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jeudi 30 décembre 2010

in Babylon

Et JB, qui fait sa petite revue de fesses de presse quotidienne (et il n'y a rien à lire, ou quasi) apprend la nouvelle suivante, in la Libération:


Forcément, JB se souvient d'un hit de Boney M, Rivers Of Babylon, qu'il a dégoté sur toitube et enregistré pour la Noël 1978 dans la Angleterre et dans lequel ledit Bobby Farrell, en tenue légère et fort seyante et pas du tout ridicule, exhibe ce que les Norvégiens appellent si joliment un "paillasson de poils" (= hårmatte). Avant d'écouter le morceau, JB ne résiste pas une seule seconde à montrer une capture d'écran du torse et de la tenue en question:


Et c'est pas plus tard que maintenant qu'on écoute de la diskø:




De la diskø sur le blog tatoué et fumeur? s'étranglent les petits amis de JB et tous les skinheads et les skingirls avec eux.
Mais bien sûr.
Pourquoi?
Parce que ce tube interplanétaire mais (Marx merci) pas interstellaire est en fait une reprise d'un morceau de early reggae composé et interprété par les Melodians en 1969. On regarde et on ouvre bien grand ses esgourdes:



Oooh… Et qu'est-ce que JB voit sur la pochette du dikse? It's My Delight, un des morceaux chouchous et fétiches de JB dont il a déjà parlé ici, , et là encore.

Des versions de Rivers Of Babylon, JB en a plein, qu'il a collectées et fil des semaines et des mois puisque ça fait longtemps qu'il voulait au fond rédiger ce post dur Boney M et les Melodians et les rivières de Babylone. Voici ce que lui indique son mange-disques électronique:


Et le site Roots Archives lui en indique d'autres:


Une constatation s'impose d'emblée.
Les différents interprètes n'ont pas fait preuve d'une graaande imagination en proposant leur reprise. À quelques exceptions près (qu'on écoutera, cela va de soi), on a l'impression un seul et même morceau en continu, avec certes un timbre de voix différent, une orchestration elle aussi légèrement différente - mais, à chaque fois, rien qui révolutionne particulièrement l'original.
Pourquoi?
Parce que l'original des Melodians est "insurpassable"?


Qu'est-ce qui mérite une écoute particulière, alors?
La première version, et qui demeure la plus surprenante, c'est celle de Herbie Mann, de 1974, avec Tommy McCook. Car quel instrument reconnaît-on? Woilà: la… flûte traversière! (Et, bien évidemment, JB salue G!!!) Normal, diront les petits amis de JB, puisque Herbie Mann était LE interprète de l'instrument en question pendant les années 70. N'empêche, le fait qu'il ait enregistré avec Monsieur McCook un disque reprenant des morceaux de reggae montre à quel point le second était respecté par le monde musical.



Une autre version que JB aime est celle de Prince Student, qu'on trouve sur la compilation Trojan Nyahbinghi - le nyahbinghi est un style du reggae des années 70, très dub et avec des consonances africanisantes, et qu'on reconnaît entre mille autre styles par les percussions toujours très en avant. La mode du nyahbinghi correspond au trip rastafari à fond avec l'Éthiopie (le fameux Zion = la terre promise, dont il est question dans la chanson), Haïlé Sélassié et passelepètequejetiredessus et tout et tout. On écoute:



La version de Hopeton Lewis, enregistrée en 2009, lors de la réunion à Kingstown des plus grands compositeurs et interprètes de rocksteady, que le documentaire de Sascha Bader a admirablement montré (et JB salue cette fois F avec qui (et avec G, d'ailleurs) il avait vu le film lors de son avant-première (avec l'Ambassadeur de Jamaïque en Allemagne dans la salle!!!)). On regarde la bande-annonce de ce doc, où on n'entend pas Hopeton Lewis chanter, mais où on voit tous les gens que JB montre quasi quotidiennent:



Une version que JB n'a pas mais qu'il adore est celle des Skatalites, qu'on voit ci-dessous en concert, en 2006:



Quant aux autres, elles sont honnêtes - point.

Mais le top du top est atteint grâce à l'inénarrable Byron Lee qui, JB l'a souvent montré, a été capable du meilleur comme du pire. Sa version de 1971 est à l'avenant: à la fois innovante et carrément ringarde. On appréciera surtout les trompettes très Beatles période Sergeant Pepper's, psychédéliques à souhait. On écoute en ricanant un peu, tant c'est presque du reggae grotesque:




Mais si JB voulait rédiger ce post sur Rivers of Babylon, c'est qu'il a souvent croisé le morceau et Babylon dans son travail. Dans deux traductions, il a eu affaire à eux. Dans un roman pour adolescents d'Unni Nielsen, Rita, New York, 1964, il était question de ce garçon noir de Brooklyn qui chantait la chanson:


Être étranger dans son propre pays, insistait donc Booker en chantant les Melodians. Si JB vivait encore dans la Rance il pleurerait des rivières et acquiescerait aux paroles du personnage semi-fictif. Mais depuis qu'il vit dans son palais socialiste de Berlin, il n'a plus cette impression qu'il a tout de même chaque fois qu'il est obligé de revenir dans son pays d'origine. Bref.

