Affichage des articles dont le libellé est Dusty Springfield. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dusty Springfield. Afficher tous les articles

dimanche 13 février 2011

"You will come again"

Et, toujours aussi skinisant et tounisant, JB écoute depuis plusieurs jours sa compilation intitulée Sonntagsmusik (= Musique du dimanche) qu'il a bricolée avec ses petites mains il y a pas mal de temps déjà et ça tombe bien puisqu'on est dimanche.
Et, en réécoutant Breakfast In Bed (en ce moment même pour la 204e fois depuis que le morceau a intégré son mange-disques électronique le 5/02/2007), le tube de la one hit-wonder Lorna Bennett (et JB de se souvenir qu'il avait visionné sur toitube une interview sur une télé des Caraïbes (JB a un trou de mémoire, il ne sait plus quel pays c'était mais ce n'était pas la Jamaïque) où elle était interrogée avec Susan Cadogan et, pendant toute l'interview, elle avait gardé ses lunettes noires, et JB s'était du même coup demandé si, comme lui à un moment, elle souffrait d'une myxomatose — bref).

Non, pas bref. JB a entre-temps retrouvé la vidéo en question et découvert avec stupeur que même Susan Cadogan portait des lunettes de soleil. Pourquoi? Parce que ces dames avaient les projos dans la tronche? Parce qu'elle aussi était atteinte de myxomatose? La question reste ouverte et JB a le mérite de la poser car elle taraude tout le monde, à commencer par lui-même et tous ses petits amis derrière lui.
Toujours est-il que Lorna fait moitié voire carrément la gueule, avec son visage comme figé par des milliers d'injections de Botox® qui à elles seules expliqueraient pourquoi elle est incapable de sourire, ou à croire qu'on l'a traînée là de force et qu'elle va à n'importe quelle seconde envoyer une mandale à Lovena et Flower, les deux journalistes (JB n'y peut rien si elles s'appellent comme ça). On regarde la Lorna mal lunée, à droite, dans ses drapés et ses froufrous, et surtout avec ses verres teintés qui lui mangent le visage comme une burqa oculaire:


Et donc JB a mis sa compil Sonntagsmusik, dont voici les titres:


Et il écoute donc Breakfast In Bed:



Et, tounisant et skinisant, il s'identifie à fond avec ce que chante Lorna Bennett. Que ne l'a-t-il pont connue, cette situation où, ayant mis les petits plats dans les grands, après avoir mis d'autres grandes choses dans des choses plus petites, il a lui aussi déclamé:
What's your hurry? / Please don't eat and run / You can let her wait, my darling / It's been so long / Since I've had you here / You will come again / Darling, it will be / Like it's always been before

Or, contrairement à ce qui est indiqué dans le mange-disques électronique de JB, le morceau ne date pas de 1974, mais de 1972, comme le confirme discogs. Produit par Harry J (oui, l'auteur de l'immarcescible Liquidator) et orchestré par Geoffrey Chung et Carl Harvey, Breakfast in Bed est sorti sur Blue Mountain mais a vu le jour l'année d'avant, à en croire Lorna Bennett sur son site:


Et donc le disque est un succès:


Sur la face B, Skank in Bed, David Scott aka Scotty offre une version dancehall qui surfe sur le succès de U Roy et, si on a le droit d'être très vite lassé par le dancehall, on peut ricaner par la rupture du morceau en plein milieu, lorsque Scotty demande au musicien de quitter le studio puisqu'il ne sait jouer d'aucun instrument.




La même année, Bongo Herman offre une version instrumentale mi-dub mi-nyahbinghi, avec les congas et le saxophone mis très en avant — c'est dire à quel point le morceau de Lorna Bennett a fait mouche. Et on écoute aussi:



Et, l'année d'après a priori, Harry J et Geoffrey Chung propose leur version tout aussi instrumentale, mais dub à fond et sans doute influencée par des substances dont JB ne veut pas connaître le nom ou alors par des êtres mystérieux sans doute aperçus lors de l'ingestion desdits produits. Puisque ce morceau ne porte nul autre nom que UFO:



