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samedi 6 novembre 2010

In heaven…

Et JB traduit ce passage du livre pour enfants d'Erlend Loe, Kurtville - et il est frappé de constater que ces phrases, prises isolément, comme parfois chez Erlend, sont d'une tristesse à pleurer alors que c'est tout le contraire qui (est censé) ressort(ir) à la première lecture , et c'était déjà le cas dans Muléum. La conversation s'ouvre sur une question de Bud, qui a 3 ou 4 ou 5 ans (mais qui peut avoir des réflexions philosophiques tout comme il peut être le dernier des imbéciles), et Kurt, son père (qui a souvent 3 ans d'âge mental et ne s'illustre pas par ses réflexions philosophiques, ce qui fait régulièrement de lui le premier des imbéciles):

— Mais qu’est-ce qui se passe, en fait, quand on meurt?
— Personne ne le sait.
— Et d’après toi?
— C’est que j’en sais rien, moi. Mais si tu veux mon avis, je crois qu’il ne se passe strictement rien. Je crois même que, quand on est mort, on est mort. Et je crois aussi que le fait d’être mort, ça revient à être rien. Et il est là le hic, si tu vois ce que je veux dire. Parce qu’alors on n’est nulle part.
— Nulle part? répète Bud avant d’observer un long silence, puis d'ajouter: La tatie au jardin d’enfants, elle a dit qu’on allait au ciel quand on est mort. Et puis elle a dit que c’était un endroit génial. Que, une fois qu’on est là-bas, on n’a plus de problèmes. Et en plus, on mange bien.
— Ta tatie du jardin d’enfants, elle vous a dit ça pour vous consoler.


Et JB pense inévitablement au premier film de David Lynch, Eraserhead, quand la femme dans le radiateur chante cette rengaine: "In heaven everything is fine" - avec son air poupin presque suspect, sa voix éraillée quasi inquiétante avec ses bajoues qui feraient pour ainsi dire d'elle une créature pré-Matthew Barney:



Et on est cette fois frappé de constater la scène de théâtre comme topos lynchien. On repense à Isabella Rossellini interprétant Blue Velvet dans le film homonyme, ou bien à Rebekah Del Rio chantant Llorando dans Mulholland Drive; et on se dit qu'à chaque fois ces chansons sont non seulement le point de départ d'un ressort dramatique pour l'histoire, mais sont aussi instigatrices d'un phénomène cérébral, qu'il s'agisse d'un rêve (Mulholland Drive), d'un fantasme (Eraserhead) ou d'une projection (Blue Velvet). Et que, partant, la scène de théâtre devient elle-même le lieu de tous les fantasmes, dans tous les sens de l'expression. Mieux: elle les déclecnhe pour l'action, pour les personnages, mais aussi pour les spectateurs.

Puis JB repense à la version qu'en avaient proposé les Pixies en 1988, en concert, et on voit un Frank Black encore post-ado:



Puis, allant chercher cette version sur toitube, JB en trouve une autre, interprétée quant à elle en 2004, lors de la reformation du groupe pour une série de concerts, et c'est cette fois Kim Deal qui est au chant:



Puis JB découvre qu'il y a tout un tas de versions du morceau.
Approfondissant sa recherche, il apprend que les groupes ou interprètes suivants l'ont reprises:


Ça alors! s'exclame JB
Norma Loy (ou: Nörma Löy - tout dépend) l'a chanté en 1986, avant les Pixies. Ça alors! C'est un certain ours en peluche qui dans sa grotte va se réjouir!!!
JB se met en quête de leur version mais ne trouve rien. Sinon, sur leur site, la copie du disque et la mention spéciale à Eraserhead:


Après quoi, JB lit, toujours aussi éberlué, que le groupe Pankow a également interprété le morceau. Pankow? Le groupe de rock de RDA?!? s'étonne JB dans son for intérieur. Non. JB ignorait qu'un autre groupe était intitulé Pankow, formé un an après les Est-Allemands, chantaient également en allemand, également de la musique style EBM comme Norma Loy, mais que c'était eux les interprètes de In Heaven. JB cherche sur toitube, et la première réponse que crache gougueule vidéos est:


Pff! Les Bee Gees! Ôskour!!!
Bon. Pas de Pankow, pas de In Heaven.