Car ça veut dire, quoi, en fait, Babylon, dans ce contexte?
Avant de répondre à cette question, on passe à un autre roman que JB a traduit, Volvo Trucks, d'Erlend Loe, où le pauvre Andreas Doppler, la quarantaine, se fait avoir par Maj Britt, une Suédoise de 92 ans qui fume pétard sur pétard en écoutant du reggae et en dansant dans sa cuisine dont le sol porte les marques des piques de ses bâtons de ski dont elle s'aide pour pouvoir tenir debout et se trémousser. C'est hilarant et on lit ci-dessous:

Hö!

Alors, ça fait référence à quoi, Babylon?
Pour le savoir, on va à la source même, c'est-à-dire sur l'impeccable glossaire du patois jamaïcain (comme on dit), qui nous révèle:


Si on souhaite une explication plus académique, pas de problème, on va consulter le Concise New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English de Tom Dalzell et Terry Victor, lesquels nous expliquent:


Donc Babylon, c'est l'oppresseur pour les Jamaïcains puis pour les Noirs: la police, les États-Unis, les blancs. Est-ce qu'on peut étendre le sens et dire que Sarkotzy (kotzen, en allemand, ça signifie dégueuler) c'est Babylone dans la Rance? On va dire que oui, hein. Et on va dire que Zion, ce n'est plus l'Éthiopie, c'est Berlin. Et toc, et voilà, et salut.

samedi 18 décembre 2010

Les séries, les listes, les inventaires

Et, inopinément, JB retombe sur le mail de son ami T, avec qui il va au théâtre et avec qui il y est allé mardi et jeudi derniers:


Dans ce mail, T invitait donc JB à aller consulter le site d'un artiste néerlandais, Ari Versluis. On regarde une série, intitulée Bouncers (les physios en français) et extraite d'un projet lui-même appelé, comme on le lit ci-dessous, Exactitudes:


Et JB pensait aussitôt aux photos de l'Allemand Gerhard Richter, extraites de son Atlas. On regarde un exemplaire:


Les photos du Néerlandais Ari Versluis sont connues et vues et revues - au risque de lasser? Même l'Ambassade des Pays-Bas à Berlin en a affiché une suite sur la façade de son immeuble.
Sérielles, les images recensent des types, fixent des genres. Elles fonctionnent sur le principe de l'alter ego où 12 personnes différentes sont photographiées en prenant la pose avec la même gestuelle, portant des vêtements plus ou moins identiques, exerçant une profession identique ou appartenant à un groupe similaire. Des clones, comme on le disait des créatures de Tom of Finland dont JB montrait quelques exemplaires mardi dernier, et qui ont par là même fini par désigner les homosexuels tout en cuir noir, lesquels ont été appelés à partir des années 1990 les cuirettes. Et, ça tombe doublement bien, Ari Versluis en a photographié quelques-uns dans une série intitulée Leathermen:


Et, donc, ces séries d'Ari Versluis, reproductions d'un autre différent, d'un moi dupliqué, ne sont pas sans rappeler le travail de Gerhard Richter, où les Exactitudes du premier seraient à l'être humain ce que l'Atlas du second serait au paysage. À chaque fois: 12 propositions, 12 variations sur un même thème — avec une sensible évolution chez l'Allemand, tandis que le Néerlandais poursuit sa recherche du même. Et à l'autre différence près que Versluis utilise (aussi) le médium Internet pour les diffuser. De la même manière qu'elles montrent tout le monde, elles sont accessibles à tout le monde. Et rehaussées parfois d'une sorte petit poème souvent en vers pour témoigner de l'attrait que les personnes photographiées en série ont suscité chez l'artiste.

Ainsi des Ecopunks:
50. Ecopunks.
Tribal anticonsumerists. 
No logoists.
Crossing borders in vans,
in search of illegal technological enclaves
where the music is pumping.
No clock, no need.
Just dogs and magic mushrooms.


Ou encore ceux qu'il nomme Manipulators et que JB surnomme les muscle maries et à propos desquels il dit: "Boys can have tits too."


JB aime bien les Bears:


Les Butchers:


Les Pitboys:


Et, enfin tout particulièrement, ainsi que le soulignait T dans la fin de son mail:


"Ou bien l'entrée spécialement pour toi", évidemment, les Skins:


52. Skins.
No nonsense — work mates — a few words.
A roll-up and a beer,
cut-to-the-bone gear.
Cropped hair and braces up or down,
there'll always be a skinhead in town.


Les Exactitudes de Versluis sont aussi intitulées des séries, à savoir, nous dit le TLF: un "ensemble dont les éléments homogènes qui le composent sont ordonnés selon une ou plusieurs variables: le temps, la fonction, etc." Dans le même ordre d'idées, un atlas est un "recueil de cartes", indique également le TLF, ou "tout recueil de planches, de tableaux, de dessins joints à un ouvrage". Dans les deux cas, que ce soit en sériant ou en cartographiant, les artistes inventorient, énumèrent, dénombrent, répertorient. Ils rapprochent les apparents confins et soulignent sinon l'identique, en tout commun le commun. Pourquoi les jumeaux ont-ils toujours fasciné? Pourquoi le petit garçon de Shining a-t-il peur des jumelles?


