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mercredi 3 août 2011

"as the ceiling flew away"

C'est comme dans un roman français des années 80: brusquement, JB décide de travailler dans le salon et non plus dans le bureau de son appartement socialiste.

Il est là, dans son salon, assis à sa grande table blanche, en train d'écouter la version triste et belle (= pléonasme!!!) par Roland Alphonso du tube de Procol Harum, White Shade of Pale, qu'il a rebaptisée Hop Special…:



La version originale, quant à elle, commençait par ces vers (les petits amis de JB comprendront ainsi mieux la suite des événements):
We skipped the light fandango
turned cartwheels 'cross the floor
I was feeling kinda seasick
but the crowd called out for more
The room was humming harder
as the ceiling flew away

JB écoute donc Roland Alphonso, un chouïa cafardeux, fixant d'un œil rassuré une photo de la statue Karl Marx (Marx merci, comme dit toujours JB en allemand (Marx sei dank), lui qui refuse désormais de dire Dieu merci (= Gott sei dank)), quand il se dit donc tout à trac qu'il va momentanément déménager son lieu de travail dans le salon.
Du même coup, il repense par exemple à La Salle de bain (sans S à bain comme pourtant le veut l'orthographe française) de Jean-Philippe Toussaint, qui commence ainsi:
1) Lorsque j'ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m'y installer; non, je coulais des heures agréables méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu.

Dans le même mouvement, JB se dit que son bureau est trop encombré et que cela participe de sa panne traductionnelle. Et si c'est peut-être une vue de l'esprit, ce n'est pas son cher ami É qui le contredira, bien que ce dernier soit si loin qu'il ne peut sans doute rien en savoir. JB décide également de ranger son bureau dès demain pour éclaircir l'espace et, ce faisant, sa tête compliquée.
Dans le même mouvement, JB descend de son étagère à livres (comme on dit littéralement et si prosaïquement en norvégien = bokhylle) un autre roman de ces années 80, La Moustache, d'Emmanuel Carrère, dans lequel un personnage aussi lymphatique que celui de l'écrivain belge , et passablement désabusé qui plus est, décide de jour au lendemain de se raser la moustache.
Dans les deux cas, ce n'est pas du tout l'ordre escompté qui va régner, mais bien le désordre, le bazar général dans la vie et le bordel ambiant dans la tête. JB, qui ne goûte pas aux adages populaires et espère donc que la formule jamais deux sans trois ne s'appliquera pas.

Et donc, sur les notes de saxophone de Roland Alphonso et non plus de l'orgue Hammond de Matthew Fisher, JB se met au travail dans son salon, non sans penser aux paroles de la chanson et aux images de film de John Lvoff, qui avait porté à l'écran le roman de Jean-Philippe Toussaint, dont il reproduit ici une image pour ses petits amis:

mardi 3 mai 2011

"Silent river runs deep"

Et JB, qui contre l'avis général a repris son rythme d'autrefois, va se coucher après avoir bien travaillé (et il est bien content d'avoir bien travaillé), non sans se séparer de ces petits amis en leur faisant écouter cette perle des Gaylettes qu'il écoute en quasi-boucle depuis plusieurs jours et s'est complètement appropriée tant elle est raccord avec le quotidien.


mardi 7 décembre 2010

Pétula(nt)

Et pendant que JB travaille, il écoute sa compil de Don Drummond.
Und während der JB arbeitet, hört seinen Sampler von Don Drummond:


Und, wie man es oben sieht, hört er Latin Goes Ska. Und dann fühlt er sich guter Dinge.
Et, comme le voit supra, il écoute Latin Goes Ska. Il est aussitôt pétulant (en un seul mot, please - et ça n'a rien à voir avec Petula Clark; JB s'appelle JB et non Pétula, merci).

On écoute.
Lass es uns anhören.

dimanche 28 novembre 2010

"You're gonna lose me"

Et JB se réveille (taaard) avec, dans la tête, ce classique de George Dekker, Foey Man, qu'il a entendu hier soir au nighter et sur lequel il s'est déhanché (sans son déambulateur laissé au vestiaire).



Et, en l'écoutant et le réécoutant au réveil, JB comprend pourquoi Foey Man s'est incrusté dans les circonvolutions de son cerveau siphonné. Comme une illustration personnelle d'une semaine riche en rebondissements en tous genres, le morceau fait en effet dire à George Dekker: "You use me and refuse me / I know you're gonne lose me / after you abuse me." Et voilà. C'est parfait.
Et un bon dimanche sous mes applaudissements.

samedi 13 novembre 2010

"Turn my head into sound"

Et JB se replonge dans les nébuleuses nappes musicales de My Bloody Valentine qu'il aime décidément écouter en boucle jusqu'à l'abrutissement, et d'autant plus quand résonne Sometimes, et d'autant plus parce que Sofia Coppola l'avait utilisé pour son film Lost in Translation, et d'autant plus parce que JB est un peu lost in translation lui aussi, et d'autant plus parce que les Irlandais chantent à un moment: "Turn my head / Into sound", et d'autant plus parce que.

mercredi 3 novembre 2010

Hardcore Bolero

Et JB cherche une musique qui puisse rythmer la traduction du Secret de Garmann. Il va fouiller son disque dur externe et tombe sur la copie d'un disque que lui a donné son cher ami A. Raumpatrouille, d'un dénommé Peter Thomas. JB est vilain car ça fait des lustres que A lui a conseillé d'écouter ça, ce que JB n'a jamais fait. Or, ce matin, il s'y résoud.
Und der JB sucht sich eine Musik, die zu der Übersetzung von Garmanns Geheimnis passen könnte. Er gräbt sich in seine externe Festplatte und stosst auf die Kopie einer CD, die sein lieber Freund A ihm gegeben hat. Raumpatrouille, heisst es, von einem sogenannten Peter Thomas. Der JB ist ein böser Bube (Der JB = der Jemeiner Bube), denn es ist ja eine Eeewigkeit, seitdem A ihm diese Musik empfohlen hat, und er hat sie noch nie gehört. Aber jetzt hört er sie.

Und er ist begeistert. Es swingt und wippt, es ist psychedelisch und lebenslustig (und wenn der JB das schreibt, muss er natürlich an diese Zeile von Hannelore, das in 1928 von Claire Waldoff gesungene Lied, denken: "Sie boxt, sie foxt, sie golft, sie steppt / Und unter uns gesagt, sie neppt!..."). Es ist die perfekte Musik nicht nur um zu arbeiten, aber auch für diese Arbeit, für dieses Buch, wo es u.a. von dem Weltraum und einer Raumkapsel die Rede ist.
Et JB est ravi. Ça vibre et ça swinge, ça boume et ça balance, c'est tonique et psychédélique. C'est la musique parfaite non seulement pour travailler mais aussi pour ce travail, pour ce livre où il est notamment question de l'espace et de capsule spatiale.

