Et JB a encore eu une idée de génie en venant s'échouer à Osnabrück, près de la frontière avec la Batavie orientale, tout ça pour voir une pièce de son dramaturge chouchou: Dirk Laucke. Il en a profité pour passer une journée supplémentaire pour voir également, hier soir, l'adaptation au théâtre de Tout sur ma mère, d'Almodóvar, lui qui gardait un souvenir doublement ému du film dans la mesure où, il s'en souvient très bien, il avait versé une larme sinon cinq dès la première minute en voyant ce plan où la caméra filmait le lent trajet d'un goutte-à-goutte partant d'une perfusion et finissant dans un bras (ce qui, a posteriori, lui rappelle des expériences toutes personnelles). JB se souvenait aussi des répliques toutes plus savoureuses les unes que les autres (et A, à qui JB a forcément pensé, lui dira hier soir dans un SMS: "Je connais les dialogues du film presque par cœur"), notamment celle-ci, lorsque Huma demande au trans Agrado si elle son permis de conduire, et cette dernière de répondre: "Oui, bien sûr, j'étais routier autrefois!"
Mais ce que JB a vu hier soir n'était pas du tout comme le film, et, résultat: la pièce était nulle, la ville d'Osnabrück est moche tout comme le temps est moche (il fait gris, il fait froid, il pleut et il y a du vent), JB s'emmerde à cent sous de l'heure en se demandant ce qu'il fout ici, lui qui serait bien mieux dans son palais socialiste de Berlin-Est, capitale de la RDA, et il pourrait ainsi, ce soir, aller voir avec G et F Banda Bassotti en concert. Argh! Il entendrait alors l'une de ses chansons antifascistes préférées, à savoir Bella Ciao:
Au lieu de quoi il est condamné à se farcir Cliff & Rexonah (sic!!!) qui chantent Das ganz große Glück (im Zug nach Osnabrück); ce qui signifie Le grand bonheur (dans le train pour Osnabrück), de la variète tetutonne à donf, datant de 1997, dont le clip ci-dessous est tourné à… Dresden — mais c'est en tout cas un wagon comme celui-ci dans lequel JB était assis, lui qui voulait donc "trouver le grand bonheur dans le train pour Osnabrück" et ne l'a pas trouvé puisque le passager en face de lui était une femme qui se rendait certes à Osnabrück, mais à une… réunion ecclésiastique!!!
JB se réveille donc ce matin avec dans la bouche le goût amer du bonheur non trouvé et avec dans la tête, rapport à ce même bonheur, la reprise par les Breeders du morceau des Beatles, Happiness is a Warm Gun, lui qui aimerait bien, à la manière de Kim Deal, sortir son pistolet, mettre une décharge de plomb dans cette ville et cette journée et cette ambiance et ce temps tous plus… plombés les uns que les autres et au final entonner: Happiness is a Warm Gun / Bang bang! Shoot shoot!" On regarde et on écoute:
JB n'a par conséquent trouvé son bonheur ni dans le train pour Osnabrück ni au théâtre d'Osnabrück, mais il ne désespère pas d'avoir un peu plus de chance, donc, ce soir, à la pièce de Dirk Laucke, Start- und Landebahn… au théâtre ce soir, donc, certes sans Donald Cardwell ni Roger Hart — mais peut-être est-ce aussi bien comme ça, à voir le navet scénique que proposait ledit Donald Cardwell (et, oui, décidément, les travs et les trans sont mieux chez Almodóvar):
En attendant la pièce de Dirk Laucke ce soir, JB est confiné dans sa chambre d'hôtel et travaillotte. Il traduit toujours l'album de "son" cher Stian Hole, où il est toujours question de capsule spatiale et de trajet dans l'espace. Or, ce matin, JB doit se coltiner des termes techniques tels que "bouclier thermique", "entrée dans l'atmosphère" — une réalité dont JB doit vérifier les termes mais qui ressemble à ça, à savoir une espèce d'image d'Épinal extrait d'un livre de science des années 60 ou 70 pour les petits et grands enfants tels JB:
Et JB peut finalement traduire correctement les propos de Johanne, la petite copine de Garmann, lorsqu'elle lui dit:
«Dépêche-toi, Garmann! Notre capsule spatiale a atteint une température colossale! L’amerrissage dans l’océan Atlantique va avoir lieu d’un instant à l’autre! »
Et cette histoire d'entrée dans l'atmosphère dévie forcément les pensées de JB vers une autre histoire d'atmosphère, celle-ci avec Arletty et sa réplique désormais passé à la postérité. JB va chercher l'extrait en question et tombe sur ce dialogue savoureux: — Oh, t'as pas toujours été aussi fatalitaire… — Fataliste. — Si tu veux, le résultat est le même!
Un dialogue sur le "fatalitaire" qui lui convient parfaitement en cette journée de non-bonheur à Osnabrück, et ce d'autant plus qu'il est aussi question, ensuite, de bonheur et d'être "heureux": — On n'est pas heureux tous les deux? — Nan! — T'en es sûr? — Oui! — T'aimes pas notre vie? — Tu l'aimes, toi, notre vie? — Faut bien, je m'y suis habituée…
Et JB cherche une musique qui puisse rythmer la traduction du Secret de Garmann. Il va fouiller son disque dur externe et tombe sur la copie d'un disque que lui a donné son cher ami A. Raumpatrouille, d'un dénommé Peter Thomas. JB est vilain car ça fait des lustres que A lui a conseillé d'écouter ça, ce que JB n'a jamais fait. Or, ce matin, il s'y résoud.
Und der JB sucht sich eine Musik, die zu der Übersetzung von Garmanns Geheimnis passen könnte. Er gräbt sich in seine externe Festplatte und stosst auf die Kopie einer CD, die sein lieber Freund A ihm gegeben hat. Raumpatrouille, heisst es, von einem sogenannten Peter Thomas. Der JB ist ein böser Bube (Der JB = der Jemeiner Bube), denn es ist ja eine Eeewigkeit, seitdem A ihm diese Musik empfohlen hat, und er hat sie noch nie gehört. Aber jetzt hört er sie.
Und er ist begeistert. Es swingt und wippt, es ist psychedelisch und lebenslustig (und wenn der JB das schreibt, muss er natürlich an diese Zeile von Hannelore, das in 1928 von Claire Waldoff gesungene Lied, denken: "Sie boxt, sie foxt, sie golft, sie steppt / Und unter uns gesagt, sie neppt!..."). Es ist die perfekte Musik nicht nur um zu arbeiten, aber auch für diese Arbeit, für dieses Buch, wo es u.a. von dem Weltraum und einer Raumkapsel die Rede ist.
Et JB est ravi. Ça vibre et ça swinge, ça boume et ça balance, c'est tonique et psychédélique. C'est la musique parfaite non seulement pour travailler mais aussi pour ce travail, pour ce livre où il est notamment question de l'espace et de capsule spatiale.
Puis commence le sixième morceau, intitulé Bolero on the Moon Rocks, et brusquement les oreilles de JB se tendent. On écoute:
Wenn das 6. Stück anfängt, mit Name Bolero on the Moon Rocks, werden plötzlich die Ohren des JBs ganz steif (um jegliche Missverständnisse zu vermeiden, möchte der JB betonen, dass er gerade die Ohren geschrieben hat). Lass uns das Lied anhören:
Aber hallo! schreit beinahe der JB in seinem sozialistischen Palast. Diesen Musiksatz mit der Trompete hat ja Pulp in ihrem Lied This Is Hardcore doch benutzt!!! Der JB rennt zu seiner Diskothek um es in der in 1997 herausgegebenen und den gleichen Namen tragenden CD von Pulp zu überprüfen, und findet den untenstehenden Notiz:
Ben! crie presque JB dans son palais socialiste. Cette phrase musicale à la trompette a été utilisée par Pulp dans leur chanson This Is Hardcore!!! JB court à sa discothèque pour vérifier sur le disque homonyme de Pulp sorti en 1997, dans lequel il trouve la mention suivante:
Track 5 [This Is Hardcore] embodies a sample of Bolero on the Moon Rocks, written by Peter Thomas, recorded by The Peter Thomas Sound Orchestra under licence from Bungalow Records and published by Ring Musik GmbH
JB avait raison. Et il est ravi de constater que son oreille musicale ne l'a pas trompé. Il se demande: mais comment cet accord a-t-il atterri chez Pulp? Puisque, entre-temps, il a vérifié, cette musique a été composée dans les années 1960, +/- en 1966. C'est simple: cette bande originale a été rééditée en 1996, Pulp a dû tomber dessus et a samplé la phrase musicale en l'intégrant dans This Is Hardcore. Qu'on écoute et qu'on regarde (dans cette magnifique vidéo) ci-dessous:
Der JB hatte recht. Und es macht ihm froh festzustellen, dass sein musikalisches Ohr ihn nicht betrügt (geneppt! um wieder Claire Waldoffs Wort zu benutzen!!!) hat. Dennoch fragt er sich: wie ist dieses Akkord bei Pulp gelandet? Seitdem, inzwischen hat er nämlich nachgecheckt, diese Tonspur in den 60er-Jahren, d.h. ca. in 1966, komponiert wurde? Das ist ganz einfach: die Musik wurde in 1996 wieder herausgegeben, Pulp muss die CD gefunden und gehört haben, hat den Musiksatz gesampelt und in This Is Hardcore integriert. Ein Lied, das wir jetzt hören und sehen (in diesem wunderbaren Video):
Der JB mochte immer dieses Lied, dass er musikalisch und textuell sehr sehr schön fand und findet; es gibt eine Sehnsucht und gleichzeitig eine Befriedigung — irgendwie dieses massloses und gleichzeitig desperates Glück, das man vor Liebe und/oder nach dem Sex in sich spürt. Und überhaupt mochte er immer diese Zeile: "Oh this is Hardcore / this is me on top of you & I can't believe that it took me this long." Und noch kurz nachher: "This is the eye of the storm. / It's what men in stained raincoats pay for / but in here it is pure."
JB a toujours beaucoup beaucoup aimé ce morceau, au niveau tant des textes que de la musique: il y a une nostalgie couplée d'un assouvissement — un peu comme par amour pour quelqu'un ou après l'amour avec quelqu'un, lorsqu'on ressent en soi ce bonheur infini et simultanément désemparé, lorsqu'on éprouve une certaine détresse face à tant de satisfaction. Et ce sont tout particulièrement ces phrases que JB a toujours aimé: "Oh this is Hardcore / this is me on top of you & I can't believe that it took me this long." Puis, juste après, celles-ci: "This is the eye of the storm. / It's what men in stained raincoats pay for / but in here it is pure."
Il n'empêche. Ici, en Allemagne, Raumpatrouille est hyperconnu. C'est une série télévisée diffusée à partir de 1966, intitulée en français Commando spatial - La Fantastique Aventure du vaisseau Orion et retransmis en France, nous indique Wikipédia, "du 13 mars au 8 mai 1967 sur la première chaîne de l'ORTF". Et depuis, plus rien. Quel dommage…
Der JB hört schon seine kleinen lieben deutschen Freunde sagen: "Wie?! Du kennst Raumpatrouille nich?!?" Nein, der JB kennt diese Fernsehserie nicht, nein. Der JB ist auch erstmal Ausländer. "Isch dumm Ausländer, isch nisch alles weissen", antwortet auch der JB. Aber zu recht, denn das ranzösische Fernsehen hat die Serie nur in 1967 gezeigt, und da war der JB noch nicht einmal geboren, und seitdem konnte man Raumpatrouille in der ranzigen Glotze nicht sehen. Also deshalb.
Und deshalb begeht sich der JB auf die Suche nach Szenen von der Serie, und findet folgenden Tanz, wo es richtig schön gefoxt und gesteppt wird:
Une raison suffisante pour que JB se mette en quête de passages extraits de la série - et il déniche la danse suivante, qu'il trouve tout à fait à son goût:
Et, comme on ne s'en lasse pas, on regarde un deuxième extrait de cette danse décidément séduisante:
Und, weil man davon nicht müde wird und auch nie müde sein kann, gucken wir uns ein zweites Mal diesen verführerischen Tanz an:
Oh ja, toll! Der JB sieht sich schon in Nightern so tanzen. Eins ist sicher: er würde DIE Sensation des Abends sein. Übrigens wird er nicht später als nächsten Freitag es beim Tommyhaus-Nighter probieren. Alle werden supermegahyperneidisch auf ihn sein. G & F & N werden auch begeistert darauf sein, die guten Freunde von dem JB zu sein, und nicht nur das, aber begeistert darauf, ihn so auf der Tanzfläche zu sehen. Der JB ist davon üüüberzeugt. Also wir sehen uns am Freitag dort, ja?
JB se voit déjà, dans les nighter, à danser comme ça. C'est sûr, il ferait absolument sensation! D'ailleurs, il va essayer pas plus tard que vendredi prochain, au nighter du Tommyhaus. génial! Tout le monde va l'envier et être jaloux de ses pas de danse. G, F et N seront ravis d'être les amis de JB à le voir évoluer ainsi sur la piste de danse… JB en met déjà sa main à couper!
Et JB, réveillé de très bon matin, se met immédiatement au boulot et traduit la phrase suivante: Garmann plane cette nuit-là avec Johanne.
Inévitablement, JB pense alors à la chanson Ça plane pour moi. Non pas dans sa version originale de 1978 interprétée par l'horrible Roger Jouret (le nom civil de Plastic B.), mais bien dans celle, noisy et déjantée, de Sonic Youth, et qui date de 1992. On écoute:
Et ce qu'il y a de tordant dans cette reprise, c'est que Thurston Moore chante en yaourt. Une expression, chanter en yaourt, que JB adore mais que la plupart des dictionnaires ignorent. Ça veut dire quoi?
Le toujours impeccable Pierre Merle (celui qui propose les définitions les plus parfaites et les plus drôles et les moins stigmatisantes) nous répond dans son Nouveau dictionnaire de la langue verte:
YAOURT n.m. Se disait, dans le langage show-biz des années 1960, des chanteurs yéyé français qui baragouinaient dans leurs chansons des paroles qui voulaient ressembler à de l'anglo-américain, mais qui n'en étaient nullement. Se dit toujours, dans ce sens, en début de XXIe siècle. "Tu veux que je te le chante en yaourt?" (Voltage FM, 16 octobre 2006).
Thurston Moore s'approprie la technique du chant en yaourt, mais en l'adaptant à la langue anglaise. Son baragouinage reprend ici et là des mots français, ou bien leur substitue des termes anglais phonétiquement proches, ou encore prononce parfois quelques phrases cohérentes en anglais, mais surtout, au final, offre une bouillie linguistique sans que ni tête qu'on pourrait presque qualifier de dadaïste. En somme du n'importe quoi hilarant.
Et c'est là-dessus que JB souhaite une bonne journée à tous ses petits amis.
Et JB, qui traduit toujours Le Secret de Garmann de Stian Hole, en arrive au passage suivant:
Garmann dit: «Tu sais que la NASA a envoyé dans l’espace un télescope géant? Ils l’ont baptisé Kepler et il cherche une sœur jumelle de la Terre. C’est l’Homme aux Timbres qui me l’a raconté.» Alors Johanne demande: «Et tu crois qu’il existe une planète qui ressemble exactement à la nôtre?» «J’espère pas…» répond Garmann en sautant de la branche.
JB n'a pas trop suivi les activités récentes de la NASA, sinon dans la littérature à travers notamment Darlah de Johan Harstad, qu'il devrait traduire dans quelques mois. Aussi va-t-il vérifier quelques informations sur ce télescope et sur la NASA et sur les exoplanètes — puisqu'on ne traduit bien que ce que l'on a bien compris.
Il ne tarde pas trouver à une reproduction de Kepler, qui en impose un peu dans son genre, trouve JB:
Ici, vêtu de sa capote dorée, tel un avatar mécanique de Wonder Woman qui à travers cette protection aurait réconcilié la cape et le lasso en un instrument unique, Kepler ressemblerait presque un objet phallique, trouve JB.
JB visualise désormais un peu mieux. Puis, dans toitube, il tombe sur une vidéo de NASAtelevision consacrée à l'exploration spatiale de Kepler. Et une dénommée Padi, qui bosse à la NASA, semble avoir entendu les questions que se posent Garmann et Johanne. On regarde:
Purée! 300 exoplanètes connues? Mazette!
Et Padi de se demander, avec son regard éloquent, censé nous faire saliver et en même temps provoquer chez nous tant un accès d'adrénaline qu'une accélération du rythme cardiaque:
Tadaaah…
Mais Padi nous fait immédiatement déchanter — elle est pas mignonne dans son genre, hein:
Pff… C'était bien la peine.
N'empêche, JB ne voudrait pas dire, mais lui il sait qu'il existe des exoplanètes habitées et habitables. Et notamment une, où vit un peuple dénommé les Darians. Et qui dirige les Darians? Aha…
Elle:
Vous ne la reconnaissez pas?
Mais c'est Joan Collins!!!
Puisque Joan Collins, dans les années 70, a cachetonné à mort, et notamment dans la série préférée de JB quand il était bambin: Cosmos 1999.
En fait, la base Alpha a reçu un message de détresse. Il faut illicu prestu qu'ils aillent sur une planète en danger. Le commandant Koenig et Helena, qui sont bons comme le bon pain, ne se font pas prier. Très vite, ils rencontrent Kara, la cheftaine de la planète qui explique au commandant Koenig: "Our order is to know about you…"
Avec son regard lascif, on se dit que la Joan a sacrément envie de connaître Martin Landau un peu plus que mieux.
Mais non, ce n'est pas du tout ça. Elle continue son explication: "That signal was automatically triggered 900 years ago."
Quoi?! Y a 900 ans… Purée et re-mazette! Comme quoi ça conserve, l'espace, hein…
Mais bon, en fait, déjà en 1975, quand Kara/Joan rencontre John/Martin, elle est déjà une vilaine et une méchante et une garce. Puisque, sur l'exoplanète en question, elle maintient des gens à l'état d'esclavage. Oooh!
Elle se défend: "We gave them a god to believe…"
Ouais ben… JB voudrait pas dire mais sans E à ladite divinité, ils n'iront pas loin…
Bref.
Sur l'image ci-dessus, si on prend une minute pour la comparer aux précédentes, on voit que Joan Collins n'a pas beaucoup d'expressions en réserve et qu'elle réagit quasi toujours de la même manière.
Du moins c'est ce qu'on croit! Aha!
Car, à présent, elle parle de ce peuple répugnant et dit: "Weak, sick… the mutants were…"
Elle ne termine même pas sa phrase tellement elle est dégoûtée.
Le commandant Koenig lui explique que son attitude n'est pas très louable: on n'asservit pas des gens. Ça se fait pas dans la vie moderne.
Mais Kara/Joan aboie et siffle en même temps: "Don't you see there were only 14 of us? We had to survive!"
Ben oui… C'étaient les mutants ou eux… Et qu'est-ce qu'ils ont fait des mutants? Ils s'en sont servis comme source de… protéines. Mais siii!
Et c'est tellement grave que le commandant Koenig est obligé d'intervenir et de faire la paix entre les peuples. Aaah… ce commandant Koenig, alors… Il ne se refera jamais, lui. Il faut tout le temps qu'il joue les petits diplomates!
Du coup, Kara/Joan est passablement inquiète pour son avenir. Elle demande: "What future do we have now?"
Et le commandant Koenig de lui répondre que les deux peuples vont être obligés de cohabiter. Mais quand on voit le chef des mutants, avec son crâne d'œuf et sa barbe en pau de zouzou, on comprend un peu mieux le dégoût de Kara/Joan et le regard oblique qu'elle lance au bonhomme:
Voilà. Voilà la vérité, comme disait Thomas Bernhard. Voilà la vérité sur les exoplanètes habitées et habitables par l'homme. Voilà la vérité sur une exoplanète dirigé par Joan Collins depuis plus de 900 ans.
Nous voici toutes et tous rassurés, on peut donc passer aux choses sérieuses et sauter quelques années.
On retrouve Joan non plus dans le rôle de Kara mais dans celui d'Alexis où elle s'adonne à un crêpage de chignons avec Krystle. Un moment d'anthologie qui commence à +/- 1'45"":
Et JB a fini par trouver, lui qui, comme on sait, est têtu comme une mule.
Résumé des épisodes précédents. JB traduit Stian Hole, tombe sur une phrase qu'il traduit dans un premier temps comme suit: "Tout a l'air différent vu d'en haut!" (en VO norvégienne: "Alt ser annerledes ut her oppe fra!"), pense qu'il s'agit d'une phrase prononcée par un astronaute ou un cosmonaute, cherche en tapant en anglais "everything looks different" + apollo, mais ne trouve rien.
Plus tard, il continue de chercher et tape cette fois "everything looks dfferent" + astronaut. Et là, bingo! Sur un site allemand consacré aux films autour de La Planète des Singes, il trouve:
JB étend sa recherche et tape dans gougueule "seen from up here, everything looks different", et, re-bingo, re-La Planète des Singes — JB tombe même cette fois sur le scénario original:
JB continue de vérifier ses résultats et va à présent chercher dans toitube, tape planet of the apes + heston et, re-re-bingo, il trouve le passage en question, avec l'horrible et homophobe et belliqueux Charlon Heston († RIP, autrement dit: rest pas in peace). On le voit ici, ça commence vers 1'12'':
On regarde le passage en question pour s'assurer que JB ne raconte ni des bourdes ni des craques:
Bon, JB est content, il a bien avancé, son intuition était juste. Reste maintenant pour lui à trouver la traduction française. Il retourne dans gougueule et tape maintenant scénario + "planète des singes", il ne trouve rien de très concluant — ou plutôt si, mais il y reviendra tout à l'heure.
JB sollicite les quelques cellules grises qui lui restent et décide de taper dans gougueule "vu d'ici" + "tout a l'air différent". Rien. Crutte de zut. Hum.
Et si JB tapait "vu d'ici" + "tout semble différent"??? Et là, re-re-re-bingo! Il tombe sur un dossier pédagogique réalisé par une professeur de l'Académie de Poitiers autour du film:
Mieux encore, il tombe ensuite directement sur les sous-titres français du film de Shaffner avec Charlcon Hescon, øøø, avec Charltonne Hestonne, donc sur la traduction de La Planète des Singes:
Donc la traduction que va employer JB sera: "Vu d'ici, tout semble différent."
Dernière étape du travail, JB envoie un mail à Stian pour vérifier auprès de lui s'il s'agit bel et bien d'une citation de La Planète des Singes ou pas. Voici:
JB attend désormais que Stian se réveille, ouvre son ordinimini, lise la demande de JB et lui réponde.
En attendant, mes petits amis, nous allons pouvoir regarder différentes versions de La Planète des Singes. À savoir: les versions de série B et Z. Puisque c'est ça qu'a découvert JB tout à l'heure.
Il a d'abord appris qu'il existait une version porno, intitulée The Play-Mate of the Apes:
Pour que ses petits amis puissent suivre, JB copie le synopsis de ce film d'anthologie, qui date de 2002 et est une parodie érotique de la reprise en 2001 par Tim Burton de La Planète des Singes:
Dans les images accessibles et montrables sur ce blog tatoué et fumeur, JB tombe évidemment sur la scène tout aussi évidemment d'anthologie où a lieu le baiser humano-simiesque:
Mais JB trouve encore mieux que ça.
Oui, JB trouve une version américano-japonaise hypercheap, mettant en scène une scientifique et ses deux enfants qui, après une expérience ratée, se retrouvent sur la fameuse planète des singes. On regarde, en se délectant des images aux couleurs sursaturées et à l'action complètement nigaude. Le film s'appelle Le Temps des singes, (Saru No Gundan en japonais: 猿の軍団) et date de 1987. On regarde et on ricane:
Et à présent, JB peut souhaiter une belle et bonne journée à tous ses petits amis.
Et JB, qui ne s'est plus levé aux horreurs mais à un horaire ni fait ni à faire, traduit depuis plusieurs heures déjà le beau texte de Stian Hole qui illustre le troisième tome des aventures de Garmann, opus intitulé Le secret de Garmann.
Garmann tombe amoureux mais, avant, il découvre en compagnie de sa bien-aimée les débris d'une capsule spatiale. Et elle de dire, écrit Stian, "en imitant une voix de cosmonaute": "Tout a l'air tellement différent vu d'en haut."
JB se dit que cette réplique a dû être prononcée en vrai par un cosmonaute soviétique ou un astronaute américain. Il se met à rechercher en tapant d'abord "everything looks different" + apollo. Et il tombe sur le journal de bord d'Apollo 10, qui consigne le dialogue suivant:
Et, oui, tout est décidément différent. En ce mois de mai 1969 tandis qu'est lancée la mission Apollo 10 et que JB naîtra quelque six mois plus tard. En ce mois de septembre 1969, lorsque les Beatles sortent le morceau Here Comes The Sun que Dawn Penn reprendra en 1995. En cette journée de novembre 2010 qui est encore pour l'heure une nuit sans sommeil et sans soleil.
Mais avant de gloser sur la trouvaille lexicographique de M., et pour les ceusses et les celles qui ne connaîtraient pas Louise Bourgeois, on regarde une petite vidéo tournée lors de la Rétrospective Louise Bourgeois au Centre Georges Pompidou à Paris, en 2008:
Alors? Rapapilloter, donc.
Rien dans le Robert. Rien dans le Littré.
Genre: rien dans le pantalon - une réflexion qui ferait sûrement ricaner Louise Bourgeois († RIP).
Quoi qu'il en soit: rien dans les dictionnaires version papier.
Aha.
On va sur gougueule et on est surpris de trouver… 2380 résultats.
Tiens donc.
Et en plus, on constate que le mot est recensé dans le TLF . Mais aux synonymes:
Rapapilloter/rabibocher. Les deux verbes sont proches d'un point de vue non seulement phonétique, mais aussi sémantique (en phonétique P et B sont une seule et même consonne, la première étant sourde, la seconde étant sonore - tout comme les sons [g] et [k] et les sons [s] et [z]). Voilà pour la pemière conclusion empirique.
Mais est-ce bien le sens qu'emploie Louise Bourgeois? Elle utilise d'abord le verbe couper, puis le verbe castrer (ou est-ce M.?) et enfin ce fameux rapapilloter qui, dans mes oreilles, résonne davantage comme un synonyme de réparer, raccommoder, mais dans le sens propre à la couture.
Bon.
On répare à la chasse au(x) sens et on clique, dans le TLF, pour passer de la synonymie à la lexicographie. Or voilà sur quoi on tombe à rapapilloter dans sa définition lexicographique:
Ah ben mince alors.
Bon, c'est pas grave. On a sûrement mal cherché.
On réfléchit. On regarde à droite (pour une fois…). Le Robert en 6 volumes?
Et là on trouve!
RAPAPILLOTER v. tr. — 1840; variante régionale de repapilloter.
Régionalisme. Remettre bien ensemble, arranger, raccommoder. -> Repapilloter, rabibocher.Rapapilloter les choses, les affaires de personnes brouillées. Rapapilloter deux personnes. -> Réconcilier. — Pronominal Se rapapilloter.
Donc, c'est bien le sens de réconcilier ou raccommoder, mais ce dernier uniquement dans le sens équivalent au verbe qui le précède.
On décide d'aller voir ce qu'il en est de repapilloter:
REPAPILLOTER v. tr. — 1842; de re- et papilloter, de papillote.
◊ 1 Rare. Enrouler de nouveau dans des papillotes. ◊ 2 (1842, d'après raccommoder). Figuré, familier (Vieux). Arranger (une affaire); remettre bien ensemble (des personnes). -> Raccommoder.— Pronominal "Maintenant (…) repapillotons-nous". (Jules Vallès, le Proscrit).
Troisième constat empirique:
• le régionalisme est antérieur (oh, deux ans… c'est une demi-seconde en analyse diachronique) au terme apparemment officiel;
• lequel est familier alors que le premier ne le serait pas;
• un régionalisme, d'accord, mais qui vient d'où?
On repose le 5e volume du Robert, le regard se déporte encore un peu plus sur la droite… Hum… Et si on regardait dans le Larousse de l'argot et du français populaire? Puisque le terme est "familier".
Et là encore, on trouve. Ça alors.
rapapioter ou rapapilloterv.t.
Réconcilier: "Il se montra assez fin diplomate pour, tout en bavardant “rapapilloter” Mme Mafflut avec Flittermeaux." (Robert-Dumas, 1944)
ÉTYM. formation expressive et hypocoristique, avec le suffixe -oter. rapapioter 1881, rapapilloter 1894.
DÉRIVÉSrapapiotagen.m. Réconciliation et rapapioteur, eusen. Personne qui en réconcilie d'autres: 1881.
Punaise, ça devient hyper technique, notre histoire.
C'est ça, parfois, les problèmes avec les dictionnaires: On cherche la définition d'un mot compliqué ou inconnu, on trouve; or, dans la définition, se trouve un mot encore plus compliqué et, au final, une recherche qui devait durer deux minutes en pend le triple voire le quadruple.
Donc on cherche maintenant hypocoristique:
Ah d'accord. Donc un mot gentil. Rapapilloter a une valeur positive en soi. On le note.
Mais on dit quoi? Rapapilloter ou rapapioter? Il semble que l'argot français ait préféré rapapioter. Dans le Dictionnaire de l'argot classique (de 1827 à 1907), Charles Boutler ne recense que le second, dans le même sens que celui relevé par Jen-Paul Colin dans le Larousse:
Et enfin, dans le Dictionnaire d'argot moderne de Paul Rigaud, la Bible de l'argot puisqu'il s'agit du pemier dictionnaire d'argot, publié en 1888, c'est également le rapapioter que l'auteur recense:
Voilà au moins une énigme de résolue:
On dit en argot rapapioter et non rapapilloter.
Or c'est bien ce second verbe qu'emploie Louise Bourgeois. Et, à ce niveau, les questions demeurent toujours entières
1) d'où vient le mot?
2) quel est le sens employé par Louise Bourgeois?
D'abord, on trouve un emploi régional sur le site du parler lyonnais (lequel est, nous explique-t-on, "une variante régionale du français qui a fortement été influencé par l’arpitan (ou francoprovençal) dont la langue lyonnaise est un dialecte, et qui était autrefois parlée dans la ville de Lyon"), on nous dit que le verbe signifie: "se remettre, retrouver la santé". Et le terme semble relativement en usage dans cette région puisque toutes les occurrences provenant de sites personnels (donc autres que dictionnaires ou sites de conjugaison) voient leurs auteurs habiter la région lyonnaise.
Et là, JB est aux anges, car, grâce à M. (merci M.) il vient de tomber sur un dictionnaire hypra méga super hyper bien foutu. Ça s'appelle Websters. On lui donne un mot à manger et, hop, il nous le recrache dans toutes les langues possibles et imaginables. JB a fait plusieurs essais avec des mots complètement différents, et il est très positivement surpris par l'exactitude des résultats. Il a essayé avec ce mot anglais hyperdifficile à traduire, shabby, que les Norvégiens ont repris tel quel sans le norvégianiser (c'est dire!), mais qu'on retrouve dans l'allemand schäbig. Donc encore une fois, merci M.!!!
Et que nous dit Websters sur rapapilloter?
Websters fournit d'abord le sens pronominal. Donc en patois lyonnais, se repapilloter, c'est se remettre. Et JB adore ce sens de guérir, se rétablir, forcément. En revanche, le sens communément admis de arranger les affaires se dit rapapilloter. Puis JB constate que ce sémantisme de la guérison se retrouve dans un vaste périmètre lyonnais, mais également avec le verbe repapilloter.
C'est le cas dans le Jura :
Bon, encore une énigme de résolue.
Quoique. Ce sens particulier s'explique-t-il aussi par l'existence, à Lyon, d'un gâteau appelé papillote?
Si on reprend notre pêche à l'origine du mot, le Wiktionnaire nous indique qu'il viendrait du Canada.
Tiens donc!
Parfait, franchissons l'Atlantique si c'est comme ça.
Et on trouve ça, dans les définitions du "parler populaire des Canadiens français":
Donc toujours le même sens, mais cette fois on nous dit que ce serait un mot originaire du nord-ouest de la France. Nous voici donc revenus sur le vieux continent.
Et, effectivement, sur le site du patois normand, on trouve la définition suivante: "RAPAPILLOTER: rajuster des papillottes; raccommoder ses affaires."
Tiens… Revoilà nos papillotes… Va falloir qu'on aille les vérifier celles-là.
Une ultime recherche nous transporte cette fois en Picardie, où on nous explique:
Alors là ça devient carrémet abscons! Raccommoder ses papillotes???
Mais ça veut dire quoi???
Il est temps d'aller vérifier l'étymologie de papillote.
Et là, JB apprend d'emblée une chose qui le laisse pantois, rapport à la traduction. Papillotte vient de papillon. Et le Robert historique de la langue française indique: ◊ Les idées sombres se sont appelées papillons noirs (1755, puis 1817).
Et ça, mes petits amis, pour JB, c'est une trouvaille.
Car il a glosé sur ce problème de traduction auquel il a été confronté. Lui qui croyait que cette locution de papillons noirs venait de Gainsbourg - raté. Elle est bel et bien attesté en français! Mince alors! Tout ce que JB ignore sur cette langue française dont il doit pourtant connaître toutes les subtilités… Ça le rendrait déprimerait presque! On peut lire la petite histoire ici, qu'il vient à l'instant d'augmenter de ses recherches.
Mais la papillote, donc:
Par changement de suffixe, papillon a donné PAPILLOTE n.f. (1408) qui désigne d'abord les paillettes d'or ou d'argent, par analogie avec les ailes chatoyantes des papillons, puis divers papirs remplissant des fonctions spéciales: ainsi, il désigne le morceau de papier dans lequel on envleoppe les cheveux avant de les friser (1617), se dit d'un papier d'emballage rutilant servant à envelopper les bonbons (1803) et du papir sulfurisé utilisé pour cuire certains aliments dans leur jus (1735). Il entre dans la locution familière servir à faire des papillotes (1771) “être bon à jeter, ne rien valoir”, dans laquelle la papillote représente un usage dérisoire du papier. ◊ Son dérivé PAPILLOTÉ, ÉE adj. est une réfection (1420) du type antérieur papeloté (1400) “garni de paillettes”. ◊ Il a donné PAPILLOTER vers 1600, d'abord employé transitivement avec les valeurs de “couvrir de paillettes” et “mettre des papillotes sur la tête de qqun” (1680), “cuire un aliment en papillote. ◊ Il est plus courant dans l'emploi intransitif pour “battre rapidement, avoir un mouvement oscillant nerveux et involontaire” (1762, en parlant des yeux). L'usage littéraire l'utilise pour “avoir un éclat scintillant, des reflets mouvants” (1839), au propre et au figuré (en parlant du style d'un écrivain).
Et là, JB se tape une deuxième déprime.
Car s'il emploie souvent, pour bien la connaître, l'expression papilloter des yeux, qui lui semble être une traduction impeccable des difficiles "et flakkende blikk" (littéralement < un regard papillotant, donc qui ne se fixe nulle part, comme pour éviter de regarder quelqu'un dans les yeux car on est gêné) ou "flakke med øynene" (donc littéralement < papilloter des yeux), qui sont des locutions norvégiennes tout à fait courantes - en revanche, donc, JB ignorait totalement l'usage de papilloter pour désigner les mouvements de la lumière.
Car ce mot, c'est l'exacte traduction du suédois flimre qui lui avait posé quelques problèmes dans la traduction du livre de Sara Stridsberg, La Faculté des rêves, et qu'il avait traduit par poudroyer.
Merdre de merdre et remerdre.
Merdre car Sara adore Louise Bourgeois. Sara a même cité Louise Bourgeois, comme on l'a montré ici.
La première occurrence dans La Faculté des Rêves était celle-ci:
Mais si JB avait choisi justement poudroie, c'est parce qu'il pouvait alors faire une assonance avec noir et une allitération en P avec s'éclipsent et puis, ainsi qu'une seconde en D avec macadam et dans. Bon, pas de regrets.
Un autre exemple:
Et là non plus, finalement, pas de regrets. Car poudroie peut se lire dans un sens à la fois positif et négatif (comme un reflet parfait de l'écriture de Sara qui adore lier dans une phrase la beauté et la laideur, où une image belle est aussi annulée dans la seconde partie de la phrase par une image laide, et inversement) - alors que papilloter, eu égard à sa valeur hypocoristique, n'aurait pas du tout fonctionné, aurait suscité l'effet inverse: le lecteur se serait arrêté sur le mot, lequel aurait choqué dans ce contexte qui doit restituer la laideur.
Donc, ouf, pas de regrets et pas de déprime (ce qui arrange JB drôlement!)
Bon, et Louise Bourgeois et son action de rapapilloter?!?
Outre que:
1) JB n'a toujours pas compris la phrase infinitive raccommoder ses papillotes (étant donné qu'on ne trouve nulle part quel genre de papillotes peuvent être raccommodées - les dictionnaires du XIXe siècle ne nous donne comme emploi de papillote que le sens de papiers que l'on se met dans les cheveux), mais JB pense que l'idée est celle présente dans l'explication normande, à savoir: rajuster ses papillotes;
2) JB comprend certes le passage, au niveau des usages, tant du substantif papillotte que du verbe papilloter aux verbes re/rapapilloter, eu égard aux différents sens (argotiques ou régionaux) que les verbes peuvent avoir, à savoir: remettre ses papillotes < réparer < réconcilier - il a toutefois du mal à comprendre comment exactement ce passage s'effectue; il doit y avoir quelque chose dans l'histoire de la papillote qui l'échappe, lui qui n'y connaît pas grand-chose à la mode.
Malgré cela, JB pense tout de même que:
1) Louise Bourgeois emploie effectivement dans sa phrase le sens de réconcilier;
2) Mais JB veux croire (s'illusionner?) qu'elle fait implicitement référence à une activité de couture.
La mère de Louise Bourgeois était couturière et l'artiste a énormément utilisé la couture dans son œuvre. De plus, et JB n'a hélas pas la référence exacte (et il s'en excuse - mais M. la retrouvera pour lui/nous), Louise Bourgeois a dit:
J'ai toujours éprouvé une fascination pour l'aiguille et son pouvoir magique. Laquelle sert à réparer les dommages. Elle est une demande de pardon.
Il y a dans cette phrase, aux yeux de JB, tout le sémantisme de rapapilloter, tel que louise Bourgeois l'emploie dans sa phrase liminaire, celle qui nous a valu ce long développement lexicographique et linguistique:
1) raccommoder dans le sens de réparer par un travail d'aiguille, mais aussi;
2) et pour paraphraser Louise Bourgeois: "réparer des dommages", donc le sens fixé par la langue française: réconcilier deux personnes autrefois fâchées; ou, pour paraphraser l'artiste une seconde fois effectuer "une demande de pardon".
Car JB pense enfin que
1) il y a dans l'analogie entre rapapilloter (et pour le coup pas du tout repapilloter) et raccommoder une morphologie et un sémantisme qui évoquent les autres verbes propres à la couture et qui s'opère peut-être par contamination: rapetasser, rapiécer, mais aussi ravauder et, donc, raccommoder.
2) il y a peut-être, pour Louise Bourgeois, dans le verbe rapapilloter, si on le passe au filtre de Ferdinand de Saussure, un signifié (= le sens direct, le concept) qui est celui du rabibochage, mais un signifiant (= son image phonique, acoustique) qui est celui, propre à la couture, du raccommodage. C'est-à-dire que le glissement sémantique qui s'est opéré avec les années dans le signifié du verbe rapapilloter (où il devient un synonyme de raccommoder, qui lui-même a fini par signifier réparer/réconcilier par un même processus de glisement analogique), s'est également produit dans l'inconscient de l'artiste au niveau du signifiant du verbe rapapilloter (dans le sens où ce signifiant est l'équivalent en linguistique de l'inconscient en psychanalyse) et, au final, Louise Bourgeois entend et voit dans le verbe également l'image du raccommodage propre à la couture.
JB se trompe sans doute (et il veut bien se tromper d'autant qu'il n'est pas un spécialiste de l'art, et encore moins l'art de Louise Bourgeois). Néanmoins, en tant que linguiste, après ces recherches sur le verbe, son étymologie et ses usages, et eu égard aux quelques choses qu'il sait de l'artiste, il pense que son emploi de rapapilloter est celui qu'il vient à l'instant de décrire.
Et vous, mes petits amis, vous en pensez quoi?
C'est la nuit, c'est l'été. Pour un soir, pour une nuit, JB a repris contraint et forcé ses habitudes de jadis, lorsqu'il travaillait la nuit.
C'est la nuit, c'est l'été. Les papillons aussi impatients qu'imprudents pénètrent à toute allure dans la pièce et foncent vers la lumière. Les papillons foncent et fondent dans la lumière. Les papillons brûlent, grillent, crament.
Et, fatalement, JB repense à cette chanson composée par Serge Gainsbourg en 1966 pour Michèle Arnaud (qui se souvient aujourd'hui de Michèle Arnaud à part la vieille peau qu'est JB?): Les papillons noirs. Cette chanson a toujours intrigué JB, sans qu'il comprenne tout à fait pourquoi - sans nul doute parce que cette chanson, et notamment la fin, est intrigante, mystérieuse, qui laisse place à toutes les lectures possibles. On l'écoute, dans la version où ils chantent ensemble (puisque la première version voyait Michèle Arnaud chanter seule).
Et ce groupe nominal, les papillons noirs, JB s'en est servi pour la traduction de L'été de Garmann, de Stian Hole. Il l'a copié pour traduire une locution norvégienne a priori compliquée (du moins intraduisible en l'état), enfin de compte pas si difficile, mais rendue ardue du fait de l'illustration. On regarde:
Ainsi qu'on le voit, le dessin (la technique est celle du collage cher à John Heartfield - normal, Stian a rédigé son travail de fin d'études sur l'illustrateur allemand, communiste et férocement antinazi; un type bien, quoi!) reproduit des papillons. Non seulement sur la page de gauche où la phrase fait un looping ponctué par un papillon, mais également sur celle des droites où des papillons sont visibles sur la radiographie du ventre de Garmann.
Voyons de plus près, en norvégien, ce dont il est question:
La locution problématique est: å ha sommerfugler i magen. Littéralement: avoir des papillons dans le ventre. L'équivalent français qui se rapproche le plus, au niveau du sens, de l'original norvégien est: avoir le trac. Avoir des papillons dans le ventre, c'est avoir peur, mais ressentir une angoisse mêlée à de l'excitation.
Le problème ici, était qu'il fallait garder l'idée des papillons - on ne pouvait (décemment!) pas demander à l'auteur-illustrateur de refaire une double planche.
Et donc on a pensé à Serge Gainsbourg et Michèle Arnaud.
Voici le résultat:
(Oui, je sais, la tante Borghild est devenue Iseline en français… C'est une autre histoire qui sera contée peut-être un autre jour.)
Avoir des papillons noirs [dans le ventre], ici, rappelait une autre locution bien connue de la langue française: avoir des idées noires. Les papillons noirs, c'étaient les papillons de nuit, c'était l'inquiétude de la nuit. C'était ce que chantent Serge Gainsbourg et Michèle Arnaud en amorce: "La nuit, tous les chagrins se grisent / De tout son cœur on aimerait / Que disparaissent à jamais / Les papillons noirs." Les papillons noirs de Gainsbourg devenaient les papillons dans le ventre de Garmann. C'était l'angoisse, la peur, les idées noires.
Un autre jour, on reviendra sur le sémantisme des papillons - si riche en français.
Mais en attendant, on se quitte sur l'autre version de ces Papillons noirs, puisque Gainsbourg l'a rechantée en 1978 avec le groupe Bijou (et qui, encore une fois, à part la vieille peau qu'est JB, se souvient de Bijou?).
On chante en chœur (ou pas): "Aux lueurs de l'aube imprécise / Dans les eaux troubles d'un miroir / Tu te rencontres par hasard / Complètement noir"
[22082010
Et JB apprend par hasard que l'expression est bel et bien attestée!
Le Robert historique de la langue française lui indique:
◊ Les idées sombres se sont appelées papillons noirs (1755, puis 1817).
Et ça, mes petits amis, pour JB, c'est une trouvaille.
Mince alors! Lui qui croyait que cette locution de papillons noirs venait de Gainsbourg - raté. Elle est bel et bien attesté en français! Mince alors! Tout ce que JB ignore sur cette langue française dont il doit pourtant connaître toutes les subtilités… Ça le rendrait déprimerait presque!
Il va vérifier dans le Robert des expressions et des locutions et… re-mince alors! Ça y est aussi!
Papillons noirs “idées noirs, tristesse, mélancolie.” Cette métaphore, plus poétique que celle de cafard, est attestée en 1708.
Ah… De 1755, on est passé à 1708.
Mais pourquoi en 1708? Qu'est-ce qui se passe en 1708?
JB va jeter un œil dans le Littréqui lui dit:
3.Fig. BRUEYS,Avocat Patelin, II, 3: Papillons noirs, visions noires, idées lugubres ; locution tirée de ces paroles de Patelin feignant le délire : Ma femme, chasse, chasse ces papillons noirs, qui volent autour de moi
Est-ce que le Littré sous-entend que c'est ce monsieur, Brueys, qu'on ne connaît ni des lèvres ni des dents qui aurait fixé la locution?
Et Wikipédia nous renseigne:
Et JB retrouve les passages en question (l'expression revient à trois reprises dans la pièce):
En fait, cette pièce, L'Avocat Patelin, a été jouée le 4 juin 1706. Comme de Brueys semble avoir été populaire, on peut penser qu'il a fixé l'expression et qu'elle a été ensuite, à partir de là, diffusée dans le langage. Ce qui sous-entend que, déjà en 1706, la locution a dû faire mouche. Les locuteurs ont dû se retrouver dans cette image, ils ont dû y retrouver quelque chose de connu. Ou alors de Brueys a fixé dans la littérature une expression soit populaire, soit en vogue dans le langage parlé à cette époque.
En tout cas, JB trouve passionnante cette histoire de papillons noirs…
Et cela prouve encore une fois, si jamais on en avait douté, à quel point Gainsbourg avait une connaissance très approfondie de la langue française.]