Pourquoi Narcisse se noie-t-il dans l'étang en contemplant son reflet?
Pourquoi les vikings croyaient-ils au monde du double?
Pourquoi la pensée a priori irrationnelle parle-t-elle de déjà-vu?
Autrement dit: qu'est-ce qui se passe lorsqu'on a l'impression de voir la même chose, le même être, le même paysage?

Si Ari Versluis se pose la question depuis 1994 (dans Exactitude, il y a exact, plus ou moins synonyme de similaire, dont le substantif similitude rime justement avec exactitude), Gerhard Richter se la pose identiquement (sic) depuis des années. à force d'avoir pris des photos ici et là et aux quatre coins du monde, il publie trente ans plus tôt, en 1964, son Atlas où l'effet sériel est tout aussi sidérant:



Cette idée d'observation de l'entourage, de l'environnement, Georges Perec l'avait théorisée dans son texte intitulé Notes sur ce que je cherche, un texte de 1978 — et JB ne disait pas autre chose mardi dernier quand il déclarait de façon certes un peu péremptoire: "Chercher/trouver — c'est ce qu'on fait tous, c'est ce qu'on veut tous."
Perec se demandait: "Comment regarder le quotidien?", question qui préludait pour lui à une recherche tous azimuts, qu'elle explore le fond ("le monde qui m'entoure, ma propre histoire, le langage, la fiction"), ou qu'elle ausculte la forme ("écrire tout ce qui est possible à un homme d'aujourd'hui d'écrire: des livres gros et des livres courts, des romans et des poèmes, des drames, des livrets d'opéra, des romans policiers, des romans d'aventure, des romans de science-fiction, des feuilletons, des livres pour enfants…" — et JB sait grâce à Perec de ne pas oublier ces derniers.)

Ce texte faisait suite à un autre, écrit deux ans plus tôt et intitulé quant à lui Notes concernant les objets qui sont sur ma table de travail. Perec détaillait ce qui se trouvait sur sa table de travail et expliquait, entre parenthèses:
(…) (rien ne semble plus simple que de dresser une liste, en fait c'est beaucoup plus compliqué que ça n'en a l'air: on oublie toujours quelque chose, on est tenté d'écrire, etc., mais justement, un inventaire, c'est quand on n'écrit pas, etc. L'écriture contemporaine, à de rares exceptions (Butor), a oublié l'art d'énumérer: les listes de Rabelais, l'énumération linnéenne des poissons dans Vingt Mille Lieues sous les mers, l'énumération des géographes ayant exploré l'Australie dans Les Enfants du capitaine Grant…)
L'énumération des caractères de Versluis et l'énumération quasi géographique de Richter, donc. Et ce plus que jamais dans la mesure où JB avait promis au début de ce mois qu'il reviendrait sur cette idée de listes.
Les listes procèdent d'une "volonté de savoir", pour paraphraser Foucault, d'un désir de connaître quelque chose et/ou quelqu'un dans ses retranchements, de le cerner à partir de mots-clé — mais aussi pour employer des mots du héraut de l'oulipo dans son texte cité supra, les listes permettent de "ranger, classer, mettre de l'ordre". Penser/classer, en somme, comme le titre du recueil dont sont extraits ces textes. De cartographier, pour filer la métaphore et le procédé de Richter. De scanner, pour employer un terme plus contemporain qui témoigne de la méthode de Versluis. Faire une liste, c'est faire un inventaire. Un inventaire comme si on voulait réinventer: son entourage, soi, sa vie.

Ces listes-là, le héros du roman d'Erlend Loe, Naïf. Super. (1996 en norvégien, 2003 en français), en fait à l'envi. À la faveur de quoi? Et bien de ça, justement. De cet entourage, de ce moi, de cette vie à réinventer.
Le narrateur a l'impression que son monde s'est écroulé. "Plus rien ne fait sens", dit-il. "Je songe qu'il me faut repartir à zéro", dit-il aussi. "Comment repart-on à zéro?" se demande-t-il enfin.
En dressant des listes.
Plus il en dresse, plus il "met de l'ordre" dans sa vie, plus il comprend son existence, plus il se dit "content".
Faire des listes, cela équivaut à finir par comprendre et, ainsi, du moins peut-on l'espérer, connaître la joie.
Or, en comparant sa liste avec celle de son ami Kim, le héros de Naïf. Super. a aussi cette réflexion:
J'aime bien la liste de Kim. Plusieurs points auraient d'ailleurs dû figurer sur ma liste. Même su la modifier me paraît désormais impensable. Un peu limite comme procédé. Le vélo et la profession de détective auraient dû en tout état de cause figurer sur ma liste. Je n'arrive pas à comprendre comment je me suis débrouillé pour les oublier.
C'est la limite des listes. Comme le souligne Georges Perec, on a la fâcheuse tendance à très vite les rédiger, à oublier leur caractère (d'écriture) automatique et à les propulser dans une littérature. Et comme le souligne Erlend Loe, on a tendance à être fâché si on se rend compte après-coup qu'on a oublié certains points.

Et JB se souvient forcément d'une autre liste également norvégienne, venant d'un artiste également appelé Kim Hiorthøy mais récitée par Inga Sætre. Et il est fort probable que le Kim fictionnel corresponde au Kim réel — après tout, Kim Hiorthøy illustre (il est musicien, plasticien et illustrateur) les livres pour enfants d'Erlend Loe. La liste, qui date de 2001 et est trouvable sur l'album Melke est intitulée Ting som virker, c'est-à-dire: Les choses qui fonctionnent. — et qui n'est pas sans rappeler la liste du héros d'Erlend Loe dans Naïf. Super. qu'il nommait "la liste des choses qui m'enthousiasmaient quand j'étais enfant". On écoute en tout cas celle d'Inga mise en musique par Kim et on peut lire en dessous le contenu:




Les choses qui fonctionnent
courir quand il pleut
essayer à chaque saut d'atterrir à pieds joints dans les flaques d'eau
prendre le premier métro venu et aller où on veut
aller à un endroit en hauteur et embrasser l'horizon
goûter des bonbons qu'on a jamais mangés
lire des bandes dessinées dans le parc
mettre la table et prendre un long petit déjeuner
aller à la bibliothèque pour chercher des livres
appeler grand-mère
rendre visite à quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis longtemps
boire en café en plein milieu de la journée tout en lisant aftenposten
aller au magasin de disques et écouter un disque qui a une belle couverture
ou bien quelqu'un dont on a entendu parler ou alors quelque chose dont on se demande ce que c'est

Pour information, Aftenposten est le quotidien norvégien le plus lu.
Faire des listes, c'est rassurant, c'est "enthousiasmant". Parce que ça fait voir le quotidien avec un autre regard (confer Versluis et Richter). Parce que ça donne de la perspective aux "choses" et donc à soi (confer les mêmes et Perec). Parce que ça met de l'ordre dans une vie (confer Perec encore et Loe). Parce que permet de montrer les points "qui fonctionnent" dans une existence (confer Hiorthøy & Sætre). Parce que ça permet de comprendre (confer Versluis et Richter et Loe). Parce que ça rend "content" (confer Loe). Parce que…, parce que…, parce que… Et voilà, on se met soi-même à faire des listes, à énumérer, à avoir cette "volonté de savoir".

Cette liste des choses qui fonctionnent a fait des émules. Il existe même un site homonyme en Norvège où on peut indiquer ce qui, pour soi, fonctionne. Et qu'est-ce qu'on trouve parmi les propositions des internautes, comme JB le souligne?


Bingo! Lister. C'est-à-dire: les listes.

Allez, on se quitte.
On se quitte sur une sorte de liste qui est aussi un poème.
Un poème de l'Autrichien Ernst Jandl († RIP) que JB aime particulièrement.
Ce poème s'appelle zahlen, un mot qui signifie compter avec une minuscule (et c'est donc un verbe) mais aussi nombres avec une majuscule (et c'est alors un nom commun). Qui compte les nombres, énumère. Qui énumère, fait des listes. Qui fait des listes, désigne. Qui désigne, montre. Etc., etc., etc.


JB traduit (du mieux qu'il peut, c'est-à-dire bôf, c'est-à-dire littéralement):

nombres/compter


bouche un
pied deux
continent cinq
doigt dix


et des cheveux/poils

mardi 7 décembre 2010

(papier) brouillard

Et JB se lève en constatant qu'un épais brouillard bouche la vie (oh naaan! pas ce genre de lapsus dès le matin, hein!) - qu'un épais brouillard bouche la vue. Plus le jour s'éclaircit, plus le brouillard s'épaissit. JB s'attelle à son travail et lit le groupe nominal suivant, qu'il a traduit de la sorte: "une mer de brouillard". Encore le brouillard! Est-ce un signe? Est-ce à dire que JB passera le reste de sa journée, comme le veut la locution, "dans le brouillard"? À suivre.

Mais en attendant, JB s'attarde une seconde et demie sur le mot en question. Et se souvient qu'il a déjà longuement glosé sur l'étymologie de brouillard, liée au verbe brouiller. Mais JB ignorait totalement, en revanche, que le terme s'emploie aussi sous une forme adjectivée dans la forme papier brouillard, qui est un synonyme de papier buvard., ainsi que nous l'indique le Littré:


Mais le Dictionnaire de l'Académie françoise (oui: françoise! comme en ancien… françois) est plus restrictif:


Uniquement adjectif, donc, et de couleur… "feuille-morte"??? Ça alors! Le daltonien qu'est JB ignorait qu'une telle couleur existât (un petit subjonctif imparfait dès le matin ne saurait être nocif). Il va vérifier sur le site pourpre.com et, effectivement, il trouve la couleur en question dans le champ chromatique des bruns:


La couleur feuille morte (sans trait d'union selon le site) ressemblant très exactement à ça:


Bon, jusque-là, JB a appris deux choses de bon matin, il se couchera moins bête ce soir.

Mais toute cette histoire de brouillard, brouiller, papier brouillard, couleur feuille morte, filtrer les liquides, fait invariablement penser JB aux derniers travaux de Wolfgang Tillmans qui s'attache à montrer le mouvement de la lumière sur du papier et qui ressemble à la dilution du liquide lors de son immersion dans l'eau. On regarde quelques clichés:


Mais revenons au papier brouillard/papier buvard, puisque l'Encyclopédie méthodique nous indique pour sa part:


Et JB adore forcément l'emploi de drogue pour désigner le médicament (sens conservé en anglais: drug), de même qu'il adore le mot apothicaire pour désigner le pharmacien (terme conservé en allemand ou dans les langues scandinaves: der Apotheker).

Cherchant les sens de ce papier brouillard, JB tombe enfin sur cette locution:


Décidément… Encore quelque chose que JB ignorait, mais JB est tellement ignare.
À sa décharge force est de constater qu'aucun de ses dictionnaires ne connaît la locution. Et, cherchant sur gougueule où elle n'apparait que sur le site reverso dont elle est extraite, JB peut donc conclure qu'il s'agit d'un hapax: un mot qui n'apparaît qu'une fois.

Enfin, le papier brouillard/buvard se retrouve sur une liste de papier, une belle liste comme JB les aime (et, un jour, il reviendra sur ce truc de faire des listes, si cher à Georges Pérec puis à Erlend Loe):



De fil en aiguille, avec tous ces papiers, JB pense forcément aux Petits papiers de Serge Gainsbourg, interprétés par Régine, et à au pneu électronique de M qui s'indignait que JB n'ait pas illustré par la chanson en question le post, en août dernier, consacré au mouchoir en papier. Dont acte. On voit ici Régine, en 1967:



Et, oui, forcément, il faut écouter Les petits papiers de bon matin, encore plus avec ce brouillard à couper au couteau, eu égard au passage où Régine souhaite à propos de ces petits papiers: "Puissent-ils un soir / Papier buvard / Vous consoler".

Cherchant cette vidéo, JB en trouve une autre, avec une autre version qu'il ne connaissait pas (l'ignare, décidément), interprétée par Jane Birkin et Françoise Hardy le 4 mai 1974, vidéo dans laquelle on voit leurs maris respectifs, à savoir bien sûr Serge Gainsbourg et Jacques Dutronc. On regarde ces dames vêtues d'habits en papier (journal) et ces messieurs sanglés d'un blouson en cuir:



Enfin, ultime version, celle où les mêmes apparaissent, mais sans Françoise Hardy. C'est trash, alcoolisé et clochardisant:




On écoute la version de 1999 par Noir Désir? Oh oui, elle est bien elle aussi, surtout une semaine après qu'on a appris la dissolution (décidément… confer supra) du groupe - et que le triste sire Hortefeux s'évertue toujours à expulser les sans-papiers:

jeudi 25 novembre 2010

Le berger Roger

Et voilà, JB vient de finir de traduire la chanson de Kurtville, le prochain roman d'Erlend Loe à paraître aux éditions La Joie de Lire en janvier prochain — histoire dans laquelle Kurt, le conducteur de Fenwick, devient pasteur et remplace le Berger Roger, arrêté puis zigouillé (par Christine Sado? la cheftaine de la congrégation Ping-Pong de Kurtville??).

Mais d'abord on écoute la chanson en norvégien:



Et ensuite, on lit les paroles en français:

Le Berger Roger était le premier,
et c’est toujours le plus princier.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Les enfants doivent être mignons
et pas du tout polissons.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Les minots pas mignons
méritent une punition.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

La punition est magnifique
et la progéniture angélique.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Si on ne veut pas que ça coince,
il faut pour les chérubins que ça pince.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Tout le monde, attention !
Car là vient la punition.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

La punition vise la bistouquette,
ce n’est que le début et c’est chouette !
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Un pinçage de la nouille.
C'est divin et on dérouille !
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Pinçage égal bénédiction,
alors, zou, baisse ton pantalon.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

Après on se lave les mains,
puis on se quitte en copains.
C’est un sacré berger !
C’est le Berger Roger !

© Erlend Loe & Cappelen Damm AS pour l'édition originale
© Jean-Baptiste Coursaud & La Joie de Lire pour l'édition française

Jésus e(s)t le saucisson

JB traduit (Erlend Loe):

Christine Sado indique à Kurt que, son boulot, c’est la célébration du culte matinal et du culte dominical. Le reste du temps, il peut faire ce que bon lui chante. Sur ce, elle demande à Kurt s’il a un hobby.
Si j’en ai un, répond-il, ça doit être la conduite du Fenwick, alors. Mais comme c’est mon gagne-pain, je ne sais pas trop si c’est aussi mon hobby…
De toute façon ton gagne-pain, désormais, c’est d’être pasteur, rétorque Christine Sado, agacée de constater que Kurt l’a déjà oublié.
Ah oui, c’est vrai…, répond Kurt.
Donc tu peux conduire ton fichu Fenwick pendant ton temps libre.
Bonne idée!
Et quand tu as fini de conduire ton engin, tu as le droit de passer faire un tour à l’usine de tables de tennis de table et dire «tenez bon!» à ceux qui bossent. Et quand tu as fait ça, tu peux aller t’asseoir sur la terrasse et essayer de rencontrer Jésus.
Pourquoi? Il est sur la terrasse? demande Kurt.
Jésus est partout, répond Christine Sado.


Et comme "Jésus est partout", JB, repensant au fait que le nom désigne aussi un saucisson, a la preuve que Jésus est non seulement partout mais aussi dans le cochon. Et comme dans le cochon tout est bon et que le saucisson est fait à base de cochon, JB en déduit forcément par une sainte opération arithmétique que le saucisson jésus de Lyon est bon. Mais prenons une seconde de notre précieux temps pour l'observer:


Mais pourquoi surnommer un saucisson Jésus? JB ne voudrait pas paraître obscène, mais s'agit-il là de ce qu'on appelle en rhétorique d'une synecdoque (où l'on désigne une partie pour le tout)? Ou bien s'agit-il d'une métonymie (le contraire: le tout pour la partie)?
Autrement dit: le saucisson s'appelle-t-il jésus parce que Jésus avait un saucisson? Ou bien: le saucisson s'appelle-t-il jésus parce que Jésus était un saucisson?
JB pose la question, rien de plus.
Et il la pose doublement parce qu'une autre dénomination du saucisson n'est autre que… JB le donne en mille à ses petits amis: la… rosette. Le saucisson, le jésus, la partie pour le tout… JB s'y perd.

Aussi va-t-il consulter le Robert historique de la langue française qui le rassure, rapport à Jésus:
Le sens culinaire de “gros saucisson court”, d'abord dialectal, repose, semble-t-il, sur une analogie d'aspect avec un enfant au maillot.
Ah, d'accord.
Et quid de la rosette?
◊ Dans l'expression risette [merdre! JB vient de faire un mégalapsus!!! pour le coup: un lape-suce!!! quel gourgandin, ce JB!!!] rosette de Lyon (1938), le mot s'applique à un type de saucisson sec. (…) ◊ Le sens figuré et populaire d'“anus” (1864) sert à former quelques locutions référant à l'homosexualité.
Mais c'est quoi cette phrase discriminatoire à l'endroit des hétérophiles? JB dit: Scandale! Mais il n'a pas trop le temps de s'appesantir sur la discrimination sémantique des hétérophiles donc il revient au saucisson et va vérifier l'étymologie du mot en question. Il apprend que saucisson est dérivé de saucisse qui signifie notamment:
◊ Un sens d'abord argotique, “prostituée (1880) devenu terme d'injure à l'adresse d'une femme, pourrait venir d'une métonymie sur l'acception de “pénis”, mais aussi d'une métaphore (cf. boudin) sur la grosseur informe.

Ainsi donc, le jésus et la rosette sont tous les deux de Lyon, ça alors…
JB en vient à se demander s'il n'y a pas là un tropisme lyonnais. Que le saucisson soit un tropisme lyonnais, ça, JB le savait. Mais, au vu des définitions du dictionnaire, JB s'interroge sur le tropisme sémantique et métaphorique du saucisson dans la ville de Lyon (on dirait presque une comptine: "le tropisme sémantique et métaphorique du saucisson dans la ville de Lyon"…) dans son acception grivoise (ou… gauloise - après tout, Lyon n'était-elle pas la capitale des Gaules? Des… gaules!!!). Du coup, JB effectue de plus amples recherches et trouve sur Wikipédia:


Jésus a un saucisson de 10 centimètres de diamètre? Diantre!
Jésus est de la couleur de l'anus? Re-diantre!
Mais quoi? JB n'exagère pas du tout au vu des explications ci-dessus. Aussi pose-t-il les équations suivantes:
Si, donc, un saucisson est dérivé de la saucisse et que la saucisse signifie aussi (et rime aussi avec) pénis: saucisse = pénis = saucisson = Jésus.
De la même manière, si une rosette est un saucisson et qu'un saucisson est un jésus, alors: Jésus = rosette = anus.
CQFD.
Jésus rime avec (et signifie) anus, tout comme saucisse signifie (et rime avec) pénis.
CQFD
Jésus est donc partout, jusque dans l'anu et le péni.
CQFD.

Mais bon, tout ça, Bobby Lapointe l'avait déjà compris:

lundi 15 novembre 2010

Le pincement (des fesses)

JB traduit Erlend Loe.

Résumé des épisodes précédents:
Kurt doit partir comme les copains en grandes vacances et donc la famille part (en Fenwick) direction la Vallée des Moumines. Seulement voilà, Kurt s'endort et précipite la famille et le Fenwick dans la rivière. Heureusement qu'ils avaient un canoë attaché au toit du véhicule! Grâce à lui, ils vont pouvoir flotter et naviguer. Mais…
Mais ils échouent dans une communauté religieuse dirigée par la rosse Christine Sado (un de ces jours, JB reviendra sur ce nom, ainsi que celui du Berger Roger), laquelle explique, en parlant de Bud (et c'est JB qui souligne):
Vous avez un garçon exquis, dit Christine Sado à Kurt et Anne-Lise. Mais d’une insolence, hélas, excessive. Le Berger Roger, notre ancien pasteur, disait toujours que les enfants insolents, il faut leur pincer le zizi. Et nous, dans la congrégation Ping-Pong, on trouve ça non seulement tip-top mais sacrément bien dit. Ça n’a pas besoin d’être un pincement très douloureux, cela va de soi. Mais juste ce qu’il faut de fort pour que le bambin y réfléchisse à deux fois quand à nouveau il lui passera par la tête l'idée saugrenue de vouloir être insolent. Si vous voulez, je vous montre comment vous devez procéder.

Et donc JB se demande si on parle vraiment, en l'espèce, de pincement.
Pour lui, on parle plutôt de pincement au cœur, de pincement de nez, des lèvres, mais… des fesses (ou du "zizi", en l'occurrence)? Certes, on dit pincer les fesses, mais est-ce qu'on parle de pincement de fesses?
La question se pose, et JB se la pose — que ce soit clair entre lui et ses petits amis.

JB sait que dans certains cercles, ou plutôt dans une certaine grotte où vivent certains ours en peluche, on parle de pinçou.
JB, conciliant et sérieux, va vérifier les occurrences de pinçou dans gougueule.
Et il y en a. Mais seulement en portugais. Sim!
Intrigué, JB va chercher ce que signifie pinçou en portugais. C'est le verbe conjugué à la troisième personne du singulier au passe-simple, le verbe à l'infinitif étant pinçar. La preuve:


Et ça veut dire quoi, au fait, pinçar?
Vous pincez pensez, mes petits amis, que ça veut dire penser pincer?
Eh bien non!


Sim! Obrigado!

Bon, toujours est-il que JB a un pincement sur le feu et que ce pincement est en train de prendre au fond et de sentir le roussi.
Que fazer? se demanderait-on portouguèsche!

On va regarder sur la base des synonymes dont le nom ne nous lasse jamais puisqu'elle s'appelle CRISCO, et on trouve:


Oui, peut-être qu'il faudrait procéder par ordre et aller vérifier le sens de pincement sur le TLF - lequel nous indique:


L'intuition de JB était la bonne.
Grosso modo, on parle du pincement de quelque chose qui n'est pas une partie du corps. Pour celles-ci, le pincement est soit la conséquence d'une action d'une chose inanimée (le vent qui pince la figure), soit le résultat d'un mouvement que l'on pratique sur une partie de son propre corps pour manifester un mécontentement, un dégoût.
Or, certes on peut se pincer les fesses pour manifester son mécontentement, mais on risque fort d'être pris pour un hurluberlu. Quant au pincement des fesses d'autrui, pour les raisons indiquées supra, il ne semble pas en usage dans le langage courant. Toutefois, JB étant un peu le Saint-Thomas de la lexicographie, il va vérifier les occurrences dans gougueule:


Effectivement, 534 occurrences, ce n'est pas beaucoup. C'est même d'autant moins que "pincer les fesses" donne 112 000 occurrences. C'est dire! Et comme l'indique l'accroche de l'article de Sportweek, le pincement de fesses n'est pas autorisé. Donc en traduction non plus.
Mais, une seconde, mes petits amis… C'est quoi cette histoire de "pincement de fesses non autorisé"??? Intrigué, JB découvre:


Ça alors!
Mais le plus étonnant est que le pincement de fesses du titre n'est nullement la réalité du geste perpétré par Anthonny Annan sur André Muri. D'ailleurs, JB doute fortement que ce dernier ce soit exprimé ainsi dans la vraie vie. La phrase (que JB a soulignée en bleu, et il faut que ses petits amis cliquent sur l'image pour bien voir) est trop élaborée. Enfin, bon… Sans vouloir verser dans la proctologie, mais bon…

Oui, en effet: bon.
Le pincement.
La base CRISCO (oui, on reste dans le même champ sémantique, en fait, hein…) indique donc pinçade. Sauf que la pinçade en question n'existe pas. Quid de la pinçure?


Oui, en fait, la pinçure, c'est la même chose que pincement, mais en carrément collet-monté.
Et qu'en est-il alors du pinçage?


Bingo!
On parle effectivement du pinçage de fesses. Ultime vérification dans gougueule qui recrache 752 occurrences, ce qui là non plus n'est pas bézèf et qui montre que la langue française évoque le geste par son action verbale et non par sa dénomination substantivale. Que veut dire JB avec cette formulation française? Eh bien tout simplement que la langue française et donc ses locuteurs insistent non seulement sur le temps de l'action mais sur l'acteur. Le fait que l'emploi soit plutôt verbal que substantival montre à quel point c'est l'action et non le résultat ou la description de celle-ci qui compte.

Tout ça pour dire, aussi, que dans le langage volontiers cocasse d'Erlend Loe et la description complètement farfelue de Christine Sado, le pinçage est parfaitement adapté.


On se quitte, mes petits amis, sur le pinçage de fesses, donc. Et, déjà en 1966, une certaine Cléo, en chantant Les fauves (qui n'est qu'une réplique musicale du Piège à filles de Jacques Dutronc), nous montrait ce que JB vient à l'instant d'expliquer puisqu'elle aussi avait recours à la forme verbale et non substantivale en entonnant: "Un garçon d'ascenseur m'a pincé les fesses à la fin / Plus question de faire du sentiment". Or donc.

samedi 6 novembre 2010

In heaven…

Et JB traduit ce passage du livre pour enfants d'Erlend Loe, Kurtville - et il est frappé de constater que ces phrases, prises isolément, comme parfois chez Erlend, sont d'une tristesse à pleurer alors que c'est tout le contraire qui (est censé) ressort(ir) à la première lecture , et c'était déjà le cas dans Muléum. La conversation s'ouvre sur une question de Bud, qui a 3 ou 4 ou 5 ans (mais qui peut avoir des réflexions philosophiques tout comme il peut être le dernier des imbéciles), et Kurt, son père (qui a souvent 3 ans d'âge mental et ne s'illustre pas par ses réflexions philosophiques, ce qui fait régulièrement de lui le premier des imbéciles):

— Mais qu’est-ce qui se passe, en fait, quand on meurt?
— Personne ne le sait.
— Et d’après toi?
— C’est que j’en sais rien, moi. Mais si tu veux mon avis, je crois qu’il ne se passe strictement rien. Je crois même que, quand on est mort, on est mort. Et je crois aussi que le fait d’être mort, ça revient à être rien. Et il est là le hic, si tu vois ce que je veux dire. Parce qu’alors on n’est nulle part.
— Nulle part? répète Bud avant d’observer un long silence, puis d'ajouter: La tatie au jardin d’enfants, elle a dit qu’on allait au ciel quand on est mort. Et puis elle a dit que c’était un endroit génial. Que, une fois qu’on est là-bas, on n’a plus de problèmes. Et en plus, on mange bien.
— Ta tatie du jardin d’enfants, elle vous a dit ça pour vous consoler.


Et JB pense inévitablement au premier film de David Lynch, Eraserhead, quand la femme dans le radiateur chante cette rengaine: "In heaven everything is fine" - avec son air poupin presque suspect, sa voix éraillée quasi inquiétante avec ses bajoues qui feraient pour ainsi dire d'elle une créature pré-Matthew Barney:



Et on est cette fois frappé de constater la scène de théâtre comme topos lynchien. On repense à Isabella Rossellini interprétant Blue Velvet dans le film homonyme, ou bien à Rebekah Del Rio chantant Llorando dans Mulholland Drive; et on se dit qu'à chaque fois ces chansons sont non seulement le point de départ d'un ressort dramatique pour l'histoire, mais sont aussi instigatrices d'un phénomène cérébral, qu'il s'agisse d'un rêve (Mulholland Drive), d'un fantasme (Eraserhead) ou d'une projection (Blue Velvet). Et que, partant, la scène de théâtre devient elle-même le lieu de tous les fantasmes, dans tous les sens de l'expression. Mieux: elle les déclecnhe pour l'action, pour les personnages, mais aussi pour les spectateurs.

Puis JB repense à la version qu'en avaient proposé les Pixies en 1988, en concert, et on voit un Frank Black encore post-ado:



Puis, allant chercher cette version sur toitube, JB en trouve une autre, interprétée quant à elle en 2004, lors de la reformation du groupe pour une série de concerts, et c'est cette fois Kim Deal qui est au chant:



Puis JB découvre qu'il y a tout un tas de versions du morceau.
Approfondissant sa recherche, il apprend que les groupes ou interprètes suivants l'ont reprises:


Ça alors! s'exclame JB
Norma Loy (ou: Nörma Löy - tout dépend) l'a chanté en 1986, avant les Pixies. Ça alors! C'est un certain ours en peluche qui dans sa grotte va se réjouir!!!
JB se met en quête de leur version mais ne trouve rien. Sinon, sur leur site, la copie du disque et la mention spéciale à Eraserhead:


Après quoi, JB lit, toujours aussi éberlué, que le groupe Pankow a également interprété le morceau. Pankow? Le groupe de rock de RDA?!? s'étonne JB dans son for intérieur. Non. JB ignorait qu'un autre groupe était intitulé Pankow, formé un an après les Est-Allemands, chantaient également en allemand, également de la musique style EBM comme Norma Loy, mais que c'était eux les interprètes de In Heaven. JB cherche sur toitube, et la première réponse que crache gougueule vidéos est:


Pff! Les Bee Gees! Ôskour!!!
Bon. Pas de Pankow, pas de In Heaven.

Viennent ensuite Tuxedomoon, dont voici la version:



Puis Bauhaus en 1992 — et JB se dit cette fois que, décidément, la femme dans le radiateur a inspiré les groupes de cold wave:



Enfin, juste pour rendre hommage aux filles de Miranda Sex Garden, on va aussi les écouter - même si leur version post-Cocteau Twins n'est pas si convaincante.



Et, du ciel, on peut lentement revenir à la terre et à la réalité…