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samedi 6 août 2011

Louisa Mark(s)

C'était hier soir en rentrant du nighter quand il faisait si lourd même la nuit, c'était ce matin au réveil alors que la chaleur était déjà assommante, c'était la semaine dernière pendant qu'il pleuvait à torrents, ce sera la semaine prochaine quand on sera toujours dans le "trou estival" comme on dit si prosaïquement en allemand (= Sommerloch) pour désigner cette période où il ne se passe rien (JB y reviendra, sur ce mot). Mais c'était surtout le 21 juin dernier, lui indique son mange-disque électronique, lorsque JB la découvrait.

Il faisait alors une escapade dans cette période du reggae qu'on appelle Lovers Rock, un phénomène quasi essentiellement britannique, du moins qui part de l'Angleterre et qui gagnera ensuite la Jamaïque (pensons à John Holt, pensons à Myrna Hague, etc.), qui dure circa de 1978 à 1988 et qui se caractérise par des chansons d'amour dont le romantisme vient rompre avec les morceaux engagés du reggae depuis l'apparition du dub. Musicalement, le style lorgne vers la disco finissante et une soul plutôt RnB, avec des notes d'orgue très "Caraïbes", pas toujours convaincantes. De fait, et comme JB s'en entretenait pas plus tard qu'hier soir au nighter avec M le DJ, il faut beaucoup chercher, beaucoup écouter pour trouver des choses impeecables. Il y a une quantité énorme de morceaux vieillis, sirupeux, inaudibles à tous niveaux.

Quoi qu'il en soit, le style Lovers Rock (certains disent: "the best reggae music to make love to") aura au moins eu le mérite de mettre en avant des femmes, des chanteuses. Ce sont non seulement elles qui ont donné leurs lettres de noblesse à ce genre de reggae, mais ce sont par elles qu'il s'est imposé. Et c'est surtout, en 1975, par l'une d'entre elles, celle-ci que JB découvrait en ce fameux 21 juin 2011 et, depuis, dont il écoute de façon très régulière et quasi obsessionnelle (ce qui, le caractérisant, est somme toute un hénaurme pléonasme) le titre phare sorti en 1978, 6 Sixth Street: Louisa Mark. Née à Londres en 1960, elle est souvent appelée Louisa Marks, avec un S qui rend son patronyme homonyme avec celui du penseur culte de JB, le prénommé Karl. Une hésitation orthographique que réunit son surnom: Louisa "Markswoman" Mark.
Allez, on écoute d'abord, on en parle ensuite:



Alors bien sûr, diront les petits amis de JB: "Tu aimes cette chanson à cause de la flûte traversière." Et ils n'auront sans doute pas tort. Mais ce serait trop simple si c'était uniquement pour ça.
Pour JB, cette perle caractérise véritablement le style Lovers Rock: une tonalité presque poussée à l'extrême, des cuivres et l'orgue très en avant et, surtout, essentiel, la voix féminine: haute, cristalline — comme l'étaient les timbres des femmes en ces années 1970 (pensons à Susan Cadogan, pensons à Sharon Forrester). Et ce moment que JB adore par-dessus tout, c'est quand Louisa Mark module le "why?", qui se poursuit par cette phrase: "Why? Why just down the road from me so I can see? And all the people around me, they can laugh at me. So tell me, tell me baby why?"
Puisque 6 Sixth Street, pour celles et ceux qui ne l'auraient pas compris, est une chanson de trahison avant d'être une chanson d'amour. (Et, en un éclair, JB se demande à tort si la trahison est aussi un élément consubstantiel de l'amour, mais il ne va pas s'étendre sur le sujet, hein.) C'est une chanson d'une tristesse affligeante avant d'être une chanson "sur laquelle on peut faire l'amour". C'est un libido killer tune avant d'être un killer tune — pour employer la rhétorique du mightydoctorbird, ce bloggeur qui connaît ses années 70 reggae sur le bout des doigts (mais qui ignore Louisa Mark — "So tell me, tell me baby why? Why?") et nous fait lui aussi découvrir des perles.

Or, en ce 21 juin 2011 où JB découvrait avec non plus un train mais un convoi de retard l'existence de Louisa Mark, il apprenait du même coup que Louisa Mark… est décédée. Oh naaan…, se lamentait-il dans son palais socialiste. Et non seulement ça, mais il apprenait que Louisa Mark a quitté la musique en claquant la porte, comme Phyllis Dillon et Dame Patsy Todd avant elle, toutes navrées de voir leur carrière et leurs chansons bâclées par des meks qui s'en foutaient d'elles, pourvu qu'elles chantassent (comme on dit en français correct). Oh naaan…, se lamentait derechef un JB scandalisé.

La suite, on la trouve dans 2 nécros. La première rédigée par David Katz dans le Guardian. La seconde par Shola Adenekan sur The New Black Magazine. JB va alterner les deux:


Sa première chanson, enregistrée à 14 ans et intitulée Caught You in a Lie, la propulse immédiatement parmi les grandes stars féminines du reggae d'Angleterre.



On regarde une photo d'elle, publiée par le site de Trojan:


Trojan qui, dans sa nécro, passe évidemment sur les griefs qui l'ont opposé à Louisa Mark et Clement Bushay, son producteur, sur lequel JB reviendra un autre jour.


Allez, on se quitte sur sa reprise de All My Loving, un morceau des Beatles que Prince Buster avait déjà interprété en version rocksteady.

lundi 21 février 2011

Féroce et ricanant

Et, tandis que des flocons de neige virevoltent dans un ciel bleu-gris, JB cherche sur toitube la reprise par Phyllis Dillon de Make Me Yours, avec laquelle il s'est réveillée — en vain.
En revanche, il trouve un autre morceau de la dame († RIP), Close To You (et on reviendra un autre jour sur l'histoire du morceau), visité ici par un être inattendu mais non moins féroce, et qui fait bien ricaner JB.

dimanche 10 octobre 2010

Beavis & Butt-Head (mit G und dem JB)

Und gestern Abend waren G und der JB wieder unterwegs für ein neues skankiges Abend. Im Lovelite. Dort, wo die Scorchers singen müssten - was sie auch getan haben. Und zu Gs und der JBs Begeisterung war nicht der traditionelle Sänger am Mikrophon sondern die eine Sängerin von The Floorettes. Phyllis Dillon hat sie u.a. gesungen, und zwar It's Rocking Time (Rocksteady):



Bis dahin läuft alles schøn, G und der JB sind begeistert und haben Spass. Aber. A-behr. Plötzlich krabbeln allerlei Läuse. Der JB unterhält sich ganz entspannt und locker mit Herrn Béla (und der JB fragt sich ständig, ob die Eltern hin so wegen Béla Bartók genannt haben - aber er ahnt, dass er völlig daneben liegt - obwohl er anders liegen möchte, aber stets ist es und er völlig daneben), während G gerne mit Frau Béla stricken möchte, wenn… wenn… wenn die Labertasche den JB anfängt zu… tja, labern. Oje, denkt der JB. Die Labertasche will unbedingt wissen, ob der JB weiss, warum J die Labertasche nicht antwortet. Der JB hat natürlich keine ferneste Ahnung. Die Labertasche hinterlässt bei J tausende von Messages und Nachrichten und kriegt keine Antwort. Ob der JB der Labertasche helfen kann? Ob der JB es eine gute Idee findet, wenn die Labertasche J wegen J anruft (also J ist der Mann von J)? Ja, ausgerechnet das findet der JB eine geniale Idee: J wird sich freuen einen Anruf von der Labertasche zu bekommen.

Die nie zu tiefgehende Konversation zwischen dem JB und Herrn Béla findet leider ein Ende und der JB ist zweifach erschöpft. Er braucht einen Aufputscher. Er nimmt dann G zu einem leeren Raucherraum, was G ja zu Recht ganz skurril findet: Es wird überall geraucht, ausser im Raucherraum. Ja, genau. Das ist auch das Ziel. Und G schreit: "Das Raucherraum wird zu Pfeffiraum!"

© icke

Ein bisschen später, wen sehen G und der JB?
Genau: ihre beste Friedrichshainer Freunde: Beavis & Butt-Head. Die fleischige deutsche Reinkarnation der fiktionellen amerikanischen Originale.

Hier, die beede völlig im Rausch und Unlangeweile (der rechtige Beavis muss immer mit beiden Händen seine kurzen Haare nach vorne auf den Schläfen ziehen, und der linkige Butt-Head muss immer mit beiden Händen seine langen Haare nach hinten hinter den Ohren ziehen):

© icke

Hier, die beide auch völlig im Rausch und Unlangeweile, dabei bei Handbanging erwischt:


Und weil sie es auf Creep von Radiohead machen, und weil der JB Thom Yorke von Radiohead sehr viel schätzt, hören und sehen wir es auch:



Mittlerweile haben die Scorchers das Konzert beendet und die Unlimiters sind dran. Der JB ist auf seiner Seite schon wieder zu Epoopa geworden, es tut ihm Weh in allen Gelenken, er kann schlecht stehen und muss sich an die Säule lehnen. Aber wer kommt und stellt sich vor ihm? Genau: Beavis. Und Beavis ist gross. Und Beavis hat so plüschige Haare, dass der JB nur sie und nicht mehr die Bühne sieht. Mist. Aber Beavis ist, trotz des obenstehenden Bildes, kein Feind weder des Tanzen noch des Spasshaben. Also tanzt er. Der JB muss natürlich gucken und es erinnert ihn an das Tanzen in dem französischen Film von Étienne Chatilliez, Tatie Danielle. Denn genauso tanzt Beavis:



Und weil Tatie Danielle eine ganz böse Frau war, die der JB liiiebt, gucken wir uns eine Szene an:



Nachher ist der Epoopa total am Ende. Er muss sitzen. Eine Couch steht da zur Verfügung. Genial. Der Epoopa setzt sich. G setzt sich auch. Und dann denken sie gleichzeitig: Wir sind Waldorf und Statler aus dem Muppet Show:



Und genau wie Waldorf und Statler kommentieren sie, was dort geschieht. Bis der gute und schlaue DJ Goldfinga Stand By Me auflegt. Der Epoopa muss natürlich tanzen. Er steht auf, G folgt, sie tanzen, der Epoopa hat Schmerzen im ganzen Becken, ist ausgepustet, tanzt aber weiter, guckt G an und singt: "No I won't be afraid / Just as long as you stand / Stand by me."

mardi 22 juin 2010

Trau mir…

Während der JB in der S-Bahn sitzt und Phyllis Dillon hört…



… und plötzlich an seinen guten Freund N denkt (er begreift erstmal nicht, warum N so unerwartet in sein Gehirn auftaucht, aber er braucht keine Zeit um es genau zu verstehen, er muss es ihm sogar schreiben: "Ich hab dich lieb"), währenddessen sieht er in seiner Zeitung…

© icke

… ja, ein Bild von Wayne Rooney, dessen Legende ankündigt: 'Festival der Selbstzerfleischung': Auch Wayne Rooney trägt am Trauma.
Und dann denkt der JB: Och, Wayne, sei bitte nicht trüb oder trübselig, ich bin doch hier… Wenn du im Fussball nur die Latte triffst, können wir noch zusammen darüber reden, und danach handeln, was davon etwas machen, etwas schöpfen, uns zusammen. Ich habe ganz viele guten Ideen. Trau mir…

dimanche 30 mai 2010

Dusty digs Reggae

Und man war gestern mit G und É und A bei dem neuen Nighter in der Rigaer Strasse unterwegs und man war ganz, ganz ganz zufrieden: die Musik war toll, die Leute waren lieb, man wurde dazu aufgefordet mitzutanzen, was man auch gemacht hat (und, nicht zu vergessen, Beavis war dabei, leider (?) ohne Butthead - aber das ist eine ganz andere Geschichte - nicht wahr, G?!).

Und dann hat man auch den guten Ralph getroffen und wir haben wieder über Dusty Springfield geredet, denn er und die Anderen von Floorettes haben sich gewundert, warum ich hier auf diesem tätowierten und rauchenden Blog geschrieben habe, dass sie ihre Lieder coveren könnten. Versprochen hatte ich auch einen Post zu schreiben über den Einfluss Dusty Springfields auf Ska- une Reggae Sängerinnen, seitdem viele sie gecovert haben. Jaaa! ihr nichtsahnende Skinheads: DIE Dusty!
Wir fangen an mit Breakfast in Bed, aus dem LP Dusty in Memphis, von 1969, der in jeder Diskothek stehen müsste.



In 1972 produziert Harry J (ja, von Harry J & The All Stars) das Lied mit Reggaerythmen und Lorna Bennett singt es. Es wird wiederum ein Hit! Und Lorna Bennett wurde zwar eine One-Hit-Wonder, aber diese Coverversion hört man wieder und wieder und wieder gern, hier, zu Hause, in Nightern, in den Ohren unterwegs, egal wo. Einfach Spitze (wie man damals sagte… jetzt: geil!).



Dusty inspiriert Harry J und Lorna Bennett und sie inspirieren wiederum Bongo Herman mit African Breakfast am selben Jahr, und sogar Scotty mit Skank in Bed. Hier, bitte schön, Herr Herman mit den Trommern und dem Sax.



Das war also das Breakfast in Bed-Medley.
Man beachte bitte zum Schluss, dass Dusty Springfield eigentlich "Breakfast in Bed / And a kiss or three / You don't have to say you love me" singt, wo Lorna Bennett genau das singt: "Breakfast in Bed / Kisses on me / You don't have to say you love me". Das lustige ist nämlich, dass das Lied auch von den Plünderern von UB40 gecovert wurde. Und was singen sie? Genau! Nicht die Texten von Dusty Springfield, sondern die von Lorna Bennett. Die Räuber…

Auch seeehr bekannt ist Son of a Preacher Man, auch auf Dusty in Memphis zu finden. Und wenn das nicht eine Floorettes-Möglichkeit ist, dann bitte mich erschiessen! (nein, übrigens, das wäre keine gute Idee.) Das Lied wurde erstmal von The Supremes gesungen. Aber die Version von Dusty wurde die berühmteste, nachdem, erklärt uns Wikipedia, Aretha Franklin die Neuinterpretation abgesagt hatte. Dusty, schlau, hat es aber nicht. Hier:



Im selben Jahr, also 1969, produziert John Hurley das Lied neu für The Gaylettes. Es wurde auf diesem historischen Tighten Up-LP herausgegeben und ist immer noch genauso genial:




Und jetzt kommt die grosse Artillerie! Immer noch auf Dusty in Memphis und auch eine potentielle Floorettes-Artillerie. Das Lied heisst Take Another Little Piece of my Heart, hat die Blasinstrumenten, die bei Floorettes unsere Freude machen.
Leider… und mist! ist das Lied nicht auf durohr zu finden.
Mist und wieder Mist!
Naja… Vielleicht taucht es irgendwann auf.
Das Lied wurde auch in 1971 von Hortense Ellis gecovert. Unter einem Pseudonym, Mahalia Saunders, und man kann schon hören, dass Frau Ellis' Stimme manchmal Schwierigkeiten hat, ganz hoch zu gehen:



Dann sind es auch Lieder, die Dusty Springfield selbst gecovert hat, und die auch von den sogenannten Reggae Sisters gecovert wurden.
Dionne Warwicks Close to You (1963) wurde von Dusty Springfield in 1964 gesungen und dann in 1967 von Dame Phyllis Dillon. Jackie DeShannons Put A Little Love in Your Heart (1969) wurde auch von Marcia Griffiths gesungen.

Aber auch Männer haben Dusty Springfields Lieder gecovert. Pat Kelly hat I Just Don't Know What To Do With Myself übernommen, und Jimmy Cliff hat You've Got A Friend gesungen.

Wie viele es glauben, war Dusty Springfield NICHT Amerikanerin. Sondern aus England. Aber sicherlich war sie die Erste, die wie schwarze Soulsängerinnen gesungen hat und die gleiche Orchestration übernommen hat. Das macht sie irgendwie als eine Prä-Northern Soul Frau.
Also nun ein Paar anderen Vorschläge für unseren beliebten Floorettes-Sängerinnen (ok, auch für die Männer).
Und man fängt an mit All The King's Horses von 1971. Bitte schön!



Auch von Dusty in Memphis wäre So Much Love ein guter Kandidat. Hier:



Noch dazu kämen Cherished oder Just One Smile. Die sind aber nicht auf durohr zu finden. Macht nüschts.
Aaalso.
Man hofft zumindestens einigen überzeugt zu haben. Oder, Ralph?!?

samedi 29 mai 2010

"No more loneliness"

Die Sonne scheint über Berlin seit 5 Uhr, also seit dem Aufwachen. Bevor man draussen fährt, möchte man mit Dame Phyllis Dillon "No more loneliness" singen und nur glücklich sein. Denn das ist man auch.
Rubbzzz!

vendredi 30 avril 2010

Le souvenir et la mélancolie

L'échange de points de vue avec M. l'autre jour sur la mélancolie et le souvenir ne cesse de me travailler - et lui aussi puisque nous ne nous lassons pas de nous envoyer des mails à ce sujet.
Dans son premier message, M. disait:


J'ai souvent remarqué la chose suivante. Dans les nighters, quand j'entends la reprise du standard de Ben E. King, Stand By Me, sorti en 1961, et réinterprété par l'immense Derrick Morgan en 1968, je suis comme terrassé par une certaine tristesse. Et ce bien que je sois le premier à danser. Bien que le morceau dans le style skinhead regage soit gai (puisque l'usage dichotomique stérile et réducteur veut que l'on oppose l'œuvre triste à l'œuvre gaie), d'autant plus que Morgan a supprimé les violons moroses de King et suivi le rythme syncopé en deux temps (le fameux 2-tone) propre à ce que l'on nomme désormais de façon générique le ska. Avant de continuer, on écoute l'original, puis la reprise.





Alors certes, c'est évidemment une question de goût - je préfère personnellement la seconde, rien de nouveau sous le soleil jamaïcain. Cette porte ouverte défoncée, on peut passer à d'autres choses, on peut se poser d'autres questions.
La version originale a bercé mon enfance, et là non plus rien d'exceptionnel. En fervent admirateur du Dr Freud, j'ai tendance à penser que certaines productions artistiques, ici la musique, que nous avons découverts pendant notre enfance ont sur nous une influence plus prégnante (mais aussi plus insidieuse) qu'on veut bien le croire. Même sans parler d'émotions artistiques (qui elles nous marquent définitivement, voire nous transforment, voire orientent notre vie), certaines musiques ont le chic pour s'imprégner en nous de façon durable et ne cesser de nous émouvoir pour le restant de nos jours.
Stand By Me a tout le potentiel requis. Les paroles font évidemment penser à une rupture, les claquements de doigts à une attente, les violons dégoulinants rehaussés par les chœurs féminins font l'effet d'une longue plainte douloureuse. Je ne donne donc pas cher de mon émotivité d'enfant d'avoir été, consciemment ou pas, volontairement ou pas, été influencée par Ben E. King.
Et pourtant, à mon sens, Derrick Morgan a su transcendé l'original. Il a exacerbé la douleur présente dans le morceau. Par son phrasé d'abord, qui détache les mots, les isole et renforce la solitude et grâce auquel il finit par penser le contraire de ce qu'il dit - confer le "No I won't [silence] Be afraid" finit par signifier que, si, il va avoir très très peur. De même, ses petits geignements à intervalles réguliers peuvent s'entendre soit comme des critiques moqueuses dirigées contre lui, ou comme des façons de rehausser sa solitude, sa douleur.
Bon. Tout ça est bien beau, mais on est dans l'affectif à plein.

Afin de poursuivre la pensée de M., qu'est-ce qui fait que je suis plus ému par la version de Derrick Morgan que par celle de Ben E. King? - outre les préférences musicales sus-nommées, outre le potentiel émotif de la chanson, etc.
Ne serait-ce pas davantage une expérience qui remonte à l'enfance, lors de l'écoute de Ben E. King - que ce soit une émotion artistique ou un événement émotif puissant vécu? Quelque 20 voire 30 années plus tard, l'écoute de la reprise vient réactiver ces souvenirs pourtant oubliés et amplifie l'émotion présente que, pourtant, je mets sur le compte de la qualité de la version de Derrick Morgan.
Ne serait-ce pas alors le souvenir de l'événement d'autrefois qui vient perturber l'écoute d'aujourd'hui? Le corps a une mémoire, les émotions aussi. Re-sollicitées, plus que jamais lorsque l'effet est inexplicable, c'est-à-dire quand on n'est pas en mesure de les associer à un événement du passé, celles-ci atteignent une puissance de frappe décuplée. La mélancolie devient exagérée.

Mais en parlant du passé…
On peut aussi faire une autre expérience. Avec une de mes chanteuses de ska préférées, la grande Phyllis Dillon. Qu'on a cantonnée aux reprises. à tel point qu'elle n'a plus chanté, est revenue à son travail de bibliothécaire, il a fallu attendre le début des années 90 pour qu'elle revienne sur scène et que… elle meure d'un cancer en 1994, prématurément.
En 1967, elle reprend un morceau des Shirelles, A Thing Of The Past, de 1961 lui aussi.
Le morceau a-t-il un potentiel mélancolique?
Sans doute, mais la version des Shirelles est plate, leurs voix monotones, la musique terne. Alors que la voix de Phyllis Dillon est nettement plus modulée, dont la tristesse est rehaussée par le saxophone de Monsieur Tommy McCook. Du coup, on se redit cette tautologie: oui, il y a bien évidemment une qualité artistique (ou pas) qui révèle une œuvre, ici un morceau de musique. Et ce indépendamment du souvenir que l'on peut garder dudit morceau.
On se quitte sur Dame Phyllis. Avec les Shirelles pour comparer.



lundi 22 mars 2010

"though the road may be winding & ruff "

Carry That Weight, Dobby Dobson
Warm Leatherette, The Normal
Mes Vacances à l'Hôpital, Philippe Katerine
Missing, EBTG
Neuer Morgen, Blumfeld
How Could I Live, The Sharks
Gloomy Sunday, Paul Robeson
Youkali, Kurt Weill
Muy Bien (My Friend), The Clarendonians

The Right Track, Phyllis Dillon & Hopeton Lewis

lundi 15 mars 2010

"everytime you are near"

Pendant que JB est en visite chez Frau Pr Dr B, H écoute Phyllis Dillon dans l'appartement…
Während JB Frau Pr Dr B besucht, hört sich H Phyllis Dillon in der Wohnung an…

samedi 23 janvier 2010

I'm just the kind…

Die Sonne scheint, der Himmel ist blau, es ist - 13°, lass uns wenn nicht glücklich dann froh sein, lass uns singen und tanzen mit Alton und Phyllis.
Le soleil brille, le ciel est bleu, il fait - 13°, soyons fous et soyons sinon heureux en tout cas joyeux, chantons et dansons avec Alton et Phyllis - on l'a pas volé!

samedi 31 janvier 2009

Phyllis Dillon am Skamstag

Heute ist es wieder Samstag und dieser Samstag ist auch wieder Skamstag (obwohl es komischerweise kein Skakonzert in Berlin gibt – weil Januar 2009 fünf Wochenenden dieses Jahr hat??).

On retourne ce samedi en Jamaïque avec LA reine du ska, LA meilleure voix féminine que le ska jamaïcain nous ait donné. Je veux bien sûr parler de… ta-daaaa… Phyllis Dillon († RIP). Étonnamment, de nombreuses féminines voix de cette époque sont pointues, aigrelettes, voire stridentes – il suffit de réécouter Patsy Todd, Yvonne (Meekly Wait) ou Naomi (Open the door). Alors que celle de Dame Phyllis est ronde, suave, vibrante sans devenir une voix de crécelle comme ses consœurs. Voire, quand elle va dans les aigus (le fataliste Tulips (and Heather), chanté avec Boris Gardiner), elle tient la note sans prendre un timbre adolescent. Toute la période rocksteady (dont le morceau ci-dessous fait partie) de Phyllis Dillon est impeccable, rien n'est à jeter. Entre 1966 et 1971, la Dame sera une star. Mais l'arrivée du reggae semble fatal à la chanteuse qui ne réussira guère à suivre l'atténuation du tempo.
Parmi les classiques de Phyllis Dillon, il y a bien sûr
Don't touch me tomato, Love was all I had, A thing of the past, etc etc etc. Tout aussi impérissables, ses duos avec Alton Ellis, Why Did You Leave, avec Hopeton Lewis, The Right Track, et j'en passe. Ci-dessous on va découvrir Perfidia, composé par Alfredo Dominguez en 1967. La particularité du morceau tient avant tout à la reprise d'un couplet par… ??? (une bière à celui ou celle qui me le dit) vers la fin du morceau, et non pas chanté mais scandé – un couplet dont nul la superficialité salvatrice (il me semble avoir vu récemment un écrivain (un philosophe?) s'être penché sur la question): "With a sad lament my dreams are faded like a broken melody / While the gods of love look down and laugh at what romantic fools we mortals be".
Autant dire, en résumé, qu'il ne faut pas écouter Phyllis Dillon quand on vient de se faire plaquer. Ou alors uniquement si on utilise la musique joyeuse et l'identification aux paroles comme
contre-poison.

Rubbzzz!!!