Puis commence le sixième morceau, intitulé Bolero on the Moon Rocks, et brusquement les oreilles de JB se tendent. On écoute:
Wenn das 6. Stück anfängt, mit Name Bolero on the Moon Rocks, werden plötzlich die Ohren des JBs ganz steif (um jegliche Missverständnisse zu vermeiden, möchte der JB betonen, dass er gerade die Ohren geschrieben hat). Lass uns das Lied anhören:

Peter Thomas Sound Orchestra - Bolero On the Moon Rocks
Found at abmp3 search engine

Aber hallo! schreit beinahe der JB in seinem sozialistischen Palast. Diesen Musiksatz mit der Trompete hat ja Pulp in ihrem Lied This Is Hardcore doch benutzt!!! Der JB rennt zu seiner Diskothek um es in der in 1997 herausgegebenen und den gleichen Namen tragenden CD von Pulp zu überprüfen, und findet den untenstehenden Notiz:
Ben! crie presque JB dans son palais socialiste. Cette phrase musicale à la trompette a été utilisée par Pulp dans leur chanson This Is Hardcore!!! JB court à sa discothèque pour vérifier sur le disque homonyme de Pulp sorti en 1997, dans lequel il trouve la mention suivante:
Track 5 [This Is Hardcore] embodies a sample of Bolero on the Moon Rocks, written by Peter Thomas, recorded by The Peter Thomas Sound Orchestra under licence from Bungalow Records and published by Ring Musik GmbH

JB avait raison. Et il est ravi de constater que son oreille musicale ne l'a pas trompé. Il se demande: mais comment cet accord a-t-il atterri chez Pulp? Puisque, entre-temps, il a vérifié, cette musique a été composée dans les années 1960, +/- en 1966. C'est simple: cette bande originale a été rééditée en 1996, Pulp a dû tomber dessus et a samplé la phrase musicale en l'intégrant dans This Is Hardcore. Qu'on écoute et qu'on regarde (dans cette magnifique vidéo) ci-dessous:
Der JB hatte recht. Und es macht ihm froh festzustellen, dass sein musikalisches Ohr ihn nicht betrügt (geneppt! um wieder Claire Waldoffs Wort zu benutzen!!!) hat. Dennoch fragt er sich: wie ist dieses Akkord bei Pulp gelandet? Seitdem, inzwischen hat er nämlich nachgecheckt, diese Tonspur in den 60er-Jahren, d.h. ca. in 1966, komponiert wurde? Das ist ganz einfach: die Musik wurde in 1996 wieder herausgegeben, Pulp muss die CD gefunden und gehört haben, hat den Musiksatz gesampelt und in This Is Hardcore integriert. Ein Lied, das wir jetzt hören und sehen (in diesem wunderbaren Video):



Der JB mochte immer dieses Lied, dass er musikalisch und textuell sehr sehr schön fand und findet; es gibt eine Sehnsucht und gleichzeitig eine Befriedigung — irgendwie dieses massloses und gleichzeitig desperates Glück, das man vor Liebe und/oder nach dem Sex in sich spürt. Und überhaupt mochte er immer diese Zeile: "Oh this is Hardcore / this is me on top of you & I can't believe that it took me this long." Und noch kurz nachher: "This is the eye of the storm. / It's what men in stained raincoats pay for / but in here it is pure."
JB a toujours beaucoup beaucoup aimé ce morceau, au niveau tant des textes que de la musique: il y a une nostalgie couplée d'un assouvissement — un peu comme par amour pour quelqu'un ou après l'amour avec quelqu'un, lorsqu'on ressent en soi ce bonheur infini et simultanément désemparé, lorsqu'on éprouve une certaine détresse face à tant de satisfaction. Et ce sont tout particulièrement ces phrases que JB a toujours aimé: "Oh this is Hardcore / this is me on top of you & I can't believe that it took me this long." Puis, juste après, celles-ci: "This is the eye of the storm. / It's what men in stained raincoats pay for / but in here it is pure."


Il n'empêche. Ici, en Allemagne, Raumpatrouille est hyperconnu. C'est une série télévisée diffusée à partir de 1966, intitulée en français Commando spatial - La Fantastique Aventure du vaisseau Orion et retransmis en France, nous indique Wikipédia, "du 13 mars au 8 mai 1967 sur la première chaîne de l'ORTF". Et depuis, plus rien. Quel dommage…
Der JB hört schon seine kleinen lieben deutschen Freunde sagen: "Wie?! Du kennst Raumpatrouille nich?!?" Nein, der JB kennt diese Fernsehserie nicht, nein. Der JB ist auch erstmal Ausländer. "Isch dumm Ausländer, isch nisch alles weissen", antwortet auch der JB. Aber zu recht, denn das ranzösische Fernsehen hat die Serie nur in 1967 gezeigt, und da war der JB noch nicht einmal geboren, und seitdem konnte man Raumpatrouille in der ranzigen Glotze nicht sehen. Also deshalb.

Und deshalb begeht sich der JB auf die Suche nach Szenen von der Serie, und findet folgenden Tanz, wo es richtig schön gefoxt und gesteppt wird:
Une raison suffisante pour que JB se mette en quête de passages extraits de la série - et il déniche la danse suivante, qu'il trouve tout à fait à son goût:



Et, comme on ne s'en lasse pas, on regarde un deuxième extrait de cette danse décidément séduisante:
Und, weil man davon nicht müde wird und auch nie müde sein kann, gucken wir uns ein zweites Mal diesen verführerischen Tanz an:



Oh ja, toll! Der JB sieht sich schon in Nightern so tanzen. Eins ist sicher: er würde DIE Sensation des Abends sein. Übrigens wird er nicht später als nächsten Freitag es beim Tommyhaus-Nighter probieren. Alle werden supermegahyperneidisch auf ihn sein. G & F & N werden auch begeistert darauf sein, die guten Freunde von dem JB zu sein, und nicht nur das, aber begeistert darauf, ihn so auf der Tanzfläche zu sehen. Der JB ist davon üüüberzeugt. Also wir sehen uns am Freitag dort, ja?
JB se voit déjà, dans les nighter, à danser comme ça. C'est sûr, il ferait absolument sensation! D'ailleurs, il va essayer pas plus tard que vendredi prochain, au nighter du Tommyhaus. génial! Tout le monde va l'envier et être jaloux de ses pas de danse. G, F et N seront ravis d'être les amis de JB à le voir évoluer ainsi sur la piste de danse… JB en met déjà sa main à couper!

jeudi 23 septembre 2010

Presque fier

On ne se réveille plus aux horreurs, le ciel est bleu clair et le soleil gravit lentement l'horizon tandis que les élèves cheminent vers l'école contiguë. On se réveille avec un sentiment de satisfaction plus éprouvé depuis des lustres: on travaille bien, la concentration est là, on adore ce qu'on traduit et les mots viennent tout seuls dans ce texte pourtant pas si évident. Oui, on est content, on est presque heureux, presque fier, et rien que pour ça on commence la journée en écoutant Proud Feeling des Rhythm Rulers, un morceau de skinhead Reggae avec cet orgue Hammond entêtant, qu'on trouve sur l'impeccable Vigerton Two & Other Boss Reggae Instrumentals. Puisque ça aussi, c'est du boss sound pur! Entrez bien dans la journée, comme on dit si joliment en allemand.

mardi 17 août 2010

lundi 9 août 2010

Les corrections

JB passe le gros de son après-midi à faire des corrections.