Toujours en version reggae, on trouve en 1973 la version très orgue et un peu flemmarde de Byron Lee, mais aussi, en 1977, la version de Candy McKenzie, produit cette fois par Lee Perry mais très influencée par Bongo Herman, tant dans l'orchestration que par la marque du dub qui privilégie, au niveau de la voix, l'écho. Une voix dont le timbre rappellerait presque parfois celui de Grace Jones qui, quelques années plus tard, copiera le son reggae avec précisément les mêmes effets. Le morceau par Carry McKenzie est ressorti l'année dernière chez Trojan Records et c'est le site skarlatine qui nous explique tout:




Sinon, ce sont cette fois, s'il vous plaît, messieurs Sly & Robbie qui se mettent aux commandes de la production. En 1979, en offrant un disque à Sheila Hylton, puis en 1993 à Carron Smith. Or, dans les deux cas, force est de constater qu'ils ont eu énormément de mal à se détacher de l'interprétation de Harry J et Geoffrey Chung, et on ne saute hélas pas au plafond en les écoutant, même si celle de Sheila Hylton dépasse la seconde. Et ce sans oublier bien sûr Hortense Ellis et sa version de 1991, dont l'orchestration par son frère Alton, quoique réussie, ne cache hélas pas la faiblesse vocale de la chanteuse (confer, ces moments où elle doit pousser et tenir la note).


Mais le succès de Lorna Bennett (le sien et la fortune reggae qui en découle) ne serait rien sans la version originale, chantée par Miss Dusty Springfield sur son impérissable album de 1969, Dusty in Memphis qui, JB n'aura jamais de cesse de le répéter, doit figurer dans tous les bonnes discothèques — allmusic affirme même: "It's truly a disc deserving of its classic status", et JB branle du chef plutôt deux fois qu'une. Camp à mort grâce à ses violons dégoulinants, la chanson est une espèce de pré-Northern Soul qui fait la part belle aux instruments à vent qu'adoraient le ska. On écoute:



Composée par Donnie Fritts et le guitariste Eddie Hinton (qui, JB l'apprend aussi sur allmusic, a même joué avec Toots Hibbert de Toots & The Maytals), la chanson sera reprise par une quantité de chanteuses: Carmen McRae en 1970, suivie l'année d'après par Shirley Bassey qui en offre une version braillante et beaucoup trop rapide. Mais avant elle, c'est Baby Washington qui s'y colle la première avec une interprétation fort honorable qui évince les violons et conserve les instruments à vent. Et la chanteuse de se montrer plus insistante que Dusty puisqu'elle ne chante pas "You will come again" mais "Please come again":



Et, outre Joan Osborne plus en 2007, ce sont surtout les pilleurs de UB40, comme JB l'expliquait en allemand en mai 2010, qui reprendront le morceau. Mais pas n'importe quelle version. Ils ne reprendront pas l'original de Dusty, mais bien celle de Lorna Bennett. De fait, celle-ci ne chantait pas "Breakfast in bed / a kiss or three", mais: "Breakfast in bed / kisses on me". Et c'est aussi ce que Chrissie Hynde et Ali Campbell répètent et singent. Pff…

Mais bon. Quoi qu'il en soit, JB, qui vient juste d'ôter ses rouleaux, continue de chanter à tue-tête en écoutant Dusty Springfield et Lorna Bennett à tour de rôle ces paroles si justes de vérité patente et crasse:
Don't be shy / You've been here before/ Pull your shoes off, lie down and I will lock the door / And no one has to know / You've come here again / Knowing it will be / Like it's always been before.
Et sur ce, JB souhaite à tous ses petits amis un bon dimanche sous ses applaudissements.

vendredi 1 octobre 2010

Der Epoopa (vs Bigfoot, with Dusty)

Und der Epoopa ist wie gesagt in Frongraisch und möchte alle seine lieben Freunde beruhigen: es geht ihm gut und er hat den Flug gut überstanden. Er ist jetzt auch sooo stark, dass er irgendwie Steve Austin ist. Er könnte sogar den Bigfoot überwinden. Sowie hier:




Was der Epoopa aber nicht wusste, ist dass seine liebe Dusty (Springfield) auch für die Serie gesungen hat, wie man es hier sehen kann:


Es zeigt auch, wie viel Schrott Frau Springfield auch gesungen hat - leider. Denn  hier kann man sie auch hören:



Übrigens: im Amiland und in Deutschland war Steve Austin 6 Millionen wert. Aber in Franzenland war er… 3 Milliarden wert! Doch! Tja, die Franzmänner wollten ja wie immer zeigen, dass sie am stärkesten sind. Und es ist so geblieben.

Naja. Es stimmt eigentlich nicht ganz so. Dort in Franzenland, wo der Epoopa sich momentan befindet, gibt es kein Bigfoot, und es ist öfter im Supermarkt, dass der Epoopa seine Kräfte beweisen kann. Und da ist er vielleicht zwar 6 Millionen wert, aber eher in Rupees…

lundi 31 mai 2010

Der richtige Boy/Le garçon adapté

Depuis sa tanière sise dans la Rance, un certain ours en peluche, toujours aussi farceur, nous envoie, en réaction au post sur Dusty Springfield et les reprises de ses chansons par des chanteuses de ska et de reggae (et celles, éventuelles, par nos chouchous des Floorettes), il nous envoie donc cette version en allemand de I Only Want to Be With You, intitulée dans la langue de Goethe: Auf dich wart' ich immerzu. C'est grand, kitsch à mort, et on adore évidemment l'accent allemand à couper au couteau de Dusty:



Von seiner im Sarkoreich situierten Höhle hinaus schickt uns ein gewissener Plüschbär, als Reaktion auf den Post über Dusty Springfield und die Coverversionen ihrer Lieder von Ska- und Reggaesängerinnen (und eventuell von unseren Floorettes-Lieblings), schickt er uns also diese Version auf deutsch von I Only Want to Be With You, in Goethes Sprache Auf dich wart' ich immerzu genannt. Das ist natürlich grossartig, vollkitsch, und man liebt natürlich ihren tiefen Akzent auf deutsch.
Und es erinnert uns auch an diesen tollen Nighter vor zwei Wochen in der Wilden 13, wo der DJ, purer Skinhead, Der Computer #3 aufgelegt hat. Ja! Dieses Lied von France Gall. Von einem Skinhead aufgelegt. Okay. Und nicht nur einmal, sondern zweimal. Gelacht hat man natürlich. Erleichtet war man auch. Was singt sie nämlich? "Der Computer #3 sucht für mich den richtigen Boy!" Und darauf haben viele wenn nicht mitgesungen, auf jeden Fall mitgetanzt.
Hier, bitte:



Et cette version kitschissime de Dusty nous rappelle ce fameux nighter au Wilde 13, il y a deux semaines, quand l'un des DJ a mis (deux fois, en plus!) Der Computer #3 de France Gall, puisque celle-ci a connu un succès assez phénoménal en Allemagne, interprétant des chansons en allemand, totalement inconnues dans la Rance. Et donc, j'étais là, sans en croire mes oreilles: je voyais des skins sinon chanter en tout cas danser sur France Gall, et je trouvais cela très rassurant de constater qu'ils pouvaient entonner la phrase suivante: "L'ordinateur #3 cherche pour moi le garçon adapté." Comme quoi il y a de l'espoir dans la vie.

dimanche 30 mai 2010

Dusty digs Reggae

Und man war gestern mit G und É und A bei dem neuen Nighter in der Rigaer Strasse unterwegs und man war ganz, ganz ganz zufrieden: die Musik war toll, die Leute waren lieb, man wurde dazu aufgefordet mitzutanzen, was man auch gemacht hat (und, nicht zu vergessen, Beavis war dabei, leider (?) ohne Butthead - aber das ist eine ganz andere Geschichte - nicht wahr, G?!).

Und dann hat man auch den guten Ralph getroffen und wir haben wieder über Dusty Springfield geredet, denn er und die Anderen von Floorettes haben sich gewundert, warum ich hier auf diesem tätowierten und rauchenden Blog geschrieben habe, dass sie ihre Lieder coveren könnten. Versprochen hatte ich auch einen Post zu schreiben über den Einfluss Dusty Springfields auf Ska- une Reggae Sängerinnen, seitdem viele sie gecovert haben. Jaaa! ihr nichtsahnende Skinheads: DIE Dusty!
Wir fangen an mit Breakfast in Bed, aus dem LP Dusty in Memphis, von 1969, der in jeder Diskothek stehen müsste.



In 1972 produziert Harry J (ja, von Harry J & The All Stars) das Lied mit Reggaerythmen und Lorna Bennett singt es. Es wird wiederum ein Hit! Und Lorna Bennett wurde zwar eine One-Hit-Wonder, aber diese Coverversion hört man wieder und wieder und wieder gern, hier, zu Hause, in Nightern, in den Ohren unterwegs, egal wo. Einfach Spitze (wie man damals sagte… jetzt: geil!).



Dusty inspiriert Harry J und Lorna Bennett und sie inspirieren wiederum Bongo Herman mit African Breakfast am selben Jahr, und sogar Scotty mit Skank in Bed. Hier, bitte schön, Herr Herman mit den Trommern und dem Sax.



Das war also das Breakfast in Bed-Medley.
Man beachte bitte zum Schluss, dass Dusty Springfield eigentlich "Breakfast in Bed / And a kiss or three / You don't have to say you love me" singt, wo Lorna Bennett genau das singt: "Breakfast in Bed / Kisses on me / You don't have to say you love me". Das lustige ist nämlich, dass das Lied auch von den Plünderern von UB40 gecovert wurde. Und was singen sie? Genau! Nicht die Texten von Dusty Springfield, sondern die von Lorna Bennett. Die Räuber…

Auch seeehr bekannt ist Son of a Preacher Man, auch auf Dusty in Memphis zu finden. Und wenn das nicht eine Floorettes-Möglichkeit ist, dann bitte mich erschiessen! (nein, übrigens, das wäre keine gute Idee.) Das Lied wurde erstmal von The Supremes gesungen. Aber die Version von Dusty wurde die berühmteste, nachdem, erklärt uns Wikipedia, Aretha Franklin die Neuinterpretation abgesagt hatte. Dusty, schlau, hat es aber nicht. Hier:



Im selben Jahr, also 1969, produziert John Hurley das Lied neu für The Gaylettes. Es wurde auf diesem historischen Tighten Up-LP herausgegeben und ist immer noch genauso genial:




Und jetzt kommt die grosse Artillerie! Immer noch auf Dusty in Memphis und auch eine potentielle Floorettes-Artillerie. Das Lied heisst Take Another Little Piece of my Heart, hat die Blasinstrumenten, die bei Floorettes unsere Freude machen.
Leider… und mist! ist das Lied nicht auf durohr zu finden.
Mist und wieder Mist!
Naja… Vielleicht taucht es irgendwann auf.
Das Lied wurde auch in 1971 von Hortense Ellis gecovert. Unter einem Pseudonym, Mahalia Saunders, und man kann schon hören, dass Frau Ellis' Stimme manchmal Schwierigkeiten hat, ganz hoch zu gehen:



Dann sind es auch Lieder, die Dusty Springfield selbst gecovert hat, und die auch von den sogenannten Reggae Sisters gecovert wurden.
Dionne Warwicks Close to You (1963) wurde von Dusty Springfield in 1964 gesungen und dann in 1967 von Dame Phyllis Dillon. Jackie DeShannons Put A Little Love in Your Heart (1969) wurde auch von Marcia Griffiths gesungen.

Aber auch Männer haben Dusty Springfields Lieder gecovert. Pat Kelly hat I Just Don't Know What To Do With Myself übernommen, und Jimmy Cliff hat You've Got A Friend gesungen.

Wie viele es glauben, war Dusty Springfield NICHT Amerikanerin. Sondern aus England. Aber sicherlich war sie die Erste, die wie schwarze Soulsängerinnen gesungen hat und die gleiche Orchestration übernommen hat. Das macht sie irgendwie als eine Prä-Northern Soul Frau.
Also nun ein Paar anderen Vorschläge für unseren beliebten Floorettes-Sängerinnen (ok, auch für die Männer).
Und man fängt an mit All The King's Horses von 1971. Bitte schön!



Auch von Dusty in Memphis wäre So Much Love ein guter Kandidat. Hier:



Noch dazu kämen Cherished oder Just One Smile. Die sind aber nicht auf durohr zu finden. Macht nüschts.
Aaalso.
Man hofft zumindestens einigen überzeugt zu haben. Oder, Ralph?!?

samedi 6 mars 2010

"the circles that you find"

Cherchant dans la bibliothèque un passage que je ne trouve pas, je prends un livre de Nina Bouraoui. Garçon manqué, publié en 2000. Me revient en mémoire la sensation de lecture éprouvée cette année-là, quand j'avais lu le livre. Car évidemment, lire Nina Bouraoui est aussi une épreuve physique. Aussi car c'est avant tout, pour elle, pour elle en tant qu'auteure, narratrice et personnage de son roman, une épreuve psychique dans toute la dimension du terme: une exploration de l'esprit, de la conscience et de l'inconscient - mais également une recherche linguistique, sémantique et narrative: de la même façon qu'elle va dépiauter ses souvenirs, son ressenti et ses affects, d'alors et d'aujourd'hui, d'alors sur aujourd'hui et inversement, elle équarrit le langage, elle entreprend un démantèlement des structures stylistiques pour réduire l'écriture à sa plus simple expression, pour en dévoiler le noyau, le cœur, l'essence au sens d'essentiel, principal.
Certes, on avait déjà lu ça - répondront les esprits chagrins. Et de citer Marguerite Duras. D'accord, bien sûr.
Mais qu'est-ce qu'il y a de… différent? De dèp au carré, pour reprendre une éphémère expression des années 90, queer avant l'heure, dont la paternité revient à Gérard Lefort, qui est un acronyme signifiant différentes et pas pareilles et a fini par désigner à l'époque une émission de radio ayant fait les grandes heures de Radio FG (et était enfin, le néologisme s'entend, un palindrome par apocope du mot pédé).

L'époque, justement, est importante.
2000 en France est une année charnière qui scande une courte période allant grosso modo de 1996 à 2002, séminale comme disent les Anglo-Saxons, et durant laquelle la question de l'identité va être au centre de la réflexion, que celle-ci soit sociale, politique ou artistique. Cette même idée d'identité qui va dégénérer quelques années plus tard en cette hydre qui a défiguré la Rance ces derniers temps. Non, à l'époque, on s'interroge sur l'identité sexuelle, l'identité sexuée, l'identité de genre, l'appartenance à un groupe, qu'il soit constitué ou pas, marginalisé ou pas, désigné ou pas, ignoré ou pas, homogène ou hétérogène. C'est l'époque de l'exposition fémininmasculin à Beaubourg, l'époque où le glam et son trouble dans le genre revient en force, où la théorie queer fait son apparition, où les malades de sida ne meurent plus en masse, où le corps se transforme en prisme scopique des réalités (sociales, politiques, artistiques, esthétiques, éthiques), où le gouvernement vote des lois sur le pacs et la parité, où la société civile devient une réalité politique inévitable.
C'est dans ce contexte que Nina Bouraoui écrit Garçon manqué. Elle y questionne son lien avec le genre (garçon ou fille), avec son origine (française ou algérienne), avec sa sexualité (homo, hétéro, bi) - et, tout en même temps, puisque c'est une question de corps, de ce qu'on incarne et donne à voir, comme une exposition et peut-être une monstration, et puisque ce dévoilement est aussi regardé par l'autre, donc désigné et défini (en résumé: qu'est-ce qui me définit le plus? le regard de l'autre posé sur mon corps ou la conscience et le savoir que j'ai de mon corps?), Nina Bouraoui tente d'écrire comment ce corps est travaillé et labouré par ces regards kaléidoscopiques, comment cette impression rétinienne et corporelle laboure la langue, la malaxe, la pétrit, la fait. D'où, donc, l'épreuve physique pour le lecteur qu'impose la lecture du roman.

Et il y a donc ce passage étonnant - en ce que, aussi, il illustre dans la littérature ce que j'ai tenté plus haut d'évoquer à gros traits, et surtout en ce qu'il exemplifie dans la littérature ce que la théorie queer a tenté de nous expliquer dans la société (même si, on ne l'oublie que trop, la théorie queer, qu'elle ait été définie par Eve Kosofsky Sedgwick ou Judith Butler, part de la lecture de la littérature):
L'idée de la mort s'insinue avec la sensation du rejet. Ce n'est peut-être pas la vérité. Mais c'est une sensation. Comme une piqûre de guêpe. Un pinçon. Une sensation qui vient du silence de la nuit. L'idée de la mort vient avec l'idée d'être toujours différente. De ne pas être à sa place. De ne pas marcher droit. D'être à côté. Hors contexte. Dans son seul sujet. Sur soi. De ne pas appartenir, enfin, à l'unité du monde. Mon visage. Mon corps à vérifier. Mon accent. Très léger mais reconnaissable. Surtout sur les "t". Ma façon de marcher steve-mcqueen. Une scoliose, docteur? Non, L'Affaire Thomas Crown. Steve sans Faye. L'esprit de Steve. Le désir de Steve. Sur un corps de fille. Ma coupe de cheveux trop courte. Bien trop courte. À la Stone. Mes jeux violents. Mes cuisses musclées. Mes épaules de nageuse. Toutes le sfalaises du Rocher plat sur mon corps. Dense. Mon regard qui perce. Qui incendie. Qui entend. Qui dénonce. Mon regard, ma seule arme. J'en userai souvent. Pour faire mal. Pour dévorer. Et pour aimer enfin. Mon regard-miroir sur toutes les familles françaises que je rencontrerai par hasard. leurs mots. Leurs grandes discussions. Leurs familles politiques. Ces gens. Qui disent. Sans penser. Sans le faire exprès, soi-disant. raton, youpin, négro, pédé, melon. Ça part tout seul. C'est une mécanique de mots. Intégrée au langage. Ces gens que je ne connais pas et qui disent toujours, après: Ce n'est pas de toi qu'il s'agit. Et qui disent encore: C'est à cause du vin. Du vin rouge qui excite. Leur obscénité.
Garçon manqué, Nina Bouraoui, 2000, Éditions Stock