Viennent ensuite Tuxedomoon, dont voici la version:



Puis Bauhaus en 1992 — et JB se dit cette fois que, décidément, la femme dans le radiateur a inspiré les groupes de cold wave:



Enfin, juste pour rendre hommage aux filles de Miranda Sex Garden, on va aussi les écouter - même si leur version post-Cocteau Twins n'est pas si convaincante.



Et, du ciel, on peut lentement revenir à la terre et à la réalité…

samedi 30 octobre 2010

Le sang de l'abbé JB

Lisant son journal, JB voit dans le titre d'un article consacré à Barack Obama la construction "Aloha-Geist", donc "l'esprit Aloha". Forcément, il repense à la chanson des Breeders qu'il écoutait au début des années 90: No Aloha. Du coup il se lève, va vers son iTunes, la trouve sans peine. Il l'écoute. On va l'écouter tous ensemble, ici dans sa version en concert, à… Dublin, en 2008 - alors que la chanteuse Kim Deal a elle aussi pris quelques années depuis 1993, à la sortie du disque, Last Splash, dont est tiré le morceau:



Et JB adore ce moment de pur bonheur que doit vivre Kim Deal lorsqu'elle marque une pause après ces longs accords de guitare et basse aux sonorités surf et sixties, mi-hawaïen mi-Beach Boys; cependant que les fans dans le public se mettent à hurler, attendant ce moment d'explosion, lorsque la batterie va se déchaîner et que la chanson va tonner. On regarde de nouveau son sourire radieux:


Et JB mettrait sa main à couper que Kim Deal porte un pull Fred Perry… Hum… Kim Deal une skingirl? Ça alors… Kim Deal une renée?!!!

Toujours est-il que JB écoute les paroles. Et ces paroles l'interpellent. Il ne comprend pas d'abord pourquoi. Il les réécoute. Puis il comprend. Elles ont tout à voir (du moins aux oreilles et au souvenir de JB) avec le film qu'il a vu hier soir avec G, Wir sind die Nacht (= Nous sommes la nuit), une histoire très séduisante où 4 vampires dont deux résolument lesbiennes font la fête dans un Berlin tantôt ultrachic, tantôt ultradéfoncé (et ce, dans tous les sens du terme).
Tout est dans ce couplet:
O the treats
Saw it on the wall
Motherhood means mental freeze
(Freezeheads)
No aloha
I know, I saw
And now may die

The treats, c'est que la vampire Nora ramasse le fric dans le club où elle ses copines lesbiennes et tout aussi vampires font la nouba:


Saw it on the wall, c'est lorsque Louise, la vampire devenue telle au XVIIIe siècle et interprétée par la sublissime et renversantissime Nina Hoss (on y revient) gratte le mur avec ses ongles, de fureur et de jalousie:



Et enfin, I know I saw / And now may die fait évidemment référence à la lumière, cette lumière qui tue les vampires.
On les voit ici profiter des dernières obscurités de la nuit avant qu'elles ne se réfugient dans leur chambre où ne filtre aucune lumière sans quoi elles se consumeraient (et déjà leur corps dégage des vapeurs):


Ou ici lorsque Lena vient d'être mordue sans pour autant être encore vampire - mais la transformation a déjà lieu et elle se brûle aux rayons du soleil:



Quoi qu'il en soit. Tant JB que G ont été enchantés par cette interprétation du désormais portrait mythique de la vampire lesbienne; ici résolument émancipée, fière d'elle-même et de son destin et "haïsseuse de mecs", comme le disait Sara Stridsberg dans La Faculté des Rêves. Deux images, ci-dessous, elles aussi tirées des deux différentes BO, celle-ci et celle-là:



De la même manière, JB et G ont été passablement déçus par la fin du film qui rétablit une certaine domination masculine et en tout cas fait la part belle à l'amour… hétérosexuel. Bon.
Mais ils ont notamment adoré cette scène lorsque Charlotte, la vampire devenue telle dans les années 20, tire sur son éternel fume-cigarette et se fait rappeler à l'ordre par un client. Et voilà ce qu'elle fait:



Mais les vampires sont immortels et même une blessure se guérit d'elle-même immédiatement:




JB avait toutes les raisons du monde d'aller voir, précisément ce vendredi, Wir sind die Nacht. D'abord à cause de l'actrice Nina Hoss dont il est absolument et définitivement fan et dont le jeu dans ce film est à tomber. JB pense notamment à une des scènes finales où elle demande à une autre vampire de lui dire qu'elle l'aime - celle-ci le lui dit, mais sur un ton évidemment pas convaincu du tout. Et Nina Hoss, entre franc sourire et larmes déchirées, de répliquer: "C'est le plus beau mensonge qu'on m'ait jamais dit." Voyant cela, JB se damnerait pour avoir la permission de prendre le thé ou le champagne avec Nina Hoss, qu'on peut admirer ici:


JB avait donc toutes les raisons du monde entier d'aller ce film précisément hier vendredi, lui qui, une semaine plus tôt, inaugurait la foire du boudin noir à Berlin, ingurgitait des litres et des litres de sang et devenait lui aussi "un petit vampire". Après une semaine sans sang (hö), il est évident que JB était en manque. Aussi, en voyant les drink bien incarnats que s'envoyaient les vampires dans le film, il était très jaloux:


Mais G a tenu a rassurer JB: "Songe que si tu étais vraiment vampire: primo tu te retrouverais avec des cheveux longs, secundo tes tatouages s'évaporeraient."
Ah oui, crutte de zut!
On voit ainsi le changement capillaire de Lena, qui était bien mieux avec ses cheveux courts qu'avec ses cheveux longs.



Et, de la même manière que JB n'a aucun désir de se retrouver avec une toison hippie, il ne souhaite pas voir ses tatouages chéris se dissoudre dans le bain de jouvence obligatoire:




Allez, on se quitte par les filles avec lesquelles on avait commencé, les sœurs Deal et les Breeders. Et notamment avec leur morceau de 1990, Hellbound, puisque Kim chante: "It lives, dispite the knives internal / It lives marry me."
Et JB est abasourdi. Il va chercher le morceau sur toitube, le trouve et est content, ignorait qu'une vidéo avait été réalisée, la regarde, et qu'est-ce qu'il voit? que se passe-t-il au fur et à mesure des images? qu'arrive-t-il à Kim Deal tandis qu'elle chante avec ce sourire satisfait?


Exactement. Elle se prend du sang sur la figure.
Le sang. Les vampires. Kim Deal. Nina Hoss. JB. Wir sind die Nacht. Hellbound. Et de même qu'il y avait la jouvence de l'Abbé Souris Soury, il y a désormais le sang de l'abbé JB Jay-Be. No bye, no aloha.

jeudi 29 juillet 2010

Énucléer

Et JB, à la fraîche, a l'estomac bien en place, qui doit traduire la phrase suivante:
Un couteau est planté dans ses tripes, il a les yeux énucléés, les oreilles tranchées.

Ouiii…
Bonjour.
Nous sommes jeudi matin et tout va bien.
Bref.

JB a toujours été intrigué par ce mot: énucléer. Il a toujours aimé sa sonorité, peut-être à cause de la triple assonance en [e]: énucléer.
Le mot est facilement identifiable, qui vient du latin nucleus, qui signifie noyau, et que l'on retrouve notamment dans l'adjectif nucléaire - l'usine comme la famille. La famille est-elle une usine, d'ailleurs? Hum… Là n'est pas la question et c'est une autre histoire.
JB va tout de même vérifier le sens du verbe dans le TLF:



Tiens, c'est étrange… On utilise également le verbe dans un contexte de cuisine. Et justement en parlant des pommes de terre… C'est frappant, du moins pour JB, car dimanche il avait de la visite et il a cuisiné: des pommes de terre. Il avait de la visite allemande et parlait donc en allemand. Il épluchait ses pommes de terre et continuait de parler en allemand (oui, JB a une vie trépidante). Et, enlevant les taches des pommes de terre, sa visite lui disait, si JB traduit littéralement: "Tu leur enlèves les yeux…" JB ne comprenait pas tout à fait sur le moment mais a appris un mot: ces tâches sur les pommes de terre, on les appelle les yeux en allemand. À la connaissance de JB, la langue française n'utilisait pas le terme en question pour désigner les yeux en question sur les pommes de terre en question. JB précisait même: "En revanche, on parle des yeux dans la soupe." C'est maintenant l'occasion de vérifier son assertion:


Quoique de nature nigaude, JB avait raison sur ce coup. Et il trouve ça étrange: d'une part qu'on ne parle pas des yeux pour désigner les taches des pommes de terre, mais qu'on dise malgré tout énucléer les pommes de terre pour retirer précisément ces fameux yeux que la langue allemande connaît très bien.
[29/07/2010, 10h20. L'ami É de JB vient d'apporter un sévère démenti à ses allégations et vient prouver la nigauderie congénitale de JB. La langue française, à l'instar de sa cousine allemande, connaît tout à fait les yeux des pommes de terre, la preuve patente dans le lien qu'il a ajouté à son commentaire. La teu-hon éternelle sur JB!]
JB va vérifier dans le Littré et, à sa grande surprise, ce dictionnaire ne connaît pas le verbe énucléer mais uniquement le substantif:


Voilà le sens alimentaire qui revient et l'étymologie confirmée.
Et puis voilà le second sens que JB ne connaissait pas et qui a trait à la solution d'un problème. Aha… Au bout de quarante années de pratique de sa langue maternelle, JB n'a jamais croisé cet usage. Il va vérifier dans le Robert historique de la langue française qui lui indique:
Le sens figuré (1870) de "résoudre" (énucléer un problème) est très rare.
Certes très rare dans le langage, mais le sens est ancien. Re-aha. De fait, le verbe est introduit tardivement dans la langue française, en 1835. Mais ce verbe est dérivé du substantif, énucléation, d'où sa présence dans le Littré aux dépens du verbe. Et que nous dit le Robert sur le substantif?
ÉNUCLÉATION n.f., très antérieur au verbe, est un dérivé savant (v. 1453) du radical du participe passé du latin enucleare, ou un emprunt au latin médiéval enucleatio "explication" (1300). ◊ Le mot est en effet d'abord employé au figuré: "action d'expliquer, de rendre clair", sens aujourd'hui disparu. Au début du XVIIe s., il est utilisé en botanique (1611) et par la suite en chirurgie (1824), domaine où il suscite le verbe énucléer. En français moderne, le nom correspond à un dérivé morphologique du verbe.

Alors ça c'est pas ordinaire. Car en général, c'est l'inverse qui se produit: le terme est d'abord exclusivement scientifique puis passe dans le langage courant. Pensons à phagocyter par exemple. Et c'est d'autant plus étonnant qu'on comprend mal pourquoi ce sens de clarifier, résoudre devrait disparaître: l'humanité a de tout temps été confrontée aux problèmes, a toujours dû les résoudre. Je veux dire: le champ lexical et la réalité que le terme dépeint sont inépuisables, toujours d'actualité.
JB va malgré tout vérifier dans le Gaffiot:


Des suffrages énucléés? Dans le fond c'est presque une blague quand on pense aux élections truquées et aux suffrages tronqués. Comme si une boucle linguistique se bouclait…

Mais on revient aux yeux énucléés.
Car forcément, on pense à Buñuel, au Chien Andalou et à cette scène toujours insoutenable, même 83 années plus tard (le film date de 1927). De même que le trucage force l'admiration, même 83 années plus tard.
ATTENTION: on ne regarde que si, comme JB le disait au départ, on a l'estomac bien en place.


Et ça nous rappelle la nouvelle de Johan Harstad, Vietnam, tirée du recueil Ambulance - qui était notre deuxième nouvelle préférée du recueil. Dans le genre, c'est assez difficile à lire et à traduire. L'histoire est celle d'une réfugiée vietnamienne en Norvège qui ne se remet toujours pas des atrocités de la guerre et continue de s'automutiler.
La nouvelle commence par ce passage:
Pensez que vous devez vous blesser, que vous n’avez pas le choix.
Pensez que vous posez le coupe-chou ou la lame de rasoir contre la gencive douce et rose, et que vous vous la rasez avec des gestes violents. Ça fait mal de penser ça? Pensez que vous passez le bord d’une feuille de papier à toute vitesse sur le coin de l’œil. Ça fait mal, hein? Rien que d’y penser. Imaginez que vous mordez à pleines dents dans un trombone déformé, que vous vous frottez les dents avec, que vous retirez l’émail jusqu’à ce que le métal frotte contre les nerfs. Ça fait mal. Essayez de penser à ce mot:
Vietnam.
Ça fait toujours mal?
Non?
Ça devrait. Ça devrait vous faire mal, très mal. C’est peut-être ça le problème.
© traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa éditions, 2005

Et ce passage aussi boucle une boucle, cette fois non seulement linguistique mais aussi littéraire ou du moins artistique. Une boucle qui ne serait être totalement revenue à son point de départ si on ne mentionnait la chanson des Pixies, Debaser, extraite de l'album Doolittle sorti en 1989. Car que disent notamment les paroles? Ça (et c'est JB qui souligne):
got me a movie
i want you to know
slicing up eyeballs
i want you to know
girlie so groovy
i want you to know
don't know about you
but i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
i am un chien andalusia
wanna grow

Un chien andalusia… Sic! Les Pixies ont eu beau chanter en espagnol, c'était plutôt toujours un espagnol de cuisine… !!!
Toujours est-il qu'on voit (si JB ose dire) la référence au film de Buñuel.
Un dernier mot, avant de se quitter et de regarder la vidéo, sur ce mot: debaser. Qui signifie: dépravateur. "Quand je serai grand, je serai un dépravateur", chante Black Francis. Et le dictionnaire de blogger de me souligner le substantif, comme pour me dire: ça n'existe pas en français. Ah?
Du coup on va forcément vérifier sur le TLF et là c'est le pot aux roses:


On pourrait souligner chaque remarque tant ces informations sont une seule et même succession de perles!
#1 L'exemple pour l'emploi de l'adjectif qui fait allusion au roman du Marquis de Sade.
#2 L'exemple pour l'emploi du substantif qui se rapporte forcément à une femme (puisqu'on a de cesse de parler sur ce blog tatoué et fumeur du machsime linguistique).
#3 L'Académie qui ne reconnaît pas l'usage alors que les termes ont à voir avec la sexualité et la moralité.
#4 L'étymologie qui renvoie l'usage aux fautes d'orthographe (et le Robert historique de la langue française de le confirmer):
DÉPRAVATEUR, TRICE, adj. et n. (1551) Au XVIe s., les deux mots ont été spécialement employés à propos de l'écriture (Chez Calvin) et de l'orthographe; ils n'ont plus qu'une valeur morale.).
Tout ceci est (pour boucler la boucle cette fois alimentaire des yeux énucléés) köstlich! comme on dit en allemand: Succulent! Merveilleux!

Allez, cette fois c'est fini, et on se quitte vraiment avec les Pixies.

mercredi 21 juillet 2010

Question cache-poussière

Et voici JB confronté à une énième question cache-poussière - un syntagme maison inventé par M. et JB puisque JB, un beau jour de 2002, devant traduire le terme manteau cache-poussière (et il ignorait qu'un tel vêtement existât), interrogea M. sur la nature et l'identité d'un tel frac; et M., qui en connaissait et en connaît toujours plus qu'un rayon niveau étoffes, de rester pantois face à l'ignorance crasse de JB.

Voici donc JB en butte à une question cache-poussière, lui qui doit traduire du suédois cette phrase de Sara Stridsberg (et c'est JB qui souligne):
(…) och han lät sin handflata vila lätt på min manchesterklädda bak (…)
Autrement dit, et on met un XXX à la place du mot à trouver:
(…) et il laissait sa paume indolemment posée sur mes fesses revêtues de XXX (…)

L'adjectif manchesterklädda est composé de deux mots: secundo du participe passé adjectivé klädda qui signifie revêtu, et primo du terme manchester. Si on reconnaît sans peine la ville anglaise, il ne s'agit pourtant pas du nom propre équivalent mais bien d'un nom commun renvoyant à un tissu. Mais lequel?

Si M. est le pro du tissu, JB est le pro non pas du pot mais du mot (hö) et notamment de sa recherche. Que fait-il donc? Il file fissa sur Wikipédia dans sa version suédoise, trouve le mot en question, regarde à gauche dans la liste des langues recensant le terme - puisque, pour les termes techniques, Wikipédia est quasi imparable pour trouver une traduction juste. Las, la langue française semble ignorer le tissu manchester. Constatant que l'incontournable langue anglaise est référencée, il clique dessus et découvre non sans stupeur que la traduction dans l'idiome shakespearien n'est autre que corduroy - ce qui fait une belle jambe à JB.
Nonobstant, les sens de JB sont en alerte puisqu'il n'en est pas à sa première traduction du norvégien des termes cordbukser ou cordfløyel dont il sait qu'ils signifient respectivement pantalon en velours et velours côtelé. Se pourrait-il qu'il en fût de même? Se pourrait-il que manchester, corduroy et cordfløyel fussent de la même farine?

Ni une ni deux (ni trois d'ailleurs), JB fonce vers le site américain answers.com, introduit corduroy dans le cadre de recherche, parcourt brièvement la définition, mais piaffe à l'idée de découvrir les traductions dudit terme, puisque le site en question propose généreusement cette option. Et là, que s'inscrit sous ses yeux ravis?


C'est gagné (mais ce n'est pas la varicelle - oui, souvenez-nous de cette réclame dans les années 70 pour le jeu de société Allô docteur? où un mioche s'exclamait: "C'est gagné! C'est la varicelle!". C'est gagné, donc: manchester et corduroy et cordfløyel et velours côtelé ne sont qu'une seule et même entité. La question qui taraudait JB a trouvé solution. Et JB d'être doublement aux anges puisqu'il adore le velours. Jour et nuit, en camping ou au bal, JB porte des habits en velours. Récemment il a fait l'acquisition d'une veste New Man en velours pour la modique somme de 1 euro. Les voici tous deux réunis:


Pour le cliché et la mise ci-dessus, JB s'est fait aider (puisque, pour re-citer M.: on n'est jamais trop aidé) de son coach ès-velours - et on admire le nœud en guise de finale touche.
De même, JB s'est dégoté pas plus tard qu'il y a une minute ce pantalon en velours moutarde, certes pas côtelé, mais velours et moutarde malgré tout, pour lequel il vient également de débourser la super modique somme d'un euro symbolique. On regarde, d'autant que JB a hâte de recevoir l'article en question pour pavaner avec dans les nighter avec ses rudeboys de potes:



Mais JB jase, il jase, il jase…
Car, pour en revenir à l'objet de ce post, JB n'est pas satisfait pour autant. Sa curiosité titillée, il se demande à présent ce qui peut unir la ville de Manchester avec le corduroy (la corde du roi?) et le velours, qu'il soit côtelé ou pas.
Du coup, il reprend ses recherches. Et là, il tombe sur un site britannique consacré aux vêtements pour petits garçons (boy's clothing en anglais dans le texte) et JB se dit que c'est un site fait pour lui, lui qui est un grand enfant.
Il lit l'explication suivante:
Corduroy is a distinctively recognizable ribbed fabric. Corduroy is often reported to be a French fabric, literally "fabric of the king". This appears to be an erroneous report. Corduroy instead appears to be a late-18th century English invention and initially worn by people of humble circumstances. Cotton corduroy was widely used by workers in the 19th century and became a popular children's fabric by the early 20th century because of its warmth and durability. American boys commonly wore cord knickers to school in the fall and winter. British and French boys more commonly cord shorts. Some schools adopted school uniforms. The German Wandervogel often wore cord shorts as French Scouts did later. Corduroy was eclipsed by denim after World War II, but is still popular for children's clothing.
Corduroy is a fabric in which a ribbed effect is produced on one side by regular "rows" or "cords" of pile similar to the pile on velvet. Corduroy is primarily made from cotton, but it can also be made of wool and more recently synthetic fibers.

Que le velours côtelé ait été éclipsé après la Seconde Guerre mondiale par le denim (le jean, quoi) est un scandale que JB n'aura de son vivant de cesse de dénoncer. Que le velours côtelé puisse être fabriqué en matières synthétiques est à la base un second scandale en soi, mais JB adorant les nippes en nylon, il a hâte de s'en procurer un - quitte à se flageller pour cet affront à son étoffe chouchou.
Mais si JB revient à ses moutons linguistiques, il apprend la chose terminologique suivante:


Ainsi donc, Allemands, Néerlandais et Suédois nomment le velours côtelé manchester car il a été fabriqué à l'origine non loin de la ville anglaise éponyme. Mais JB est bien marri de découvrir que la langue de Molière, la sienne donc, entretien(drai)t une confusion qu'il trouve aussi fourbe que fatale.
Les Français mélangeraient donc velours et velours côtelé? Que nenni! JB tient à s'inscrire en faux face à cette allégation francophobe et velourscôteléophobe! Seuls les non-velourscôteléophiles ignorent la distinction - nuance!

Dans cette explication linguistique et lexicographique, le regard acéré de JB note la présence du mot anglais velveteen, un terme qu'il a toujours adoré, dont il a toujours adoré la sonorité, les allitérations et assonances. Et du coup, il repense à la toujours aussi impeccable chanson des Pixies, Velouria, de 1990, qu'on a déjà pu entendre sur ce blog tatoué et fumeur lorsqu'il avait été question de l'instrument le thérémine. Aussi le réécoute-t-on en guise de conclusion, en ouvrant bien grandes ses esgourdes enchantées et en entonnant: "Oh velveteen! My velouria, my velouria, even I will adore ya!"

dimanche 28 février 2010

"it's hard to confess"

27022010, 22h55


27022010, 23h35
© icke

28022010, 02h00
© icke

28022010, 04h35
(…) 
so schwerlos leicht
wie Glas
ist auch ihr Gespraech
(…)
Franz Joseph Herrmann

28022010, 10h15

jeudi 25 février 2010

Le thérémine

Bon. Si les galapiats et autres sacripants veulent bien incontinent (oui, c'est un vieil adverbe par trop méconnu qui signifie illico presto) quitter cette plateforme car je les vois venir: ils sont déjà en train de se gondoler de rire en écoutant ce qui va suivre.
Comme certains le savent, je suis en train de traduire Elven, du Norvégien Ketil Bjørnstad, la suite de La Société des Jeunes pianistes (le titre français nest pas encore définitif), où l'on suit les tribulations musicales, cérébrales et amoureuses du jeune et futur grand pianiste classique Aksel Vinding. Comme certains le savent aussi, j'écoute toujours de la musique en traduisant. Chaque roman a son rythme, son timbre et sa couleur en propre, et donc sa propre musique pour l’accompagner. Un mot porte avant tout un son, après quoi il porte un sens, confer la linguistique, confer la chanson absconse de The Magnetic Fields, The Death of Ferdinand de Saussure : « No understanding, no closure, it is a nemesis. » J'avais déjà posté là-dessus, on peut revoir la vidéo ici. Mais je m'égare…


Min poeng, comme on dit en norvégien:
En ce moment, puisque je traduis un livre sur la musique classique, j'en écoute donc beaucoup. Et j'écoute avec une régularité assez métronomique (hö!) les mises en musique de pièces classiques au thérémine par Clara Rockmore. Au quoi? Demandent les sacripants restés ici. Au thérémine. Non, ce n'est pas une mine à térébenthine, c'est un instrument de musique inventé par le Russe Léon Theremin et c'est surtout le premier instrument de musique électronique de l'histoire. Lénine l'adorait! Qui voyait dans l'instrument la nouveauté consubstantielle de la révolution qu'il venait de parachever. Un art nouveau pour un homme nouveau — comme disaient les avant-gardes de l'époque. Une musique nouvelle pour une humanité nouvelle.
Clara Rockmore était elle aussi Russe de naissance et demeure à ce jour LA grande interprète de thérémine. On la regarde et on l'écoute d'abord jouer le Habanera de ce cher Maurice. Ravel, donc.



Bon, c'est fini de rigoler, oui ?!
Alors comment ça fonctionne ce thérémine? C'est simple. L'appareil envoie des ondes de fréquences hertziennes dont les deux mains du soliste vont moduler respectivement la hauteur et la note - d'où la position un peu crispée de notre chère Clara et ses mouvements de doigts qui lui donne l'impression d'une part de jouer de la harpe, d'autre part de guider un orchestre philharmonique. On peut également avoir l'impression d'entendre de la scie musicale, mais de scie, nenni (re-hö!).
Clara Rockmore n'est pas qu'une seule interprète de thérémine. Avec son inventeur, elle a perfectionné l'instrument dont d'aucuns se sont par la suite emparés au rang desquels, puisque je parlais d'eux il y a peu, les Pixies sur leur morceau Velouria, qu'on écoute pas plus tard que maintenant:



My Velouria - My Velouria - even I will adore ya - My Velouria - even I will adore ya - My Velouria…
Oh, escouzê-moi pour la déranche: j'étais en train de chanter.
Non, je ne me lasse pas de regarder ce clip de 1990 et ce lien assez judicieux entre le trampoline dont il est question ("Hold my hand, we'll trampoline"), le thérémine et le filmage au ralenti des sauts de cabri des membres des Pixies (oj, ça fait beaucoup trop de de); filmage qui donc va de pair avec les oscillations et la plasticité du thérémine d'une part, et les rebondissements et l'élasticité du trampoline d'autre part.

Clara Rockmore, j'ai appris à mieux la connaître (pour singer la formulation allemande kennenlernen) grâce à mon cher ami Aron qui a eu la bonté (comme d'habitude) de me passer le disque qui recense certaines de ses compositions. Je ne peux que le recommander à quiconque voudrait en découvrir davantage, mais toitube constitue déjà une bonne mine. Mais, notre Clara chouchou, je la connaissais grâce à ce disque qui rend intelligent: OHM: The Early Gurus Of Electronic Music, qui liste quant à lui les compositions les plus incontournables des grands créateurs de musique électronique, avant le déferlement de ladite musique dans sa forme populaire qu'on lui connaît aujourd'hui (je parle de la techno). Mes morceaux préférés sur la compilation en question: le Poème Électronique d'Edgard Varèse, le Mutations de Jean-Claude Risset, la Dripsody de Lugh Le Caine, He distroyed her image de Charles Dodge ou Cindy Electronium de Raymond Scott - entre autres. Sur cette somme figurait la Valse sentimentale de Tchaïkovsky, interprétée au thérémine par Clara Rockmore. On l'écoute maintenant.
Un autre jour, je parlerai de l'immmmmmense morceau de musique électronique du Norvégien Arne Nordheim, de 1974, intitulé Polypoly et qui dure 21'41''. Mais d'abord, revenons à Clara Rockmore:


mardi 23 février 2010

Timeless

Auf einer gewissenen blauen Seite, Ed und JB chatten.
Sur une certaine page bleue, Ed et JB tchattent.

JB - 23.02.2010 14:41:44
(i suddenly thought of this song of pixies that bears your name and am listening to it right now…)
Ed – 23.02.2010 14:44:11
ed is dead?
JB – 23.02.2010 14:46:09
you know your pixies discography.
les pays-bas, douze points.
Ed - 2 3.02.2010 14:46:54
it was not that difficult or?
JB – 23.02.2010 14:48:23
most people have no musical memory. 
Ed - 23.02.2010 14:53:04
na they were not my favorite, but Gigantic or Where Is My Mind are timeless. 
JB - 23.02.2010 14:55:11
i love those coincidences!!! you write about "gigantic" and the song is played here! "a big big load".

vendredi 19 février 2010

"try this trip and spin it"




(Et le cerveau pensait avec peine. Les articulations étaient lentes et douloureuses, la peau haliteuse comme sous l'effet d'un cachet. Car c'était ça l'effet général, qui du coup se transformait en souvenir vomitif des années aussi passées que périmées en revenant ainsi comme un boomerang dans la figure.)