D'abord, il s'amuse de ses propres lapsus de traduction :

© icke

JB adore faire des commentaires sur les épreuves…


Puis JB s'amuse de ce qu'il imagine être un acte manqué de la part du correcteur:

© icke

Enfin, JB voit un lien direct entre corrections et épreuves d'une part, deux termes techniques propres à l'édition, et lapsus et acte manqué, deux termes techniques cette fois propres à la psychologie et à la psychanalyse. Il s'amuse enfin d'un autre mot propre au vocabulaire de l'édition: repentir(s), qui a trait aux corrections que l'on va finalement regretter.

jeudi 5 août 2010

Un gueune

Traduisant ça…:
Le silence est total. Jusqu’à ce qu’on entende une pétarade qui, dans le lointain, fait l’effet d’un roulement de tambour. Sam se lève du marche-pied de la portière, non sans jeter un œil à la kalachnikov posée entre les deux sièges. Mais aucune autre salve de tirs ne retentit.

… je pense évidemment à tous ces morceaux de ska où il est question de gun, où le mot gun apparaît dans le titre:


(Un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu le retrouver???)

Puis je me dis que, mince alors… Mais pourquoi n'ai-je pas encore utilisé l'anglicisme gun dans ma traduction, alors même que le narrateur est donc un adolescent de la banlieue d'Oslo?
Un gun. Voilà un mot qu'utilisent les adolescents français et qui va rester dans la langue française. Vérifions ses occurrences dans gougueule, histoire de mieux s'en convaincre:


Et même si la recherche est quantitative et non qualitative, elle est en tout cas significative de son usage et de son implantation dans la langue française.
Vraiment?
Que nous disent les dictionnaires? À ma grande surprise, ils sont muets. Ni le pourtant très à la page Nouveau dictionnaire de la langue verte de Pierre Merle, ni l'excellent Larousse de l'argot & français populaire ne le recensent. Étrange. Il faut aller sur le bien fichu Dictionnaire de la Zone pour trouver le mot:


Le terme est donc récent, fixé définitivement (?) dans le langage par la chanson de NTM en 1998. Hum. Pierre Merle aurait tout de même pu l'intégrer. Oh, Pierrot, t'as fait quoi là, sur ce coup?!
Bon. Trêve de bêtises.
On va vérifier sur un autre site lexicographique, le tout aussi épatant Écholalie, qui recense notamment les mots de verlan et on tombe sur ces deux perles:


Yo, man! J'kiff ton gun à donf!

Une parenthèse. Je parlais l'autre jour de la tendance de la langue norvégienne à norvégianiser les emprunts anglais (vibes devenant vibber; rough devenant røff, etc.) alors que par exemple l'allemand et le danois conservent les termes tels quels dans leur langue. Qu'en est-il du français? Le français, si tant est qu'il ne les chasse pas et les garde, fera de même: il ne les modifie pas. Et, pour ce qui est des verbes, ils entrent systématiquement dans le premier groupe (tchatter, interviewer, etc.).
Qu'en est-il maintenant de notre gun? En principe, il devrait s'écrire gueune. On cherche pour vérifier et… on trouve. Oh, pas beaucoup, 18 résultats seulement. Ce qui nous montre deux choses par défaut:
• l'imprégnation de gun dans la langue française en général
• l'impossibilité de gueune dans la langue française en particulier, notamment dans la langue parlée par les adolescents: transformer gun en gueune, c'est rendre l'arme inoffensive, c'est déjà l'embellir.

Bon, voilà pour l'analyse lexicographique et la théorie.
La pratique, maintenant, et la traduction.
Je vérifie dans tout mon texte les emplois de pistolet, revolver, arme.
Par exemple:


Qui devient:


Je me rends compte au passage que arme et revolver sont très récurrents, me demande avec quels synonymes un peu plus modernes on ne pourrait pas les remplacer, vais refaire un tour dans le Dictionnaire de la Zone qui a cela de pratique qu'on peut chercher dans les sens (verlan > français standard et français standard > verlan) et trouve les propositions suivantes:


Je ne vais pas pouvoir utiliser pétard car il faut le réserver aux cigarettes qui font prétendument rire, et Marx sait qu'ils en fument pas mal dans ce roman. Et si pushka et brelique sont exclus, flingue est parfait. Calibre est bien dans gros calibre mais ne va pas pouvoir s'utiliser tout le temps. Hum. D'autres? Je regarde ce que me propose le Larousse de l'argot & du français populaire qui a le même système de recherche et a de plus pour sa part rangé le terme à revolver et non pistolet:

© Jean-Paul Colin © Larousse

Mouais. Rien de bien sensationnel et beaucoup (trop) de termes d'argot quasi tombés en obsolescence. Et qui en tout cas ne vont pas avec le vocabulaire employé par un adolescent d'aujourd'hui.

Et je continue comme ça en panachant avec flingue, arme. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'il y a beaucoup de armes et de tirs, que ce dernier soit sous sa forme substantivale ou verbale. Du coup, je me mets à les recenser pour avoir une vue d'ensemble exacte. Ce faisant, je me rends compte que la polysémie du verbe tirer est ici trop employée: entre tirer (des coups de feu) et le verbe à la forme pronominale dans le sens de partir. De fil en aiguille, je m'aperçois également qu'il y a beaucoup trop de verbes contenant la racine partir (partir, repartir) et qu'il va aussi falloir panacher les synonymes. Je continue donc mes petites listes. Les numéros en bleu ou au crayon de papier indiquent les pages Word où on les trouve, puis en noir les pages où ils sont supprimés et celles où ils sont ajoutés.
Ça donne ça:

© icke
© icke

Habituellement, ce travail-là est effectué à la fin. À la toute fin, après la relecture finale. Désormais, il me suffira simplement de noter les occurrences sur mes petits bouts de papier et d'ajuster à chaque fois en fonction.

En parlant de bouts de papier: pour cette traduction aussi, je note régulièrement les mots qui à mon sens conviendraient pour la traduction en question. La liste s'enrichit au fur et à mesure du travail et se voit ajoutée de mots que j'utiliserai lors de la relecture, voire que je n'utiliserai pas du tout. Voici la liste pour Ivoire noir:

© icke

Bon, tout ceci étant terminé, je tombe sur un nouveau problème. Dans ce roman où il est question et des enfants soldats et des guerres civiles qui ont ravagé le Liberia, les armes utilisées sont des kalachnikovs (à propos desquelles on a pu lire l'autre jour le problème de genre que le mot posait en français), à savoir des AK-47 puisque, ainsi qu'il est écrit dans le roman:
En voyant des gamins se dégommer avec des pistolets à eau au bord d’un étang, Sam a précisé que la moitié de la population de l’Afrique avait moins de quinze ans. Puis il a ajouté qu’une kalachnikov ne pèse que trois kilos et demi, que des gamins peuvent porter trois kilos et demi pendant des jours et des jours. (…) Quand on est rentrés chez nous, ça m’a poussé à aller regarder dans l’encyclopédie de mes parents de substitution pour voir ce qui figurait au mot kalachnikov: “Sans comparaison, le fusil militaire le plus utilisé aujourd’hui dans le monde.” Voilà ce que j’ai lu au sujet du fusil automatique russe. L’AK-47 fonctionne par un emprunt de gaz et est équipé d’un magasin qui contient normalement trente cartouches. Sam avait raison: un fusil armé pèse moins qu’un cartable lesté de quelques livres, d’une trousse et d’une boîte à casse-croûte.