Ce passage est important à maints égards, à commencer pour la chose littéraire - dans le sens de chose publique. Mais aussi, je le disais, au regard de la contemporanéité du texte et du contexte dans lequel il s'inscrit. Et, dix ans après la publication, il est étonnant de constater que la modernité thématique de cet extrait est intacte. La dimension socio-politique qui le sous-tend n'a pas pris une ride. On n'a pas avancé. Merci la droite. Merci huit années de droite. Ou si on a avancé, alors on a fait des pas de fourmi.

En guise de conclusion, je souhaiterais dire simplement quelques mots sur le film. L'Affaire Thomas Crown, sorti en 1968, un an après la naissance de Nina Bouraoui. Un film sur la liberté, un air je-m'enfoutiste des conventions.
Car il y a la musique, signée Michel Legrand, qui vaudra à son auteur un Oscar en 1969. Il y a cette chanson, Windmills of your Mind, interprétée dans le film par Noel Harrison, que l'on peut regarder ici, reprise par toutes sortes de musiciens et de genres musicaux, mais qui laisse deux versions émerger du lot. La première est signée Grady Tate et date de 1968. Autant le phrasé de Harrison était rapide, comme une espèce de mitraillette de paroles dont les salves percuteraient les tympans de l'auditeur (et au final nous épuiseraient), autant Grady Tate ralentit le tempo, l'étire jusqu'à scander les paroles; il y insuffle du chromatisme et de la mélodie — il le symphonise. On écoute:

Faye Dunaway / Grady Tate: The Windmills Of Your Mind

schuon25 | MySpace Video


Puis, un an après, en 1969, il y a la version de Dusty Springfield, sur son album Dusty in Memphis, qui devrait figurer dans toutes les bonnes discothèques. Il y a longtemps que je veux parler de Dusty Springfield. Il faut redécouvrir ses deux albums de 1968 et 1969, enregistré pour l'un à Londres et pour l'autre, donc, à Memphis. Mais j'en reparlerai. Je reparlerai de Dusty et du ska, de l'influence de Dusty pour les chanteuses de reggae (et j'écris bien chanteuses, car ici aussi et ici encore, dans cette histoire de l'art, on ignore les artistes femmes), de Dusty comme chanteuse avant l'heure de northern soul. Dusty Springfield choisit le parti pris de Grady Tate et ralentit, par rapport à l'original, le phrasé qu'elle rend délicat et nostalgique à l'extrême. L'orchestration est à l'avenant, qui fait la part belle à aux violons, avec cette guitare triste qui quant à elle intervient comme un contrepoint dans le thème symphonique. Et, quelque dégoulinants qu'ils soient, ils restituent les loopings décrits par l'avion que pilote Steve McQueen au-dessus d'une Faye Dunaway qui se sent sûrement si seule dans son désir.
Comment concilier liberté et désir quand vous êtes deux? Et encore plus quand vous êtes trois, que ce troisième n'est autre que la société et que vous vous perdez dans la multiplicité des regards comme Nina Bouraoui les décrit, et que vous finissez comme dans la chanson par revenir en vous, "like the circles that you find in the windmills of your mind".
Allez, on écoute Dusty Springfield: