et, ce faisant, réduisent en miettes ce principe dichotomique inhérent à toute chose et qui empêche a priori le pas de côté, l'éventualité, l'anarchie. D'autre part parce qu'ils s'opposent implicitement à la métaphore du déluge promis par la Bible, où seuls quelques élus trouveront le chemin de la survie, et ils le trouveront uniquement en ayant cette indécrottable foi chrétienne définitivement et irrémédiablement vaine. Enfin parce qu'ils apportent une once d'optimisme lors de nos heures sombres où l'on est en droit de se demander ce qu'il va advenir de nous, catastrophe ou pas, si on va s'en sortir, si on va survivre, si on va continuer à vivre.

Et c'est donc avec toutes ces pensées et toutes ces conjectures que JB le mécréant, l'anticlérical et le bouffeur de curés (et de pasteurs, popes, rabins, imams, etc.) écoute Byron Lee interpréter My Sweet Lord, oui, la reprise du tube de George Harrison:



Mais dès les premières notes, les sens de JB sont en éveil. Cette version, il la connaît bien. Mais pas interprétée par Byron Lee. Et il la connaît d'autant mieux qu'il voulait la faire écouter à ses petits amis en juillet 2010 dernier sur le blog tatoué et fumeur. Il avait même préparé une petite image des différentes versions qu'il possède dans son mange-disque électronique et qu'il a conservée grâce à Time Machine, la mémoire universelle et éternelle de son ordimini:


Oui, voilà: c'était la version par Keith Lyn. Et, en fait, cette version a été orchestrée par Byron Lee en 1971, puisque ce dernier a été le roi de la reprise.
Ce que les petits amis de JB peuvent aussi constater, c'est qu'il la peu écouter au regard de l'autre version du morceau par les Rudies, qu'on écoute maintenant:



Et cette version, JB l'adore définitivement et à jamais. Et à maints égards. D'abord, bien sûr, parce que toutes les références religieuses du texte ont été quasiment gommées: plus de "hallelujah", plus de "hare krishna", mais juste ce "my sweet Lord' qui, ainsi débarrassé de ces oripeaux hiératiques, peut définir quiconque, à commencer par un être cher, un être aimé, un amant, un mari, un ami, n'importe qui sauf le Seigneur Saigneur. Du même coup, le morceau ne se réduit plus à une espèce de prière, du supplication religieuse aussi illuminée qu'absurde. Il devient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être: une ode destinée à quelqu'un qu'on aime et/ou qu'on admire et en tout cas dont on a besoin, quelqu'un qu'on remercierait en chanson, dont on louerait les qualités pour soi, un peu égoïstement certes, mais nettement moins déjà puisqu'on en ferait profiter les autres.
La reprise, JB l'adore également parce qu'elle est un énième spécimen de ce son early reggae qui met en avant l'orgue Hammond et les guitares, avec cette syncope caractéristique du son jamaïcain. À cet égard, la version par Fitzroy Sterling est encore plus dans le ton, qui lorgne déjà vers le skinhead reggae. On écoute:



Bon, si on fait abstraction des paroles agaçantes, musicalement, la reprise est aussi entêtante que la précédente. Quant à la version par Ken Lazarus, elle n'apporte rien de ce que les autres ont déjà fait entendre. Enfin, pour ce qui est de l'original par George Harrison, il verse trop aux oreilles de JB dans la dévotion christique pour qu'il ait envie de la faire entendre sur le blog tatoué et fumeur — mais on peut l'écouter (en rageant de concert avec les chœurs gospel) ici.

Il n'empêche.
Pour JB, eu égard aux contingences et aux conjectures, toutes aussi apocalyptiques les unes que les autres, My Sweet Lord est un beau et doux remède, en espérant seulement qu'il ne soit pas une cautère sur une jambe de bois piquée de part et d'autre d'épodopage.

dimanche 13 février 2011

"You will come again"

Et, toujours aussi skinisant et tounisant, JB écoute depuis plusieurs jours sa compilation intitulée Sonntagsmusik (= Musique du dimanche) qu'il a bricolée avec ses petites mains il y a pas mal de temps déjà et ça tombe bien puisqu'on est dimanche.
Et, en réécoutant Breakfast In Bed (en ce moment même pour la 204e fois depuis que le morceau a intégré son mange-disques électronique le 5/02/2007), le tube de la one hit-wonder Lorna Bennett (et JB de se souvenir qu'il avait visionné sur toitube une interview sur une télé des Caraïbes (JB a un trou de mémoire, il ne sait plus quel pays c'était mais ce n'était pas la Jamaïque) où elle était interrogée avec Susan Cadogan et, pendant toute l'interview, elle avait gardé ses lunettes noires, et JB s'était du même coup demandé si, comme lui à un moment, elle souffrait d'une myxomatose — bref).

Non, pas bref. JB a entre-temps retrouvé la vidéo en question et découvert avec stupeur que même Susan Cadogan portait des lunettes de soleil. Pourquoi? Parce que ces dames avaient les projos dans la tronche? Parce qu'elle aussi était atteinte de myxomatose? La question reste ouverte et JB a le mérite de la poser car elle taraude tout le monde, à commencer par lui-même et tous ses petits amis derrière lui.
Toujours est-il que Lorna fait moitié voire carrément la gueule, avec son visage comme figé par des milliers d'injections de Botox® qui à elles seules expliqueraient pourquoi elle est incapable de sourire, ou à croire qu'on l'a traînée là de force et qu'elle va à n'importe quelle seconde envoyer une mandale à Lovena et Flower, les deux journalistes (JB n'y peut rien si elles s'appellent comme ça). On regarde la Lorna mal lunée, à droite, dans ses drapés et ses froufrous, et surtout avec ses verres teintés qui lui mangent le visage comme une burqa oculaire:


Et donc JB a mis sa compil Sonntagsmusik, dont voici les titres:


Et il écoute donc Breakfast In Bed:



Et, tounisant et skinisant, il s'identifie à fond avec ce que chante Lorna Bennett. Que ne l'a-t-il pont connue, cette situation où, ayant mis les petits plats dans les grands, après avoir mis d'autres grandes choses dans des choses plus petites, il a lui aussi déclamé:
What's your hurry? / Please don't eat and run / You can let her wait, my darling / It's been so long / Since I've had you here / You will come again / Darling, it will be / Like it's always been before

Or, contrairement à ce qui est indiqué dans le mange-disques électronique de JB, le morceau ne date pas de 1974, mais de 1972, comme le confirme discogs. Produit par Harry J (oui, l'auteur de l'immarcescible Liquidator) et orchestré par Geoffrey Chung et Carl Harvey, Breakfast in Bed est sorti sur Blue Mountain mais a vu le jour l'année d'avant, à en croire Lorna Bennett sur son site:


Et donc le disque est un succès:


Sur la face B, Skank in Bed, David Scott aka Scotty offre une version dancehall qui surfe sur le succès de U Roy et, si on a le droit d'être très vite lassé par le dancehall, on peut ricaner par la rupture du morceau en plein milieu, lorsque Scotty demande au musicien de quitter le studio puisqu'il ne sait jouer d'aucun instrument.




La même année, Bongo Herman offre une version instrumentale mi-dub mi-nyahbinghi, avec les congas et le saxophone mis très en avant — c'est dire à quel point le morceau de Lorna Bennett a fait mouche. Et on écoute aussi:



Et, l'année d'après a priori, Harry J et Geoffrey Chung propose leur version tout aussi instrumentale, mais dub à fond et sans doute influencée par des substances dont JB ne veut pas connaître le nom ou alors par des êtres mystérieux sans doute aperçus lors de l'ingestion desdits produits. Puisque ce morceau ne porte nul autre nom que UFO:



Toujours en version reggae, on trouve en 1973 la version très orgue et un peu flemmarde de Byron Lee, mais aussi, en 1977, la version de Candy McKenzie, produit cette fois par Lee Perry mais très influencée par Bongo Herman, tant dans l'orchestration que par la marque du dub qui privilégie, au niveau de la voix, l'écho. Une voix dont le timbre rappellerait presque parfois celui de Grace Jones qui, quelques années plus tard, copiera le son reggae avec précisément les mêmes effets. Le morceau par Carry McKenzie est ressorti l'année dernière chez Trojan Records et c'est le site skarlatine qui nous explique tout:




Sinon, ce sont cette fois, s'il vous plaît, messieurs Sly & Robbie qui se mettent aux commandes de la production. En 1979, en offrant un disque à Sheila Hylton, puis en 1993 à Carron Smith. Or, dans les deux cas, force est de constater qu'ils ont eu énormément de mal à se détacher de l'interprétation de Harry J et Geoffrey Chung, et on ne saute hélas pas au plafond en les écoutant, même si celle de Sheila Hylton dépasse la seconde. Et ce sans oublier bien sûr Hortense Ellis et sa version de 1991, dont l'orchestration par son frère Alton, quoique réussie, ne cache hélas pas la faiblesse vocale de la chanteuse (confer, ces moments où elle doit pousser et tenir la note).


Mais le succès de Lorna Bennett (le sien et la fortune reggae qui en découle) ne serait rien sans la version originale, chantée par Miss Dusty Springfield sur son impérissable album de 1969, Dusty in Memphis qui, JB n'aura jamais de cesse de le répéter, doit figurer dans tous les bonnes discothèques — allmusic affirme même: "It's truly a disc deserving of its classic status", et JB branle du chef plutôt deux fois qu'une. Camp à mort grâce à ses violons dégoulinants, la chanson est une espèce de pré-Northern Soul qui fait la part belle aux instruments à vent qu'adoraient le ska. On écoute:



Composée par Donnie Fritts et le guitariste Eddie Hinton (qui, JB l'apprend aussi sur allmusic, a même joué avec Toots Hibbert de Toots & The Maytals), la chanson sera reprise par une quantité de chanteuses: Carmen McRae en 1970, suivie l'année d'après par Shirley Bassey qui en offre une version braillante et beaucoup trop rapide. Mais avant elle, c'est Baby Washington qui s'y colle la première avec une interprétation fort honorable qui évince les violons et conserve les instruments à vent. Et la chanteuse de se montrer plus insistante que Dusty puisqu'elle ne chante pas "You will come again" mais "Please come again":



Et, outre Joan Osborne plus en 2007, ce sont surtout les pilleurs de UB40, comme JB l'expliquait en allemand en mai 2010, qui reprendront le morceau. Mais pas n'importe quelle version. Ils ne reprendront pas l'original de Dusty, mais bien celle de Lorna Bennett. De fait, celle-ci ne chantait pas "Breakfast in bed / a kiss or three", mais: "Breakfast in bed / kisses on me". Et c'est aussi ce que Chrissie Hynde et Ali Campbell répètent et singent. Pff…

Mais bon. Quoi qu'il en soit, JB, qui vient juste d'ôter ses rouleaux, continue de chanter à tue-tête en écoutant Dusty Springfield et Lorna Bennett à tour de rôle ces paroles si justes de vérité patente et crasse:
Don't be shy / You've been here before/ Pull your shoes off, lie down and I will lock the door / And no one has to know / You've come here again / Knowing it will be / Like it's always been before.
Et sur ce, JB souhaite à tous ses petits amis un bon dimanche sous ses applaudissements.

vendredi 21 janvier 2011

7, The Killa

Et JB qui fait sa revue de fesses, øøøh, pardon… sa revue de presse matinale ouvre le site de la Libération qui lui recrache, en tête de page un article sur Ben Ali:



Par une association d'idées emberlificotée dont seul JB a le secret, il pense aussitôt à la chanson des Selecter, datant de 1980 sur leur album Too Much Pressure, James Bond, dont il constate par ailleurs dans son mange-disques électronique qu'il ne l'a plus écoutée depuis le 15/05/2010. Pourquoi? JB veut dire: pourquoi ce passage tordu d'une actualité tunisienne sur un sinistre personnage obsédé par le chiffre 7 et l'impeccable morceau 2-tone consacrée au héros de Ian Flemming? Primo parce que celui-ci était surnommé 007, secundo parce que les Anglais chantent: "Ha ha / The killa / James Bond / Goldfinga / Licence to kill / I expect you to die" et que JB voit là le reflet musical de celui qui a fait assassiner par sa police "plus de cent personnes (…) selon des informations compilées par l'ONU". On regarde le petit montage vidéo d'un dénommé skinheadyellow pour comprendre plus avant l'association d'idées de JB:


Et maintenant on écoute:



Il n'empêche, James Bond a connu une sérieuse fortune musicale dans le ska et le reggae. À commencer par l'inépuisable morceau de 1966, interprété par Desmond Dekker and The Aces 007. Et le chanteur de faire un jeu de mots avec les deux premiers chiffres du surnom de l'espion. Puisque, en anglais, le chiffre 0 peut se dire tant zero que se prononcer O comme la quinzième lettre de l'alphabet. Et c'est justement ce que fait Desmond Dekker. Ainsi, 007 s'entend comme "007", mais aussi comme "Oh oh, seee-ven". On écoute:



Le morceau est à ce point génial que, un an plus tard, lors de sa célèbre tournée qui donnera lieu à l'album bien nommé On Tour, Prince Buster reprendra la chanson consacrée en réalité non pas à James Bond mais aux rude boys dans les quartiers sordides ("shanty town") de Jamaïque et leur poursuite par la police:



Même les Specials (qui sont en concert à Berlin en septembre prochain et dont les billets sont déjà en vente pour la modique somme de… 40 € - oh je…) enregistreront leur version:



Mais JB, archiveur devant l'éternel, a depuis belle lurette effectué dans son mange-disques électronique sa petite compilation des morceaux de ska et de reggae consacré à l'espion (qui nous aimait):


Car le James Bond des Selecter ne serait rien sans le Goldfinger de Tommy McCook qu'il interprétait avec les Skatalites en 1963 et, sauf erreur ou omission de la part de JB, il s'agit du tout premier morceau de ska portant sur le héros de Ian Flemming, ou plutôt: sur le personnage cinématographique incarné dans un premier temps par le toujours superbe Sir Sean Connery, dont le kilt lui sied à merveille:



La même année, en 1963, Lionel Bart compose From Russia With Love, interprété par Matt Monro, pour le film éponyme réalisé par Terence Young. Et qui joue aux côtés de Sean Connery? JB le donne en mille… Sa chanteuse autrichienne chouchou. Les petits amis de JB ont trouvé? Non?
Mais si. C'est…:


Lotte Lenya en méchante espionne soviétique, parée ici d'un garde du corps en toute petite tenue et dont JB tirerait bien la serviette pour voir ce qu'elle cache et renferme:


Et les fantasmes gardeducorpsesques de JB seraient presque réalisables dans la mesure où, dans le film, Rosa Klebb "aurait des tendances lesbiennes" - voici donc pourquoi elle est flanquée d'un homme certes robuste mais non moins sensible au vu de sa serviettette. Un fan et féru de James Bond nous confirme ce qui au demeurant attriste JB (la lesbienne comme éternel personnage de tueuse dans l'imaginaire te l'inconscient hétérosexuel masculin):


Quoi qu'il en soit, de ce morceau tiré de Bons baisers de Russie, Roland Alphonso tire un instrumental produit par Clement Coxsone Dodd en 1965, tout aussi impeccable que les précédents que nous avons écoutés jusque-là. Alors, celui-ci aussi on l'écoute:



Il faut ensuite entendre 1969 et Lloyd Charmers pour ravoir un autre morceau bondien. Il s'appelle Dollars And Bonds et les Hippy Boys sont aussi de la partie, une partie très skinhead reggae avec l'orgue Hammond évidemment mis en avant:



Mais en fait, non. Chronologiquement, il manque un morceau. Inspiré lui aussi du second film sur James Bond, sorti en 1964 et interprété par Byron Lee et ses Dragonaires. Un instrumental à tomber par terre tant il est nostalgique, et c'est justement la raison pour laquelle JB l'a gardé pour la fin. Aussi parce que l'orgue Hammond qui le rythme est aussi ensorcelant qu'anachronique. De fait, comme on l'a vu avec Dollars And Bonds, l'instrument n'a pas encore, en cette période ska qui fait la part belle aux instruments à vent, la place que lui accordera le early reggae et le skinhead reggae, de 1969 à 1971. On écoute, et puis on se quitte.

jeudi 30 décembre 2010

in Babylon

Et JB, qui fait sa petite revue de fesses de presse quotidienne (et il n'y a rien à lire, ou quasi) apprend la nouvelle suivante, in la Libération:


Forcément, JB se souvient d'un hit de Boney M, Rivers Of Babylon, qu'il a dégoté sur toitube et enregistré pour la Noël 1978 dans la Angleterre et dans lequel ledit Bobby Farrell, en tenue légère et fort seyante et pas du tout ridicule, exhibe ce que les Norvégiens appellent si joliment un "paillasson de poils" (= hårmatte). Avant d'écouter le morceau, JB ne résiste pas une seule seconde à montrer une capture d'écran du torse et de la tenue en question:


Et c'est pas plus tard que maintenant qu'on écoute de la diskø:




De la diskø sur le blog tatoué et fumeur? s'étranglent les petits amis de JB et tous les skinheads et les skingirls avec eux.
Mais bien sûr.
Pourquoi?
Parce que ce tube interplanétaire mais (Marx merci) pas interstellaire est en fait une reprise d'un morceau de early reggae composé et interprété par les Melodians en 1969. On regarde et on ouvre bien grand ses esgourdes:



Oooh… Et qu'est-ce que JB voit sur la pochette du dikse? It's My Delight, un des morceaux chouchous et fétiches de JB dont il a déjà parlé ici, là, et là encore.

Des versions de Rivers Of Babylon, JB en a plein, qu'il a collectées et fil des semaines et des mois puisque ça fait longtemps qu'il voulait au fond rédiger ce post dur Boney M et les Melodians et les rivières de Babylone. Voici ce que lui indique son mange-disques électronique:


Et le site Roots Archives lui en indique d'autres:


Une constatation s'impose d'emblée.
Les différents interprètes n'ont pas fait preuve d'une graaande imagination en proposant leur reprise. À quelques exceptions près (qu'on écoutera, cela va de soi), on a l'impression un seul et même morceau en continu, avec certes un timbre de voix différent, une orchestration elle aussi légèrement différente - mais, à chaque fois, rien qui révolutionne particulièrement l'original.
Pourquoi?
Parce que l'original des Melodians est "insurpassable"?


Qu'est-ce qui mérite une écoute particulière, alors?
La première version, et qui demeure la plus surprenante, c'est celle de Herbie Mann, de 1974, avec Tommy McCook. Car quel instrument reconnaît-on? Woilà: la… flûte traversière! (Et, bien évidemment, JB salue G!!!) Normal, diront les petits amis de JB, puisque Herbie Mann était LE interprète de l'instrument en question pendant les années 70. N'empêche, le fait qu'il ait enregistré avec Monsieur McCook un disque reprenant des morceaux de reggae montre à quel point le second était respecté par le monde musical.



Une autre version que JB aime est celle de Prince Student, qu'on trouve sur la compilation Trojan Nyahbinghi - le nyahbinghi est un style du reggae des années 70, très dub et avec des consonances africanisantes, et qu'on reconnaît entre mille autre styles par les percussions toujours très en avant. La mode du nyahbinghi correspond au trip rastafari à fond avec l'Éthiopie (le fameux Zion = la terre promise, dont il est question dans la chanson), Haïlé Sélassié et passelepètequejetiredessus et tout et tout. On écoute:



La version de Hopeton Lewis, enregistrée en 2009, lors de la réunion à Kingstown des plus grands compositeurs et interprètes de rocksteady, que le documentaire de Sascha Bader a admirablement montré (et JB salue cette fois F avec qui (et avec G, d'ailleurs) il avait vu le film lors de son avant-première (avec l'Ambassadeur de Jamaïque en Allemagne dans la salle!!!)). On regarde la bande-annonce de ce doc, où on n'entend pas Hopeton Lewis chanter, mais où on voit tous les gens que JB montre quasi quotidiennent:



Une version que JB n'a pas mais qu'il adore est celle des Skatalites, qu'on voit ci-dessous en concert, en 2006:



Quant aux autres, elles sont honnêtes - point.

Mais le top du top est atteint grâce à l'inénarrable Byron Lee qui, JB l'a souvent montré, a été capable du meilleur comme du pire. Sa version de 1971 est à l'avenant: à la fois innovante et carrément ringarde. On appréciera surtout les trompettes très Beatles période Sergeant Pepper's, psychédéliques à souhait. On écoute en ricanant un peu, tant c'est presque du reggae grotesque:




Mais si JB voulait rédiger ce post sur Rivers of Babylon, c'est qu'il a souvent croisé le morceau et Babylon dans son travail. Dans deux traductions, il a eu affaire à eux. Dans un roman pour adolescents d'Unni Nielsen, Rita, New York, 1964, il était question de ce garçon noir de Brooklyn qui chantait la chanson:


Être étranger dans son propre pays, insistait donc Booker en chantant les Melodians. Si JB vivait encore dans la Rance il pleurerait des rivières et acquiescerait aux paroles du personnage semi-fictif. Mais depuis qu'il vit dans son palais socialiste de Berlin, il n'a plus cette impression qu'il a tout de même chaque fois qu'il est obligé de revenir dans son pays d'origine. Bref.

Car ça veut dire, quoi, en fait, Babylon, dans ce contexte?
Avant de répondre à cette question, on passe à un autre roman que JB a traduit, Volvo Trucks, d'Erlend Loe, où le pauvre Andreas Doppler, la quarantaine, se fait avoir par Maj Britt, une Suédoise de 92 ans qui fume pétard sur pétard en écoutant du reggae et en dansant dans sa cuisine dont le sol porte les marques des piques de ses bâtons de ski dont elle s'aide pour pouvoir tenir debout et se trémousser. C'est hilarant et on lit ci-dessous:

Hö!

Alors, ça fait référence à quoi, Babylon?
Pour le savoir, on va à la source même, c'est-à-dire sur l'impeccable glossaire du patois jamaïcain (comme on dit), qui nous révèle:


Si on souhaite une explication plus académique, pas de problème, on va consulter le Concise New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English de Tom Dalzell et Terry Victor, lesquels nous expliquent:


Donc Babylon, c'est l'oppresseur pour les Jamaïcains puis pour les Noirs: la police, les États-Unis, les blancs. Est-ce qu'on peut étendre le sens et dire que Sarkotzy (kotzen, en allemand, ça signifie dégueuler) c'est Babylone dans la Rance? On va dire que oui, hein. Et on va dire que Zion, ce n'est plus l'Éthiopie, c'est Berlin. Et toc, et voilà, et salut.

mardi 16 novembre 2010

Gris et pluvieux et froid

Et, depuis son réveil, JB écoute quasi en boucle cette magnifique reprise par Byron Lee et ses Dragonaires de From Russia with Love — un morceau qui convient parfaitement à ce temps de novembre, gris et pluvieux et froid.

mercredi 8 septembre 2010

"I gaily laughed"

JB se réveille, toujours avec sa gangrène à l'œil gauche (mais pourquoi c'est pas la droite qui est gangrénée, dans la vraie vie ça se passe comme ça, non?). Il veut travailler, se met devant son nouvel ordimini, et la lumière conjuguée de l'écran et du ciel lui fait l'effet de coups de couteau dans les orbites. Il chausse sa casquette noire à large visière, c'est déjà mieux. Il a l'air complètement ridicule ainsi attifé, mais il s'en fout. Il s'allume une cigarette, ça non plus il ne devrait pas: sitôt que la fumée a le malheur de de croiser sa rétine, la douleur n'en est que plus grande. Du coup, JB pense forcément à la chanson des Platters telle qu'interprétée par Byron Lee, Smoke Gets In Your Eyes, et chante doublement doublement: "So I chaffed and I gaily laughed", une phrase qu'il trouve doublement sinon triplement adaptée à sa situation à la fois oculaire et identitaire (allez, vlan, les grands mots dès le matin).
Et une bonne journée à tout(te)s, hein.

dimanche 29 août 2010

Un froid de canard

Il pleut sur Berlin et il fait un froid de canard pour un 29 août - on se croirait en octobre. Étrange journée qui donne envie de se réfugier sous la couette et d'écouter des musiques tout aussi étranges et hypnotiques et réconfortantes. Ainsi de la reprise par Byron Lee du morceau des Beatles, And I Love Her.




Et, évidemment, on se demande d'où vient l'expression un froid de canard.
Le Robert des expressions et locutions nous répond, mais on commence plutôt à l'envers, à savoir par la citation littéraire qui en appelle à ce cher Marcel, dans le tome 2 de la Recherche:
"Vous avez tort, me dit M. de Cambremer, il fait un froid de canard. — Pourquoi de canard? demanda le docteur. — Gare aux étouffements, reprit le marquis. Ma sœur ne sort jamais le soir."
Et donc, l'explication:
Froid de canard “froid très vif.” Il s'agirait d'un froid de “chasse au canard.”
Plusieurs expressions comparatives appliquent à l'homme les particularités observées sur les canards (et en général les oiseaux à pattes palmées): marche balancée (marcher, se dandiner comme un canard), familiarité avec l'eau (être trempé comme un canard; plonger, nager comme un canard).

Et JB d'ajouter:
Avoir les doigts et les pieds palmés comme un canard et comme Marc Harris alias Patrick Duffy dans L'Homme de l'Atlantide.
Mais siii! Souvenons-nous:


Outre qu'il arborait souvent un air niais, Mark Harris alias L'homme de l'Atlantide alias Patrick Duffy alias "j'ai-eu-les-mains-et-les-pieds-palmés-avant-de-devenir-Bobby-Ewing" avait cette habitude assez extraordinaire, parfois incongrue et toujours sidérante de se promener à moitié à poil, vêtu du'n seul petit maillot de bain jaunasse et d'être trempé en permanence, ainsi qu'on le voit ci-dessous:


Son mode de vie aquatique le faisait évoluer dans des situataions tout aussi extraordinaires qu'incongrues et sidérantes, comme on le voit ci-dessous - et il faut noter, primo, le journal et le surtout brushing parfaitement secs dans l'élément pourtant parfaitement mouillé; secundo; la présence de la lampe allumée sur le côté gauche qui n'occassionne pas de court-circuit à la Cloclo:


Mais L'Homme de l'Atlantide, c'était surtout une espèce de porno soft pédalisant pour les tounettes prépubères qui n'avaient plus rien à se mettre sous la dent à force d'avoir usé les pages des hommes en slip sur le catalogue soit de la Redoute soit des 3 Suisses. Voyons un arrêt sur trois images dans un déplacement éloquent et particulièrement réussi (sur l'air de: "L'ai-je bien descendu?"):


Mais l'extrait duquel sont tirés ces captures d'écran valent leur pesant de cacahuètes. Car après "L'ai-je bien descendu?", on a maintenant: "L'ai-je mal redescendu?" ou "J'ai-un-retour-d'acide-et-j'arrive-pas-à-redescendre". On regarde cet épisode an-tho-lo-gique:



Allez, une bonne journée sous la pluie et la couette et sans acide, please.

mercredi 25 août 2010

Long Shot

On est à pied d'œuvre dès le matin et on doit traduire un mot simple, rør, qui signifie conduit, tube, mais qu'on ne comprend pas dans le contexte fluvial dans lequel il s'inscrit.
On va vérifier sur ordnett et on trouve, dans les traductions vers l'anglais, le sens suivant:


Et, fatalement, en voyant la traduction d'un locution formée sur le mot rør, on pense au morceau des Pioneers, Long Shot Kick De Bucket, qu'on avait déjà écouté en février dernier, dans un tououout autre contexte, mais qu'on va réécouter.



Produit par Leslie Kong et sorti en 1969, Long Shot Kick De Bucket parle de quoi? D'une… course de chevaux. Le chanteur a parié tout son argent sur Long Shot et le Long Shot en question… "kick de bucket", en français: il a "clamsé" en pleine course. Ce qui fait dire aux Pioneers: "All me money gonna hell" = "Tout mon fric est parti en fumée".
L'allusion aux chevaux, au tiercé, à la course, est loin d'être évidente. Toutes les mentions explicites ont été gommées et si on ne comprend pas que le fameux "pace" n'est autre que "le pas" du bourrin et le fameux "rear" de la phrase "Long Shot on the rear" renvoie à l'arrière de la piste de l'hippodrome, lequel n'est autre que le fameux Caymanas Park dont il est également question, lequel n'est à son tour autre que le parc de Kingston où a lieu la tout aussi fameuse Caymanas Race (une race étant une course) - si donc on ne comprend pas tout ça, on est un peu paumé et on ne sait pas de quoi peut bien parler cette foutue chanson.

Or Long Shot Kick De Bucket n'est pas un morceau original.
Mais une seconde version d'un propre morceau du groupe, sorti en 1968, produit par Joe Gibbs, et qui s'appelait Longshot, en un mot, dans un style plus rocksteady, et auquel s'ajoute parfois, entre parenthèses et pour le distinguer de sa suite "(Bus Me Bet)". On l'écoute:



Dans le morceau original, les allusions à l'hippisme sont très claires et dès le départ: "Him gallop". Les Pioneers nous expliquent ensuite que, malgré les coups de cravache et bien qu'il coure comme un dératé, le pauvre Longshot ne suit pas et finit par mourir. Et oui, c'est une histoire triste où il est davantage question du cheval et non du parieur, comme dans Long Shot Kick De Bucket. Et le Wikipédia anglais de nous expliquer que Long Shot a réellement existé et qu'il est mort en pleine action "lors de sa 203e course".
Une autre histoire pour une autre version qui elle-même connaît une autre destinée.
Certes, Longshot est un hit en Jamaïque grâce auquel les Pioneers vont connaître la gloire et un succès qui ne se démentira plus. Mais ce succès est limité à l'île. Quand, en 1969, sort Long Shot Kick De Bucket, le succès se répète et, à présent, c'est Laurence Cane-Honeysett qui nous raconte la suite de l'histoire, que l'on trouve dans le livret de la compilation produite par Trojan Records en 2001 et intitulée Let Your Yeah Be Yeah: The Pioneers Anthology, 1966 To 1986:


Que nous explique, donc, Laurence Cane-Honeysett?
Unsurprinsingly, the song quickly became a nationwide hit in Jamaica, but bearing in mind its parochial subject matter, its success on the other side of the Atlantic was less predictable. Released in the UK by Trojan, the record was initially ignored by the hugely influential BBC, but following its appearance on a number of independant radio stations, the corporation finally relented and finally added it to their play-list. On October 18th, Long Shot Kick De Bucket crept into the national British Pop charts and over the next few weeks, steadily climbed up the listinfs where it eventually peaked at number twenty-one.
Voilà pour l'histoire.

Mais les interprétations ne s'arrêtent pas là.
En cette même année 1969, le grand repreneur en chef qu'est Byron Lee réinterprète Long Shot Kick De Bucket sur son album Reggay:


L'adapation est correcte, qui fait la part belle à l'orgue Hammond et a un tempo moins soutenu, moins early reggae que dans sa version originale.
On peut écouter le morceau ici et profiter de l'album entier là.

Est-ce le phénomène Long Shot et sa mort étonnante (comme une espèce de prédiction au titre On achève bien les chevaux), ou plus directement la fascination que l'on peut avoir face à la mort qui se déroule en face de soi (qu'il s'agisse en l'espèce d'un sportif ou d'un animal)? Est-ce le caractère génial du morceau, tant du point de vue des paroles que de la musique?
Toujours est-il que Long Shot Kick De Bucket va faire des petits. Le cheval Long Shot aura des successeurs, d'autres étalons moins connus mais qui se lanceront la même année dans la course au hit. Le premier s'appelle Burial of Long Shot, est interprète par Prince of Darkness, et on reconnaît sans peine non seulement certaines paroles de même que certains accords voire certaines phrases musicales du morceau original. Quant à cette version, on la trouve pas du tout négligeable, bien au contraire, plus alanguie, avec sa trompette d'autant plus que séduisante qu'elle 1) intervient la première fois comme une immense surprise, 2) est rehaussée par un sifflement vers la fin du morceau qui transforme celui-ci en hit potentiel. On écoute:



En face B, George Lee fournit une version instrumentale, débarrassée d'une trompette remplacée par un saxophone, avec des accents pré dub où on retrouve notamment les notes de vibraphone qu'on entendait déjà dans la toute première version de Longshot (Bus Me Bet) des Pioneers:



Toujours en version instrumentale, mais cette fois carrément identique à Long Shot Kick de Bucket, le Double Shot des Beverley's All Stars qui fait tourner en boucle la phrase musicale du morceau des Pioneers et lui ajoute un long mouvement d'harmonica:



Évidemment, on ne saurait terminer sans la version des Specials, qui s'ouvre sur cet orgaue Hammond que le style 2-tone avait placé au centre de son orchestration. Et on l'écoute plutôt deux fois qu'une cette interprétation en concert de 1980, d'autant qu'elle est suivie par une reprise de l'impérissable Liquidator de Harry J. All Stars, ainsi qu'une troisième reprise… qu'on vous laisse découvrir, mes petits amis.

lundi 16 août 2010

with love

Allez, comme on a été un peu silencieux aujourd'hui (on avait à faire), on se carre bien confortablement dans un fauteuil moelleux, on se décapsule une petite bière, on s'allume une cigarette, on ferme les yeux, et on écoute Byron Lee avec ses Dragonaires interpréter rien que pour nous From Russia With Love.
Tout va bien. Tout ira bien.

So. Seitdem man heute ein bisschen leise war (man hatte ja zu tun), setzt man sich tief und bequem in dem komfortabelsten Sessel rein, man öffnet sich ein Bier, nimmt sich eine Zigarette, schliesst die Augen zu und hört Byron Lee mit seinen Dragonaires nur für uns From Russia With Love spielen.
Alles geht gut. Alles wird gut.

samedi 14 août 2010

Je t'aime (ah bon?)

JB, qui a traduit tout à l'heure une phrase où il n'est pas écrit "je t'aime" mais le lecteur le comprend forcément, traduit à présent le mot "trépidations".
Et JB, qui pourtant est une brèle en maths… (il avait eu avec son prof de term' l'échange suivant: "Le Prof: Aaah… Monsieur C. Qu'est-ce que je vais vous mettre comme appréciation? Mauvais résultats? JB: Oui, mais je fais des efforts… [Effronté, en plus, le JB.] Le prof: Vous préférez peut-être 'Veut mais peut peu' ??" Et depuis, JB s'est approprié cette phrase, “veut mais peut peu”, qu'il place dès qu'il peut et ça il le veut.)

… Et JB, donc, qui est pourtant une brèle en maths, pose l'équation suivante:
Je t'aime + trépidations = ???
Personne a trouvé?
Ben alors, mes petits amis?
Allez…
Moi non plus + Harley Davidson = ???
Toujours rien?
Allez…
(Brigitte + Jane) + Bardot = ???
Mais Serge Gainsbourg, voyons !!!
Je t'aime comme partie de la chanson Je t'aime, moi non plus. Trépidations comme mot présent dans les paroles de Harley Davidson. La seconde chanson entonnée par Brigitte Bardot, la première composée pour elle mais éternisée par Jane Birkin.

Et on voulait intégrer la vidéo de Harley Davidson sur ce blog tatoué et fumeur, or, qu'est-ce qu'on lit:


Mais rien que l'idée de voir le faciès de facho de la Bardot sur ce blog tatoué et fumeur nous fait déjà perdre cinq dioptries aux deux yeux. Il suffit pour s'en persuader de faire une capture d'écran et on comprend instantanément:


Si là elle a pas l'air niaise et si là on lui reconnaît pas sa désormais légendaire nigauderie…
Mais bon. Ne perdons pas de la salive inutilement.

Là où on voulait en venir.
Primo.
Je t'aime, moi non plus a été sujet à X centaines de reprises (allmusic.com ne prend pas soin de les compter). Les artistes reggae s'y sont eux aussi collés. À commencer par l'immmmense Harry J. All Stars, entré dans le panthéon ska et reggae grâce à son immmmarcescible Liquidator. Fin 1969 (et JB s'apprête à naître), sur l'album homonyme, il est le premier à interpréter le morceau sur cet orgue Hammond qui a fait sa célébrité. On écoute. Ça s'appelle Je t'aime, et là il n'est plus question de ne pas aimer en retour.



C'est early reggae à fond et on note l'impro sur les 45 dernières secondes.
L'année d'après, en 1970, c'est le repreneur en chef qu'est Byron Lee qui s'y colle. Ça s'appelle cette fois Love at First Sight et c'est pile poil comme ce qu'a fait Harry Johnson avec ses All Stars. On oublie pas de regarder la pochette du dikse qui présente une nana à moitié à poil - l'expression est voulue -, c'est l'époque qui veut ça: quasiment tous les disques de reggae de cette fin de décennie 1960 et début 1970 prendront un malin plaisir à reproduire des filles photographiées dans des positions toutes plus lascives les unes que les autres, et ça nous montre à quel point ce milieu est à l'époque phallocrate (pour cette fois employer un terme raccord avec l'époque).



On continue dans la machocratie avec Brentford Road All Stars qui, la même année de 1970, propose lui aussi sa version, également intitulée Love at First Sight. On remarque d'entrée de jeu l'illustration à la vidéo qui, dans le genre et rapport à ce qu'on disait supra, est é-lo-quente. Et le morceau? D'anthologie. Cette fois, ça parle. Ou plutôt: ça couine, ca gémit et ça geint du début jusqu'à la fin. À tel point qu'on finit par pisser de rire tellement c'est limite ridicule d'exagération. On se paye tout de même une bonne tranche de rire et on se repaît des improbables accords de flûte traversière (bonjour, G!).



Alors, c'est pas grand?

Toujours aussi grand, la reprise en 1975 de Judge Dread.
Qu'en dit le Wikipédia allemand?


Je traduis: "(…) tantôt en version parodique et rigolarde, comme chez Judge Dread dans un style reggae avec des jacasseries banales (…)"
Des "jacasseries banales"?
Vraiment?
On écoute.



Nous, ce morceau, on le trouve ab-so-lu-ment génial.
Justement parce qu'il commence comme un morceau hyper phallocrate. Puis Judge Dread se fout de sa propre gueule et de la skinheaditude par la même occasion quand il dit: "Those bloody boots are killing me!" Car quel est le skinhead qui, au moment de se déshabiller pour passer aux choses sérieuses, ne s'est pas emmêlé les pinceaux dans ses interminables lacets qui, évidemment au moment crucial, refusaient de se défaire?
Et il y est enfin arrivé quand, tadah… surprise… la fille lui dit: "Touch this!"
Eh ouais, la fille est un mec. Un trav.
Le mec hyper burné qu'était censé être Judge Dread se dégonfle comme un ballon de baudruche et est pris à son propre jeu. Voire, quand il a des propos discriminatoires, on lui dit: "Hey, this is 1975!" Genre: hé, coco, réveille-toi, mets-toi un peu à la page. Et si ledit Judge Dread finit quand même par éconduire le trav, il se trouve quand même Gros-Jean comme devant, lui qui, pour le coup et contrairement à ces collègues de 1969 et 1970, n'a pas omis la deuxième partie du titre: "Moi non plus".

mardi 3 août 2010

Reggae grotesque (2)

Traduisant:
(…) je visualise simplement comme si je l’avais devant moi le film sur l’écran, où les moments de silence qui se veulent intenses semblent tellement interminables que le public s’impatiente en s’empiffrant de pop corn (…)
… traduisant cela, voyant le mot pop corn, on repense au morceau homonyme puisque on est tombé pas plus tard qu'il y a deux jours sur une version reggae par Byron Lee. On écoute cette perle kitschoune à mort:



Ôskour! L'orgue Bontempi! We want our Hammond orgel back!!!

Sorti en 1972 mais composé en 1969 par Gershon Kingsley, Popcorn par Hot Butter est entre-temps devenu un classique de la musique électronique. Composé avec le synthétiseur moog, ou Minimoog, le morceau sent (j'ai bien dit: sent; j'ai pas écrit: pue) à plein nez les futures compositions de Jean-Michel Jarre. Allez, juste pour nous rappeler nos jeunes années avec le magazine scolaire du même nom, on va être beau prince et accorder quelques minutes de présence sur ce blog tatoué et fumeur au beurre chaud (le groupe, pas le blog).



Popcorn aura une influence considérable. Notamment sur… les musiques de programmes pour enfants.
Pensons à Chapi Chapo (qui faisait peur au petit JB quand il le regardait chez sa mémé après la nécole en mangeant des tartines de beurre avec du chocolat noir en copeaux, son goûter préféré). On écoute la musique d'abord mooguesque puis qui rappelle le générique des Brigades du Tigre (mais siii!) et on regarde les images:



Chapi Chapo, réalisé à partir de 1974 par Italo Bettiol et Stephano Lonati. Chapi Chapo et son inspiration constructiviste puisque dans l'épisode ci-dessus on a parfois l'impression de voir un tableau d'un artiste des avant-gardes. On compare:


On croirait voir Suprématisme de Malevitch (peint en 1915/16):


Ou encore la Composition en couleur A de Mondrian (1917):


Ou, mieux encore, le Cavalier de Bart van der Leck (1918):



Et donc Chapi Chapo et ses ambitions pédagogiques qui font aussi la part belle au jeu et à l'imagination. Chapi Chapo et son langage en forme d'éructations de nourrissons, transformant le dessin animé en standard universel. Chapi Chapo comme des retours d'acide avec des trips aussi électroniques qu'interstellaires. Chapi Chapo en bons parents des Teletubbies, aussi hystériques et colorés que parfois débilitants. Chapi Chapo dont la musique était composée par François de Roubaix.

La musique. Popcorn, donc. Popcorn joué sur un minimoog.
Le minimoog qui nous rappelle Minie Moog, des Satellites, en 1990, sur l'album Pied Orange. Avec son trombone et sa trompette d'inspiration ska. "Pourquoi me faire grise mine, oh Minie? Parle si tu l'oses de ces choses qui te minent, oh Minie", disait Paulo, le chanteur du groupe. Avant de passer au refrain: "Mais Minie jamme avec le minimoog." On se souvient d'eux grâce au site de l'Ina (eh oui, il faut cliquer, on ne peut pas inclure leurs vidéos sur les blogs, même si ceux-là sont tatoués et fumeurs comme celui-ci).

Le minimoog et Popcorn. Popcorn et sa version reggae ringue à mort par Byron Lee. On préfère de loin un autre Popcorn reggae, celui de Rita Alston qui s'appelle très précisément Popcorn Funky Reggae, sorti en 1970 sur Trojan Records.