Or, et voilà le problème, je vois dans ma traduction que j'emploie pour l'AK-47 tantôt mitraillette, tantôt mitrailleuse:


Mince. Pourtant, j'étais certain d'avoir vérifié dans les dictionnaires et sur Internet avant de commencer. Quel est le mot employé par l'auteur en norvégien quand il n'utilise ni kalachnikov ni AK-47? Ce mot est maskingevær. Et quelle définition nous propose ordnett?


Une mitrailleuse. Donc. Dans mon souvenir (mais on voit à quel point ma mémoire ressemble à du fromage à trous de laaa Suiiisse), une mitrailleuse est posée au sol, alors que la mitraillette se porte. Hum.
Commençons par le commencement et alors voir si le Wikipédia norvégien a quelque chose à nous dire sur les maskingevær:


Les militaires sont décidément bien organisés. Si je ne m'étais pas fait réformer P4, au moins je serais plus finaud.
Et que nous disent les militaires norvégiens, donc? Qu'"une mitraljøse [je laisse le mot norvégien exprès - JB] (français = mitrailleuse) est la désignation par la défense norvégienne des maskingevær [idem - JB] lourdes, normalement montées sur un trépied." Aha. C'est toujours ça de (ap)pris: a priori, mitraljøse et mitrailleuse ne sont pas des faux amis. Or, problème, les militaires précisent que, pour beaucoup mitraljøse et maskingevær ont tendance à "être synonymes". Me voilà bien. Toujours est-il qu'on sait désormais que, en norvégien, maskingevær serait une espèce de terme générique, en somme.

Et nous en français, qu'est-ce qu'on dit?
Pour ça, Wikipédia est pratique: en bas de chaque page, il y a la liste des langues qui comportent un article dans leurs langues respectives sur le sujet consulté. Il suffit alors de chercher français, on clique, et zim: on a la réponse. Pour chercher les termes techniques, c'est par-fait. Ce n'est pas infaillible et on doit doubler la recherche d'une ultime confirmation, mais on peut être à peu près sûr d'être sur la bonne piste.
Or, dans l'article français consacré à la mitrailleuse, où sont listées en bas les types de mitrailleuses, on ne retrouve pas l'AK-47. Ah merde.
Bon, pas grave, on va aller voir à AK-47. Et qu'est-ce qu'on lit?


Merdre de merdre! Voilà que c'est un "fusil d'assaut" encore en plus! Mais moi je veux simplement savoir, S.V.P. (11 11), si c'est un fichue mitraillette ou une foutue mitrailleuse! Je demande pas la lune quand même!

Ah… Et si je cherche à mitraillette sur Wikipédia???


C'est de mieux en mieux… Ça n'en finira jamais cette histoire! Voilà qu'on me cause de pistolet alors que l'AK-47 est un fusil d'assaut! Comme chantait Marie Laforêt à un homme dans une chanson ambiguë: "Mais cesse de jouer avec ton pistolet!"
Bon, on ne se décourage pas. On utilise les quelques neurones qui nous restent. Et on tape… Hum… Oui! On tape dans gougueule "enfants soldats" + le nom de l'arme et on voit ce qui sort.
On essaie avec fusils d'assaut:


Hum. C'est pas bézef, 423 résultats. On essaie avec mitrailleuse:


Ah, là y a déjà plus de représentants. Et si on essaie avec mitraillette?


Alors certes, il y en a moitié moins. Mais, dans les articles proposés, on voit nommément l'AK-47 ainsi que les enfants soldats engagés dans les conflits en Afrique où l'on sait qu'ils utilisent des AK-47.
Donc, a + b = ??? Bref. Je suis nul en maths, je sais plus compter, mais, mon point comme on dit norvégien: il faut résoudre l'équation par derrière, si je puis dire, et chercher AK-47 + le nom en question.
On le fait fissa:


12 000 résultats. C'est sordide mais ça m'arrange.
On fait la même recherche avec mitrailleuse. Et là?


Hé hé! Merci gougueule!
Allez, pour la forme. Une ultime vérification avec mitrailleuse + kalachnikov, et Wikipédia nous confirme que:



Il s'agit donc bien d'un autre arme, certes élaborée par Mikhaïl Kalachnikov, l'inventeur du… et on le dit en prenant une profonde inspiration: "fusil d'assaut AK-47 qui est une mitraillette"… voilà, on expire… mais celle-ci, une mitrailleuse, donc, est une PK et non une AK.

Et voilà notre problème résolu. Et on a mis… 3 heures pour faire tout ça. 3 heures. Pff… Bon, si c'est comme ça, moi je vais prendre mon suppo et je vais me coucher.

Mais avant d'aller se coucher, on écoute un petit morceau de ska où il est donc question d'armes. Et on écoute Cool Off Rudies du toujours aussi sensass Derrick Morgan qui dit aux rude boys (les rudies, donc): "Cool off with your wailing, with your shootings."

lundi 19 juillet 2010

Les papillons de nuit

C'est la nuit, c'est l'été. Pour un soir, pour une nuit, JB a repris contraint et forcé ses habitudes de jadis, lorsqu'il travaillait la nuit.
C'est la nuit, c'est l'été. Les papillons aussi impatients qu'imprudents pénètrent à toute allure dans la pièce et foncent vers la lumière. Les papillons foncent et fondent dans la lumière. Les papillons brûlent, grillent, crament.

© icke

Et, fatalement, JB repense à cette chanson composée par Serge Gainsbourg en 1966 pour Michèle Arnaud (qui se souvient aujourd'hui de Michèle Arnaud à part la vieille peau qu'est JB?): Les papillons noirs. Cette chanson a toujours intrigué JB, sans qu'il comprenne tout à fait pourquoi - sans nul doute parce que cette chanson, et notamment la fin, est intrigante, mystérieuse, qui laisse place à toutes les lectures possibles. On l'écoute, dans la version où ils chantent ensemble (puisque la première version voyait Michèle Arnaud chanter seule).



Et ce groupe nominal, les papillons noirs, JB s'en est servi pour la traduction de L'été de Garmann, de Stian Hole. Il l'a copié pour traduire une locution norvégienne a priori compliquée (du moins intraduisible en l'état), enfin de compte pas si difficile, mais rendue ardue du fait de l'illustration. On regarde:

© Stian Hole © Cappelen Forlag © Albin Michel Jeunesse

Ainsi qu'on le voit, le dessin (la technique est celle du collage cher à John Heartfield - normal, Stian a rédigé son travail de fin d'études sur l'illustrateur allemand, communiste et férocement antinazi; un type bien, quoi!) reproduit des papillons. Non seulement sur la page de gauche où la phrase fait un looping ponctué par un papillon, mais également sur celle des droites où des papillons sont visibles sur la radiographie du ventre de Garmann.

Voyons de plus près, en norvégien, ce dont il est question:

© Stian Hole © Capelen Forlag

La locution problématique est: å ha sommerfugler i magen. Littéralement: avoir des papillons dans le ventre. L'équivalent français qui se rapproche le plus, au niveau du sens, de l'original norvégien est: avoir le trac. Avoir des papillons dans le ventre, c'est avoir peur, mais ressentir une angoisse mêlée à de l'excitation.
Le problème ici, était qu'il fallait garder l'idée des papillons - on ne pouvait (décemment!) pas demander à l'auteur-illustrateur de refaire une double planche.
Et donc on a pensé à Serge Gainsbourg et Michèle Arnaud.
Voici le résultat:


© Stian Hole © Albin Michel Jeunesse

(Oui, je sais, la tante Borghild est devenue Iseline en français… C'est une autre histoire qui sera contée peut-être un autre jour.)


Avoir des papillons noirs [dans le ventre], ici, rappelait une autre locution bien connue de la langue française: avoir des idées noires. Les papillons noirs, c'étaient les papillons de nuit, c'était l'inquiétude de la nuit. C'était ce que chantent Serge Gainsbourg et Michèle Arnaud en amorce: "La nuit, tous les chagrins se grisent / De tout son cœur on aimerait / Que disparaissent à jamais / Les papillons noirs." Les papillons noirs de Gainsbourg devenaient les papillons dans le ventre de Garmann. C'était l'angoisse, la peur, les idées noires.

Un autre jour, on reviendra sur le sémantisme des papillons - si riche en français.
Mais en attendant, on se quitte sur l'autre version de ces Papillons noirs, puisque Gainsbourg l'a rechantée en 1978 avec le groupe Bijou (et qui, encore une fois, à part la vieille peau qu'est JB, se souvient de Bijou?).



On chante en chœur (ou pas):
"Aux lueurs de l'aube imprécise / Dans les eaux troubles d'un miroir / Tu te rencontres par hasard / Complètement noir"


[22082010
Et JB apprend par hasard que l'expression est bel et bien attestée!
Le Robert historique de la langue française lui indique:
◊ Les idées sombres se sont appelées papillons noirs (1755, puis 1817).
Et ça, mes petits amis, pour JB, c'est une trouvaille.
Mince alors! Lui qui croyait que cette locution de papillons noirs venait de Gainsbourg - raté. Elle est bel et bien attesté en français! Mince alors! Tout ce que JB ignore sur cette langue française dont il doit pourtant connaître toutes les subtilités… Ça le rendrait déprimerait presque!
Il va vérifier dans le Robert des expressions et des locutions et… re-mince alors! Ça y est aussi!
Papillons noirs “idées noirs, tristesse, mélancolie.” Cette métaphore, plus poétique que celle de cafard, est attestée en 1708.
Ah… De 1755, on est passé à 1708.
Mais pourquoi en 1708? Qu'est-ce qui se passe en 1708?
JB va jeter un œil dans le Littré qui lui dit:


3. Fig. 
      BRUEYS, Avocat Patelin, II, 3: Papillons noirs, visions noires, idées lugubres ; locution tirée de ces paroles de Patelin feignant le délire : Ma femme, chasse, chasse ces papillons noirs, qui volent autour de moi

Est-ce que le Littré sous-entend que c'est ce monsieur, Brueys, qu'on ne connaît ni des lèvres ni des dents qui aurait fixé la locution?
Et Wikipédia nous renseigne:


Et JB retrouve les passages en question (l'expression revient à trois reprises dans la pièce):




En fait, cette pièce, L'Avocat Patelin, a été jouée le 4 juin 1706. Comme de Brueys semble avoir été populaire, on peut penser qu'il a fixé l'expression et qu'elle a été ensuite, à partir de là, diffusée dans le langage. Ce qui sous-entend que, déjà en 1706, la locution a dû faire mouche. Les locuteurs ont dû se retrouver dans cette image, ils ont dû y retrouver quelque chose de connu. Ou alors de Brueys a fixé dans la littérature une expression soit populaire, soit en vogue dans le langage parlé à cette époque.
En tout cas, JB trouve passionnante cette histoire de papillons noirs…
Et cela prouve encore une fois, si jamais on en avait douté, à quel point Gainsbourg avait une connaissance très approfondie de la langue française.]

lundi 28 juin 2010

Incopinable et ina(i)mantable

Et, se mettant à travailler, à traduire [Elle : Non, on a signé les papiers du divorce il y a deux semaines et demie.], surgit dans le cerveau, comme par une mystérieuse association d'idées, la magnifique chanson des Magnetic Fields, All My Little Words, extraite de 69 Love Songs dont on ne se lasse pas de répéter sur ce blog tatoué et fumeur que ces 69 (vraiment! il y a vraiment trois disques!) chansons d'amour doivent figurer dans toute bonne discothèque. De la trilogie, c'est le morceau qu'on a écouté le plus, indique iTunes (à ce jour 91 fois depuis son introduction dans le logiciel le 26/01/06). Voici:



N'empêche, on ne comprend pas trop l'irruption dans la pensée de cette chanson dont la tristesse est étonnamment amplifiée par un banjo pour une fois audible (parce que couplée des notes déchirantes d'un violoncelle? et non, génial lapsus (et c'est moi qui souligne): violencelle comme je viens de l'écrire). Pourquoi? Parce que, comme dans la traduction, il est question de rupture et de divorce? Parce que Stephen Merritt chante en amorce: "You are a splendid butterfly / It is your wings that make you beautiful / And I could make you fly away / But I could never make you stay", et qu'on a nous-même ouvert la journée sur un avion, sur le grondement d'un avion, sur un vol et un envol? Ou bien enfin comme la confirmation d'un aveu d'impuissance? De la même manière que Stephen Merritt a beau dire et répéter et prononcer tous ses petits mots ("It doesn't matter what I'll do / Not for all my little words") qui demeureront à jamais inefficaces, on serait en butte à une impossibilité, à un empêchement - ce qui du reste est faux.
Bref.

Tout aussi éclairante est cette phrase: "You tell me that you're unboyfriendable."
Et particulièrement ce mot: unboyfriendable. Cet adjectif nous a toujours fasciné. Cette construction sémantique qu'on traduirait volontiers par incopinable - comme un écho à la phrase tout aussi géniale de la chanson de Czerkinsky: "Pour être aimé, faut être aimable." Il faut être aimable pour être copinable. Mais incopinable a le désavantage de "désexuer" le terme originel en anglais (mais pas forcément de le désexualiser). Le second inconvénient vient aussi de la proximité sémantique avec le verbe copiner qui élude le champ amoureux, qui exclut la possibilité que deux personnes forment (ou non) un couple, qui cantonne la relation à l'amitié.

La paire amantable et inamantable fonctionnerait également si ce n'était l'euphonie que les néologismes produisent avec lamentable. Mais peut-être que justement, dans cette chanson où il est question d'un garçon qui s'en va (et hop, re-lapsus, je viens d'écrire: qui s'en veut - ouiii), qui se sépare de quelqu'un (un autre garçon?), ce peut être sinon un effet voulu, en tout cas un effet (dans tous les sens du terme). En disant: "Tu me dis que tu es inamantable", on a le sentiment d'entendre la rime "et c'est lamentable/que tu es lamentable".
Quand, pour s'amuser, on va vérifier dans gougueule si par hasard nos néologismes n'auraient pas déjà été inventés par un esprit badin, on constate d'abord que la première paire n'existe pas. Or, pour la seconde, si inamantable n'est pas non plus présent, on trouve toutefois, à notre grand ravissement, une définition pour amantable, sur ce site belge:


Ça alors!
Ça c'est une perle!
On va voir ailleurs, dans tous nos dictionnaires, mais nulle part le mot ne revient. Et même si cette définition ne correspond pas au sens de notre néologisme mais dans le même temps confirme la proximité sonore malheureuse de ce choix lexicographique, cette coïncidence nous laisse tout de même pantois.

Puis on se dit qu'on pourrait aussi jouer sur un mot existant et proposer les adjectifs aimantable/inaimantable. Les occurrences dans gougueule pour le premier terme sont nombreuses puisqu'elles donnent 5740 résultats, alors qu'on est face à un hapax (un mot qui ne revient qu'une fois dans l'usage, un mot employé par un seul écrivain/une seule personne) pour le second. En disant "Tu me dis que tu n'es pas aimantable" (plutôt sous cette forme que sous la seconde, avec son préfixe négatif), on offre une réalité sémantique tout à fait parlante, du moins à nos oreilles. On perçoit un double sens dans le signifant de ce terme (rappel: signifant, chez Ferdinand de Saussure: la réalité concrète que la sonorité du mot provoque dans le cerveau, autrement dit: son image phonique; signifié: le sens réel de ce même mot, le concept concret auquel ce mot renvoie). Et ce double sens décline à la fois le fait que, primo, personne ne peut aimer le locuteur, qu'on ne peut devenir son amant, que ce locuteur ne se laisse pas aimer; et, secundo, que le locuteur ne se laisse pas aimanter, qu'on ne peut "s'accoupler" avec lui, former une union avec lui, devenir "un" avec lui.

Si bien, pour résumé, qu'on aurait les propositions suivantes - et il est assez surprenant de constater leur efficience linguistique (tant dans le signifiant que le signifié) en fonction de l'emploi ou non du suffixe in-:
Tu me dis que tu es incopinable
Tu me dis que tu es inamantable
Tu me dis que tu n'es pas aimantable

Allez, comme un énième écho, un écho celui-là à cette exploration autant qu'introspection sémantique autant que musicale, on se quitte sur cette magnifique chanson de Neil Hannon, If I Were You (I'd Be Through With Me), extraite du très court (7 chansons seulement) A Short Album About Love, de 1997, qui devrait lui aussi figurer dans toute bonne discothèque (et c'est sans doute l'album de Neil Hannon/Divine Comedy dont il n'y a absolument rien à jeter). Une chanson où quelqu'un intime quelqu'un d'autre à le le/la quitter.



Juste une dernière remarque sur cette chanson.
Comme on l'a vu plus haut avec Stephen Merritt, puisque c'est lui qui chante, l'auditeur/trice suppose que c'est lui qui parle, que c'est lui qui s'adresse à quelqu'un. Puisque ce quelqu'un se dit unboyfriendable, on conclut évidemment que ce quelqu'un est un garçon/un homme et que donc Stephen Merritt est amoureux de ce garçon, qu'il s'agit donc, en fin de compte, d'une chanson sur un amour homosexuel, ou plutôt sur l'amour d'un homme pour un autre homme (correction importante puisqu'on n'a pas besoin d'être homosexuel pour être amoureux d'un autre homme - bref).
Dans la chanson de Neil Hannon, c'est pareil. Puisque c'est lui chante, on conclut que c'est lui qui parle, que c'est de lui qu'il s'agit. Que c'est lui qui dit: "Si j'étais toi, je me quitterais." De la même manière qu'on sait la préférence de Stephen Merritt pour les hommes, on sait la préférence de Neil Hannon pour les femmes, donc par mimétisme (sans nul doute stupide), on se dit qu'il déclame cette chanson à une femme.
Bon.
Or, quand on avait redécouvert la chanson en question, en 2007, on avait été stupéfait d'entendre cette phrase: "Don't you ever, in your dreams / Take a lover and make her scream?" Je répète, en soulignant: "Take a lover and make her scream?"
Pardon?!
Her?!?!?!?!
Ça veut dire quoi?
Que la femme en question a trompé l'homme qui chante avec une autre femme?
Et si en fin de compte ce n'est pas du tout l'homme qui chantait, pas du tout Neil Hannon, mais bel et bien une femme qui chantait? Et si Neil Hannon chantait la chanson que lui a chantée la femme avec qui il était? Qu'il s'est réapproprié la chanson, en d'autres termes. Dès lors, ce n'est plus elle qui doit le quitter, mais elle qui l'exhorte à la quitter.
Ultime proposition: La chanson est chantée par un homme, à un autre homme, qui trompe et quitte le premier avec une femme.

Quoi qu'il en soit, quelle que soit la lecture qu'on choisisse, ce sémantisme nous confirme l'importance de ma remarque (= on n'a pas besoin d'être homosexuel pour être amoureux d'un autre homme) et la justesse de la réflexion de la théorie queer qui invite à abandonner le corset de la taxinomie, au vu de la fluctuation de la sexualité (au fil des personnes, des âges, etc.) et du genre.

mercredi 9 juin 2010

Le saint des seins

Je passe la traduction au correcteur d'orthographe, lequel me signale la prétendue erreur suivante:


Eh oui… Dieu est donc partout visiblement. Jusque dans ce foutu correcteur d'orthographe de Word.

vendredi 4 juin 2010

Le suppo et le suppôt

Règle d'or 128 prime du traducteur:
NE PAS TROP S'IDENTIFIER AVEC LE TEXTE.
S'identifier un peu pour avoir suffisamment d'empathie avec le texte et l'apprécier afin, au bout du compte, de trouver les mots justes (on traduit mal ce qu'on aime mal).
Mais éviter la symbiose avec ce même texte sans quoi on finit comme une carpette détrempée sur un sol cradingue que personne n'a jamais pris ni le soin ni le temps de laver.

Exemple: le passage ci-dessous.
Contexte: une jeune femme veille une dame âgée sur son lit de maison médicalisée.
Je me penche sur elle, je caresse ses cheveux blancs et l’embrasse sur le front. Il est froid et moite. Elle va bientôt mourir. J’espère qu’elle mourra avant Borghild. Je serais trop contente comme ça de pouvoir boire une petite bière avec Truls. Tiens, il se passe quelque chose… Elle écarquille les yeux et se met à agiter les bras. Un bruit sort de sa bouche. Un bruit atroce, auquel je ne m’attendais pas. Je lui la prends la main, la tiens, mais elle sert tellement fort que ça me flanque la frousse
Et ensuite?
Et le point?
Pas de point. Pas d'ensuite. Panne.
Besoin de reprendre son souffle.
Allez, c'est comme un suppositoire, c'est désagréable à mettre mais ça fait du bien après.

La traduction comme suppo, le traducteur comme suppôt de Satan.
Pff…


21h46
Et voilà la suite:
. Je tressaille au moment où un sursaut agite sa tête. Oh là là, je viens de pousser un petit cri… Ça y est, elle ne bouge plus du tout. Je soulève le poignet de Solvei, avec prudence et délicatesse, je tâte son pouls, tout mon corps est prêt à tressauter si jamais elle venait à faire le moindre mouvement. Mais il n’y a pas de pouls. Je regarde l’heure. Il est trois heures moins le quart. On va bientôt être convoqués pour le rapport. Mon cœur se calme. Il a battu à toute allure mais maintenant il se calme. Et j’éprouve de la joie. Elle est morte. J’ai gagné le pari. Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Des larmes coulent le long des tempes de Solvei. Bizarre… Comme si elle était triste de mourir, ou triste de quitter ce monde. Et du coup ça me fout le cafard à moi aussi.

Bon, allez, moi je plie les gaules pour aujourd'hui et je vais au nighter.
Tchao la compagnie!

jeudi 3 juin 2010

On se détend

Allez, on se remet au boulot.
On en était où déjà?
Ah oui… Aaah ouiii…



Allez, c'est pas grave, on continue, on inspire, on expire, on se détend.

vendredi 28 mai 2010

Error

Mais p##!!** de b**!!##, c'est pas possible, ça!!!
Qu'est-ce que j'ai fait de mal?!
Après Word, c'est maintenant ordnett.no qui se rebelle alors que, gentiment (cela va de soi), je lui demande de me donner la signification exacte de l'adjectif motløs, et lui me répond:


Du coup, on écoute un autre morceau d'Edith Nylon, pour mieux conjurer le sort:

"Garder mon cerveau branché"

Il y a des jours où on aurait envie de balancer l'ordinateur par la fenêtre. Plus que jamais quand il est 7h15, que le cerveau déploie sa plasticité, que l'inspiration est là, qu'on tape rageusement comme un tipiste patenté et que, soudain, Word se manifeste:


Aaaaaaaaaah!
Il va sans dire que la technique étant ce qu'elle est, on ne peut "récupérer" tout son travail. Avec un peu de bol, on a tapé l'avant-dernière phrase il y a plusieurs minutes, la sauvegarde automatique s'est déclenchée à temps et on a uniquement perdu la dernière phrase. Dans le pire des cas, on a perdu au moins 10 lignes de Word.
Grrrrrrrrrrrr!
Tout ça parce qu'il y a un bug entre Word et le système Leopard de Mac. Dans un texte assez long, sans trop d'alinéas, au bout d'une vingtaine de pages: bug, Word plante. Et non seulement ça. Mais, dans le même contexte, si on a le malheur de taper un accent circonflexe (ou un tréma): bug. Word se rebelle. Les machines se révoltent. Putain de machines. Alors qu'elles devraient être d'une docilité à toute épreuve.

Du coup, on pense à Edith Nylon, que tout le monde a oublié.
Leur album homonyme, de 1979, a disparu des bacs et peut-être aussi des mémoires collectives. De fait, Edith Nylon n'a sans doute jamais été compris: trop électronique pour les punks, trop punk pour les gothiques, je me souviens de la détonation que l'album a causé en moi lorsque, du haut de mes 14 ans, j'ai découvert l'album que mon amie d'enfance avait trouvé dans la discothèque de son frère et m'avait prêté. C'étaient évidemment surtout les paroles qui me fascinaient. Edith Nylon nous plongeait dans un univers avant-gardiste et sombre, à la Métropolis, avec un vocabulaire à l'avenant puisqu'il était question de téflon, chromosomique, hydrostérile, cellophane, silicone, etc. Un lexique à l'époque science-fictionnel (si j'ose me permettre ce néologisme) alors qu'il est définitivement passé dans le langage courant aujourd'hui. La science, c'est dans l'air du temps, est vécue comme un danger pour l'avenir et pour l'humanité, peuplée de docteurs Folamour aussi écervelés les uns que les autres et qui n'ont d'autres ambitions que de créer une humanité dirigée, robotisée, obéissante, dépourvue d'émotions, dirigée par les machines. Un monde dantesque très inspiré par les contre-utopies des années 30 et 40 (Le meilleur des mondes de Aldous Huxley et 1984 de George Orwell, mais aussi Kallocaïne de la Suédoise suicidée († RIP) Karin Boye).
L'autre motif était hautement anarchiste et se rebellait contre toute forme d'autorité, qu'il s'agisse du pouvoir politique (Herr Monde), de l'armée (Tank - on est alors fondamentalement antimilitariste), de la société (Chromosome X,O), du travail (Hydrostérile), de la famille (Ma jolie Famille).
Alors, puisque Word nous cherche des noises, on aimerait avoir un lien direct avec ce programme et pouvoir le diriger complètement au risque de devenir un Être Automatique, comme nous le présente Edith Nylon.
Enjoy!

mercredi 26 mai 2010

Du micro au macro

Et un stade de plus de passé, et ça dure depuis tellement longtemps.
Et il s'est passé tellement de choses, qui ont duré tellement longtemps.

© icke

Je cite:
tellement de choses, pendant tellement longtemps,

© icke

Je cite:
encore, je ferai n'importe quoi,
aurais pu faire tellement de choses, pendant tellement longtemps,

© icke

mardi 25 mai 2010

Sara, Zouc et Marguerite (et Hervé - et M.)

Il y a des coïncidences comme ça. Qui font que ce métier est un bonheur. Qui font que la vie est un bonheur.
Le même jour, M. me soumet un texte écrit sur Hervé Guibert, cependant que je commence à traduire un texte que Sara Stridsberg a écrit sur la folie, texte qu'elle lira dimanche 30 mai à 11 heures à Lyon, dans le cadre des Assises du Roman organisées par la Villa Gillet. Bon.
Dans ce texte, Sara parle du roman de Marguerite Duras, Emily L., dont j'ai cité l'autre jour un passage. Dans ce passage, Duras parle du "cachot mental" et dans ce roman elle présente une femme qui ne s'en est jamais remise de ne plus avoir écrit, et non seulement ça, mais d'avoir égaré ses écrits. Ça fait quoi, de ne pas se remettre de quelque chose? Ça fait quoi, de perdre la tête comme ça? Ça fait quoi, de savoir qu'on ne sera plus jamais soi? Ça fait quoi de devenir fou, ça fait quoi d'être folle?

En réponse, Sara écrit, comme je le présente:
(une femme folle est un véritable scandale)

Sara écrit aussi:
le génie remplace la folie
des oiseaux de mer volent à travers les couloirs d’hôpital
la folie est aussi une révolte, une désobéissance
la désaxée et le roman font ce qu’ils veulent, tous deux courent nus à travers le monde, vaillants et vulnérables comme une proie dans la forêt, tous deux débitent de longs monologues, détruisent, jouent, dérangent, dérobent, compliquent, convainquent
la désaxée sait que tout n’est que vent, par exemple le vent en provenance de mille et une pages, de pages jamais encore écrites, de pages brûlées, mal lues, incarcérées, détruites
elle sait que le roman est une femme solitaire aux dents pourries internée dans un hôpital, une terroriste pacifique, une ville-miroir
le roman ou la désaxée sont suffisamment futés ou abrutis pour oser encore espérer, ce qui les apparente aux clowns, en qui nous déposons notre confiance délicate, notre fragilité, le roman est une histoire qui adoucit le monde
HEY WAIT MISTER
et je pense aussi à la relation entre la folie et la furie, qui est la condition sine qua non pour pouvoir écrire, le feu, l’orgueil, la force
je pense à l’artiste des années soixante Lee Lozano qui quitte la scène artistique de New York qu’elle adorait tant pour devenir une espèce d’existence limite, une artiste de rue, elle écrit: «Je ne suis pas en colère contre quelqu’un ou quelque chose, je suis furieuse»
et toutes ces désaxées solitaires qui ont quitté la scène
© Sara Stridsberg pour le texte original suédois
© Jean-Baptiste Coursaud pour la traduction française


Et puis je repense au fait que Marguerite Duras a interviewé Zouc en 1984.
Et je repense au fait qu'Hervé Guibert a lui aussi interviewé Zouc, mais en 1978.
Zouc a été aussi une désaxée solitaire qui a quitté la scène. Elle est devenue une désaxée solitaire qui a été forcée de quitter la scène, parce qu'elle a contracté une maladie nosocomiale lors d'une opéartion à l'hôpital.
Zouc a été une désaxée solitaire et a été internée dans un asile psychiatrique à l'âge de 16 ans. Parce qu'elle n'était pas comme les autres, parce qu'elle n'acceptait pas cette vie qu'on lui réservait.
Dans l'interview avec Duras, il y a à un moment ce dialogue:
Vous avez été malade, vous avez été soignée deux ans. Est-ce que vous avez des connaissances sur la folie ?
Oui, j’en ai. Je ne crois pas être entrée complètement dans la folie. Vous savez, soit on verse carrément dedans, soit on se maintient au-dehors. Quand on est au-dehors, ça se présente comme une tentation. Moi, j’ai presque passé de l’autre côté, c’est très dur et on ne peut pas du tout le dire en mots. Un ami, un jour, m’a demandé de lui faire comprendre ce que je ressentais, de le faire comme s’il ne comprenait pas le langage. J’ai dit que j’étais un steak haché suspendu à une corde à linge, mouillé, par jour de grand vent. Je suis encore complètement d’accord avec ça, c’est le mieux que j’ai trouvé pour le dire. J’étais sans colonne vertébrale, sans peau, la tête pincée dans la corde à linge, je n’avais pas les pieds à terre, alors je ballottais d’un endroit à l’autre. Quand j’ai commencé à pouvoir bouger, je mettais douze heures pour laver la baignoire, me baigner, me rendre propre, m’habiller, quand j’avais fini ma toilette, la nuit venait. Ce qui m’a tirée de là d’abord, c’est Michel, il est venu tous les jours pendant deux ans, c’est long deux ans, tous les jours. Et puis j’ai l’idée aussi que c’est un petit vieux de la clinique. C’est lui qui m’a fait recommencer à rire pour la première fois. C’était un petit vieux maniaco-dépressif qui était resté immobile, la tête baissée, pendant des mois et des mois. Et puis tout à coup il s’était levé, il était passé à faire des gags tout de suite, à se faufiler partout. Par exemple il lavait des dossiers, il cassait tous les stores. Un jour, vous savez ce qu’il a fait, il a vidé tous les stylos de tout l’étage, impossible d’écrire un mot. Il disait très très peu de choses mais toujours les mêmes. Quand il prenait le thé, il levait sa tasse en l’air et il criait en articulant très fort : “Twinings, the tea of London.” Moi, il m’enchantait complètement. C’est avec lui que j’ai ri de nouveau.


Et dans l'entretien avec Hervé Guibert, qui a été publié en 2006 aux éditions Gallimard, sous le titre Zouc par Zouc, où à l'inverse de Duras (qui très, mais alors très présente pendant l'entretien), Guibert est pour sa part complètement absent (ce qui fait aussi qu'on comprend pourquoi M. insistait sur la générosité du journaliste Guibert), Zouc dit, à propos de l'asile (c'est moi qui souligne):
J'ai joué la fille très heureuse. Je montrais plein d'initiatives, je faisais mon lit. Le jour où on m'a permis de sortir et où je me suis retrouvée de l'autre côté, j'ai eu une trouille aussi forte que le jour où j'étais arrivée. Je regardais complètement ahurie les femmes qui promenaient des pousse-pousse avec des cabas à provisions, et connaissant tout ce qui agitait les gens en asile, je me suis demandé: "Mais ces pauvres gens, ils ne peuvent pas devenir fous s'ils en ont envie? Comment peuvent-ils vivre leur folie?" Mes rapports me paraissaient tellement plus sains, plus nets et plus aigus à l'asile que j'ai dû réapprendre à fonctionner dans les rapports courtois et bien pensants de la société bourgeoise. C'est grâce à mon passage à l'asile que j'ai appris à lire la première lecture que les gens donnent d'eux, et une deuxième lecture qu'il faut trouver soi-même. Je crois aux médecins, bien sûr, mais moi ce sont les malades qui m'ont soignée.


Je crois que beaucoup de gens n'ont pas le souvenir de Zouc, ont oublié Zouc - moi j'ai ce souvenir de mon enfance: cette femme en noir sur une scène blanche, dont le corps serait trop grand pour elle, à moins que ce soit le monde qui soit trop grand pour ce corps. Je crois qu'on a oublié toute cette réflexion sur la folie, qui a eu lieu dans les années 70, qu'ont eue Foucault, Deleuze, Michaux, Duras et tant d'autres. Cette réflexion que Sara veut remettre dans l'œuvre, dans le roman, dans la littérature. Puisqu'elle va plus loin que Duras. Elle se demande elle aussi ce que ça veut dire que la création dans la folie, avec la folie, mais elle s'interroge, notamment à travers le personnage de Valerie Solanas dans son roman La Faculté des rêves, ce que l'institution fait de la folie, des fous, des désaxés comme elle les appelle. Ce que l'asile, pour reprendre le mot de Zouc, fait des désaxés, d'eux et avec eux. Et ce qui est étonnant ce que les propos de Zouc sont à peu de choses près ceux du personnage fictionnel Valerie Solanas tel qu'inventé par Sara Stridsberg.

Allez, on se quitte sur sketch de Zouc, Le téléphone, puisque grâce à toitube on peut voir ses anciennes prestations - on est à l'époque en 1977: